William Godfrey n’a plus aucun papier pour prouver que la terre de Stono est à lui. Dans la requête qu’il adresse au gouverneur James Glen et à son conseil, le dernier jour de juin 1749, il explique que son père a été tué chez lui avec une partie de sa famille, et que la maison a brûlé avec tous les titres « par les nègres, dans l’insurrection nègre » de dix ans plus tôt. Les conseillers confirment. L’arpenteur général remesure la parcelle de la paroisse Saint-Paul, que le fils croyait de quatre cents acres et qui en compte 375 ; le plan est dressé le 9 décembre 1749, la concession enregistrée le 29 novembre 1750.
Un fils au moins a donc survécu, alors que le récit imprimé à Londres en 1740 fait tuer Godfrey « avec sa fille et son fils ». Stono, que la plupart des historiens tiennent pour le plus grave soulèvement d’esclaves des colonies anglaises du continent à l’époque moderne, entre la fin du XVᵉ siècle et la Révolution, se lit ainsi, par recoupements.
La gazette d’Elizabeth Timothy se tait
La South Carolina Gazette, que publie alors Elizabeth Timothy à Charles Town, ne dit rien du soulèvement dans son numéro du 8 au 15 septembre 1739, puis cesse de paraître jusqu’au 13 octobre, « pour cause de maladie » ; une épidémie de fièvre jaune frappe la région en août et en septembre. Un journal de la ville avait pourtant annoncé à la mi-août la loi qui obligeait les hommes blancs à se rendre armés à l’office du dimanche, sous peine d’amende à partir du 29 septembre. Les récits imprimés de l’automne viennent de Boston, dans la Boston Gazette de la fin d’octobre puis le Boston Weekly News-Letter du 1ᵉʳ au 8 novembre.
Le texte qui sert de base à tous les autres n’a pas d’auteur certain. Le Gentleman’s Magazine le donne en mars 1740 pour l’extrait d’une lettre de Caroline datée du 2 octobre, et Nic Butler, historien de la bibliothèque du comté de Charleston, y lit une lettre écrite à Charles Town. Rodney Baine, éditeur des écrits de James Oglethorpe, l’attribue au fondateur de la Géorgie, qui l’avait joint à une lettre du 9 octobre 1739 adressée à son correspondant londonien Verelst, avec prière de le faire paraître dans les journaux ; le London Daily Post l’imprime le 17 mars 1740. Des colons de Géorgie, représentés à Londres par Thomas Stephens, réclament alors le droit d’introduire des esclaves dans une colonie qui les interdit, et une insurrection chez le voisin fait un argument contre eux. Mark Smith, qui a rassemblé en 2005 les sources connues, laisse la question ouverte.
Le seul témoin oculaire qui ait écrit est William Bull, président du conseil et gouverneur par intérim depuis novembre 1737. Sa lettre du 5 octobre au Board of Trade, l’organe londonien qui suit les affaires coloniales, conservée à Kew dans la série CO 5, consacre au soulèvement quelques lignes sans nommer un seul meneur, puis propose de payer des Chickasaws de New Windsor et des Catawbas pour rattraper les fuyards.
Les dates sont données ici dans le calendrier julien de la colonie, onze jours derrière le grégorien.
Pon Pon Road
Le récit anonyme fait commencer l’affaire « le 9 septembre, un dimanche, jour où les planteurs les laissent travailler pour eux-mêmes ». Une vingtaine d’hommes, avec pour capitaine un certain Jemmy, surprennent le magasin d’un nommé Hutchenson, en un lieu que le texte écrit Stonehow, tuent Robert Bathurst et un Gibbs, et emportent les armes légères et la poudre qui attendaient là d’être vendues. La maison de Godfrey est pillée et brûlée. Les insurgés reviennent ensuite sur leurs pas et prennent vers le sud la route de Pon Pon, ouverte dans les années 1720 pour relier le Stono à l’Edisto, et que l’auteur présente comme le chemin de Saint-Augustin. Au petit jour, ils passent devant la taverne de Thomas Wallace, qui tenait là un pont à péage, et l’épargnent parce qu’il est « un homme bon, et bon pour ses esclaves ». Lemy, sa femme et son enfant sont tués. Chez Thomas Rose, un esclave cache son maître puis sort calmer les autres. La colonne grossit, avance drapeaux déployés au son de deux tambours et crie « Liberty ». Vers onze heures, le lieutenant-gouverneur, qui rentre du comté de Granville avec quatre compagnons, la croise, se voit poursuivi et s’échappe à grand-peine pour donner l’alarme. Le colonel Hext perd sa maison, son régisseur et la femme de celui-ci. Les maisons de Sprye, de Sacheverell, de Nash brûlent à leur tour, avec les Blancs qui s’y trouvent. Bullock s’enfuit à temps, et l’on ne brûle que sa maison.
