Marcher très lentement, « avec beaucoup d’ordre, posé et plein d’autorité ». Dire peu de mots, graves et doux, ne jamais fixer une femme du regard, porter un chapeau sans plumes et une cape plutôt longue, et paraître toujours plus âgé qu’il n’est. Ces consignes, Pablo de Laguna, président du Conseil des Indes, les adresse le 14 janvier 1603 au marquis de Montesclaros, qui part gouverner la Nouvelle-Espagne à trente-deux ans. L’instruction est privée, et elle règle aussi la maison du voyageur. Soixante-dix serviteurs au plus, pages, gentilshommes et officiers avec leurs femmes compris, dont quatre esclaves noires et deux esclaves noirs au maximum, huit Indiens et deux laquais espagnols. Au départ, le 22 juillet 1603, la visite du navire en dénombre cinquante-huit. Laguna justifie ce soin par une remarque sur la hiérarchie du pays, où un serviteur du vice-roi tient rang de seigneur, « porque en aquella tierra no ay más Rey que el Virrey ».
Il conseille même de louer les chevaux de Mexico, la meilleure terre du monde en ce genre.
Montesclaros gouverne Mexico de 1603 à 1607, puis Lima jusqu’en 1615. La charge qu’il occupe vient de la couronne d’Aragon, et la monarchie espagnole l’a transportée outre-mer à l’époque moderne, entre la fin du XVᵉ siècle et la Révolution, avec une vice-royauté de Nouvelle-Espagne en 1535 puis une du Pérou en 1543. De son côté, le roi de Portugal entretient un vice-roi dans l’Estado da Índia depuis 1505, dont la résidence se fixe à Goa. Les dates antérieures à octobre 1582 suivent ici le calendrier julien des documents.
Le roi vivant en chair
Les pouvoirs sont d’abord des mots. Le 17 avril 1535, à Barcelone, Charles Quint fait d’Antonio de Mendoza le vice-roi de Nouvelle-Espagne, charge qui, chez lui comme chez ses successeurs, s’accompagne de la présidence de l’audiencia de Mexico, et il prend ses fonctions le 14 novembre suivant. Soixante et onze ans plus tard, le pouvoir général délivré au Pardo le 22 novembre 1606 à Montesclaros, promu au Pérou, l’autorise à faire et pourvoir dans ces provinces tout ce que le roi pourrait faire et pourvoir s’il les gouvernait en personne (Archivo General de Indias, Indiferente, 481, livre 2, f. 151 v°). Montesclaros en tire la leçon dans la relation qu’il laisse à son successeur le 12 décembre 1615, en écrivant que le vice-roi « puede lo que S. M. en estas provincias ». L’un de ses prédécesseurs à Lima, le marquis de Cañete, se désignait lui-même, selon Ismael Sánchez Bella, comme « el Rey vivo en carnes ». Juan de Solórzano Pereira, ancien oidor de Lima, fixe la doctrine en 1647 dans la Política indiana, au livre V, chapitre XII, numéro 7, en reconnaissant aux vice-rois le même « poder, mano y jurisdicción » que le roi dans les provinces des Indes.
Jesús Lalinde Abadía, dont Pilar Latasa Vassallo reprend l’argument, attribuait cette ampleur à la distance. Le vice-roi des Indes devait agir seul là où ses collègues de la péninsule pouvaient demander des ordres, et la distance, encore la distance, a fait grandir sa figure au-delà de son modèle aragonais. Alejandro Cañeque est allé plus loin en 2004 dans The King’s Living Image, où il soutient que le pouvoir impérial se constituait dans les cérémonies, au point de mettre en doute l’existence même d’un « État colonial ». La Nouvelle-Espagne a donné à cette mise en scène des formes précises. Le 30 novembre 1559, Mexico célèbre les obsèques de Charles Quint, mort en septembre 1558, autour d’un catafalque élevé en trois mois par Claudio de Arciniega, et la ville se remplit de gens venus, selon le récit, de jusqu’à quatre-vingts lieues. Imprimé en 1560 chez Antonio de Espinosa, le Túmulo imperial de Francisco Cervantes de Salazar raconte la fête et porte une dédicace au vice-roi Luis de Velasco. Son préfacier, l’oidor Alonso de Zorita, y écrit que la grande distance entre ces terres et l’Espagne n’est pas une raison pour que ces royaumes ressentent moins la perte d’un tel souverain. Quatorze mois de retard, et un deuil en règle.
Le roi vivant avait pourtant des voisins. John Leddy Phelan a montré en 1960 que la centralisation du pouvoir dans la personne du vice-roi relevait largement de l’apparence. Les oidores de l’audiencia, les officiers des finances royales et les prélats étaient nommés par la Couronne et écrivaient directement au Conseil des Indes, si bien que Phelan voit d’abord dans le vice-roi un coordinateur entre plusieurs hiérarchies qui se surveillaient. À sa mort, l’audiencia gouvernait. Luis de Velasco meurt à Mexico le 31 juillet 1564 et son successeur, Gastón de Peralta, n’entre en fonctions que le 19 octobre 1566.
