Une encyclopédie chinoise répartit les animaux en quatorze classes. On y trouve ceux qui appartiennent à l’Empereur, les cochons de lait, les sirènes, les chiens en liberté, ceux qui viennent de casser la cruche, ceux qui de loin ressemblent à des mouches, et une classe réservée aux animaux compris dans la présente classification. Jorge Luis Borges prête ce catalogue à un sinologue allemand, Franz Kuhn, dans « El idioma analítico de John Wilkins », un essai recueilli à Buenos Aires en 1952 dans Otras inquisiciones. Michel Foucault le recopie à la première page de la préface des Mots et les choses (Les Mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines, Gallimard, 1966), et il fait naître son livre du rire que ce texte lui a causé.
L’impossibilité nue de penser cela
Prise à part, aucune des classes n’est impensable. Les sirènes et les bêtes fabuleuses existent dans les récits, les cochons de lait sur les marchés, et le monstrueux tient selon Foucault à l’absence d’un lieu commun où ces êtres pourraient voisiner, en dehors de la page où Borges les aligne. Il le formule en une ligne, « l’impossibilité nue de penser cela » (p. 7). On peut faire l’essai sur la liste elle-même. Il suffit de chercher le critère qui réunirait les quatorze classes, puis de se demander pourquoi celle des animaux compris dans la présente classification donne plus de vertige que les autres. Elle contient la liste dans la liste, et ruine le tableau qui devait tout ranger.
Le livre en tire une hypothèse de méthode. Chaque époque disposerait d’une table de ce genre, invisible à ceux qui pensent sur elle, qui décide quels rapprochements ont un sens et lesquels font rire, et Foucault l’appelle épistémè. On garde ici le mot grec plutôt que « vision du monde », parce qu’il désigne les règles qui permettent à un énoncé de compter comme savoir, quelles que soient les opinions de ceux qui le prononcent. Johanna Oksala, dans la notice de la Stanford Encyclopedia of Philosophy révisée en avril 2026, résume les trois qu’il distingue. À la Renaissance, connaître consiste à repérer des ressemblances entre les choses. De Descartes à Kant, dans ce que Foucault nomme l’âge classique, connaître revient à disposer d’idées qui représentent les objets sans leur ressembler, comme une carte reproduit l’agencement des routes sans rien garder de leur aspect. Vers 1800 s’ouvre l’âge moderne, où l’homme fait son entrée.
Le premier chapitre en propose une image. Foucault y décrit longuement Les Ménines de Vélasquez, où le peintre, l’infante et ses suivantes regardent vers un point situé hors de la toile, que seul un petit miroir, au fond de la pièce, laisse deviner. Selon sa lecture, tout y est représenté, les regards, les instruments du peintre, la place des spectateurs, à l’exception de celui pour qui la scène est montée, et c’est à ce prix que, libérée du lien qui l’enchaînait, « la représentation peut se donner comme pure représentation » (p. 31). Nicole Dubreuil-Blondin a relevé en 1993 que les historiens de l’art ont le plus souvent ignoré ces pages, et qu’un spécialiste de Vélasquez les a jugées anachroniques. Le tableau sert pourtant à fixer un point qu’Oksala rappelle à propos de l’âge classique, où l’on décrivait l’espèce humaine sans disposer d’aucun concept de l’homme comme sujet et objet de connaissance.
Une toute récente créature
Vers la fin du XVIIIᵉ siècle, selon le livre, trois savoirs changent d’objet. L’étude des richesses se règle sur la production, celle des êtres vivants se regroupe autour de l’énigme de la vie, et celle du langage découvre l’histoire des langues et leur dispersion, ce que Foucault développe notamment aux pages 315 et 316, que Gilles Deleuze lisait encore à ses étudiants en mars 1986. Dans chacun de ces domaines, l’homme apparaît à une place double. Il devient un objet parmi d’autres, un être fini qui travaille, vit et parle, que les sciences empiriques décrivent, et il reste en même temps celui à partir de qui ces connaissances sont possibles, le sujet dont on interroge depuis Kant les conditions de savoir. Foucault appelle cette figure un doublet empirico-transcendantal (p. 330), et la décrit comme « une toute récente créature » que le savoir a fabriquée (p. 319).
