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Biographie
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Charles Quint, empereur des possessions des deux mondes

Époque moderne29 septembre 202616 min de lecture
Titian / Wikimedia Commons
16 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Cent mille lettres et une traduction portugaise

On attribue à Charles Quint, en ordre de grandeur, plus de cent mille lettres conservées, dispersées entre Simancas, Bruxelles, Vienne et bien d’autres dépôts, et un seul récit continu de sa carrière écrit par lui-même, qu’on ne lit plus que dans une traduction portugaise datée de Madrid en 1620. L’original français de ces Mémoires, composé vers 1550, n’a pas été retrouvé. La copie portugaise, repérée à la Bibliothèque nationale de Paris par le baron Kervyn de Lettenhove, qui en publie une traduction française en 1862, se dit traduite de la langue française et de l’original même, formule qu’aucun autre témoin ne permet aujourd’hui de contrôler.

Il naît à Gand le 24 février 1500, date attestée de son vivant et que personne ne discute. Son père, Philippe le Beau, fils de l’empereur Maximilien Iᵉʳ, gouverne les Pays-Bas bourguignons ; sa mère, Jeanne, est devenue héritière de Castille et d’Aragon après une série de décès dans la descendance de Ferdinand et d’Isabelle. Le nom change avec le pays. Aux Pays-Bas il est Charles, en Castille et en Aragon Carlos, premier du nom, dans l’Empire Karl, cinquième empereur ainsi appelé. « Charles Quint » est la forme française consacrée, que le XIXᵉ siècle écrit volontiers avec un trait d’union. Au bas de la déclaration qu’il rédige à Worms en 1521, il signe d’un simple « Carolus ».

Philippe meurt en Castille en septembre 1506. L’enfant grandit à Malines auprès de sa tante Marguerite d’Autriche, qui gouverne les Pays-Bas jusqu’à son émancipation, prononcée en janvier 1515. À la mort de Ferdinand d’Aragon, en janvier 1516, il se fait proclamer roi à Bruxelles conjointement avec sa mère, recluse à Tordesillas depuis 1509, où elle vivra jusqu’en 1555. Pendant près de quarante ans, les actes castillans portent ainsi deux noms, celui de Jeanne avant celui de Charles. Le 28 juin 1519, à Francfort, les sept électeurs choisissent Charles contre François Iᵉʳ au terme d’une surenchère d’environ 850 000 florins versés ou promis, ordre de grandeur que les comptages font varier de quelques dizaines de milliers ; le banquier augsbourgeois Jacob Fugger en avance plus de la moitié. Couronné roi des Romains à Aix-la-Chapelle en octobre 1520, il reçoit la couronne impériale à Bologne, des mains de Clément VII, le 24 février 1530, jour de ses trente ans.

Le 19 avril 1521, au lendemain de la seconde comparution de Luther devant la diète de Worms, il fait lire aux princes une déclaration en français écrite de sa main, dont le texte original est édité dans les Deutsche Reichstagsakten (Jüngere Reihe, n° 82, p. 595-596) ; il s’y dit résolu à procéder contre Luther « comme contre notoire hérétique », et l’édit qui met le moine au ban de l’Empire suit en mai. Le roi de France est pris à Pavie en février 1525, Rome mise à sac en mai 1527 par des troupes impériales impayées. Charles conduit en personne l’expédition de Tunis en 1535, puis celle, manquée, d’Alger en 1541. En mai 1543, à Palamós, dans l’attente d’un vent favorable pour passer en Italie, il rédige pour son fils Philippe, quinze ans, laissé régent, deux instructions autographes que conserve aujourd’hui la Hispanic Society of America, à New York (manuscrit B 2955). Le 24 avril 1547, il bat à Mühlberg les princes protestants de la ligue de Smalkalde, et Titien le peint l’année suivante à Augsbourg, à cheval et en armure (Madrid, Museo del Prado, inv. P-410). La conquête du Mexique puis celle du Pérou se font en son nom, sous le contrôle lointain du Conseil des Indes créé en 1524.

Le siège de Metz échoue à l’hiver 1552-1553. Le 25 octobre 1555, à Bruxelles, devant les états généraux, il remet les Pays-Bas à Philippe ; les couronnes espagnoles suivent en janvier 1556, et l’Empire revient à son frère Ferdinand, renonciation que les électeurs n’enregistrent qu’en 1558. Il s’installe le 3 février 1557 au monastère hiéronymite de Yuste, en Estrémadure. Une fièvre le prend à la fin d’août 1558, et il meurt le 21 septembre, vers deux heures et demie du matin selon l’inscription d’un banc du monastère. Enterré sous le maître-autel de l’église, il est transféré à l’Escorial sur ordre de Philippe II en 1574.

Ce parcours est daté au jour près. Les raisons de l’abdication, l’emploi des derniers mois et la cause de la mort sont connus par des récits d’une autre nature, dus à des moines, à des archivistes du XIXᵉ siècle et, depuis 2006, à des anatomopathologistes. Il faut maintenant prendre les textes de sa main, des Mémoires portugais aux instructions de Palamós, puis confronter les lettres de sa maison de Yuste aux chroniques hiéronymites, et suivre le chemin par lequel une phalange de petit doigt, conservée dans une urne à l’Escorial, est entrée dans le débat sur sa mort.

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