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La Sainte-Chapelle, un reliquaire de verre pour la couronne d’épines

Pedro Szekely from Los Angeles, USA / Wikimedia Commons
15 min de lecture78 sources vérifiées
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Il fallait dix clefs pour ouvrir la grande châsse de la Sainte-Chapelle. Sauveur-Jérôme Morand la décrit encore en 1790, dans son Histoire de la Ste-Chapelle royale du Palais, comme « une grande Arche de bronze doré » dressée derrière le maître-autel de la chapelle haute, où l’on gardait la couronne d’épines et les autres reliques de la Passion. L’année suivante, on appose les scellés et l’on transporte les reliques à l’abbaye de Saint-Denis, procès-verbal à l’appui, aujourd’hui conservé aux Archives nationales sous la cote S 943A. La châsse est fondue pendant la Révolution. Le bâtiment qui l’abritait n’a pas quitté l’île de la Cité, avec ses 36 mètres de long, ses 17 de large et sa chapelle haute, dont le vaisseau unique monte à 20,50 mètres entre des murs presque entièrement vitrés.

Treize mille cent trente-quatre hyperpères

Lorsque Louis IX s’y intéresse, la couronne est déjà engagée. Selon Emily Guerry, qui a reconstitué l’affaire en 2021, les barons qui gouvernent l’Empire latin de Constantinople regroupent le 4 septembre 1238 leurs dettes en un prêt unique de 13 134 hyperpères, la monnaie d’or byzantine, consenti par Nicolò Quirino, noble vénitien de la paroisse de Santa Maria Formosa. La relique sert de gage. Elle est remise à Pancrazio Gaversoni, camérier de la commune de Venise à Constantinople, et deviendra vénitienne si la somme n’est pas rendue à l’échéance de l’automne. L’acte est imprimé au second volume des Exuviae sacrae Constantinopolitanae du comte Riant, en 1878.

Le roi envoie deux dominicains, Jacques et André. Gautier Cornut, archevêque de Sens, précise que Jacques, ancien prieur, avait vécu à Constantinople et connaissait la relique. Les créanciers fixent une nouvelle limite, la fête des saints Gervais et Protais, le 19 juin, faute de quoi le gage vaudra vente. La quittance des envoyés royaux, publiée dans le même volume, déclare la couronne reçue des mains de Quirino contre 10 000 hyperpères d’or, et l’écart avec la somme de l’acte n’a pas encore trouvé d’explication. Guerry insiste sur la forme donnée à l’opération. La relique est présentée comme un don de Baudouin II et Louis rembourse un prêt, parce que le transfert ne devait pas passer pour une vente, la vente d’une relique de la Passion relevant du commerce des choses saintes.

Cornut a raconté la suite l’année même, dans une Historia susceptionis Coronae spineae qui ne survit que par deux manuscrits modernes et ne fut imprimée qu’en 1640. Le 10 août 1239, jour de la Saint-Laurent, à Villeneuve-l’Archevêque, on vérifie devant le roi les sceaux des barons et celui du doge, on ouvre le vase d’argent qui protège un coffret d’or, on reconnaît la couronne, puis on scelle le tout du sceau royal. Le lendemain, à Sens, Louis et son frère Robert, comte d’Artois, entrent nu-pieds, vêtus de leur seule tunique, le reliquaire sur les épaules. Le cortège gagne ensuite Paris. Le huitième jour, hors les murs, près de l’église Saint-Antoine, on dresse dans la plaine une haute estrade, sans doute pour montrer la relique à la foule, puis le roi et son frère reprennent pieds nus la route de Notre-Dame avant de déposer la couronne dans la chapelle royale Saint-Nicolas, au palais. Cornut ne donne aucun quantième pour l’arrivée, et selon que l’on compte ou non le jour de Sens, ce huitième jour tombe le 18 ou le 19 août, ce qui explique que les deux dates circulent dans la littérature.