Un exemple fait voir la difficulté. Le psychologue qui montre que la perception dépend de mécanismes nerveux lit ses résultats avec ses propres yeux, et le linguiste qui établit que la langue façonne la pensée rédige sa démonstration dans une langue. Chacun fait de l’homme un être conditionné, et suppose dans le même geste un sujet capable de dire la vérité sur ces conditions. Pour Foucault, rappelle Oksala, ce double statut ne peut pas être stabilisé. Le naturalisme et le marxisme réduisent le transcendantal à l’empirique, la phénoménologie et l’existentialisme n’échappent pas davantage à l’oscillation, et la pensée moderne bute toujours sur un impensé, ces vérités historiques et empiriques sur ce que nous sommes qu’aucun sujet ne parvient à ressaisir tout entières.
L’argument se reformule en trois phrases. Vers 1800, le savoir cesse de ranger les représentations sur un tableau et cherche leur origine dans un être fini qui travaille, vit et parle. Cet être devient à la fois l’objet des nouvelles sciences et le fondement de leur validité, position instable que les philosophies modernes tentent de stabiliser sans y parvenir. L’homme désigne donc la forme qu’a prise un certain arrangement du savoir, et ce qui est né d’un arrangement peut disparaître avec lui.
Was ist der Mensch ?
Dans sa Logique, publiée par Gottlob Benjamin Jäsche en 1800, Kant rapporte les trois questions de la philosophie, que puis-je savoir, que dois-je faire, que m’est-il permis d’espérer, à une quatrième, qu’est-ce que l’homme (AA IX, 25), et Robert Louden rappelle qu’il en faisait à plusieurs reprises la préoccupation fondamentale de la philosophie. Foucault connaissait ces textes de près. Sa thèse complémentaire, déposée en 1961 avec Jean Hyppolite pour directeur d’études selon Mariapaola Fimiani, comprenait une traduction de l’Anthropologie du point de vue pragmatique, parue chez Vrin en 1964, et une introduction jugée trop interprétative pour accompagner la traduction, que Vrin n’a publiée qu’en 2008, d’après Michael Maidan. La notice historique de 1964 annonçait une étude ultérieure du rapport entre pensée critique et réflexion anthropologique, et Maidan rattache à cette promesse le chapitre IX des Mots et les choses, « L’homme et ses doubles », qui en reprend probablement la matière, en notant que Foucault a écrit un nouveau livre plutôt que de remanier son introduction. Un cours plus ancien encore, donné en 1954 et 1955 et publié en 2022 sous le titre La Question anthropologique, suivait déjà la question kantienne jusqu’à Nietzsche, présenté comme la fin de l’anthropologie, selon le compte rendu de Stéphane Massonet.
Aucun texte de Foucault ne dit pourquoi il a laissé cette introduction dans ses cartons.
Foucault en tire une ironie. La critique kantienne avait réveillé la philosophie de son sommeil dogmatique, et la question de l’homme l’a plongée dans un « sommeil nouveau ; non plus celui du Dogmatisme, mais celui de l’Anthropologie » (p. 352). Chaque fois qu’une philosophie croit fonder le savoir sur l’homme, elle s’endort sur la figure même qu’il faudrait interroger.