Sanlúcar, 3 novembre 1543
Ce jour-là, d’après Ismael Sánchez Bella et la notice de l’Encyclopedia of Latin American History and Culture, deux missions royales quittent le même port. Le licencié Francisco Tello de Sandoval, inquisiteur de Tolède et membre du Conseil des Indes, part pour la Nouvelle-Espagne avec les pleins pouvoirs de visitador général, datés du 26 juin 1543. Une flotte d’une cinquantaine de navires emporte vers le Pérou Blasco Núñez Vela, nommé premier vice-roi le 1er mars, et les juges de la nouvelle audiencia de Lima. Les deux hommes portent les mêmes Leyes Nuevas, promulguées à Barcelone le 20 novembre 1542. Leur article 30 interdit de concéder de nouvelles encomiendas, ces groupes d’Indiens astreints au tribut et au travail au profit d’un Espagnol, et fait retourner à la Couronne les Indiens d’un encomendero à sa mort.
À Mexico, la ville a pris les devants. Le 3 mars 1544, cinq jours avant l’arrivée du visitador, son conseil municipal vote à l’unanimité une demande de révocation de six articles. Le 13 mars, les lois sont présentées à l’audiencia en présence de Mendoza et des oidores Francisco Ceynos et Lorenzo de Tejada, et le 24 mars on les proclame publiquement. Puis l’élan retombe. Après des conversations menées par l’entremise de l’évêque Juan de Zumárraga, Tello de Sandoval et Mendoza diffèrent l’exécution des articles jugés destructeurs pour le pays, pendant que la ville envoie à la cour deux procureurs, Alonso de Villanueva et Gonzalo López, tous deux encomenderos.
Au Pérou, Núñez Vela touche Nombre de Dios le 10 janvier 1544, libère des esclaves indiens à Panama, débarque à Tumbes le 4 mars et gagne Lima par la terre, en appliquant les lois à chaque étape. Dans un accès de colère, il tue le facteur royal Illán Suárez de Carbajal, et les oidores, qui le jugent désormais dangereux pour la paix du royaume, l’emprisonnent le 18 septembre 1544. Renvoyé vers Panama, il revient bientôt affronter Gonzalo Pizarro, que l’audiencia a reconnu comme gouverneur, et meurt à Añaquito, près de Quito, le 18 janvier 1546.
Trois mois plus tôt, le 20 octobre 1545, Charles Quint avait révoqué à Malines l’article 30 et quelques autres, comme l’a rappelé Hidefuji Someda. On ignore où se trouvait la cédule de révocation le jour de la bataille, mais le vice-roi lui-même avait mis quatre mois pour toucher la côte péruvienne, sans compter la marche jusqu’à Lima, et elle n’avait probablement pas atteint les Andes. La notice du Diccionario biográfico español consacrée à Núñez Vela lui oppose l’habileté de Mendoza, qui fit suspendre les ordonnances jusqu’à ce que la Couronne en connaisse les effets.
La mousson fixe le calendrier
La route portugaise donne aux six mois du titre leur mesure exacte. Chaque année, entre mars et avril, les naus de la Carreira da Índia quittent le Tage pour Goa ou Cochin, et l’historien Rui Manuel Loureiro compte six mois de voyage ; elles repartent de l’Inde vers décembre pour six autres mois. Le retour durait en moyenne un mois de plus que l’aller, selon une notice de l’université NOVA de Lisbonne, et une rotation sans contretemps prenait environ un an et demi. Il fallait partir à temps. Manquer la mousson obligeait à hiverner, à l’île de Mozambique notamment, et l’aller dépassait alors l’année.
Les archives de Goa ont gardé ce rythme jusque dans leur nom. Les Livros das Monções, environ cinq cents codices conservés à Panaji par la Directorate of Archives and Archaeology, réunissent les ordres que la Couronne expédiait chaque année par les naus et qui arrivaient à la fin de la mousson, en septembre ou octobre, avec les copies des réponses parties au retour, à partir de la fin décembre. Soixante-deux autres codices sont à Lisbonne, à la Torre do Tombo, et seize à l’Arquivo Histórico Ultramarino, datés de 1653 à 1785, où l’on classe encore à part le courrier reçu à Goa entre juin et septembre et les copies expédiées entre décembre et mars. Les gouverneurs datent leurs envois par les vents. En février 1620, Fernão de Albuquerque écrit au roi depuis Goa qu’il s’adressera à Malacca « na monção de Mayo », par la mousson de mai.
Côté espagnol, Phelan estimait qu’un échange de lettres entre le Conseil des Indes et ses agents prenait d’un à deux ans, et voyait dans ce délai ce qui séparait la bureaucratie des Habsbourg du système industriel soviétique auquel il la comparait. Le rythme des flottes qui portaient ce courrier est connu grâce à Huguette et Pierre Chaunu, qui ont reconstitué le mouvement des navires entre Séville et les Indes de 1504 à 1650 dans les onze volumes de Séville et l’Atlantique, parus de 1955 à 1960. Les six mois du titre valent pour une traversée, pas pour une affaire, et entre une question posée à Lima et la réponse lue à Lima il fallait compter deux traversées, le passage par un isthme, le temps d’une délibération à la cour, et la chance de trouver un navire qui parte.