Deux ans plus tard arrive un second lot, vingt-deux reliques en tout selon le Centre des monuments nationaux, dont un fragment de la Croix, le fer de la lance et l’éponge. François Gebelin, à la suite des historiens de Paris du XVIIIᵉ siècle, date du 14 septembre 1241 l’entrée de la Croix à Paris, et des lettres patentes de Baudouin II, données à Saint-Germain-en-Laye en juin 1247, confirment après coup l’ensemble de la cession. Le calendrier liturgique de la chapelle, étudié par Cecilia Gaposchkin, garde la trace de ces arrivées, avec la Susception de la couronne le 11 août et la Réception des reliques le 30 septembre.

Le Phare du Grand Palais

Ces objets sortaient d’un sanctuaire précis. À Constantinople, l’église de la Vierge du Phare se dressait au cœur du Grand Palais, près des appartements de l’empereur, de la salle du trône appelée Chrysotriklinos et du fanal qui lui donnait son nom ; Michel III l’avait reconstruite après la crise iconoclaste, et elle était devenue le principal dépôt de reliques de l’Empire. Holger Klein, qui a suivi cette histoire du côté byzantin, montre que la couronne s’y trouvait au plus tard en 985. Un témoin grec l’avait vue de près. Nicolas Mésaritès, skeuophylax du Phare, c’est-à-dire responsable de ses objets sacrés, raconte la révolte de Jean Comnène du 31 juillet 1200 dans un récit rédigé peu après, à l’été 1201 selon Klein, et y décrit la couronne encore verte, comme en fleur ; il fait de l’église un autre Sinaï, une Bethléem, un Jourdain, une Jérusalem. En 1204, le chevalier picard Robert de Clari, entré dans le palais avec les croisés, voit dans la chapelle deux morceaux de la Croix, le fer de la lance, deux clous, une fiole de sang et la couronne.

Pour un empereur, ces reliques valaient titre. Klein lit dans leur garde, au centre du palais, une pièce de l’idéologie impériale, et la dispersion des trésors de la ville par les croisés et les souverains latins après 1204 a sapé du même coup l’une des bases de cette légitimité. Engager la couronne revenait pour Baudouin II à aliéner ce qu’il lui restait de plus sacré, et l’on comprend que l’opération ait été habillée en don.

Que Paris ait copié le Phare, plusieurs historiens l’ont soutenu. Alexei Lidov voit dans la Sainte-Chapelle une réplique gothique de l’église palatine, Daniel Weiss trouvait en 1998 dans l’art impérial byzantin les parallèles les plus proches de son intérieur en forme de châsse, et Meredith Cohen désigne comme prototype la chapelle sainte du Grand Palais. John Lowden a pourtant relevé que Weiss lui-même, pour le plan et l’élévation, privilégie les modèles locaux. La lecture la plus étroite paraît la plus défendable, celle d’une fonction empruntée à Byzance et logée dans une architecture parisienne, parce que les témoins grecs et latins décrivent les reliques du Phare beaucoup plus que ses murs.

« On tient que c’est de lui »

Le chantier ne se laisse dater qu’à quelques années près. Meredith Cohen fait commencer la chapelle dès 1239, comme chapelle-reliquaire de la couronne, quand le Centre des monuments nationaux retient 1241 et que sa fiche de visite place le début des travaux entre l’automne 1241 et le printemps 1244. Le 3 juin 1244, une bulle pontificale accorde une indulgence pour le jour de la présentation des reliques. En janvier 1246 (n. st.), Louis IX donne la charte de fondation, dont l’original est aux Archives nationales sous la cote K 32 n° 2. La consécration a lieu le 26 avril 1248, et Eudes de Châteauroux, légat du pape, y prêche ; le 27 mai, il accorde une indulgence attachée au jour de la dédicace. Une seconde charte royale, en août, réorganise le clergé de la chapelle, sous la cote K 30 n° 17.

On ne sait pas avec certitude quel prélat a consacré la chapelle basse.