À la limite de la mer
Vers la fin du livre, Foucault rapproche cette disparition possible de la mort de Dieu annoncée par Nietzsche, et la pousse un cran plus loin. Ce qui s’annonce, plus encore que l’absence de Dieu, « c’est la fin de son meurtrier » (p. 396-397), l’homme qui l’avait tué pour prendre sa place, et le texte évoque l’éclatement de son visage dans le rire et le retour des masques. Philippe Sabot a montré en 2009 ce qui sépare cette formule de la fin de l’homme que Kojève tirait de Hegel. Chez Kojève, l’homme s’achève en accomplissant l’histoire, dans la figure satisfaite du Sage ; chez Foucault, sa disparition reste une possibilité liée à une transformation du savoir, sans aucun but, et le cadre en est nietzschéen. Sabot propose de chercher chez Bataille, et dans sa pensée de l’expérience-limite, le chaînon qui relie les deux versions.
La dernière page reprend la thèse et la double d’une réserve. L’homme est une invention récente, et peut-être proche de sa fin, et si les dispositions du savoir qui l’ont fait apparaître venaient à disparaître à leur tour, « on peut bien parier que l’homme s’effacerait » (p. 398), comme un visage de sable à la limite de la mer. Deleuze, dans ses cours de 1986 à Vincennes-Saint-Denis, lisait la formule comme la disparition possible d’une forme, la forme « homme », configuration de forces qu’une autre forme pourrait remplacer, et il ajoutait qu’il n’y avait pas là de quoi faire un drame.
Le 22 février 1969, devant la Société française de philosophie, Foucault répond à ceux qui lui prêtaient un deuil. « Il ne s’agit pas d’affirmer que l’homme est mort », déclare-t-il dans la discussion qui suit sa conférence « Qu’est-ce qu’un auteur ? » (Dits et écrits, I, p. 845). Il s’agit, poursuit-il, de voir selon quelles règles s’est formé et a fonctionné le concept d’homme, à partir d’un thème répété depuis la fin du XIXᵉ siècle dont il refuse la paternité, puis il invite son auditoire à retenir ses larmes. Il refusait aussi l’étiquette sous laquelle on le rangeait, puisque dans l’avant-propos de la traduction anglaise, en 1970, il se plaint, d’après D. W. Harding, des commentateurs français qui s’obstinent à le dire structuraliste. Le livre parle de l’homme comme figure de savoir, et l’expression « mort du sujet » en a fait une thèse sur la subjectivité en général, que ses pages ne formulent pas.
« Le dernier barrage »
Publié au printemps 1966, le livre a épuisé son premier tirage en un mois, selon Frédéric Gros. Judith Revel compte plus de vingt mille exemplaires vendus avant la fin de décembre et cent seize mille trois cents au total, ce qui en faisait encore, quand elle écrivait en 2013, le titre le plus vendu de la « Bibliothèque des sciences humaines ». La même année, dans le numéro 30 de la revue L’Arc, Sartre répond aux questions de Bernard Pingaud. Il voit dans le structuralisme, où l’on range alors Foucault, « le dernier barrage que la bourgeoisie puisse dresser contre Marx », phrase que rapporte François Châtelet dans Le Nouvel Observateur du 2 novembre 1966, et il reproche au livre, d’après Revel, de remplacer le mouvement de l’histoire par une suite d’images immobiles, comme une lanterne magique se substitue au cinéma. En 1967, Georges Canguilhem prend la défense du livre dans la revue Critique (n° 242), selon le compte rendu qu’en a donné Thiago Fernando Sant’Anna, sous un titre qui pose l’alternative, « Mort de l’homme ou épuisement du cogito ? ».
L’objection de Sartre portait un coup politique, et elle touchait aussi un point de méthode. Oksala reconnaît que l’archéologie pouvait décrire les différences entre deux épistémès sans rien dire des causes qui font passer de l’une à l’autre, et elle voit dans cette limite la raison du tournant vers la généalogie, avec Surveiller et punir en 1975. Elle juge d’ailleurs le livre de 1966 singulier dans le parcours de Foucault, faute de la critique sociale que portait l’Histoire de la folie. Le lecteur peut refaire l’épreuve sur le passage de l’âge classique à l’âge moderne et chercher, dans ce qui précède, ce qui explique qu’il ait eu lieu vers 1800 plutôt qu’à une autre date.
