Celui qui ne choisit rien et ne fuit rien refuse la vie, et il se tient là comme une plante. L’accusation nous est parvenue par l’homme qu’elle vise. Sextus Empiricus la recopie au livre XI de son Adversus mathematicos, la partie qu’on intitule Contre les moralistes (XI, 163), sans nommer ses auteurs, qu’il désigne comme ceux qui croient le sceptique enfermé dans l’inaction ou dans l’incohérence. La seconde branche est plus cruelle que la première. Qu’un tyran le contraigne à commettre une chose indicible, et le sceptique devra ou bien refuser et choisir la mort, ou bien céder pour échapper aux tortures (XI, 164). Dans les deux cas il aura préféré une chose à une autre, ce que sa doctrine lui défend, puisque Timon, le disciple de Pyrrhon, voulait le sage « sans fuite et sans choix », selon le vers que Sextus cite au même endroit.
« Comme une plante »
Sextus range l’objection sous deux noms. L’inaction, anenergêsia, découle d’un constat sur la vie humaine, faite tout entière de choix et de refus, de sorte que celui qui ne choisit ni ne refuse renonce en fait à vivre (Adversus mathematicos, XI, 163). L’incohérence, apemphasis, naît du cas du tyran, où le sceptique finira par préférer un parti, ce qui revient selon ses adversaires à tenir pour acquis qu’une chose est à fuir et une autre à choisir (XI, 164). Dans la littérature moderne, les deux branches se rangent sous le nom d’objection d’apraxia, absence d’action, et Katja Vogt, dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy, la donne pour la plus discutée de toutes celles qu’on a faites aux sceptiques antiques.
L’accusation vise une thèse précise. Sextus définit le scepticisme comme une capacité d’opposer, de toutes les manières possibles, les choses qui apparaissent et celles qu’on pense, jusqu’à ce que l’égale force des raisons opposées, l’isostheneia, mène à la suspension du jugement, l’epochê, puis à la tranquillité, l’ataraxia (Esquisses pyrrhoniennes, I, 8). Le sceptique, précise-t-il, ne dogmatise pas, au sens où il ne donne son assentiment à aucune des choses non évidentes que recherchent les sciences (I, 13). Le bien et le mal sont de celles-là. Celui qui juge qu’une chose est bonne ou mauvaise par nature vit dans le trouble, écrit Sextus, et celui qui ne détermine rien sur ce point ne fuit ni ne poursuit rien avec ardeur (I, 27-28). Ses adversaires prennent la phrase au mot. Un homme qui ne tient rien pour bon n’a aucune raison de manger, de s’écarter d’un chien ou de désobéir à un tyran, et s’il le fait quand même, c’est qu’il croit davantage qu’il ne le dit.
Diogène Laërce rapporte la même charge sous une forme plus brutale. Les philosophes dogmatiques, écrit-il, soutiennent que les sceptiques suppriment la vie même, puisqu’ils rejettent tout ce dont elle est faite (Vies et doctrines des philosophes illustres, IX, 104), et ils ajoutent que le sceptique, s’il en recevait l’ordre, ne reculerait pas devant l’idée de découper son propre père (IX, 108). Sous sa première face, l’objection annonce un homme qui meurt de ne rien faire, sous la seconde un homme capable de tout. Les stoïciens l’avaient déjà dressée contre les académiciens d’Arcésilas et de Carnéade, et l’encyclopédie a suivi cette première querelle dans son article sur la Nouvelle Académie. Contre les pyrrhoniens, elle prend une forme plus dure, car Sextus refuse jusqu’au probable dont l’Académie faisait son guide. Les académiciens, écrit-il, appellent une chose bonne avec la conviction qu’il est plus probable qu’elle le soit, alors que le sceptique suit la vie sans opinion, pour ne pas rester inactif (I, 226 et 231).
Pyrrhon entre deux chariots
Le fondateur dont l’école a pris le nom fournit à l’objection une illustration toute trouvée. Pyrrhon d’Élis, né vers 365-360 et mort vers 275-270 avant notre ère selon la notice que Richard Bett lui consacre dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy, n’a rien écrit. Diogène Laërce lui prête une vie conforme à sa doctrine (IX, 62). Il ne se détournait de rien, ne prenait aucune précaution et affrontait tout ce qui se présentait, chariots, précipices ou chiens, sans rien confier au jugement des sens, et ses amis, qui le suivaient de près, le tiraient d’affaire, selon le récit d’Antigone de Caryste. La phrase suivante dit l’inverse. D’après Énésidème, Pyrrhon philosophait selon le principe de la suspension sans rien faire pour autant à l’aveugle (aprooratôs), et il vécut près de quatre-vingt-dix ans. Diogène laisse les deux versions côte à côte et ne choisit pas. Bett tient le récit d’Antigone pour une invention polémique, qu’aucune raison ne permet de prendre au sérieux comme biographie, et décrit ce biographe comme un amateur d’histoires à sensation, même s’il conservait sans doute quelques informations exactes. Énésidème, au Iᵉʳ siècle avant notre ère, quitta l’Académie pour restaurer un scepticisme plus radical, selon Vogt, et l’on ne sait pas s’il rapportait un témoignage ou défendait la mémoire du maître dont il refondait l’école.