Le nom de l’architecte a une histoire plus longue que celle du chantier. Le Centre des monuments nationaux écrit que l’on ne connaît pas précisément le maître d’œuvre, et Pierre de Montreuil figure pourtant encore dans quantité de guides. Yves Gallet a retracé en 2018 la généalogie de cette erreur. Aucune source médiévale ne lui attribue la Sainte-Chapelle, et les descriptions de Paris imprimées en 1608 et en 1612 ne le rattachent qu’à Saint-Germain-des-Prés. Le plus ancien témoin est peut-être une note manuscrite ajoutée à un recueil de la Bibliothèque nationale de France, le Français 16866, au folio 3, qui donne à « Pierre de Montereau » la chapelle de Vincennes et la Sainte-Chapelle de Paris ; on la croyait du XVIᵉ siècle, Gallet la date plutôt du XVIIᵉ d’après l’écriture et y reconnaît peut-être la main de Jean-François Félibien. Le même Félibien imprime en 1687, dans son Recueil historique de la vie et des ouvrages des plus célèbres architectes, la phrase qui fera fortune, « On tient que c’est de lui la Sainte Chapelle de Vincennes, & la Sainte Chapelle de Paris ». On tient, c’est-à-dire qu’on le dit, sur la foi du style. Germain Brice reprend l’attribution en 1698 dans sa Description nouvelle de la ville de Paris, en lisant mal un auteur plus ancien, et Sauveur-Jérôme Morand l’installe en 1790 chez les historiens de l’art.

Le XXᵉ siècle a proposé d’autres noms. Robert Branner, en 1965, penchait pour Thomas de Cormont, l’un des maîtres d’Amiens, et Meredith Cohen, dans une annexe de son livre de 2015, se range à Robert de Luzarches, le premier maître de la même cathédrale. Dans les actes du colloque réuni au Collège de France en 2001, Gasser jugeait au contraire les affinités du bâtiment avec Paris, Saint-Denis et Amiens si nombreuses qu’il serait irresponsable de l’attribuer à un architecte particulier, et Gallet tient tous ces noms pour indécidables, le style ne permettant ni d’attribuer ni de retirer.

Un tiers des panneaux échappe à l’œil

Dans la chapelle haute, le verre couvre 670 mètres carrés selon le Centre des monuments nationaux, 600 selon sa propre fiche de visite. Quinze verrières, 1 113 panneaux figurés, des fenêtres de nef hautes de 15,35 mètres pour 4,70 de large, et environ 70 % de verre d’origine, ce que le site du monument arrondit à deux tiers. La gamme des couleurs est étroite, un rouge, un bleu, deux verts, deux violets, un jaune. Louis Grodecki distinguait trois ateliers, dont un principal auquel il attribuait dix verrières, les deux autres, dits d’Ézéchiel et de Judith, se partageant le reste.

Le programme court de la Genèse à l’Apocalypse en passant par les rois d’Israël. La dernière verrière, au-dessus de la porte de sortie, raconte l’histoire des reliques, depuis leur invention par sainte Hélène jusqu’à leur arrivée à Paris, et l’un de ses médaillons montre Louis IX et Robert d’Artois pieds nus, portant sur l’épaule un brancard voilé où repose la couronne, la scène même que décrit Cornut. Ailleurs, Josué porte lui-même l’Arche d’alliance, pieds nus lui aussi. Alyce Jordan a soutenu en 2002 que cette dernière baie raconte moins la Croix que l’histoire des rois de France, placés à la suite de Saül, de David et de Salomon.

Le livret du Centre des monuments nationaux consacré aux verrières avertit pourtant que, dans cette baie, la légende de la Croix a été inventée par les restaurateurs. La question dépasse un seul vitrail. Yves Christe parle de verrières recomposées par les restaurateurs du XIXᵉ siècle, et il a rapproché en 1999 la verrière de l’Exode des Bibles moralisées, ces manuscrits faits pour la cour capétienne où chaque épisode biblique reçoit en vis-à-vis une image de commentaire ; John Lowden, dans les actes du colloque de 2001, ne voit entre vitraux et manuscrits que des ressemblances de composition.

