Connectez-vous pour enregistrer les articles, suivre votre progression et ajouter des favoris.

∃
Abonnez-vous pour bénéficier des playlists

L’existence précède l’essence : Sartre, le coupe-papier et l’élève

Unknown authorUnknown author / Wikimedia Commons
9 min de lecture24 sources vérifiées
L’article complet en PDFAbonnez-vous pour bénéficier du téléchargement PDF

Avant d’exister, un coupe-papier a déjà une définition. L’artisan qui le fabrique sait à quoi il servira et suit une technique qui est au fond une recette. Personne ne fabrique un coupe-papier sans savoir ce qu’est un coupe-papier. C’est pourtant par cet objet modeste que Jean-Paul Sartre, le lundi 29 octobre 1945, devant le public réuni à Paris par le club Maintenant, commence à expliquer ce que signifie exister pour un homme.

L’artisan a toujours une idée d’avance

Le passage ouvre presque la conférence, publiée l’année suivante chez Nagel sous le titre L’existentialisme est un humanisme. Pour le coupe-papier, dit Sartre, l’essence, « l’ensemble des recettes et des qualités qui permettent de le produire et de le définir », précède l’existence. Le schéma vaut ensuite pour la création entière, puisqu’un Dieu créateur se conçoit le plus souvent comme un artisan supérieur qui sait précisément ce qu’il crée, et chaque homme réalise alors un concept présent dans l’entendement divin.

Le deuxième temps vise les incroyants. Au XVIIIᵉ siècle, écrit Sartre, l’athéisme des philosophes supprime la notion de Dieu, « mais non pas pour autant l’idée que l’essence précède l’existence ». On conserve une nature humaine commune, dont chaque individu serait un exemplaire, après avoir retiré l’atelier où le modèle avait été dessiné. Sartre tient cette position pour bancale et revendique pour la sienne une cohérence supérieure. Si Dieu n’existe pas, il y a au moins un être chez qui l’existence précède l’essence, « un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept », et cet être est l’homme, « ou, comme dit Heidegger, la réalité-humaine ».

L’argument tient en trois pas. Une essence qui précède l’existence suppose un esprit qui l’a conçue avant que la chose soit faite. Sans Dieu, aucun esprit n’a conçu l’homme avant qu’il existe. L’homme existe donc d’abord, et sa définition ne peut lui venir qu’après, de ce qu’il fait. Tout repose sur la première prémisse, qui pense l’essence sur le modèle de l’objet fabriqué, et la conférence ne justifie pas ce modèle. Une nature peut-elle exister sans que personne l’ait conçue, comme celle qu’on attribue au chêne ou au loup ? Sartre passe directement aux conséquences, et la formule y gagne son sens moral.

« Il ne sera qu’ensuite »

Exister d’abord, explique Sartre, veut dire que l’homme « existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu’il se définit après ». S’il n’est pas définissable, « c’est qu’il n’est d’abord rien. Il ne sera qu’ensuite, et il sera tel qu’il se sera fait ». L’homme, conclut-il, « n’est rien d’autre que ce qu’il se fait », et tel est le premier principe de l’existentialisme.

Le principe engage une responsabilité sans reste. Si vraiment l’existence précède l’essence, l’homme est responsable de ce qu’il est, sans rien pouvoir reporter sur une hérédité ou une nature. D’où la formule devenue proverbiale, « l’homme est condamné à être libre », condamné « parce qu’il ne s’est pas créé lui-même », libre « parce qu’une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu’il fait ».

Ces phrases ont été prononcées avant d’être écrites. Le texte est la sténographie, à peine retouchée, d’une conférence, et Arlette Elkaïm-Sartre rappelle dans sa présentation de l’édition de 1996 que Sartre a regretté très vite de l’avoir laissé publier. Selon Thomas Baldwin, Sartre y simplifiait sa pensée pour un large public, et la conférence a ensuite passé pour l’exposé définitif de l’existentialisme. La thèse, elle, précède la soirée de 1945. Dès 1943, L’Être et le Néant pose que « la liberté humaine précède l’essence de l’homme et la rend possible » (première partie, chapitre I, section V).

L’expression « réalité-humaine » a son histoire. C’est la traduction que Henry Corbin avait donnée du mot Dasein en 1938, dans Qu’est-ce que la métaphysique ?, premier recueil de Heidegger publié en français. Corbin, alors bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, consacrera ensuite l’essentiel de son œuvre à Sohravardi et à la philosophie de l’Iran islamique. Jacques Derrida a jugé cette traduction « monstrueuse à tant d’égards » dans « Les fins de l’homme », en 1968. Elle a au moins un avantage sur les retraductions plus fidèles, celui de rendre visible d’un coup ce que Sartre a fait du mot allemand, qui sous sa plume désigne sans détour l’homme.