Les autres anecdotes du livre IX tirent dans les deux sens. Pyrrhon vivait avec sa sœur Philista, qui était sage-femme, portait à l’occasion au marché de la volaille et des porcelets, faisait le ménage avec indifférence et lavait même un cochon (IX, 66). Un jour qu’il s’était emporté pour défendre sa sœur, il répondit à qui le lui reprochait qu’on ne fait pas la démonstration de l’indifférence sur une femme. Un chien se jeta sur lui et l’effraya, et il dit à son critique qu’il est difficile de dépouiller entièrement l’homme, ekdunai ton anthrôpon, mais qu’il faut lutter contre les choses par les actes si l’on peut, sinon par la parole. R. D. Hicks traduit « la faiblesse humaine », alors que le verbe grec s’emploie pour un vêtement qu’on retire. On garde ici le mot à mot, parce que l’image décrit exactement la difficulté, celle d’un homme qui voudrait ôter l’humanité comme une tunique et n’y parvient pas devant un chien.
Pyrrhon avait commencé comme peintre, et le gymnase d’Élis gardait de lui des porteurs de flambeaux (IX, 62).
Ce que l’on sait de Pyrrhon passe par son disciple Timon et par des biographes, hostiles ou admiratifs, souvent bien plus tardifs. Hicks observe en note que la longue exposition sceptique des paragraphes 69 à 108 du livre IX n’a pas de source évidente, et rapporte l’hypothèse d’une monographie sceptique qui ne serait pas antérieure à Sextus. Bett laisse ouverte la question de savoir si Pyrrhon fut un sceptique au sens de ses successeurs, puisque le résumé de sa pensée qu’on a conservé se lit aussi bien comme une thèse sur la nature des choses que comme une thèse sur notre incapacité à la connaître. L’objection des chariots vise donc un homme qu’on n’aperçoit qu’à travers ses biographes, et la réponse qui compte se lit chez un médecin grec écrivant plus de quatre siècles après lui.
Adoxastôs
Sextus Empiricus, médecin de l’école empirique dont il porte le nom, a vécu probablement au IIᵉ ou au IIIᵉ siècle de notre ère selon la notice de Benjamin Morison, vers 160-210 selon celle de Vogt. Ses Esquisses pyrrhoniennes répondent à l’objection en commençant par ce que le sceptique ne conteste pas. Ceux qui disent que les sceptiques suppriment les apparences, écrit-il, n’ont pas entendu ce que dit l’école (I, 19). Le miel apparaît doux, et le sceptique l’accorde, puisqu’il perçoit la douceur. Il doute seulement que le miel soit doux en son essence, question qui porte sur un jugement formé à propos de l’apparence (I, 20). Il donne donc son assentiment, précisait le paragraphe 13, aux affections que l’impression lui impose (tois kata phantasian katênankasmenois pathesi), et on ne l’entendra pas dire, quand il a chaud ou froid, qu’il croit ne pas avoir chaud ou froid.
Au chapitre suivant, Sextus tire de là un critère. Le mot désigne deux choses, la règle qui permettrait de croire qu’une chose existe ou n’existe pas, qu’il discutera pour la réfuter, et la règle de conduite d’après laquelle on fait certaines choses et on s’abstient d’autres (I, 21). Le critère de l’école, dans ce second sens, est l’apparence, to phainomenon, parce qu’elle consiste dans une affection involontaire et qu’on ne la met pas en question (I, 22). Que l’objet paraisse tel ou tel, personne ne le discute, et la recherche porte seulement sur la question de savoir s’il est tel qu’il paraît. Au paragraphe 23, Sextus en tire la conséquence pour la vie. Attentifs aux apparences, nous vivons sans opinion, adoxastôs, selon l’observance de la vie, biôtikê têrêsis, puisque nous ne pouvons pas être entièrement inactifs. Cette observance a quatre parts (I, 23-24). Par la conduite de la nature, nous sommes capables de sentir et de penser. Sous la contrainte des affections, la faim nous conduit à la nourriture et la soif à la boisson. La tradition des lois et des coutumes nous fait tenir, dans la conduite de la vie, la piété pour un bien et l’impiété pour un mal. Quant à l’enseignement des arts, il fait que nous ne restons pas inactifs dans les métiers que nous avons reçus. Sextus ferme le paragraphe sur une clause qui porte sur tout ce qui précède, nous disons tout cela sans opinion. On rend adoxastôs par « sans opinion » plutôt que par « sans croyance », parce que le mot grec est formé sur doxa, l’opinion, et parce que « croyance » trancherait d’avance le débat moderne exposé plus bas.