Un tiers des panneaux, selon le même livret, est illisible à l’œil nu depuis le sol. Le chiffre gêne une idée reçue tenace, celle du vitrail comme Bible des illettrés, et cette idée a une histoire. En octobre 600, le pape Grégoire le Grand écrit à Serenus, évêque de Marseille, qui avait fait briser des images, que la peinture offre aux ignorants ce que l’écriture offre à ceux qui lisent, « Nam quod legentibus scriptura, hoc idiotis praestat pictura cernentibus » (Registrum, XI, 10). La phrase défend des images contre un évêque iconoclaste, et Celia Chazelle a rappelé en 1990 que l’expression de Bible des pauvres n’appartient pas à Grégoire. Elle vient de bien plus tard. Le Victoria and Albert Museum note que le titre de Biblia pauperum, donné à des livres gravés du XVᵉ siècle, est une appellation impropre, imprimée pour la première fois en 1769, pour des ouvrages qui visaient sans doute des lecteurs instruits, peut-être un clergé pauvre. Émile Mâle opère le transfert décisif en 1898, dans la préface de L’Art religieux du XIIIᵉ siècle en France, où la cathédrale aurait mérité d’être appelée « la Bible des pauvres », le peuple apprenant par les yeux ce que lui enseignaient les vitraux de l’église et les statues du porche. Lawrence Duggan a demandé dès 1989, dans le titre même de son article, si l’art avait vraiment été le livre des illettrés.

Le camp de Mâle garde des arguments sérieux. Deux tiers des scènes se lisent depuis le dallage, les cycles sont narratifs, et la lettre de Grégoire est authentique. À la Sainte-Chapelle, la question des pauvres se pose pourtant à peine. La chapelle haute était réservée au roi, à sa maison et aux chanoines, la chapelle basse servant de paroisse aux gens du palais, et ce sont les successeurs de Louis IX qui l’ouvrent aux pèlerins au XIVᵉ siècle. Les premiers à lever les yeux vers ces 1 113 panneaux appartenaient à la cour et au clergé du palais.

L’objection de Sauerländer

L’image du reliquaire de verre a un auteur moderne. Robert Branner décrivait la chapelle comme un reliquaire au sens littéral, une énorme châsse imitant le métal, dans un article du Journal of the Society of Architectural Historians consacré à l’abbaye de Westminster et au style de cour, et la formule a gagné les institutions, puisque le Centre des monuments nationaux parle d’un reliquaire monumental et que Meredith Cohen évoquait en 2015 un écrin à bijoux monumental. Willibald Sauerländer lui a objecté, dans les actes du colloque de 2001, que l’on ne comprend le programme qu’en s’éloignant de cette comparaison, et il a reconstitué la mise en scène de la grande châsse. Car la châsse était le reliquaire. Elle se dressait sur une tribune, derrière l’autel, et chaque Vendredi saint, rappelle Nicole Bériou, le roi seul accomplissait l’ostension de la couronne. Les murs de verre servaient de cadre à ce geste. La tribune visible aujourd’hui a été reconstruite en 1843 d’après des gravures anciennes.

Les chiffres du chantier ont la même fragilité que le nom de l’architecte. Guillaume de Saint-Pathus, qui écrit sa Vie de saint Louis à partir de l’enquête de canonisation de 1282, rapporte qu’on dit que le roi dépensa bien quarante mille livres tournois pour la chapelle, et qu’on croit que les ornements des reliques en valent bien cent mille ; Le Nain de Tillemont a relayé le premier chiffre, et un sermon antérieur à 1307 prête cent mille livres à la seule grande châsse, montant que François Gebelin jugeait d’apparence excessive. Pour l’achat des reliques, le Centre des monuments nationaux donne 135 000 livres tournois, soit la moitié des revenus annuels du royaume, et Nicole Bériou plus de 150 000, quinze fois la dot d’une fille du roi. Ni l’un ni l’autre montant n’a pu être rattaché à un document médiéval, alors que les actes vénitiens parlent de 13 134 hyperpères engagés et de 10 000 versés. La comparaison qui court les guides, des reliques trois fois plus chères que l’édifice, met donc en regard un ouï-dire et un chiffre dont la source reste à retrouver.