Habermas retourne le doublet
L’objection la plus serrée vient de Jürgen Habermas, qui consacre à Foucault deux leçons du Discours philosophique de la modernité, paru en 1985 et traduit en 1988 par Christian Bouchindhomme et Rainer Rochlitz, « Les sciences humaines démasquées par la critique de la raison » et « Apories d’une théorie du pouvoir ». Selon la lecture qu’en donne Stuart Dalton, Habermas admire la critique du doublet empirico-transcendantal et la retourne aussitôt contre son auteur. Le pouvoir, tel que Foucault le pense ensuite, joue lui-même un double rôle, objet que l’historien décrit et condition qui constitue tous les objets de savoir, si bien que l’inversion du couple vérité et pouvoir laisse intacte la structure de la philosophie du sujet (p. 257-265 et 274 de la traduction anglaise de Frederick Lawrence). Il en découle trois apories, que Habermas avait déjà exposées en 1984 dans la revue Merkur. La généalogie classe les savoirs du passé à partir des préoccupations du présent, ce qu’il appelle son présentisme (p. 276-278). Si toute prétention à la vérité n’est qu’un effet de pouvoir, celles du généalogiste perdent leur titre à valoir davantage que les autres, et c’est le relativisme (p. 279). Enfin, Foucault se veut descriptif et s’appuie pourtant sur des normes qu’il ne justifie pas, en dénonçant l’asymétrie des rapports de force ou les atteintes au corps, et Habermas parle de cryptonormativisme (p. 282-286).
Le même reproche peut se poser sans aucun vocabulaire technique, en se demandant depuis quel lieu parle un livre qui montre que l’homme est une figure datée, et s’il est écrit dans l’épistémè qu’il décrit ou dans une autre que personne ne connaît encore.
Rudi Visker a répondu en 1992, dans Radical Philosophy, que Habermas lit comme une contradiction ce qui est chez Foucault un rôle constitutif du pouvoir, et que sa critique suppose les termes mêmes qu’elle devrait mettre à l’épreuve. Foucault avait par ailleurs déplacé son propre objet. Dans « The Subject and Power », postface écrite en 1982 pour le livre de Hubert Dreyfus et Paul Rabinow, il présente le but de ses recherches depuis vingt ans comme une histoire des modes par lesquels les êtres humains deviennent des sujets, et conclut que le sujet, davantage que le pouvoir, forme le thème général de son travail (« it is not power, but the subject »). Oksala ajoute que les derniers travaux sur l’éthique antique soulignent le rôle du sujet dans sa propre constitution. Cette évolution n’annule pas l’objection de Habermas, qui vise la théorie du pouvoir, et elle montre que l’auteur de la page 398 n’a jamais cessé de travailler sur la figure dont il pariait l’effacement.
La conclusion du livre de 1966 tient d’ailleurs tout entière dans ses modalités. Elle passe par un « peut-être », suspend sa conclusion à une hypothèse sur un changement du savoir dont Foucault ne donne ni la date ni la forme, et n’en tire qu’un pari, conjugué au conditionnel, si bien que la question qu’elle laisse à ses lecteurs devient celle de l’événement qui, s’il se produisait, permettrait de dire que le pari a été gagné, et de la place d’où quelqu’un pourrait encore le constater.
Pour aller plus loin
La mort de Dieu et le dernier homme, que Zarathoustra annonce sur la place du marché, éclairent la page où Foucault parle de la fin du meurtrier de Dieu. L’Anthropologie du point de vue pragmatique de Kant, que Foucault a traduite, et le cogito de Descartes, dont Canguilhem se demandait s’il était épuisé, prolongent la question du sujet fondateur que le livre met en cause.
Une invention, d’ordinaire, porte une date. On sait à peu près quand elle est née, et parfois qui l’a conçue. Le philosophe Michel Foucault applique ce mot à l’homme lui-même, dans un livre paru en 1966, Les Mots et les choses. Selon lui, l’homme est une invention récente. Il ajoute que cette invention touche peut-être à sa fin.