Rester auprès de sa mère

Pour faire sentir ce que veut dire se définir après coup, Sartre raconte le cas d’un de ses élèves venu le trouver sous l’Occupation. Le père du jeune homme est brouillé avec sa mère et incline à collaborer. Son frère aîné a été tué dans l’offensive allemande de 1940, et il voudrait le venger. Sa mère vit seule avec lui, accablée par la demi-trahison du père et par la mort de son aîné, et ne trouve de consolation qu’en lui. Il a le choix entre partir pour l’Angleterre et s’engager dans les Forces françaises libres, ce qui revient à abandonner sa mère, ou rester auprès d’elle et l’aider à vivre. Sartre passe en revue les morales disponibles. La charité chrétienne commande d’aimer son prochain sans dire lequel, de la mère ou de ceux qui se battent. L’impératif catégorique interdit de traiter autrui comme un simple moyen, or rester traiterait la mère comme une fin en risquant de faire des combattants des moyens, et partir produirait l’inverse. Consulter son sentiment ne vaut guère mieux, puisque seul l’acte dira lequel des deux attachements était le plus fort. Sa réponse, telle qu’il la rapporte, tient en quelques mots, « vous êtes libre, choisissez, c’est-à-dire inventez », et il la justifie en affirmant qu’aucune morale générale ne peut indiquer ce qu’il y a à faire, parce qu’« il n’y a pas de signe dans le monde ».

Sartre ajoute que l’élève, en venant le trouver, savait déjà ce qu’il allait entendre.

Le cas éprouve la thèse. Si une nature humaine précédait ce jeune homme, elle déciderait à sa place. Pour Sartre, rien d’antérieur au choix ne le contient. Seul le choix fera de lui, après coup, un fils resté ou un combattant parti, et n’importe quel dilemme où deux devoirs s’annulent permet de refaire l’expérience. Le texte ne dit pas ce que le jeune homme a décidé, et on ne connaît le cas que par le récit de Sartre.

Heidegger, lecteur de la conférence

La formule a un ancêtre. En 1927, au paragraphe 9 de Sein und Zeit (p. 42 de l’édition originale), Heidegger écrit Das „Wesen“ des Daseins liegt in seiner Existenz, littéralement l’« essence » du Dasein tient dans son existence. Steven Crowell suggère que les guillemets signalent un sens à part, peut-être l’absence de toute essence. La conférence de 1945 range d’ailleurs Heidegger parmi les existentialistes athées.

Heidegger a refusé l’héritage.

Thomas Baldwin note que la Lettre sur l’humanisme, rédigée en 1946 pour répondre à Jean Beaufret et publiée en 1947, est la seule réponse directe de Heidegger à l’œuvre de Sartre. Sartre, y lit-on dans la traduction de Roger Munier, prend existentia et essentia au sens de la métaphysique, qui dit depuis Platon que l’essentia précède l’existentia. « Sartre renverse cette proposition. Mais le renversement d’une proposition métaphysique reste une proposition métaphysique. » Heidegger ajoute que ce principe « n’a pas le moindre point commun » avec la phrase de Sein und Zeit. L’objection va plus loin qu’un désaveu de paternité. Permuter deux termes les laisse intacts, et la question de savoir ce que veut dire exister demeure entière quand on a seulement décidé lequel des deux passait devant.

Le diagnostic a été contesté autant que repris. Gérard Wormser relève en 2004 que la seule phrase de Sartre citée dans la Lettre, « nous sommes sur un plan où il y a seulement des hommes », vient de la conférence, et que la Lettre avoue elle-même l’échec de Sein und Zeit à dire ce renversement dans la langue de la métaphysique, si bien que Heidegger reproche surtout à Sartre de n’avoir pas avancé plus vite que lui. Derrida, en 1968, s’appuyait au contraire sur la Lettre pour faire de Sartre le représentant d’un humanisme anthropologique, et voyait dans le succès de « réalité-humaine » l’indice d’une lecture, ou d’une non-lecture, de Heidegger.

Le poids spécifique du passé

Le soir même, dans la discussion imprimée à la suite de la conférence, le marxiste Pierre Naville opposait à Sartre que la réalité première est « une condition naturelle et non pas une condition humaine ». L’objection la plus élaborée vise la liberté et part d’un exemple de L’Être et le Néant (quatrième partie). Un marcheur s’arrête, vaincu par la fatigue, et Sartre refuse d’y voir l’effet de la fatigue, puisque c’est le marcheur qui, à la lumière de son projet, a décidé qu’elle était insupportable, au nom d’une liberté que le livre dit « totale et infinie ».