Ramené à trois phrases, le raisonnement donne ceci. Toute action suppose qu’une chose nous apparaisse et nous pousse, la soif vers l’eau ou la loi vers le rite. Rien de cela n’exige qu’on décide si l’eau est bonne par nature ou si la loi est juste en elle-même, questions sur lesquelles le sceptique suspend son jugement. On peut donc agir en suivant les apparences sans rien affirmer de ce qu’elles recouvrent, et Sextus appelle cela vivre sans opinion.
Le tyran reçoit une réponse du même type (Adversus mathematicos, XI, 165-166). Ceux qui accusent le sceptique, écrit Sextus, ne voient pas que selon le raisonnement philosophique il ne vit pas, et qu’il reste inactif pour autant qu’il s’en tient à ce raisonnement, mais que selon l’observance non philosophique, aphilosophos têrêsis, il peut choisir certaines choses et en fuir d’autres. Contraint par un tyran à commettre un acte interdit, il choisira peut-être l’un et fuira l’autre selon la prénotion, prolêpsis, conforme aux lois et aux coutumes de ses pères, et il supportera l’épreuve plus facilement que le dogmatique, parce qu’il n’y ajoute aucune opinion. Le mot « peut-être », tukhon, compte. Sextus laisse la décision à la coutume, sans garantir que le sceptique refusera le crime, et il renvoie, pour la manière d’endurer, à ce qu’il a écrit sur la fin du scepticisme, que les éditeurs identifient aux Esquisses, I, 25-30 (XI, 167). Diogène Laërce donne contre le parricide une réponse voisine, en séparant les recherches dogmatiques, où le sceptique suspend son jugement, des choses de la vie, où il choisit et fuit selon l’habitude et se sert des lois (IX, 108).
Sextus raconte ailleurs une scène qui montre l’observance au travail chez un adversaire (II, 245). Diodore, un dialecticien qui débitait des arguments sophistiques contre le mouvement, se démit l’épaule et alla se faire soigner chez le médecin Hérophile. Celui-ci lui dit en plaisantant que l’épaule s’était déboîtée soit là où elle était, soit là où elle n’était pas, qu’elle ne l’avait fait ni à l’un ni à l’autre endroit, et qu’elle n’était donc pas déboîtée. Diodore le pria de laisser ces arguments et de lui appliquer le traitement que prescrit l’art médical. Il suffit, conclut Sextus au paragraphe suivant, de conduire sa vie de façon empirique et sans opinion, selon les observances et les prénotions communes, en suspendant son jugement sur les subtilités dogmatiques les plus éloignées de l’usage (II, 246). L’homme qui niait le mouvement a eu besoin, pour une épaule, de la quatrième observance, l’enseignement des arts, et il l’a réclamée en demandant qu’on laisse de côté le genre d’arguments qu’il pratiquait.
« Nature is always too strong for principle »
L’objection change de forme au XVIIIᵉ siècle. Dans le premier livre du Traité de la nature humaine, paru en 1739, David Hume se demande s’il est vraiment de ces sceptiques qui tiennent tout pour incertain, et répond que la nature, par une nécessité absolue et incontrôlable, nous a déterminés à juger comme à respirer et à sentir (T 1,4.1,7). Celui qui s’est donné la peine de réfuter ce scepticisme total, ajoute-t-il, a disputé sans adversaire. La conclusion du même livre en fait le récit à la première personne. Après s’être décrit dans l’état le plus déplorable qu’on puisse imaginer (T 1,4.7,8), Hume raconte qu’il dîne, joue une partie de trictrac, converse et se réjouit avec ses amis, et qu’après trois ou quatre heures de divertissement ses spéculations lui paraissent si froides, si forcées et si ridicules qu’il n’a plus le cœur d’y entrer (T 1,4.7,9). Il peut, et même il doit, céder au courant de la nature (T 1,4.7,10).
L’Enquête sur l’entendement humain, publiée en 1748 sous le titre de Philosophical Essays concerning Human Understanding, donne à l’argument une forme plus serrée, dans la section XII. Le grand destructeur du pyrrhonisme, écrit Hume, est l’action, avec l’emploi et les occupations de la vie commune, devant lesquelles les doutes s’évanouissent comme une fumée et laissent le sceptique le plus résolu dans la même condition que les autres mortels (E 12,21). Aussi le pyrrhonien ne peut-il pas espérer que sa philosophie exerce sur l’esprit une influence constante. Si ses principes prévalaient universellement et durablement, toute vie humaine périrait, tout discours et toute action cesseraient aussitôt, et les hommes resteraient dans une léthargie totale jusqu’à ce que les nécessités de la nature, inassouvies, mettent fin à leur misérable existence. La nature, poursuit Hume, est toujours trop forte pour les principes, et le premier événement de la vie, le plus insignifiant, mettra en fuite les doutes du pyrrhonien, qui sera le premier, à son réveil, à rire de lui-même (E 12,23). À la place, Hume propose un scepticisme atténué, qu’il appelle aussi philosophie académique, durable et utile en ce qu’il rabat l’assurance des dogmatiques (E 12,24).