La liste de l’empereur
Le livre commence par une liste absurde. L’écrivain Borges l’attribue à une encyclopédie chinoise, qui range les animaux en quatorze groupes. On y croise les animaux de l’Empereur, les cochons de lait, les sirènes, ceux qui viennent de casser la cruche. Un groupe contient même les animaux compris dans ce classement. Foucault raconte que son livre est né du rire que lui a causé ce texte.
Aucun groupe n’est absurde à lui seul. Les sirènes vivent dans les contes, les cochons de lait sur les marchés. L’absurde vient d’ailleurs. Rien ne permet de penser tous ces êtres ensemble, sur une même table.
Foucault en tire une idée. Chaque époque possède une table cachée de ce genre. Elle décide ce qui paraît sensé et ce qui fait rire. Ceux qui pensent avec elle ne la voient pas.
Le savant qui se regarde
Vers 1800, d’après Foucault, cette table change. Trois savoirs prennent un objet nouveau, l’être humain qui travaille, qui vit et qui parle. L’homme devient une chose qu’on étudie. Il reste pourtant celui qui étudie.
Un exemple montre la difficulté. Un psychologue prouve que nos perceptions dépendent de nos nerfs. Pour lire ses mesures, il se sert pourtant de ses propres yeux. Un spécialiste des langues explique que la langue modèle la pensée. Il écrit cette explication dans une langue. Chacun traite l’homme comme un objet soumis à des conditions, et comme un juge capable de dire le vrai.
Avant cette époque, selon Foucault, on décrivait bien l’espèce humaine. Personne ne faisait encore de l’homme le centre et le fondement du savoir. Cette figure double est donc récente. Elle est née d’un certain arrangement des connaissances, et elle pourrait disparaître avec lui.
Le philosophe Kant avait placé une question au-dessus des autres, qu’est-ce que l’homme. Foucault connaissait bien Kant, dont il a traduit un livre paru en 1964. Pour lui, cette question a plongé la philosophie dans un nouveau sommeil.
Le pari du sable
La dernière page reprend l’idée sous forme de pari. Si le savoir changeait encore, l’homme pourrait s’effacer, comme un visage de sable à la lisière de l’eau. Le verbe est au conditionnel. Foucault ne prédit pas la mort des êtres humains.
On résume souvent ce livre par une autre formule, la mort du sujet. Ces mots ne se trouvent dans aucun des passages du livre cités par la version complète. Le livre parle de l’homme comme objet de savoir, et pas de la personne en général.
Deux attaques
Le succès arrive vite. Le livre se vend à plus de vingt mille exemplaires avant la fin de l’année.
Les critiques arrivent aussi. Le philosophe Sartre y voit une arme dirigée contre les idées de Marx. Il reproche au livre de figer l’histoire en une suite d’images immobiles. Une spécialiste de Foucault admet aujourd’hui une vraie faiblesse de la méthode. Elle décrit des façons de penser différentes, sans expliquer comment on passe de l’une à l’autre. Foucault a ensuite changé de manière de travailler.
En 1985, le philosophe Jürgen Habermas va plus loin. Selon lui, Foucault tombe dans le piège qu’il avait lui-même décrit. Dans les livres suivants de Foucault, le pouvoir tient selon lui le même double rôle que l’homme. Si toute vérité vient du pouvoir, les vérités de Foucault perdent elles aussi leur force.
Une question simple résume ce reproche. D’où parle un auteur qui déclare l’homme daté ? Un autre spécialiste a défendu Foucault contre ce reproche, et la discussion continue.
Trois ans après son livre, Foucault s’explique devant la Société française de philosophie, à la suite d’une conférence intitulée « Qu’est-ce qu’un auteur ? ». Son but, dit-il, n’est pas d’« affirmer que l’homme est mort ».