Maurice Merleau-Ponty répond dans le dernier chapitre de la Phénoménologie de la perception, intitulé « La liberté », paru en 1945. Si la liberté confère à chaque motif tout son poids, « l’idée de l’action disparaît », car l’action libre, pour être décelable, « devrait se détacher sur un fond de vie qui ne le fût pas ou qui le fût moins » (p. 499). Il faut que la liberté ait « du champ » (p. 500), ce qui ne revient pas à la nier, puisque « les motifs n’annulent pas la liberté » (p. 510). Une attitude souvent confirmée finit par être privilégiée, et le passé, « s’il n’est pas une fatalité, a du moins un poids spécifique », il est « l’atmosphère de mon présent » (p. 504-505). La conclusion porte sur l’origine même de nos actes, puisque « l’idée de situation exclut la liberté absolue à l’origine de nos engagements » (p. 518).

Rapportée au marcheur, l’objection devient tangible. Celui qui a renoncé cent fois n’aborde pas la côte suivante devant un choix vierge. Jakub Čapek situe en 2020 le cœur de la critique dans cette sédimentation des conduites. La liberté demeure, mais elle détourne la vie de son sens spontané « par une série de glissements », « et non par aucune création absolue » (p. 519).

Sartre a fini par borner lui-même sa thèse. Dans un entretien publié en anglais par la New Left Review à la fin de 1969, « Itinerary of a Thought », il raconte avoir relu la note placée en tête de ses pièces de la guerre, selon laquelle un homme reste toujours libre de choisir d’être un traître ou non. Il dit en avoir été scandalisé. Sa liberté tient désormais dans le petit mouvement par lequel un être social entièrement conditionné ne restitue pas tout ce que son conditionnement lui a donné, celui qui a fait de Genet, conditionné à être voleur, un poète.

Lucien Goldmann décrivait dès 1970 l’itinéraire de Sartre comme une suite de trois transformations majeures, correspondant à quatre périodes. Thomas Baldwin demandait en 1986 qu’on ne lise jamais la conférence seule, parce qu’elle simplifiait une position propre à Sartre, qu’éclairent les autres textes de la même époque. Il faudrait savoir si le « coefficient d’adversité » que L’Être et le Néant reconnaît déjà aux choses suffisait à loger le petit mouvement de 1969, ou si Sartre a dû, pour l’écrire, abandonner la liberté « totale et infinie » de 1943 et, avec elle, une partie de ce que la formule de 1945 promettait.

Pour aller plus loin

La formule de Sartre conduit à la mauvaise foi, cette conduite par laquelle on se traite soi-même comme une chose pour échapper à sa liberté, que L’Être et le Néant décrit longuement. Elle rejoint Kierkegaard, « père de l’existentialisme », et Husserl, dont la phénoménologie nourrit le vocabulaire de L’Être et le Néant. L’analytique du Dasein que Heidegger avait engagée en 1927, et les philosophies féministes issues de Simone de Beauvoir, restent à développer.

Se connecter pour enregistrer
Se connecter pour enregistrer

Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. Jean-Paul Sartre, *L’existentialisme est un humanisme*, conférence prononcée le 29 octobre 1945 à la demande du club Maintenant, Paris, Nagel, 1946 ; rééd. présentée par Arlette Elkaïm-Sartre, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 1996 passages du coupe-papier, de l’athéisme des philosophes du XVIIIᵉ siècle, « il ne sera qu’ensuite », « condamné à être libre », cas de l’élève ; discussion avec Pierre Naville imprimée à la suite ; présentation « Situation de la conférence » (regret de Sartre)
  2. Jean-Paul Sartre, *L’Être et le Néant. Essai d’ontologie phénoménologique*, Paris, Gallimard, 1943 première partie, chap. I, section V, « la liberté humaine précède l’essence de l’homme et la rend possible » (p. 60 de l’éd. « Tel ») ; quatrième partie, chap. I, la marche interrompue par la fatigue, la liberté « totale et infinie » et le « coefficient d’adversité » des choses
  3. Martin Heidegger, *Sein und Zeit*, Halle, Max Niemeyer, 1927, § 9, p. 42 de la pagination originale, « Das „Wesen“ des Daseins liegt in seiner Existenz »
Voir les 21 sources restantesMasquer les autres sources

Sources primaires (suite)