Le trésor a grandi bien après Louis IX. En 1306, Phil​ippe le Bel commande à l’orfèvre Guillaume Jul​ien un chef-reliquaire d’or, d’émail et de pierres précieuses pour la tête de son grand-père, fondu lui aussi à la Révolution ; une foliole émaillée en subsiste au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France, sous le numéro 56 333. La couronne elle-même a perdu ses épines, dispersées au cours du temps, selon la cathédrale qui la conserve. Le British Museum garde sous le numéro WB.67 un reliquaire d’or parisien des environs de 1400, aux armes de Jean de Berry, où une épine se tient debout sur un saphir derrière une fenêtre de cristal de roche ; un inventaire du duc mentionne une couronne sertie de quatre épines, dont trois partirent pour sa Sainte-Chapelle de Bourges, et le musée tient le lien avec l’objet de Londres pour une hypothèse.

Les reliques ont survécu à leurs écrins. Déposées à Saint-Denis en 1791, puis à la Bibliothèque nationale sans leurs reliquaires, elles sont remises en 1804 à l’archevêque de Paris, qui les fait entrer au trésor de Notre-Dame le 10 août 1806. La couronne reçoit en 1896 un tube de cristal et d’or exécuté par Maurice Poussielgue-Rusand. Évacuée le 15 avril 2019 pendant l’incendie de la cathédrale, gardée au Louvre, elle regagne Notre-Dame le 13 décembre 2024 et prend place dans la chapelle axiale, devant un retable de cèdre de plus de trois mètres hérissé d’épines de bronze, dessiné par Sylvain Dubuisson.

Duban, Lassus, Boeswillwald

Le verre aussi a quitté la chapelle. Endommagée par des incendies en 1630 et en 1776, transformée en magasin de farine sous la Révolution, la Sainte-Chapelle sert de dépôt d’archives au Palais de justice de 1803 à 1838, et des panneaux sont alors détruits ou vendus, notamment en Angleterre. Au Victoria and Albert Museum, le panneau 1221-1864, donné en 1864 par Henry Vaughan, montre sur un fond de lis et de châteaux de Castille une scène tirée de la baie de Jean-Baptiste et de Daniel ; Louis Grodecki y voyait en 1959 Daniel intercédant auprès d’Arioch, d’autres y ont lu Suzanne et les vieillards. Le musée de Cluny garde un Samson aveugle, inventorié Cl. 14477, et plusieurs statues d’apôtres de la chapelle, dont un saint Jean entré au musée en 1851 sous le numéro Cl. 18666.

La restauration commence en 1840 et dure jusqu’en 1863, sous Félix Duban, Jean-Baptiste Lassus et Émile Boeswillwald. Pour les verrières, à partir de 1845, François de Guilhermy dirige les travaux, Louis Steinheil dessine les cartons et Antoine Lusson fournit le verre. La flèche que Lassus dessine pour la restauration de 1855 est la cinquième depuis le XIIIᵉ siècle. La rose occidentale échappe presque à cette campagne. Refaite sur ordre de Charles VIII à partir de 1485 et achevée avant 1498, elle compte 87 panneaux de l’Apocalypse, dont 9 seulement ont été restaurés au XIXᵉ siècle, et l’analyse d’un panneau de l’ange jetant une meule à l’accélérateur AGLAÉ l’a daté des années 1485-1493.