Mis à côté des Esquisses, ce texte produit un effet curieux. La faim qui conduit à la nourriture et la soif qui conduit à la boisson figurent chez Sextus dans la réponse à l’objection, au titre de la contrainte des affections (I, 24), et chez Hume dans l’objection elle-même, sous le nom des nécessités de la nature qui ont raison des principes. Les deux auteurs décrivent le même mécanisme et en tirent des conclusions contraires. Pour Sextus, l’homme que sa soif mène à l’eau vit en sceptique, puisqu’il suit une apparence sans rien affirmer de l’eau. Pour Hume, ce même homme a cessé de l’être, puisque la nature l’a fait juger malgré ses principes. Les deux textes laissent ainsi sans réponse une question, celle de savoir si suivre une apparence revient à croire.
Rustique ou urbain
La question a pris sa forme moderne en 1979, quand Michael Frede publie en allemand « Des Skeptikers Meinungen », repris en anglais en 1987 sous le titre « The Sceptic’s Beliefs ». Selon la présentation qu’en donne Morison, Frede accorde au sceptique les croyances ordinaires qui se forment sans qu’on rassemble des raisons, celles que fournissent la perception, les besoins du corps, la coutume et les métiers, et lui retire seulement celles qui reposent sur un raisonnement. Le paragraphe 13 des Esquisses distinguerait ainsi un sens large du mot dogme, l’acquiescement à une chose, que le sceptique accepte, et un sens étroit, l’assentiment à une thèse non évidente, qu’il refuse. Filip Grgić, en 2016, cite l’exemple que Frede en donne. Si on lui demande s’il pleut encore, le sceptique répond comme l’homme de la rue, et sa réponse dit comment les choses lui paraissent, sans prétendre à aucune vue sur la réalité.
Myles Burnyeat, dans « Can the Sceptic Live His Scepticism ? » en 1980, et Jonathan Barnes, dans « The Beliefs of a Pyrrhonist » en 1982, lisent les mêmes lignes autrement. Pour eux, toujours selon Morison, le pyrrhonien n’a aucune croyance, et lorsqu’il dit que le miel lui apparaît doux, il reconnaît un état qu’il éprouve, comme on avoue une sensation, sans rien affirmer de la manière dont les choses sont. Barnes, à qui Vogt rapporte la distinction entre un pyrrhonisme « rustique », qui suspend tout, et un pyrrhonisme « urbain », qui garde les croyances communes, répond à l’objection d’apraxia sans recourir à la croyance. La faim et la soif suffisent à pousser le sceptique vers la nourriture et la boisson, et l’apprentissage d’un métier transmet une compétence sans transmettre d’opinions. En 1984, dans « The Sceptic in his Place and Time », Burnyeat conteste que l’Antiquité ait connu l’isolement du doute, cette séparation qui permet de suspendre son jugement en philosophie sans que les croyances de la vie courante en soient touchées, et Grgić rapporte qu’il y voit un phénomène de notre temps. Si Burnyeat a raison, le sceptique urbain de Frede serait un anachronisme, et le sceptique rustique retrouverait l’objection d’apraxia entière devant lui.
Une autre objection vise la réponse de Sextus elle-même. Vogt relève qu’il invoque, pour répondre à l’accusation d’inaction, des idées dogmatiques sur la manière dont la raison s’acquiert. Sa première observance parle en effet d’une nature qui nous rend capables de sentir et de penser (I, 24). Morison, de son côté, s’appuie sur le vocabulaire du paragraphe 13, emprunté aux stoïciens, chez qui donner son assentiment à une impression revient à croire ce qu’elle présente, et juge que le poids des textes penche probablement vers Frede, tout en admettant qu’on puisse raisonnablement suspendre son jugement entre les deux lectures. Vogt compte cette question parmi celles que la recherche a le plus travaillées depuis quarante ans, et les principales pièces de la controverse ont été réunies en 1997 par Burnyeat et Frede sous le titre The Original Sceptics. A Controversy.
Le lecteur peut refaire l’essai du miel sur sa propre table. Il remplace « le café est trop chaud » par la phrase que Sextus autorise, « le café m’apparaît trop chaud », puis il attend avant de boire, et le geste est identique dans les deux cas. Pour Frede, l’attente témoigne d’une croyance ordinaire, formée sans raisonnement, et pour Barnes et Burnyeat d’une affection qui pousse sans que rien ait été affirmé du café. Qu’est-ce qui, dans ce qui se passe chez celui qui attend, permettrait de choisir entre ces deux descriptions ?
La réponse que Diogène Laërce prête aux sceptiques contre l’objection du parricide est arrivée abîmée jusqu’aux éditeurs modernes. Dans le texte grec qu’a édité Hicks en 1925, la phrase s’interrompt après les mots selon lesquels le sceptique pourra vivre, l’éditeur supplée un mot pour raccorder la suite, puis signale une lacune par des astérisques avant la distinction entre les recherches dogmatiques et les choses de la vie (IX, 108). La traduction anglaise du même Hicks rend le dernier terme de cette distinction, têrêtikôn, par « la prise de précautions », alors que le grec emploie la famille de têrêsis, l’observance dont Sextus fait la règle de toute la vie sceptique.