  1. Martin Heidegger, *Qu’est-ce que la métaphysique ?*, suivi d’extraits sur l’être et le temps et d’une conférence sur Hölderlin, trad. Henry Corbin, Paris, Gallimard, 1938 première traduction française de Heidegger, où *Dasein* devient « réalité-humaine »
  2. Martin Heidegger, *Brief über den Humanismus* (rédigée en 1946, publiée en 1947) ; *Lettre sur l’humanisme*, texte allemand et traduction en regard par Roger Munier, Paris, Aubier-Montaigne, 1957, éd. revue 1964 passage sur le « principe » de Sartre et le renversement de la proposition métaphysique
  3. Maurice Merleau-Ponty, *Phénoménologie de la perception*, Paris, Gallimard, 1945, troisième partie, chap. III, « La liberté », p. 499-500, 504-505, 510, 518-519 (pages citées d’après la réédition Gallimard de 1999 utilisée par Jakub Čapek)
  4. Jean-Paul Sartre, « Itinerary of a Thought », entretien, *New Left Review*, I/58, novembre-décembre 1969 la note relue sur la liberté de trahir, le « petit mouvement » et l’exemple de Genet
  5. Jacques Derrida, « Les fins de l’homme » (1968), dans *Marges de la philosophie*, Paris, Minuit, 1972, p. 135-136 sur la traduction de *Dasein* par « réalité-humaine »

Bibliographie

  1. Thomas Baldwin, « Sartre, *Existentialism and Humanism* », *Royal Institute of Philosophy Supplements* 20, *Philosophers Ancient and Modern*, 1986, p. 287-307, DOI 10,1017/S0957042X0000420X Cambridge University Presshttps://doi.org/10.1017/S0957042X0000420X
  2. Steven Crowell, « Heidegger : the existential analytic of Dasein », dans *The Cambridge Companion to Existentialism*, Cambridge, 2012, chap. 8 Cambridge University Press
  3. Gérard Wormser, « Phénoménologies : la relation de Jacques Derrida à Sartre et Heidegger », *Sens public*, 14 septembre 2004 Sens public
  4. Jakub Čapek, « Motivation et normativité : réflexions sur le concept de liberté à partir de Merleau-Ponty », *Bulletin d’analyse phénoménologique* 16 (2), 2020, DOI 10,25518/1782-2041,1166 Université de Liègehttps://doi.org/10.25518/1782-2041.1166
  5. Michel Cardin, « Liberté individuelle et action historique dans *L’Être et le Néant* de Sartre », explication donnée le 19 mai 2016 au lycée Galilée de Gennevilliers, stage académique de formation Académie de Versailles
  6. Lucien Goldmann, « Problèmes philosophiques et politiques dans le théâtre de Jean-Paul Sartre : l’itinéraire d’un penseur », *L’Homme et la société* 17, 1970 L’Homme et la société

Sources en ligne

  1. « Existentialism » Stanford Encyclopedia of Philosophy, Stanford Universityhttps://plato.stanford.edu/entries/existentialism/
  2. « Jean-Paul Sartre » Stanford Encyclopedia of Philosophy, Stanford Universityhttps://plato.stanford.edu/entries/sartre/
  3. « Sartre, Existentialism and Humanism » Royal Institute of Philosophy Supplements, Cambridge Corehttps://www.cambridge.org/core/journals/royal-institute-of-philosophy-supplements/article/sartre-existentialism-and-humanism/6FC348FA05A32DE57B6D40BF07B52351
  4. « 8 - Heidegger : the existential analytic of Dasein » The Cambridge Companion to Existentialism, Cambridge Corehttps://www.cambridge.org/core/books/cambridge-companion-to-existentialism/heidegger-the-existential-analytic-of-dasein/9A4ED76545F95B9704A917D4D9259041
  5. « Jean-Paul Sartre, Itinerary of a Thought, NLR I/58, November–December 1969 » New Left Reviewhttps://newleftreview.org/issues/i58/articles/jean-paul-sartre-itinerary-of-a-thought
  6. « Motivation et normativité : Réflexions sur le concept de liberté à partir de Merleau-Ponty » Bulletin d’Analyse Phénoménologique, Université de Liègehttps://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1166
  7. « Phénoménologies : la relation de Jacques Derrida à Sartre et Heidegger » Sens public, Université de Sherbrookehttps://www.sens-public.org/articles/101/
  8. « Liberté individuelle et action historique dans L’Etre et le néant de Sartre » Philosophie, Académie de Versailleshttps://philosophie.ac-versailles.fr/IMG/pdf/liberte_individuelle_et_action_historique_dans_l_etre_et_le_ne_ant_de_sartre_michel_cardin.pdf
  9. « Problèmes philosophiques et politiques dans le théâtre de Jean-Paul Sartre : l’itinéraire d’un penseur » Perséehttps://www.persee.fr/doc/homso_0018-4306_1970_num_17_1_1315
  10. « CORBIN HENRY (1903-1978) » Encyclopædia Universalishttps://www.universalis.fr/encyclopedie/henry-corbin/
La lettre

Vous avez aimé cet article ?

Les nouveaux récits de l’encyclopédie et l’enquête du moment.