« Obedézcase, pero no se cumpla »
La formule passe souvent pour une insolence de vice-roi lointain, qui baisait la cédule royale et la rangeait dans un coffre. Elle est plus ancienne que l’Amérique espagnole, et elle relève du droit. Benjamín González Alonso en a fait l’histoire en 1980 pour la Castille de la fin du Moyen Âge, et Phelan en a décrit le fonctionnement aux Indes.
La première moitié reconnaît la légitimité du souverain, qui, bien informé, ne saurait commander une injustice. La seconde engage la responsabilité de celui qui suspend l’exécution jusqu’à ce que le roi connaisse ce qu’il ignorait. On traduira ici cumplir par « exécuter », parce que le droit castillan sépare la reconnaissance d’un ordre et sa mise en œuvre, et que « se conformer » mêlerait les deux. Le magistrat qui use de la formule doit se justifier aussitôt devant le Conseil des Indes, lequel peut réitérer l’ordre tel quel ou le modifier. Un usage maladroit coûtait cher, de la réprimande à la prison.
Phelan en donne un exemple qui pèse. Après la grande épidémie de 1576 à 1579, la population indienne du Mexique central s’effondre, et le repartimiento, la levée obligatoire de travailleurs indiens par roulement, ne fournit plus assez de bras. Les cédules du 24 novembre 1601 et du 26 mai 1609 ordonnent d’alléger fortement les charges de travail des Indiens. Les vice-rois, l’audiencia et le clergé ne contestent pas les raisons du roi, la protection des nouveaux convertis et la conservation de la main-d’œuvre. Ils avertissent que l’application immédiate provoquerait la famine dans les villes, et ils obéissent sans exécuter. Pour les Indiens soumis au repartimiento, la formule avait ainsi un visage précis, celui d’une protection décidée à la cour et différée sur place.
La lecture frondeuse garde pourtant un fond solide, et Phelan le dit lui-même. Les administrateurs pouvaient invoquer la formule une seconde fois, dans l’espoir que l’inertie des bureaux enterre les projets indésirables, et elle permettait de remettre indéfiniment l’exécution des volontés royales. Ce retard avait toutefois une forme légale, une trace écrite, et un juge au bout.
Les tourbillons de Montesclaros
Ce juge est d’abord celui de la résidence. Héritée de la Castille, elle reçoit sa forme sous les Rois Catholiques, aux Cortes de Tolède de 1480 puis par la pragmatique du 9 juin 1500, et la Recopilación de leyes de los reynos de las Indias, imprimée à Madrid chez Julián de Paredes en 1681, lui consacre le titre XV de son livre V. À la fin de chaque charge, un juge désigné fait proclamer l’ouverture de l’enquête, reçoit les plaintes en public, interroge des témoins en secret, entend la défense et renvoie ses conclusions au Conseil des Indes. La visite frappe à tout moment, sans attendre la fin du mandat et sans publicité. On en garde des liasses entières. Les résidences des vice-rois de Nouvelle-Grenade José Solís Folch de Cardona et Pedro Messía de la Cerda, pour les années 1753 à 1773, occupent à l’Archivo Histórico Nacional de Madrid les liasses 20462 à 20465 et 20468 à 20469 de la section Consejos, que Montserrat Domínguez Ortega a dépouillées en 1999.
La visite de Tello de Sandoval montre comment ces contrôles se négociaient. Le visitador, resté en Nouvelle-Espagne de 1544 à 1547, finit par porter des charges contre le président de l’audiencia de Mexico, c’est-à-dire le vice-roi lui-même, et contre trois oidores. Il est rappelé avant d’avoir achevé son enquête, à l’instance de Luis Hurtado de Mendoza, frère aîné du vice-roi et devenu président du Conseil des Indes.
Montesclaros, qui connaissait la mécanique de l’intérieur, a laissé une comparaison que Phelan dit souvent citée. Résidences et visites ressemblaient selon lui à ces tourbillons de vent qu’on croise dans les rues et sur les places, qui ne servent qu’à soulever la poussière et les ordures et à obliger chacun à se couvrir la tête. Phelan rappelle que le Conseil y voyait au contraire l’instrument qui lui permettait d’imposer ses priorités et de juger les carrières, et que ni le vice-roi ni l’oidor n’oubliaient jamais qu’un juge viendrait.
Les Indes n’étaient pas des colonies
Le titre est celui d’un livre de Ricardo Levene, paru à Buenos Aires en 1951 chez Espasa-Calpe. Dès 1948, l’Académie nationale d’histoire argentine, qu’il présidait, avait approuvé sa proposition de remplacer « période coloniale » par « période hispanique ». Son argument est juridique, et dans sa version forte il tient. Levene fait valoir que les lois de la Recopilación ne parlent jamais de colonies et disent provinces, royaumes, seigneuries, républiques, terres incorporées à la couronne de Castille. Les vice-rois de Mexico et de Lima portent le même titre que ceux de Naples ou de Palerme, et le derecho indiano se construit comme le droit d’un royaume de la monarchie. La pompe que décrit Cañeque, la doctrine de Solórzano et le pouvoir général de 1606 vont dans ce sens.