Pour aller plus loin
La Nouvelle Académie d’Arcésilas et de Carnéade, déjà traitée dans l’encyclopédie, a affronté la même objection avec le raisonnable et le persuasif, et Sextus s’en sépare au livre I des Esquisses. L’article consacré à Hume et à l’habitude suit la section IV de l’Enquête, où l’agent satisfait et le philosophe curieux cohabitent déjà, et celui qui porte sur les Essais de Montaigne retrouve la suspension du jugement à la Renaissance.
Si l’on doute de tout, pourquoi continuer à manger ou à fuir un chien ? Dans la Grèce ancienne, des philosophes appelés sceptiques refusaient de tenir quoi que ce soit pour certain. Leurs adversaires leur répondaient qu’on ne peut pas vivre ainsi. La dispute a traversé l’Antiquité, puis le XVIIIᵉ siècle, et les spécialistes ne l’ont toujours pas réglée.
Une plante qui ne choisit rien
L’accusation partait d’une idée simple. Vivre, pour un homme, consiste à choisir certaines choses et à en fuir d’autres. Celui qui ne choisit rien ressemble donc à une plante. Les adversaires ajoutaient le cas d’un tyran qui ordonne un crime. Le sceptique devra bien préférer la mort ou le crime, et à ce moment il aura choisi.
Une version plus brutale circulait aussi. Un sceptique à qui l’on ordonnerait de découper son propre père n’aurait, disait-on, aucune raison de refuser. L’objection avait donc deux visages. Ou bien le sceptique mourait de ne rien faire, ou bien il était prêt à tout.
Le maître et les chariots
Le fondateur de l’école s’appelait Pyrrhon. Il vivait à Élis, en Grèce, et il est mort au IIIᵉ siècle avant notre ère. Il n’a laissé aucun texte. On le connaît seulement par un disciple et par des biographes, amis ou ennemis.
Un vieux récit raconte qu’il ne se gardait de rien. Il marchait au-devant des chariots et des précipices, et ses amis devaient le suivre pour le protéger. Un autre témoin affirme le contraire. Selon lui, Pyrrhon doutait dans ses discours mais agissait avec prudence, et il vécut presque jusqu’à quatre-vingt-dix ans.
Un historien actuel voit dans le premier récit une invention d’adversaires. D’autres anecdotes montrent un homme ordinaire, qui vendait de la volaille au marché pour sa sœur ou lavait un cochon. Personne ne sait lequel de ces portraits est le bon.
Suivre ce qui apparaît
La réponse qui compte vient d’un médecin grec, Sextus Empiricus. Il a écrit plus de quatre siècles après Pyrrhon. Pour lui, le sceptique ne nie jamais ce qu’il ressent. Le miel lui paraît doux, et il l’accepte. Il refuse seulement de dire que le miel est doux par nature.
De là sort une règle de conduite. Le sceptique suit ce qui lui apparaît, sans rien affirmer sur ce qui se cache derrière. Sextus appelle cela vivre sans opinion. La nature lui donne des sens, la faim le mène à manger, la coutume lui apprend la piété, et un métier appris l’occupe.
Face au tyran, Sextus ne promet aucun héroïsme. Le sceptique suivra peut-être les lois de ses ancêtres. Il souffrira seulement moins qu’un autre, parce qu’il n’ajoute aucune opinion à sa douleur.
Sextus raconte aussi l’histoire d’un philosophe qui niait le mouvement. Cet homme se démet l’épaule et va chez un médecin. Pour rire, le médecin lui sert un raisonnement qui prouve que l’épaule n’a pas bougé. Le patient le prie de garder ses arguments et de le soigner.
La soif, réponse ou objection
En 1748, David Hume reprend l’objection à son compte. Si le doute total gagnait tout le monde, écrit-il, les hommes cesseraient de parler et d’agir. Ils finiraient par mourir, faute de satisfaire leurs besoins. Selon lui, la nature est toujours plus forte que ces principes.
Hume avait éprouvé la chose lui-même. Au sortir de ses doutes, il dînait, jouait au trictrac et riait avec ses amis. Au bout de quelques heures, ses spéculations lui semblaient froides et ridicules.
Hume et Sextus parlent pourtant des mêmes faits. La faim qui pousse à manger sert à Sextus de réponse, et à Hume d’objection. Pour l’un, l’homme qui boit parce qu’il a soif reste sceptique. Pour l’autre, il a cessé de l’être.
Les spécialistes se disputent sur ce point depuis 1979. Michael Frede pense que le sceptique garde les croyances de tous les jours et refuse seulement celles qui viennent d’un raisonnement savant. Myles Burnyeat répond qu’il ne croit rien du tout. Quand il dit que le miel lui paraît doux, il décrit ce qu’il éprouve, sans rien dire du miel. Le débat reste ouvert.