Ils sont alors « plus de soixante, certains disent cent ». Ils s’arrêtent dans un champ pour danser, chanter et battre le tambour afin d’attirer d’autres esclaves, et beaucoup, selon l’auteur, ont bu le rhum pris dans les maisons. Vers quatre heures, des planteurs à cheval mettent pied à terre et chargent. Les prisonniers sont interrogés puis fusillés, et le récit loue des planteurs qui n’auraient torturé personne, se contentant d’une « mort facile ». La South Carolina Encyclopedia signale des têtes plantées sur des poteaux. Une trentaine d’insurgés s’échappent ; dix sont rattrapés une trentaine de milles plus au sud et tués, et un meneur n’est pris qu’en 1742. Comme Bull fait partir le soulèvement « la nuit » du 9 et marcher les rebelles « le lendemain matin », la bataille a eu lieu le lundi 10 septembre, au lieu-dit que les plans nomment Battlefield Plantation, près de l’actuel croisement de la route 17 et de Parker’s Ferry Road. Les miliciens, eux, se retrouvent ensuite à la taverne de Francis Dandridge et y boivent beaucoup, d’après le journal de l’assemblée.
Le nombre des morts ne se laisse pas fixer. Bull écrit vingt et un Blancs, le récit anonyme une vingtaine, le pasteur Andrew Leslie vingt-deux paroissiens, dans une lettre dont l’extrait reproduit par Smith date l’affaire du 16 septembre ; la South Carolina Encyclopedia retient une quarantaine de Blancs et probablement autant de Noirs.
Angola, c’est-à-dire le Kongo
L’auteur anonyme glisse une explication avant même de raconter la journée. Parmi les esclaves de la colonie, écrit-il, se trouve « un peuple venu du royaume d’Angola », dont beaucoup parlent portugais parce que les Portugais ont là des établissements et les jésuites une mission, et où « plusieurs milliers » de Noirs professent la religion catholique. Le portugais, ajoute-t-il, est aussi proche de l’espagnol que l’écossais de l’anglais. Des catholiques qui comprennent l’espagnol entendent donc mieux que d’autres les promesses de Saint-Augustin.
Ces promesses existaient. Une cédule de Charles II d’Espagne avait accordé en 1693 la liberté aux esclaves des colonies anglaises venus en Floride demander le baptême ; on comptait plus d’une centaine de ces fugitifs à Saint-Augustin en 1738, selon la revue Archaeology, et le gouverneur Manuel de Montiano les avait installés cette année-là à Gracia Real de Santa Teresa de Mose, village fortifié aux portes de la ville. Le récit de 1739 cite des précédents récents, dont des gardiens de bétail d’un capitaine Mackpherson partis avec ses chevaux ; l’un d’eux aurait reçu à Saint-Augustin un brevet d’officier et un habit à parements de velours. À la fin de juillet, un colonel de la cavalerie espagnole était même venu en chaloupe à Charles Town, sous un prétexte de message officiel.
John Thornton a donné sa portée à la phrase sur l’Angola en 1991. Il y lit des hommes du royaume du Kongo, chrétien depuis le début du XVIᵉ siècle, dont la chronologie propre, faite de règnes et de guerres de succession, ne coïncide pas avec le découpage européen. Ces guerres avaient formé des combattants rompus aux armes à feu, et les fusils, les drapeaux, les tambours, jusqu’à la halte dansée, se relisent alors comme des pratiques militaires ; Matthew Cavedon rapproche en 2025 cette danse du sangamento, simulacre de combat exécuté avant la bataille. Autour de 1740, d’après les chiffres réunis par Nic Butler, les rôles fiscaux comptent 39 155 personnes d’ascendance africaine sur 54 000 à 59 000 habitants, dont deux sur trois environ nées en Afrique.
Mark Smith a poussé la piste plus loin en 2001. Les insurgés auraient choisi leur nuit en catholiques, le samedi étant le jour de la Vierge et le 8 septembre la fête de sa Nativité. L’objection tient au calendrier. Le 8 septembre anglais de 1739 tombait le 19 septembre dans le calendrier grégorien de Rome, de Lisbonne et de Saint-Augustin, et le monde catholique avait fêté la Nativité onze jours plus tôt ; Smith a lui-même relevé la difficulté, rapporte Cavedon. Les protestants salzbourgeois partis d’Augsbourg en 1733 avaient bien abandonné le grégorien à Londres, en route pour la Géorgie, et des captifs pouvaient faire de même. Bull, enfin, fait commencer l’affaire la nuit du 9, ce qui écarte la nuit du samedi. Faute d’une source venue des insurgés eux-mêmes, on ne sait pas trancher entre une fête mariale et un simple dimanche de repos.