Le camp d’en face accepte les textes et regarde qui gouverne, et au profit de qui. Les charges sont tenues par des Espagnols de la péninsule, que Phelan décrit comme une classe de bureaucrates de métier envoyés d’un bout à l’autre de l’empire. Solórzano consacre un long chapitre à l’interdiction faite aux vice-rois, aux présidents et aux oidores de se marier, eux et leurs enfants, dans le ressort de leur tribunal, et Laguna conseillait à Montesclaros de renvoyer les serviteurs qui prendraient femme en Amérique. Le travail des Indiens se règle par des cédules écrites à la cour. Rafael García Pérez a proposé en 2017 une issue au débat. À ses yeux, la notion d’union accessoire à la Castille et le paradigme colonial échouent chacun à rendre compte du statut des Indes, qu’il faut penser dans un ordre de juridictions plurielles que le discours colonialiste du XVIIIᵉ siècle n’a pas réussi à effacer. Arndt Brendecke déplace encore la question. Dans Imperio e información, traduit de l’allemand en 2012, il décrit un roi qui ne voit que par les yeux des autres et une cour où sujets et officiers apprennent à convertir leurs intérêts en informations, pour que la décision voulue découle d’elle-même de ce qu’ils décrivent.
Sur un point précis, les sources se taisent. Les Advertencias de Laguna ne sont connues que par une copie incomplète de la Biblioteca Nacional de Madrid, manuscrit 3207, folios 679 à 688. Le texte annonce six rubriques, la personne du vice-roi, sa maison, la conservation des naturels, la paix des Espagnols, l’envoi de beaucoup d’argent à Sa Majesté et la correspondance avec le roi et ses conseils ; la copie s’arrête après les deux premières. On ignore donc ce que le président du Conseil des Indes recommandait à un vice-roi sur la manière d’écrire à Madrid, et Pilar Latasa ne connaît pas d’autre instruction privée de ce genre adressée à un vice-roi. Une autre copie dort peut-être dans un fonds mal inventorié ; rien de ce qui a été publié ne permet de le dire.
Il arrivait aussi que le Conseil écrive sans savoir à qui. Le 24 avril 1550, à Valladolid, son secrétaire Juan de Sámano adresse à Luis de Velasco, qui part comme vice-roi, la liste des dépêches qu’il emporte, conservée à l’Archivo General de Indias sous la cote MEXICO, 1089. Pour la Nouvelle-Espagne, une instruction de gouvernement, une provision interdisant aux orfèvres de travailler l’or hors des calices et des patènes, une autre sur les biens des défunts et une cédule défendant aux oidores d’avoir des affaires ; pour le Pérou, une instruction « para quien vaya de virrey » et une provision suspendant les conquêtes. Le tout est confié à Velasco ou à Antonio de Mendoza, selon que l’un ou l’autre restera vice-roi de Nouvelle-Espagne ou du Pérou, et c’est Mendoza qui entrera dans Lima en septembre 1551, dix mois avant d’y mourir le 21 juillet 1552.
Pour aller plus loin
Antonio de Mendoza est aussi le vice-roi qui lança en 1540 l’expédition de Coronado vers Cíbola, dont les suites judiciaires passèrent par l’audiencia de Mexico. Les Leyes Nuevas sortent du combat de Bartolomé de Las Casas, qui se prolonge à la junte de Valladolid de 1550, et la Nouvelle-Espagne gouvernait encore, par le galion de Manille, des îles situées de l’autre côté du Pacifique.
Au XVIᵉ siècle, le roi d’Espagne règne sur d’immenses territoires en Amérique, et le roi de Portugal sur des ports et des forteresses autour de l’océan Indien. Les deux rois résident en Europe. Pour gouverner à leur place, ils envoient des vice-rois, à Mexico, à Lima et à Goa. Mais une lettre met des mois à traverser la mer, et une réponse autant pour revenir. Il faut donc gouverner avec un temps de retard.
Un roi de remplacement
Le vice-roi représente le roi en personne. En 1606, le roi d’Espagne autorise l’un d’eux, le marquis de Montesclaros, à faire dans ses provinces tout ce qu’il ferait lui-même s’il y était. Un vice-roi du Pérou se décrivait même comme le roi vivant en chair et en os.
Ce pouvoir passe aussi par l’apparence. En 1603, le président du Conseil des Indes, l’assemblée qui prépare à la cour les lois pour l’Amérique, écrit à Montesclaros, qui a trente-deux ans. Il lui conseille de marcher très lentement, de parler peu, de porter un chapeau sans plumes et de paraître toujours plus vieux que son âge. Il fixe aussi le nombre de ses serviteurs, soixante-dix au plus, parmi lesquels des esclaves noirs.
À Mexico, en 1559, la ville célèbre les obsèques de l’empereur Charles Quint autour d’un grand monument de bois construit en trois mois. L’empereur est mort plus d’un an plus tôt. Un juge du tribunal royal de Mexico écrit que la distance avec l’Espagne n’empêche pas d’être en deuil.
Le vice-roi n’est pourtant pas seul. Les juges de son tribunal, les officiers des finances et les évêques écrivent directement au roi. Quand un vice-roi meurt, ce tribunal gouverne en attendant son successeur, parfois pendant plus de deux ans.