La dernière grande campagne s’est achevée le 20 mai 2015. Elle a coûté 9 millions d’euros, dont 5 apportés par les fondations Velux, et a porté sur les verrières du flanc nord et sur la rose, restaurées dans des ateliers de Chartres, de Tours et de Poitiers puis protégées par une verrière de doublage ; le livret du monument situe ces travaux sur la façade sud, mais le mécène, le Centre des monuments nationaux lui-même en 2025 et la presse spécialisée parlent du nord. En février 2025, le monument annonçait la restauration de la baie d’Ézéchiel, puis celle de la façade sud, où le mécénat du groupe Dassault range la baie des reliques, celle dont la légende de la Croix est, selon le même livret, une invention des restaurateurs du XIXᵉ siècle.

Pour aller plus loin

La prise de Constantinople par la quatrième croisade, en 1204, explique la dispersion du trésor du Grand Palais dont la couronne n’est qu’une part. Les Bibles moralisées éclairent le programme des verrières et la culture visuelle de la cour de Louis IX, et les autres Saintes-Chapelles, de Vincennes à Bourges et à Riom, prolongent le modèle parisien chez les rois et les princes.

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Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. Gautier Cornut, archevêque de Sens, Historia susceptionis Coronae spineae, 1239 : envoi des dominicains Jacques et André, échéance de la Saint-Gervais-et-Saint-Protais, vérification des sceaux à Villeneuve-l’Archevêque « in die festo beati Laurentii martyris » (10 août 1239), entrée nu-pieds du roi et de Robert à Sens « in crastino Laurentii », estrade près de Saint-Antoine « octava die », dépôt « in capella regia beati Nicolai » ; texte connu par deux manuscrits modernes, imprimé pour la première fois en 1640, éd. comte Riant, Exuviae sacrae Constantinopolitanae, I, Genève, 1877, p. 45-56 (pagination d’après Guerry 2021)
  2. Acte d’engagement de la couronne d’épines à Nicolò Quirino par les barons de l’Empire latin, Constantinople, 1238 : prêt de « tredecim milia centum triginta quatuor yperpera », gage confié à Pancrazio Gaversoni, camérier de la commune de Venise à Constantinople, éd. comte Riant, Exuviae sacrae Constantinopolitanae, II, Genève, 1878, n° LX ; date du 4 septembre 1238 d’après Guerry 2021
  3. Déclaration des envoyés de Louis IX ayant reçu la couronne de Nicolò Quirino « solutis decem millibus hyperperorum aureorum », éd. comte Riant, Exuviae sacrae Constantinopolitanae, II, Genève, 1878, n° LXVI
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Sources primaires (suite)