Pyrrhon lui-même avait buté sur la difficulté, raconte son biographe Diogène Laërce. Un chien se jeta un jour sur lui et l’effraya, et il répondit à qui le lui reprochait qu’il est difficile de se défaire entièrement de l’homme.
La version complète montre la phrase grecque qu’un éditeur a dû compléter à l’endroit même où le sceptique répond à l’objection du parricide, et raconte la querelle entre sceptiques « rustiques » et « urbains ».
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Sextus Empiricus, *Esquisses pyrrhoniennes* (*Pyrrhôneioi hypotypôseis*), I, 8 (définition du scepticisme, *isostheneia*, *epochê*, *ataraxia*), 13 (les deux sens de « dogme », « τοῖς γὰρ κατὰ φαντασίαν κατηναγκασμένοις πάθεσι συγκατατίθεται ὁ σκεπτικός »), 19-20 (les apparences non supprimées, le miel), 21-22 (les deux sens du critère, l’apparence comme critère d’action), 23-24 (« τοῖς φαινομένοις οὖν προσέχοντες κατὰ τὴν βιωτικὴν τήρησιν ἀδοξάστως βιοῦμεν », la quadruple observance, « ταῦτα δὲ πάντα φαμὲν ἀδοξάστως »), 25-30 (la fin du scepticisme), 27-28 (le bien et le mal par nature), 226 et 231 (différence avec la Nouvelle Académie) ; II, 245 (Hérophile et l’épaule de Diodore), 246 (« ἀρκεῖ γάρ, οἶμαι, τὸ ἐμπείρως τε καὶ ἀδοξάστως κατὰ τὰς κοινὰς τηρήσεις τε καὶ προλήψεις βιοῦν ») ; texte grec éd. Hermann Mutschmann, *Sexti Empirici Opera*, vol. 1, Leipzig, 1912, « Bibliotheca Teubneriana », transcription First1KGreek ; trad. anglaise de R. G. Bury, *Sextus Empiricus*, vol. 1, Londres et New York, 1933, Loeb Classical Library, transcription First1KGreek ; traduction de la rédaction Teubner
- Sextus Empiricus, *Esquisses pyrrhoniennes*, introduction, traduction et commentaires de Pierre Pellegrin, texte grec en regard, Paris, 1997, « Points Essais » n° 352, 570 p., ISBN 2-02-026298-3 ; édition française de référence, notice consultée (non collationnée pour les citations) Éditions du Seuil
- Sextus Empiricus, *Adversus mathematicos*, XI (*Contre les moralistes*), 162-164 (l’objection, *anenergêsia* et *apemphasis*, « τινος φυτοῦ τρόπον », le tyran, le vers de Timon « ἀφυγὴς καὶ ἀναίρετος », fr. 72 Diels), 165-166 (la réponse, « κατὰ δὲ τὴν ἀφιλόσοφον τήρησιν δύναται τὰ μὲν αἱρεῖσθαι, τὰ δὲ φεύγειν », la *prolêpsis* selon les lois et coutumes des pères, « τυχόν »), 167 (renvoi à l’exposé sur la fin sceptique, identifié par les éditeurs aux *Esquisses*, I, 25-30) ; texte grec éd. Hermann Mutschmann et Jürgen Mau, Leipzig, 1912-1954, vol. 2-3, « Bibliotheca Teubneriana », transcription First1KGreek ; traduction de la rédaction Teubner
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Sources primaires (suite)
- Diogène Laërce, *Vies et doctrines des philosophes illustres*, IX, 61 (Pyrrhon d’abord peintre), 62 (les chariots, les précipices et les chiens, Antigone de Caryste, « Αἰνεσίδημος δέ φησι φιλοσοφεῖν μὲν αὐτὸν κατὰ τὸν τῆς ἐποχῆς λόγον, μὴ μέντοι γʼ ἀπροοράτως ἕκαστα πράττειν », près de quatre-vingt-dix ans, les porteurs de flambeaux du gymnase d’Élis), 66 (Philista, la volaille et les porcelets, le cochon lavé, le chien, « χαλεπὸν εἴη ὁλοσχερῶς ἐκδῦναι τὸν ἄνθρωπον »), 104 (les sceptiques accusés de supprimer la vie), 108 (le parricide, la lacune après « ὡς δυνήσεται βιοῦν 〈ὥστε〉 », « οὐ περὶ τῶν βιωτικῶν καὶ τηρητικῶν ») ; texte grec et trad. anglaise de R. D. Hicks, Cambridge (Mass.) et Londres, 1925, Loeb Classical Library, avec la note de Hicks sur la source des § 69-108, transcriptions Perseus et LacusCurtius ; traduction de la rédaction Harvard University Press et William Heinemann
- Diogène Laërce, *Vies et doctrines des philosophes illustres*, trad. française sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé, avec Jean-François Balaudé, Luc Brisson, Jacques Brunschwig et Tiziano Dorandi, Paris, 1999, « La Pochothèque », 1 398 p., ISBN 2-253-13241-1 ; édition française de référence, notice consultée (non collationnée pour les citations) Librairie générale française