Deux voyages, deux résultats
En 1542, le roi signe des lois nouvelles pour protéger les Indiens. Elles interdisent notamment de donner de nouveaux groupes d’Indiens à des Espagnols qui en tirent un tribut et du travail. Ces groupes s’appellent des encomiendas.
Le 3 novembre 1543, deux hommes partent le même jour du même port espagnol avec ces lois. L’un va au Mexique pour inspecter le gouvernement. L’autre est le premier vice-roi du Pérou.
Au Mexique, la ville proteste avant même l’arrivée de l’inspecteur. Celui-ci et le vice-roi décident alors de retarder les articles les plus durs et d’attendre la réponse du roi.
Au Pérou, le vice-roi applique les lois tout de suite. Il entre en conflit avec ses juges et tue un officier royal. Ses propres juges l’emprisonnent en 1544. Il meurt au combat en 1546 contre les Espagnols révoltés. Trois mois plus tôt, le roi avait déjà annulé l’article qui avait déclenché la révolte, mais la nouvelle n’était sans doute pas encore arrivée.
Le temps des bateaux
Pour aller de Lisbonne en Inde, les navires portugais mettent environ six mois. Ils partent au printemps et doivent profiter des vents de la mousson. Sinon, ils doivent attendre des mois en route. Les archives de Goa portent encore le nom de ce rythme, les Livres des moussons.
Côté espagnol, un historien estimait qu’un échange de lettres entre la cour et l’Amérique prenait d’un à deux ans.
Obéir sans exécuter
Pour s’adapter, les responsables utilisaient une vieille règle du droit espagnol. Ils pouvaient déclarer qu’ils obéissaient au roi, tout en suspendant l’application d’un ordre qu’ils jugeaient dangereux. Ils devaient alors expliquer leurs raisons au roi, qui décidait de nouveau.
En 1601 et en 1609, par exemple, le roi ordonne d’alléger le travail imposé aux Indiens du Mexique. Les vice-rois répondent que cela provoquerait la famine dans les villes, et ils attendent. La protection décidée à la cour reste donc en suspens sur place.
Surveiller de loin
À la fin de son mandat, chaque vice-roi passe une sorte de procès, appelé résidence, où chacun peut porter plainte contre lui. Le roi peut aussi envoyer une inspection secrète, appelée visite, à tout moment. Un vice-roi comparait ces contrôles à des tourbillons de vent qui soulèvent la poussière et obligent tout le monde à se couvrir la tête.
Des royaumes ou des colonies ?
Les historiens discutent encore du nom à donner à ces territoires. En 1951, un historien argentin a défendu l’idée que les Indes n’étaient pas des colonies, puisque les lois les appelaient royaumes et provinces. D’autres répondent que les postes importants étaient tenus par des Espagnols venus d’Europe et que les lois sur les Indiens étaient décidées loin d’eux.
Une partie de la lettre de conseils de 1603 est perdue, justement celle qui devait traiter de la correspondance avec le roi. En 1550, le Conseil envoie même des ordres pour le Mexique et le Pérou sans savoir encore lequel des deux vice-rois ira où.
Les délais de voyage, la formule « obéir sans exécuter » et le débat sur les colonies sont développés dans l’article classique.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Pablo de Laguna, président du Conseil des Indes, Advertencias de las cosas en que ha de tener particular cuidado el virrey de la Nueva España, instruction privée au marquis de Montesclaros, 14 janvier 1603, copie incomplète (deux rubriques sur six) Biblioteca Nacional de España, Madrid, Ms. 3207, ff. 679-688 ; éd. L. Hanke et C. Rodríguez, Los virreyes españoles en América durante el gobierno de la Casa de Austria, Biblioteca de Autores Españoles 274, p. 267-272 ; texte cité d’après P. Latasa Vassallo (2001)
- Testimonio de la visita a la nao durante el viaje a Juan de Mendoza y Luna, marqués de Montesclaros, virrey de Nueva España, 22 juillet 1603, cinquante-huit serviteurs dénombrés Archivo General de Indias, Séville, Contratación, 5273, N.3 (d’après P. Latasa Vassallo, 2001)
- Poder general al marqués de Montesclaros que va por virrey al Perú, El Pardo, 22 novembre 1606 Archivo General de Indias, Séville, Indiferente, 481, lib. 2, f. 151v (d’après P. Latasa Vassallo, 2001)
Voir les 63 sources restantesMasquer les autres sources
Sources primaires (suite)
- Marqués de Montesclaros, Relación del estado de gobierno de estos reinos que hace el marqués de Montesclaros al señor príncipe de Esquilache, su sucesor, Chacra de Mansilla, 12 décembre 1615 éd. L. Hanke et C. Rodríguez, Biblioteca de Autores Españoles 281, Madrid, 1978, p. 136 (d’après P. Latasa Vassallo, 2001)