  1. Baudouin II, lettres patentes confirmant la cession des reliques, Saint-Germain-en-Laye, juin 1247, éd. comte Riant, Exuviae sacrae Constantinopolitanae, II, Genève, 1878, n° LXXIX
  2. Louis IX, charte de fondation de la Sainte-Chapelle, janvier 1246 (n. st.) Archives nationales, K 32 n° 2 (AE II 2406) ; copie en L 618 A n° 2
  3. Louis IX, réorganisation du clergé de la chapelle royale de Paris, août 1248 Archives nationales, K 30 n° 17
  4. Indulgence pontificale pour le jour de la présentation des reliques, 3 juin 1244 Archives nationales, L 619 n° 5
  5. Eudes de Châteauroux, évêque de Tusculum, légat du Saint-Siège, indulgence attachée au jour de la dédicace, 27 mai 1248, original jadis bullé Archives nationales, L 619 n° 10
  6. Procès-verbal de l’apposition des scellés et de la translation des reliques à Saint-Denis, 1791 Archives nationales, S 943A
  7. Guillaume de Saint-Pathus, Vie de saint Louis, chap. VI : « la Chapele a Paris, en la quele l’en dit que il despendi bien xl mile livres de tournois et plus », ornements des reliques estimés « bien cent mile livres de tournois et plus », éd. Henri-François Delaborde, Paris, A. Picard, 1899 [À VÉRIFIER : page de l’imprimé, passage lu sur la reproduction numérique]
  8. Louis-Sébastien Le Nain de Tillemont, Vie de saint Louis, t. II, p. 413 : coût de l’édifice estimé à 40 000 livres, cité d’après Gebelin
  9. Sermon antérieur à 1307 estimant la grande châsse à 100 000 livres, cité d’après Gebelin
  10. Nicolas Mésaritès, récit de la révolution de palais de Jean Comnène (31 juillet 1200) : la couronne d’épines « still green and efflorescent » dans la traduction anglaise, l’église du Phare comparée au Sinaï, à Bethléem, au Jourdain et à Jérusalem, éd. August Heisenberg, Nikolaos Mesarites. Die Palastrevolution des Johannes Komnenos, 1907 ; trad. angl. J. M. Featherstone, Oxford University Research Archive, entrée I.6,6 ; comparaison citée d’après Klein 2006, p. 80
  11. Robert de Clari, La Conquête de Constantinople, reliques de la chapelle du palais (deux morceaux de la Croix, fer de la lance, deux clous, fiole de sang, couronne), éd. Philippe Lauer, Paris, 1924, p. 69-70, cité d’après Klein 2006, p. 79
  12. Grégoire le Grand, Registrum epistularum, XI, 10, lettre à Serenus, évêque de Marseille, octobre 600 : « Nam quod legentibus scriptura, hoc idiotis praestat pictura cernentibus », éd. Dag Norberg, Corpus Christianorum Series Latina 140A, p. 873-876 ; texte latin d’après Chazelle 1990
  13. Note manuscrite attribuant à « Pierre de Montereau » la chapelle de Vincennes et la Sainte-Chapelle de Paris, probablement XVIIᵉ siècle Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, Français 16866, fol. 3 [À VÉRIFIER : cote donnée d’après Gallet 2018, notice de la BnF non consultée]
  14. Jean-François Félibien, Recueil historique de la vie et des ouvrages des plus célèbres architectes, Paris, 1687 : « On tient que c’est de lui la Sainte Chapelle de Vincennes, & la Sainte Chapelle de Paris », cité d’après Gallet 2018
  15. Germain Brice, Description nouvelle de la ville de Paris, Paris, 1698, cité d’après Gallet 2018
  16. Sauveur-Jérôme Morand, Histoire de la Ste-Chapelle royale du Palais, Paris, Clousier, 1790 : la grande châsse, « une grande Arche de bronze doré » derrière le maître-autel, fermée de dix clefs ; attribution à Pierre de Montreuil, p. 30
  17. Émile Mâle, L’Art religieux du XIIIᵉ siècle en France, Paris, Ernest Leroux, 1898, préface, p. I : la cathédrale appelée « la Bible des pauvres »
  18. Baie des reliques, médaillon de Louis IX et de Robert d’Artois pieds nus portant la couronne sur un brancard voilé, vers 1243-1248, restaurée au XIXᵉ siècle Paris, Sainte-Chapelle, chapelle haute, dernière verrière au-dessus de la porte de sortie
  19. Rose de l’Apocalypse, 87 panneaux, diamètre 9 m, vers 1485-1498, monogramme « Karolus » ; panneau T9 (ange jetant une meule) daté vers 1485-1493 Paris, Sainte-Chapelle, façade occidentale
  20. Panneau de vitrail, Daniel intercédant auprès d’Arioch (identification de Grodecki 1959, discutée), vers 1243-1248, provenant de la baie de Jean-Baptiste et de Daniel, don de Henry Vaughan, 1864 Victoria and Albert Museum, Londres, 1221-1864
  21. Vitrail provenant de la Sainte-Chapelle, Samson aveugle, 1243-1248 Paris, musée de Cluny, Cl. 14477
  22. Statue d’apôtre, saint Jean, 3ᵉ quart du XIIIᵉ siècle, provenant de la Sainte-Chapelle, entrée au musée en 1851 Paris, musée de Cluny, Cl. 18666
  23. Foliole émaillée du chef-reliquaire de saint Louis exécuté par Guillaume Jul​ien en 1306 Bibliothèque nationale de France, département des Monnaies, médailles et antiques, inv. 56 333 (numéro d’après le Cleveland Museum of Art)
  24. Reliquaire de la Sainte Épine, or, émail, cristal de roche, perles, rubis et saphirs, h. 30,5 cm, Paris, vers 1400, armes de Jean de Berry British Museum, Londres, WB.67
  25. Inventaire des joyaux de Jean de Berry, annotation de Robinet d’Étampes (1401-1403) sur la couronne sertie de quatre épines, dont trois remises à la Sainte-Chapelle de Bourges, cité d’après la notice WB.67 du British Museum
  26. Reliquaire de la Sainte Couronne, Maurice Poussielgue-Rusand d’après Jules Godefroy Astruc, 1896, or, cristal de roche, diamants et pierres fines Paris, trésor de la cathédrale Notre-Dame [À VÉRIFIER : numéro d’inventaire, la notice du Louvre portant aussi la mention NDP 68 rattachée au reliquaire de 1862]