- David Hume, *Philosophical Essays concerning Human Understanding*, Londres, 1748, intitulé *An Enquiry concerning Human Understanding* à partir de 1758 ; section XII, « Of the Academical or Sceptical Philosophy », E 12,21 (l’action et les occupations de la vie commune, grand destructeur du pyrrhonisme, les doutes dissipés comme une fumée), 12,23 (« all human life must perish », « All discourse, all action would immediately cease », « Nature is always too strong for principle », « the first and most trivial event in life », le rire du pyrrhonien contre lui-même), 12,24 (le scepticisme atténué ou philosophie académique) ; texte anglais de Hume Texts Online ; cité en traduction de la rédaction Hume Texts Online
- David Hume, *Enquête sur l’entendement humain*, introduction, texte, traduction et notes de Michel Malherbe, édition bilingue, Paris, 2008, « Bibliothèque des textes philosophiques », 420 p., ISBN 978-2-7116-1990-0 ; édition française de référence (non collationnée pour les citations) Vrin
- David Hume, *A Treatise of Human Nature*, livre I, 1739 ; T 1,4.1,7 (« Nature, by an absolute and uncontroulable necessity has determin’d us to judge as well as to breathe and feel », le sceptique total réfuté « without an antagonist »), 1,4.7,8 (« the most deplorable condition imaginable »), 1,4.7,9 (« I dine, I play a game of back-gammon, I converse, and am merry with my friends », « so cold, and strain’d, and ridiculous »), 1,4.7,10 (« I may, nay I must yield to the current of nature ») ; texte anglais de Hume Texts Online ; cité en traduction de la rédaction Hume Texts Online
- David Hume, *Traité de la nature humaine. Livre I et appendice, L’entendement*, trad. Philippe Baranger et Philippe Saltel, Paris, 1995, « GF » ; édition française de référence (non collationnée pour les citations) Flammarion
Bibliographie
- Benjamin Morison, « Sextus Empiricus », *The Stanford Encyclopedia of Philosophy*, première publication le 17 janvier 2014, révision substantielle du 12 mars 2026, sections 1 (dates probables, médecin de l’école empirique), 3,4.1 (la lecture de Frede), 3,4.2 (la lecture de Barnes et de Burnyeat, la réponse de Barnes à l’objection) et 3,4.4 (le vocabulaire stoïcien du § 13, le poids des textes en faveur de Frede) Stanford University
- Katja Vogt, « Ancient Skepticism », *The Stanford Encyclopedia of Philosophy*, première publication le 24 février 2010, révision substantielle du 21 septembre 2022, sections 1 (l’objection d’*apraxia* comme la plus discutée, la citation de Hume), 4,2 (Énésidème, Iᵉʳ siècle avant notre ère), 4,4 (Sextus vers 160-210, la quadruple observance, le débat sur les croyances du sceptique, quarante ans de recherche) et 4,4 (ii) (les idées dogmatiques invoquées dans la réponse de Sextus), avec la référence à Barnes (1982) pour la distinction entre sceptiques rustiques et urbains Stanford University
- Richard Bett, « Pyrrho », *The Stanford Encyclopedia of Philosophy*, première publication le 5 août 2002, révision substantielle du 15 septembre 2022, sections 1 (dates), 2 (absence d’écrits, Antigone de Caryste), 3 (les deux lectures du résumé de sa pensée) et 5 (le récit d’Antigone tenu pour une invention polémique, la version d’Énésidème) Stanford University
- Michael Frede, « Des Skeptikers Meinungen », *Neue Hefte für Philosophie* 15/16, 1979, p. 102-129 ; trad. anglaise « The Sceptic’s Beliefs », dans *Essays in Ancient Philosophy*, Oxford, 1987, p. 179-200, repris dans Burnyeat et Frede (dir.), 1997, p. 1-24 ; d’après la bibliographie de Benjamin Morison Neue Hefte für Philosophie
- Myles Burnyeat, « Can the Sceptic Live His Scepticism ? », dans Malcolm Schofield, Myles Burnyeat et Jonathan Barnes (dir.), *Doubt and Dogmatism*, Oxford, 1980, p. 20-53, repris dans Burnyeat et Frede (dir.), 1997, p. 25-57, et dans Myles Burnyeat, *Explorations in Ancient and Modern Philosophy*, Cambridge, 2012, chap. 8, p. 205-235, DOI 10,1017/CBO9780511974052 011 Clarendon Presshttps://doi.org/10.1017/CBO9780511974052
- Myles Burnyeat, « The Sceptic in his Place and Time », dans Richard Rorty, J. B. Schneewind et Quentin Skinner (dir.), *Philosophy in History*, Cambridge, 1984, p. 225-254, repris dans Burnyeat et Frede (dir.), 1997, p. 92-126 ; thèse sur l’isolement du doute d’après Filip Grgić (2016), p. 450, n. 17 Cambridge University Press