- Juan de Solórzano Pereira, Política indiana, Madrid, Diego Díaz de la Carrera, 1647 (certains exemplaires portent 1648), livre V, chapitre XII, n° 7, et chapitre sur l’interdiction du mariage des vice-rois, présidents et oidores dans leur ressort éd. Biblioteca de Autores Españoles 252-256, Madrid, Atlas, 1972 (passage du livre V cité d’après P. Latasa Vassallo, 2001)
- Francisco Cervantes de Salazar, Túmulo imperial de la gran ciudad de México, Mexico, Antonio de Espinosa, 1560, prologue de l’oidor Alonso de Zorita, dédicace au vice-roi Luis de Velasco, gravure sur bois dépliante du catafalque exemplaire de la Biblioteca Histórica Marqués de Valdecilla, Universidad Complutense de Madrid (Primeros Libros de las Américas) ; numérisation Internet Archive, TumuloImperialDeLaGranCiudadDeMexico
- Leyes y ordenanzas nuevamente hechas por Su Majestad para la gobernación de las Indias y buen tratamiento y conservación de los indios, dites Leyes Nuevas, Barcelone, 20 novembre 1542, quarante-six articles ; révocation de l’article 30 et d’autres articles, Malines, 20 octobre 1545 ; texte et révocation connus ici par H. Someda (1980 et 1981)
- Délibérations du cabildo de la ville de Mexico, 3 et 20 mars 1544, demande de révocation de six articles des Leyes Nuevas et envoi des procureurs Alonso de Villanueva et Gonzalo López , d’après H. Someda (1980)
- Cédules royales du 24 novembre 1601 et du 26 mai 1609 sur l’allègement du travail des Indiens en Nouvelle-Espagne , d’après J. L. Phelan (1960)
- Pragmatique des Rois Catholiques du 9 juin 1500 sur les juges de résidence , d’après M. Domínguez Ortega (1999)
- Recopilación de leyes de los reynos de las Indias, mandadas imprimir y publicar por la Magestad Católica del rey don Carlos II, Madrid, Julián de Paredes, 1681, 4 t., livre V, titre XV (résidences)
- Juicios de residencia des vice-rois de Nouvelle-Grenade José Solís Folch de Cardona et Pedro Messía de la Cerda, 1753-1773 Archivo Histórico Nacional, Madrid, Consejos, leg. 20462-20465 et 20468-20469 (d’après M. Domínguez Ortega, 1999)
- Livros das Monções ou Monções do Reino, correspondance entre la Couronne portugaise et les vice-rois et gouverneurs de l’Estado da Índia Directorate of Archives and Archaeology, Panaji (Goa), environ 500 codices ; Arquivo Nacional Torre do Tombo, Lisbonne, 62 codices ; Arquivo Histórico Ultramarino, Lisbonne, 16 livres datés de 1653 à 1785
- Fernão de Albuquerque, lettre au roi datée de Goa, 7 février 1620, réponse à la lettre royale n° 114 (« escreuerey a Malaca na monção de Mayo ») Documentos remettidos da India ou Livros das Monções, t. V, Lisbonne, Academia das Ciências de Lisboa
- Juan de Sámano, secrétaire du Conseil des Indes, lettre à Luis de Velasco « que va como virrey », Valladolid, 24 avril 1550, liste des dépêches pour la Nouvelle-Espagne et le Pérou Archivo General de Indias, Séville, MEXICO, 1089, L.4, F.209V-212V
Bibliographie
- John Leddy Phelan, « Authority and Flexibility in the Spanish Imperial Bureaucracy », Administrative Science Quarterly 5 (1), juin 1960, p. 47-65, DOI 10,2307/2390824 ; trad. esp. J. Cáceres Riquelme, « Autoridad y flexibilidad en la burocracia imperial española », Revista Historia y Justicia 10, 2018, p. 281-297, DOI 10,4000/rhj.1312 Administrative Science Quarterlyhttps://doi.org/10.2307/2390824
- Alejandro Cañeque, The King’s Living Image. The Culture and Politics of Viceregal Power in Colonial Mexico, New York et Londres, 2004, xii-403 p., coll. « New World in the Atlantic World », ISBN 978-0-415-94445-8 Routledge
- Arndt Brendecke, Imperio e información. Funciones del saber en el dominio colonial español, trad. G. Mársico, Madrid et Francfort-sur-le-Main, 2012, 596 p., coll. « Tiempo emulado » 25, ISBN 978-84-8489-682-1 (éd. originale Imperium und Empirie, 2009) Iberoamericana-Vervuert
- Pilar Latasa Vassallo, « La corte virreinal novohispana : el virrey y su casa, imágenes distantes del rey y su corte (s. XVII) », dans Atas do XII Congresso Internacional de AHILA. América Latina : outro Occidente ? Debates do final do milénio, Porto, 2001, p. 114-130 Centro Leonardo Coimbra, Faculdade de Letras da Universidade do Porto
- Jesús Lalinde Abadía, « El régimen virreino-senatorial en Indias », Anuario de Historia del Derecho Español 37, 1967, p. 5-244 (argument sur la distance, p. 101, cité d’après P. Latasa Vassallo, 2001) Instituto Nacional de Estudios Jurídicos