La version complète décrit le petit miroir du tableau de Vélasquez que Foucault commente, et détaille les trois reproches que Habermas adresse à sa théorie du pouvoir.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Michel Foucault, *Les Mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines*, Paris, 1966, « Bibliothèque des sciences humaines » ; préface, p. 7 (la liste de Borges, « l’impossibilité nue de penser cela », cité d’après Anna Kandel) ; chap. I, p. 31 (*Les Ménines*, « la représentation peut se donner comme pure représentation », cité d’après Nicole Dubreuil-Blondin) ; p. 315-316 (production, vie, dispersion du langage, d’après la lecture de Gilles Deleuze) ; p. 319 (« une toute récente créature », cité d’après Emmanuel Falque) ; p. 330 (le doublet empirico-transcendantal) et p. 352 (« sommeil nouveau ; non plus celui du Dogmatisme, mais celui de l’Anthropologie »), cités d’après Mariapaola Fimiani ; chap. IX, « L’homme et ses doubles » ; p. 396-397 (« c’est la fin de son meurtrier », cité d’après Philippe Sabot) ; p. 398 (« Et peut-être la fin prochaine », « on peut bien parier que l’homme s’effacerait », le visage de sable, d’après la revue *Épistémocritique* et Philippe Sabot) Gallimard
- Michel Foucault, « Qu’est-ce qu’un auteur ? », conférence du 22 février 1969 devant la Société française de philosophie, discussion (« Il ne s’agit pas d’affirmer que l’homme est mort », le thème « qui n’est pas de moi », « Retenons donc nos larmes »), dans *Dits et écrits*, t. I, *1954-1975*, Paris, 2001, coll. « Quarto », p. 845, cité d’après Mathieu Jung Gallimard
- Michel Foucault, avant-propos à *The Order of Things*, New York, 1970 (plainte contre les commentateurs français qui le disent structuraliste), cité d’après D. W. Harding Pantheon Books
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Sources primaires (suite)
- Michel Foucault, « The Subject and Power », postface à Hubert L. Dreyfus et Paul Rabinow, *Michel Foucault : Beyond Structuralism and Hermeneutics*, Chicago, 2ᵉ éd., 1983, p. 208-226 (but des recherches depuis vingt ans, « it is not power, but the subject ») ; version française « Le sujet et le pouvoir », *Dits et écrits*, t. IV University of Chicago Press
- Michel Foucault, *Introduction à l’Anthropologie de Kant*, thèse complémentaire de 1961, éd. Daniel Defert, François Ewald et Frédéric Gros, Paris, 2008 ; et Emmanuel Kant, *Anthropologie du point de vue pragmatique*, trad. Michel Foucault, avec une notice historique, Paris, 1964 Vrin
- Michel Foucault, *La Question anthropologique. Cours 1954-1955*, Paris, 2022, 304 p. Seuil, Gallimard, EHESS
- Immanuel Kant, *Logik*, éd. Gottlob Benjamin Jäsche, Königsberg, 1800, introduction, AA IX, 25 (la question « Was ist der Mensch ? »), cité d’après Robert B. Louden et Mariapaola Fimiani
- Jorge Luis Borges, « El idioma analítico de John Wilkins », dans *Otras inquisiciones*, Buenos Aires, 1952 (l’encyclopédie chinoise attribuée à Franz Kuhn et ses quatorze classes d’animaux) ; liste résumée par la rédaction Sur
- Jean-Paul Sartre, entretien avec Bernard Pingaud, *L’Arc*, n° 30, 1966, p. 87 et suiv. (« le dernier barrage que la bourgeoisie puisse dresser contre Marx », d’après François Châtelet ; la lanterne magique, d’après Judith Revel)
- Georges Canguilhem, « Mort de l’homme ou épuisement du cogito ? », *Critique*, n° 242, 1967, p. 599-618 ; trad. anglaise de Catherine Porter dans Gary Gutting (dir.), *The Cambridge Companion to Foucault*, 2ᵉ éd., 2005, p. 74-94 Critique ; Cambridge University Press