Bibliographie

  1. Emily D. Guerry, « “A path prepared for them by the Lord” : King Louis IX, Dominican devotion, and the extraordinary journey of two preaching friars », dans Eleanor J. Giraud et Christian T. Leitmeir (dir.), The Medieval Dominicans, Medieval Monastic Studies 7, Turnhout, 2021, p. 167-211 Brepols
  2. M. Cecilia Gaposchkin, Vexilla Regis Glorie. Liturgy and Relics at the Sainte-Chapelle in the Thirteenth Century, Sources d’histoire médiévale 46, Paris, 2022, 352 p. CNRS Éditions
  3. François Gebelin, La Sainte-Chapelle et la Conciergerie, 3ᵉ éd., Paris, s. d. H. Laurens
  4. Holger A. Klein, « Sacred Relics and Imperial Ceremonies at the Great Palace of Constantinople », dans Franz Alto Bauer (dir.), Visualisierungen von Herrschaft. Frühmittelalterliche Residenzen, Gestalt und Zeremoniell, Byzas 5, Istanbul, 2006, p. 79-99 Zero Prod.
  5. Holger A. Klein, « The Crown of His Kingdom : Imperial Ideology, Palace Ritual, and the Relics of Christ’s Passion », dans J. M. Featherstone, J.-M. Spieser, G. Tanman et U. Wulf-Rheidt (dir.), The Emperor’s House, 2015, p. 201-212 De Gruyter [À VÉRIFIER : éditeur et lieu]
  6. Alexei Lidov, « A Byzantine Jerusalem. The Imperial Pharos Chapel as the Holy Sepulchre », dans Annette Hoffmann et Gerhard Wolf (dir.), Jerusalem as Narrative Space / Erzählraum Jerusalem, Leyde et Boston, 2012, p. 63-103 Brill
  7. Daniel H. Weiss, Art and Crusade in the Age of Saint Louis, Cambridge, 1998, xvi-279 p. Cambridge University Press
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Sources en ligne

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  10. « L’étude du vitrail de la rose ouest de la Sainte-Chapelle », 29 novembre 2017 Ministère de la Culturehttps://www.culture.gouv.fr/fr/Thematiques/sciences-du-patrimoine/Thematiques-de-recherche/Etude-des-materiaux/L-etude-du-vitrail-de-la-rose-ouest-de-la-Sainte-Chapelle
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  28. Compte rendu de Christine Hediger (dir.), La Sainte-Chapelle de Paris : royaume de France ou Jérusalem céleste ?, par Elizabeth Carson Pastan caa.reviews, College Art Associationhttps://w-ww.caareviews.org/reviews/1393
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  31. Compte rendu de Daniel H. Weiss, Art and Crusade in the Age of Saint Louis, par John Lowden, n° 92, 1ᵉʳ février 2000 Reviews in History, Institute of Historical Researchhttps://reviews.history.ac.uk/review/92/print/
  32. « Q&A : How a 13th-century royal chapel influenced the history of France », 12 février 2015 UCLA Newsroomhttps://newsroom.ucla.edu/stories/q-a-how-a-13th-century-royal-chapel-influenced-the-history-of-france
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