- Ismael Sánchez Bella, « El gobierno del Perú, 1556-1564 », dans Derecho indiano. Estudios, Pampelune, 1991, p. 367-370 (cité d’après P. Latasa Vassallo, 2001) EUNSA
- Ismael Sánchez Bella, « Ordenanzas del visitador de la Nueva España, Tello de Sandoval, para la administración de justicia (1544) » Pontificia Universidad Católica de Chile
- Hidefuji Someda, « ¿No eran militares los encomenderos ? », Estudios Hispánicos VII, 1980, p. 145-163 Universidad de Estudios Extranjeros de Osaka
- Hidefuji Someda, « Fray Bartolomé de Las Casas y el problema de la perpetuidad de la encomienda en el Perú », Histórica V (2), décembre 1981, p. 263-294 Pontificia Universidad Católica del Perú
- Benjamín González Alonso, « La fórmula Obedézcase pero no se cumpla en el derecho castellano de la Baja Edad Media », Anuario de Historia del Derecho Español 50, 1980, p. 469-488 Boletín Oficial del Estado
- Montserrat Domínguez Ortega, « Análisis metodológico de dos juicios de residencia en Nueva Granada : D. José Solís y Folch de Cardona y D. Pedro Messía de la Cerda (1753-1773) », Revista Complutense de Historia de América 25, 1999, p. 139-165 Universidad Complutense de Madrid
- Ricardo Levene, Las Indias no eran colonias, Buenos Aires, 1951, coll. Austral Espasa-Calpe
- Christian Büschges, « De reinos, virreinatos y colonias. Las relaciones centro-periferia en la Monarquía hispánica y la independencia de Hispanoamérica », Procesos. Revista ecuatoriana de historia Universidad Andina Simón Bolívar
- Rafael D. García Pérez, « El estatus jurídico de América en la monarquía española », Revista de historia del derecho 53, juin 2017 Revista de historia del derecho
- Huguette et Pierre Chaunu, Séville et l’Atlantique (1504-1650), Paris, 1955-1960, 11 vol., coll. « Ports, routes, trafics » ; rééd. numérique de la partie interprétative, Éditions de l’IHEAL, 2019 SEVPEN
- Richard Flint, Great Cruelties Have Been Reported. The 1544 Investigation of the Coronado Expedition, Albuquerque, 2013, 670 p., ISBN 978-0-8263-5327-6 University of New Mexico Press
- Guillermo Murillo-Godínez, « Las enfermedades mortales de los virreyes de la Nueva España », Medicina Interna de México 38 (5), 2022, p. 1063-1073, DOI 10,24245/mim.v38i5,6809 Medicina Interna de Méxicohttps://doi.org/10.24245/mim.v38i5.6809
Sources en ligne
- « Carta de [Juan de] Sámano, [secretario del Consejo de Indias], a Luis de Velasco, que va como virrey », MEXICO,1089,L.4,F.209V-212V PARES, Ministerio de Culturahttps://pares.cultura.gob.es/ParesBusquedas20/catalogo/description/12729359
- « SIBILA - Túmulo imperial de la gran Ciudad de México » Instituto de Investigaciones Bibliográficas, UNAMhttps://sibila.iib.unam.mx/index.php/Detail/Object/Show/object_id/1956
- « Tumulo Imperial De La Gran Ciudad De Mexico » Internet Archivehttps://archive.org/details/TumuloImperialDeLaGranCiudadDeMexico
- « Exequias del emperador Carlos V en México (1559) », Juan Ruiz Jiménez Paisajes sonoros históricoshttps://www.historicalsoundscapes.com/evento/1048/mexico
- « Los poemas castellanos del Túmulo Imperial de la gran ciudad de México (1560). Edición y comentario », Víctor Manuel Sanchis Amat Dialnethttps://dialnet.unirioja.es/servlet/articulo?codigo=5795550
- « Francisco Cervantes de Salazar », Aurora Diez-Canedo Flores Instituto de Investigaciones Históricas, UNAMhttps://historicas.unam.mx/publicaciones/publicadigital/libros/317_02_01/317_02_01_04_15_FranciscoCervantes.pdf
- « Blasco Núñez Vela » Diccionario biográfico español, Real Academia de la Historiahttps://dbe.rah.es/biografias/7111/blasco-nunez-vela
- « Francisco Tello de Sandoval » Diccionario biográfico español, Real Academia de la Historiahttps://dbe.rah.es/biografias/15111/francisco-tello-de-sandoval
- « Núñez Vela, Blasco ( ?–1546) » Encyclopedia of Latin American History and Culture, Encyclopedia.comhttps://encyclopedia.com/humanities/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/nunez-vela-blasco-1546
- « Francisco Tello de Sandoval » Coronado Expedition Database, University of New Mexicohttps://coronado.unm.edu/node/8680
- « Great Cruelties Have Been Reported », extrait sur la présentation des Leyes Nuevas à l’audiencia de Mexico le 13 mars 1544 Project MUSEhttps://muse.jhu.edu/books/9780826353276/9780826353276-8.pdf