Un vol qui aurait mal tourné
Peter Charles Hoffer a pris le contre-pied du récit héroïque en 2010, à partir des levés de terrain, des plans de propriété et des registres législatifs. Aucun texte de 1739 ne prouve un complot, et le récit anonyme avait intérêt à montrer la main espagnole. Hoffer voit des hommes épuisés, peut-être l’équipe qui creusait des fossés à Stono et que la loi privait du repos dominical, forcer de nuit un magasin pour prendre ce qu’ils estimaient leur dû, puis comprendre, après avoir tué deux Blancs, qu’ils n’avaient plus rien à perdre. Il doute qu’on tente une évasion par une nuit noire au sortir d’une journée de travail ; pour lui, la route du sud n’a été choisie qu’après le crime.
Cette lecture explique le désordre de la journée, l’ivresse et la halte en plein champ. Elle laisse des faits de côté. La colonne a gagné la route du sud avant le lever du jour, elle a épargné Wallace et frappé ses voisins, ce qui suppose un tri, et la fuite vers Saint-Augustin était une pratique ancienne, puisque Cavedon compte 253 esclaves échappés de Caroline entre 1732 et 1739. Le cri de « Liberty », qu’un récit hostile n’avait aucune raison d’inventer, va dans le même sens. Les deux lectures peuvent se combiner, et c’est probablement la solution la moins fragile, celle d’un coup de main peut-être improvisé, mené par des hommes qui savaient tous qu’au bout de la route un village donnait aux fugitifs des brevets et des habits de velours.
Jemmy ou Cato
Le récit de 1739 appelle le capitaine Jemmy, sans rien dire de plus. Le nom de Cato apparaît en 1860 chez William Gilmore Simms, grande figure des lettres sudistes, qui date d’ailleurs la révolte de 1740, selon l’article que Steven J. Niven a consacré en 2016 à l’effacement de Stono des manuels ; une conspiration fut découverte près de Charles Town cette année-là, et la confusion n’est pas exclue.
En 1937, un enquêteur du Federal Writers’ Project, programme fédéral qui recueille alors les souvenirs d’anciens esclaves, rencontre à Columbia George Cato, journalier de cinquante ans qui habite derrière le 1010 Lady Street. Il se dit l’arrière-arrière-petit-fils du Cato qui commandait l’insurrection, et raconte l’histoire telle que sa famille la transmet depuis 198 ans. Son ancêtre savait lire et écrire, les siens l’avaient élu, et il rédigeait des laissez-passer pour faire fuir d’autres esclaves ; il aurait maudit ceux qui buvaient et dansaient, et depuis, dit le descendant, aucun Cato ne touche au whisky. Devant la milice, il aurait déclaré que les siens n’aimaient pas l’esclavage, qu’ils partaient rejoindre les Espagnols de Floride, et qu’ils se rendaient sans être ni vaincus ni convertis. Quarante-trois hommes auraient répondu « Amen » avant d’être pendus avec lui par la milice.
Mark Smith tient ce témoignage pour recevable sur bien des points, en rappelant que la tradition orale des sociétés peu lettrées se révèle souvent fiable et que le texte est le seul à donner un point de vue non blanc. Mais George Cato compte vingt et un Blancs et quarante-quatre Noirs tués, exactement les chiffres de Bull, ce qui peut confirmer la mémoire familiale ou signaler qu’un chiffre écrit est passé dans le récit oral. Il place la rencontre avec la milice près du marais de la Combahee, bien plus au sud que le champ de 1739, et ses paroles ne sont connues que transcrites par un enquêteur blanc, selon les conventions caricaturales de l’époque.
Un habit complet pour July
Le 29 novembre 1739, un comité de la chambre basse de l’assemblée dresse la liste de ceux qui ont aidé à réprimer. July, esclave de Thomas Elliott, a sauvé la famille de son maître et tué un rebelle ; le comité recommande sa liberté, avec un habit complet, une chemise, un chapeau, des bas et des souliers. D’autres esclaves, Ralph, Prince ou Mingo, doivent recevoir des vêtements et vingt livres chacun, et des Indiens comme Tobb ou Old Jack un habit, un fusil, deux livres de poudre et huit livres de balles. Le journal de l’assemblée récompense aussi trois hommes de Frederick Grimke, nommés Pompey, Tony et Primas.