- Jonathan Barnes, « The Beliefs of a Pyrrhonist », *Proceedings of the Cambridge Philological Society* 28, 1982, p. 1-29, DOI 10,1017/S0068673500004375, repris dans Burnyeat et Frede (dir.), 1997, p. 58-91 Proceedings of the Cambridge Philological Societyhttps://doi.org/10.1017/S0068673500004375
- Myles Burnyeat et Michael Frede (dir.), *The Original Sceptics. A Controversy*, Indianapolis, 1997, xiii-155 p., ISBN 0-87220-347-6 et 0-87220-348-4 Hackett
- Filip Grgić, « Apraxia, Appearances, and Beliefs : The Pyrrhonists’ Way Out », *Croatian Journal of Philosophy* XVI, n° 48, 2016, p. 441-458 (l’exemple de la pluie chez Frede, p. 452-453 ; Burnyeat et l’isolement, p. 450, n. 17) Croatian Journal of Philosophy
Sources en ligne
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- « First1KGreek/data/tlg0544/tlg001/tlg0544.tlg001,1st1K-eng1.xml at master · OpenGreekAndLatin/First1KGreek » (Sextus Empiricus, *Outlines of Pyrrhonism*, trad. Bury) Open Greek and Latin, GitHubhttps://github.com/OpenGreekAndLatin/First1KGreek/blob/master/data/tlg0544/tlg001/tlg0544.tlg001.1st1K-eng1.xml
- « tlg0544.tlg002,1st1K-grc1.xml » (Sextus Empiricus, *Adversus mathematicos*, éd. Mutschmann et Mau) Open Greek and Latin, GitHubhttps://raw.githubusercontent.com/OpenGreekAndLatin/First1KGreek/master/data/tlg0544/tlg002/tlg0544.tlg002.1st1K-grc1.xml
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- « LacusCurtius • Diogenes Laërtius : Pyrrho » (Diogène Laërce, IX, 61-108, trad. Hicks) LacusCurtius, University of Chicagohttps://penelope.uchicago.edu/Thayer/E/Roman/Texts/Diogenes_Laertius/Lives_of_the_Eminent_Philosophers/9/Pyrrho*.html
- « An Enquiry concerning Human Understanding » (section 12) Hume Texts Onlinehttps://davidhume.org/texts/e/12
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- « Sextus Empiricus (Stanford Encyclopedia of Philosophy) » Stanford Encyclopedia of Philosophyhttps://plato.stanford.edu/entries/sextus-empiricus/
- « Ancient Skepticism (Stanford Encyclopedia of Philosophy) » Stanford Encyclopedia of Philosophyhttps://plato.stanford.edu/entries/skepticism-ancient/
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- « Linked bibliography for the SEP article « Sextus Empiricus » by Benjamin Morison » PhilPapershttps://philpapers.org/sep/sextus-empiricus
- « The beliefs of a Pyrrhonist » (Jonathan Barnes) Cambridge Core, Cambridge University Presshttps://www.cambridge.org/core/journals/cambridge-classical-journal/article/beliefs-of-a-pyrrhonist/FEF51D31C7ED96D6137CA20804DD563D
- « Can the sceptic live his scepticism ? (Chapter 8) - Explorations in Ancient and Modern Philosophy » Cambridge Core, Cambridge University Presshttps://www.cambridge.org/core/books/explorations-in-ancient-and-modern-philosophy/can-the-sceptic-live-his-scepticism/12ED1EB64989524D2F43781B992E4443
- « The original sceptics : a controversy » CiNii Books, National Institute of Informaticshttps://ci.nii.ac.jp/ncid/BA37723916?l=en
- « Apraxia, Appearances, and Beliefs : The Pyrrhonists’ Way Out » (Filip Grgić, PDF) Hrčak, portail des revues scientifiques croateshttps://hrcak.srce.hr/file/265685
- « Esquisses pyrrhoniennes » (trad. Pierre Pellegrin, Seuil, 1997) CiNii Books, National Institute of Informaticshttps://ci.nii.ac.jp/ncid/BA37316366?l=en
- « Image from Coce » (notice de Diogène Laërce, *Vies et doctrines des philosophes illustres*, La Pochothèque, 1999) Portail du CRBC, Université de Bretagne occidentalehttps://portailcrbc.univ-brest.fr/bib/58268
- « Enquête sur l’entendement humain » (trad. Michel Malherbe, Vrin, 2008) catalogue Nantilus, Nantes Universitéhttps://nantilus.univ-nantes.fr/vufind/Record/PPN127375600/Description
- « Traité de la nature humaine. Livre I et appendice, L’entendement / David Hume » bibliothèque de l’Université catholique de Lillehttps://bibliotheque.univ-catholille.fr/doc/SYRACUSE/631991


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