- « Documentos Remetidos da Índia ou Livro das Monções » CHAM, Centro de Humanidades, NOVA FCSHhttps://cham.fcsh.unl.pt/livros-coleccoes-detalhe.php?p=1042
- « Livros das Monções do AHU disponíveis em linha » Arquivo Histórico Ultramarinohttps://ahu.dglab.gov.pt/2018/08/07/livros-das-moncoes-do-ahu-disponiveis-em-linha/
- « Documentos remettidos da India ou Livros das Monções (TOMO Ⅴ) » Biblioteca Virtual de Macau (Macau Data)https://www.macaudata.mo/showbook?bno=b001842
- « Quanto mundo coube dentro das naus que chegaram e partiram de Lisboa ? », analyse de Rui Manuel Loureiro FCSH+Lisboa, NOVA FCSHhttps://maislisboa.fcsh.unl.pt/quanto-mundo-coube-das-naus-chegaram-partiram-lisboa/
- « Carreira da Índia (1500-1640) » Enciclopédia Virtual da Expansão Portuguesa, NOVA FCSHhttps://eve.fcsh.unl.pt/pt/temas-e-factos/carreira-da-india-1500-1640
- « A carreira da Índia » National Geographic Portugalhttps://www.nationalgeographic.pt/historia/a-carreira-india-rota-comercial-oriente-portugal_5476
- « Francisco de Almeida » Infopédia, Porto Editorahttps://www.infopedia.pt/$francisco-de-almeida
- « La corte virreinal novohispana : el virrey y su casa, imágenes distantes del rey y su corte (s. XVII) », P. Latasa Vassallo COREhttps://core.ac.uk/download/83559435.pdf
- « Autoridad y flexibilidad en la burocracia imperial española », J. L. Phelan CORE / Revista Historia y Justiciahttps://core.ac.uk/download/223392152.pdf
- « Arndt Brendecke (2012), Imperio e información », compte rendu de Nino Vallen et Marcela Suárez Estrada, CROLAR 3 (2), 2014 Critical Reviews on Latin American Researchhttps://crolar.org/index.php/crolar/article/download/145/html_86?inline=1
- « The King’s Living Image. The Culture and Politics of Viceregal Power in Colonial Mexico » Routledgehttps://www.routledge.com/The-Kings-Living-Image-The-Culture-and-Politics-of-Viceregal-Power-in-Colonial-Mexico/Caneque/p/book/9780203326930
- « De reinos, virreinatos y colonias », C. Büschges Procesos, Universidad Andina Simón Bolívarhttps://revistas.uasb.edu.ec/index.php/procesos/article/download/1945/1734/6384
- « ¿Virreinatos o colonias ? La ingenuidad política », Ricardo Veisaga, Revista Metábasis 16, 2023, citation de R. Levene sur la Recopilación Revista Metábasishttps://revistametabasis.com/wp-content/uploads/2023/09/metabasis00016057082.pdf
- Notice de l’article de R. D. García Pérez, Revista de historia del derecho 53, 2017 Biblat, UNAMhttps://biblat.unam.mx/en/revista/revista-de-historia-del-derecho/articulo/el-estatus-juridico-de-america-en-la-monarquia-espanola
- « ¿No eran militares los encomenderos ? », H. Someda Osaka University Knowledge Archivehttps://ir.library.osaka-u.ac.jp/repo/ouka/all/97895/estuhispa_007_145.pdf
- « Fray Bartolomé de Las Casas y el problema de la perpetuidad de la encomienda en el Perú », H. Someda Histórica, PUCPhttps://revistas.pucp.edu.pe/index.php/historica/article/download/7982/8272
- « Ordenanzas del visitador de la Nueva España, Tello de Sandoval, para la administración de justicia (1544) », I. Sánchez Bella Pontificia Universidad Católica de Chilehttps://ojs.uc.cl/index.php/rhis/article/download/15913/12995/33339
- « Análisis metodológico de dos juicios de residencia en Nueva Granada », M. Domínguez Ortega Revista Complutense de Historia de Américahttps://revistas.ucm.es/index.php/RCHA/article/download/RCHA9999110139A/28795/29956
- « La fórmula ‹ Obedézcase pero no se cumpla › en el Derecho castellano de la Baja Edad Media », notice Biblioteca Ararteko (Dialnet)https://biblioteca.ararteko.eus/Record/dialnet-ar-18-ART0000656132
- « Recopilación de leyes de los reynos de las Indias », Madrid, Julián de Paredes, 1681, notice Bibliotecas patrimoniales, IIB UNAMhttps://bibpatrimoniales.iib.unam.mx/Record/000013728
- « La prohibición del matrimonio del funcionario con mujer de la provincia en la que sirve : del Derecho Romano al Derecho Indiano », résumé Repositorio PUCPhttps://repositorio.pucp.edu.pe/index/handle/123456789/192554
- « Las enfermedades mortales de los virreyes de la Nueva España », G. Murillo-Godínez Medigraphichttps://www.medigraphic.com/pdfs/medintmex/mim-2022/mim225j.pdf
- « Huguette et Pierre Chaunu. Séville et l’Atlantique », compte rendu de Guy Beaujouan, Journal des savants, 1960, n° 2, p. 85-91 Perséehttps://www.persee.fr/doc/jds_0021-8103_1960_num_2_1_985







.jpg?width=500)

_and_Mexico_City_view_(reverse)'_(1683-1687)_by_Pedro_Villegas_(attr.)_-_Museo_Soumaya_-_Mexico_2024_(3).jpg?width=500)