- Jürgen Habermas, *Le Discours philosophique de la modernité. Douze conférences* (*Der philosophische Diskurs der Moderne*, 1985), trad. Christian Bouchindhomme et Rainer Rochlitz, Paris, 1988, rééd. coll. « Tel », 2011, 484 p., leçons IX (« Les sciences humaines démasquées par la critique de la raison : Foucault ») et X (« Apories d’une théorie du pouvoir ») ; trad. anglaise de Frederick Lawrence, *The Philosophical Discourse of Modernity*, Cambridge (Mass.), 1987, p. 257-265, 274-279 et 282-286, cités d’après Stuart Dalton Gallimard ; MIT Press
- Jürgen Habermas, « The Genealogical Writing of History : On Some Aporias in Foucault’s Theory of Power », trad. Gregory Ostrander, *Canadian Journal of Political and Social Theory* X (1-2), 1986 ; original dans *Merkur* 429, automne 1984, p. 245-253 (présentisme, relativisme, cryptonormativisme) Canadian Journal of Political and Social Theory
Bibliographie
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- Rudi Visker, « Habermas on Heidegger and Foucault : Meaning and Validity in *The Philosophical Discourse of Modernity* », *Radical Philosophy*, n° 61, été 1992 Radical Philosophy
- Thiago Fernando Sant’Anna, « Afiar a lâmina de Michel Foucault : em defesa de um samurai, por Georges Canguilhem », compte rendu de la traduction brésilienne de l’article de Canguilhem, *Anos 90*, vol. 20, n° 38, 2013, p. 443-448 Universidade Federal do Rio Grande do Sul
- D. W. Harding, « Good-by Man », *The New York Review of Books*, 12 août 1971 The New York Review of Books
- Robert B. Louden, « General Introduction », dans Immanuel Kant, *Anthropology, History, and Education*, éd. et trad. Günter Zöller et Robert B. Louden, Cambridge, 2007, p. 1-17 (Jäsche Logic, AA IX, 25) Cambridge University Press
Sources en ligne
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- « La disparition de l’homme dans les sciences humaines et dans la littérature de la seconde moitié du XXe siècle » (citation de la p. 398) Épistémocritiquehttps://epistemocritique.org/la-disparition-de-lhomme-dans-les-sciences-humaines-et-dans-la-litterature-de-la-seconde-moitie-du-xxe-siecle/
- « Acta fabula » (Judith Revel, « En relisant Les Mots & les Choses ») Fabulahttps://www.fabula.org/acta/document8296.php
- « www.fabula.org » (François Châtelet, « Sartre en question ») Fabulahttps://www.fabula.org/lht/11/chateletsartre.html
- « Acta fabula » (Mathieu Jung, « Qu’importe qui parle ») Fabulahttps://www.fabula.org/acta/document12586.php
- « Acta fabula » (Stéphane Massonet, « Repenser l’homme à l’ombre de Nietzsche ») Fabulahttps://www.fabula.org/revue/document16939.php
- « LES MOTS ET LES CHOSES (M. Foucault) » Encyclopædia Universalishttps://www.universalis.fr/encyclopedie/les-mots-et-les-choses/2-l-homme-en-question/
- « Georges Canguilhem (1904–1995) - Cahiers pour l’Analyse (An electronic edition) » Kingston University Londonhttps://cahiers.kingston.ac.uk/names/canguilhem.html
- « Klesis Fimiani » Klesis. Revue philosophiquehttps://www.revue-klesis.org/pdf/Klesis-Fimiani.pdf
- « Après la mort de Dieu et la mort de l’homme : dialogue avec Nietzsche » Laval théologique et philosophique, Érudithttps://releve.erudit.org/fr/revues/ltp/2021-v77-n3-ltp07140/1090825ar.pdf
- « review of Kant’s Anthropology » (Michael Maidan) Foucault Studies, Copenhagen Business Schoolhttps://rauli.cbs.dk/index.php/foucault-studies/article/download/2481/2479/9138
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