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Louis IX, roi croisé mort devant Tunis

Moyen Âge24 octobre 202616 min de lecture
Émile Signol / Wikimedia Commons
16 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Les os à Saint-Denis, les viscères en Sicile

Personne ne sait dire avec certitude où repose le cœur de Louis IX. Certains récits le font partir avec les viscères, que Charles d’Anjou, roi de Sicile et frère du mort, fait déposer à Monreale, près de Palerme ; d’autres le placent avec les os, inhumés à Saint-Denis le 22 mai 1271 après neuf mois de route. Mort le 25 août 1270 dans le camp croisé installé près des ruines de Carthage, devant Tunis, le roi a été bouilli pour que les chairs se détachent du squelette, faute de pouvoir conserver un corps sur un trajet aussi long. Un fragment de sa mâchoire, gardé dans un reliquaire de Notre-Dame de Paris et authentifié par le radiocarbone, porte selon l’équipe de Philippe Charlier, qui l’a examiné en 2019, les lésions d’un scorbut avancé.

Le nom de saint Louis date du 11 août 1297, jour où le pape Boniface VIII publie la bulle de canonisation. Ce texte s’en tient à Louis IX pour la vie elle-même, parce que le titre de saint résulte d’une décision prise vingt-sept ans après la mort et qu’il colore, employé trop tôt, des épisodes qui n’avaient rien d’hagiographique. Il naît à Poissy le 25 avril 1214, date retenue par la plupart des biographes ; certains répertoires hésitent entre 1214 et 1215, et aucun acte contemporain de la naissance ne subsiste. Fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, il devient roi à douze ans, à la mort de son père en novembre 1226, et il est sacré à Reims le 29 novembre.

Sa mère conduit les affaires pendant la minorité et au moins jusqu’en 1242, huit ans après son mariage avec Marguerite de Provence. En 1242, à Taillebourg puis devant Saintes, l’armée royale défait Henri III d’Angleterre, venu soutenir le comte de la Marche, Hugues de Lusignan. Entre 1239 et 1241, il achète à Baudouin II, empereur latin de Constantinople, la couronne d’épines et d’autres reliques de la Passion, pour lesquelles est bâtie la Sainte-Chapelle, consacrée en 1248. À la fin de 1244, au sortir d’une grave maladie, il fait vœu de croisade. La flotte quitte Aigues-Mortes le 25 août 1248 ; Damiette tombe en juin 1249. Le 8 février 1250, l’avant-garde de son frère Robert d’Artois est détruite dans Mansourah, et le 6 avril l’armée en retraite capitule. Libéré en mai contre la restitution de Damiette et une rançon que la plupart des récits fixent à 400 000, en monnaies de compte variables, le roi reste quatre ans en Terre sainte et ne rembarque qu’en avril 1254.

Les seize années suivantes sont les mieux éclairées par les archives. Depuis 1247, des enquêteurs recueillent dans les provinces les plaintes contre les agents du roi. La paix avec Henri III, scellée par l’hommage que le roi anglais prête à Paris le 4 décembre 1259, lui reconnaît le Limousin, le Périgord, le Quercy, l’Agenais, la Saintonge au sud de la Charente, contre l’abandon de ses prétentions sur la Normandie et les pays de la Loire. Envers les Juifs du royaume, la politique royale est marquée en 1240 par le procès du Talmud, en 1242 par la destruction des manuscrits saisis et en 1269 par l’obligation de porter la rouelle.

Le 25 mars 1267, le roi prend la croix une seconde fois. L’armée embarque à Aigues-Mortes le 1ᵉʳ juillet 1270 ; à l’escale de Cagliari, le 13 juillet, le conseil apprend que la flotte fera voile vers Tunis, capitale du calife hafside al-Mustanṣir, alors que la croisade avait été annoncée pour la Terre sainte. Débarqués les 18 et 19 juillet, les croisés attendent Charles d’Anjou ; l’épidémie emporte Jean-Tris​tan, fils du roi, puis le roi lui-même. Deux lettres fixent la date de la mort, celle de Pierre de Condé, clerc du roi, du 4 septembre 1270 (Spicilegium de Luc d’Achéry, t. III, 1723, p. 667), et celle de Philippe III, du 12 septembre. Le confesseur Geoffroy de Beaulieu rapporte que des messagers avaient circulé entre le roi et le souverain hafside avant la croisade (Vita, éd. Daunou et Naudet, Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XX, 1840, p. 21-22).

Sur ce choix de Tunis, le roi n’a laissé aucune explication écrite connue. Tout ce qu’on lit de lui passe par des confesseurs, un chapelain, un sénéchal et des moines de Saint-Denis qui écrivent après 1270, presque tous en vue de sa sainteté, et c’est ce filtre que Jacques Le Goff interrogeait en 1996 en se demandant si saint Louis avait existé.

Il faut maintenant prendre une à une les vies rédigées entre 1272 et 1309 et dire qui les a commandées, puis rouvrir trois affaires disputées, le détour par Tunis, la politique à l’égard des Juifs et les enquêtes de réparation, avant de suivre la fabrication du saint jusqu’à la bulle de 1297 et au-delà.

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