L’Act for the Better Ordering and Governing Negroes and other Slaves, ratifié le 10 mai 1740 et contresigné par Bull, présume esclave tout Noir, Indien, mulâtre ou métis jusqu’à preuve du contraire. Il punit de cent livres quiconque apprend à un esclave à écrire, de dix livres le maître qui laisse ses esclaves battre le tambour ou souffler dans des cors, de cinq livres celui qui les fait travailler le dimanche. Voté pour trois ans, il est resté en vigueur, pour l’essentiel, jusqu’à la guerre de Sécession. Pour Peter Wood, la sécurité de la minorité blanche et la survie même du système de plantation parurent alors menacées, pendant quelques années, comme elles ne l’avaient plus été depuis la guerre yamasee de 1715.
Les trois hommes de Grimke ont servi à Nic Butler, en 2022, pour chercher le magasin pillé. Nous gardons pour son propriétaire la graphie Hutchenson du récit de 1739, la seule attestée au moment des faits, sans préjuger de l’homme qu’elle désigne. Frederick Grimke, marchand venu d’Allemagne, était depuis 1734 l’associé de Ribton Hutchinson dans un commerce de Charles Town et possédait des terres sur la branche nord du Stono, face à l’actuel Bulow Landing, à un peu plus d’un mille de la parcelle Godfrey. Butler en tire une hypothèse, présentée comme telle, celle d’un entrepôt de la société Hutchinson et Grimke près de ce débarcadère, d’où les insurgés, partis d’abord vers le nord-ouest, auraient fait demi-tour dans la nuit pour gagner le pont de Wallace, à un peu plus de trois milles. L’identification de Hutchenson avec Ribton Hutchinson, reconnaît-il, ne s’appuie sur aucun document qui la confirme.
La tradition place le départ ailleurs. Le formulaire de 1974 qui inscrit au registre national le site du Wallace Creek, à douze milles à l’ouest de Charleston, y situe l’entrepôt de Hutchinson et le point de départ de la révolte ; le panneau d’État posé en 2006 se contente d’écrire que la révolte a commencé non loin. Sur ce terrain de dix-neuf acres, acquis grâce au programme d’espaces verts du comté et destiné à devenir un parc, Curtis Inabinett, quatre-vingt-dix ans, montrait le 20 avril 2022 les restes d’une cave de briques que l’on croit contemporaine de la révolte et que l’on rattache au magasin. Butler cherche le magasin de Hutchenson à Bulow Landing, sur la foi de trois esclaves récompensés et d’un titre foncier refait en 1749, tandis que le futur parc du Wallace Creek montrera aux visiteurs une cave de briques.
Pour aller plus loin
L’insurrection de Stono éclate l’année même où la Jamaïque signe la paix avec les marrons de Cudjoe, autre réponse coloniale à la fuite des esclaves. Elle prolonge l’histoire du Kongo chrétien d’Afonso Iᵉʳ, dont des sujets déportés ont traversé l’Atlantique, et s’inscrit dans les débuts de la traite atlantique. Le Code noir montre l’autre face de la législation coloniale. Elle précède de quelques semaines la guerre anglo-espagnole dite de l’oreille de Jenkins, au cours de laquelle les troupes d’Oglethorpe attaquent Fort Mose en 1740.
En septembre 1739, en Caroline du Sud, une colonie anglaise d’Amérique du Nord, des esclaves africains se révoltent près de la rivière Stono. Ils tuent des colons, brûlent des maisons et marchent vers le sud en criant « Liberty ». La milice les arrête le lendemain. La plupart des historiens y voient le plus grave soulèvement d’esclaves des colonies anglaises du continent. Pourtant, on ne le connaît que par quelques textes, presque tous écrits par ceux qui l’ont réprimé.
Une journée sur la route
Un dimanche, à la nuit, une vingtaine d’hommes menés par un certain Jemmy attaquent un magasin. Ils tuent les deux hommes qui s’y trouvent et prennent des fusils et de la poudre. Ils brûlent une maison, puis prennent la route du sud. Au petit jour, ils épargnent un aubergiste, Thomas Wallace, parce qu’on le dit bon pour ses esclaves. Ils tuent d’autres colons et brûlent leurs maisons.
D’autres esclaves les rejoignent. Ils avancent avec des drapeaux et deux tambours. Vers onze heures du matin, William Bull, qui gouverne alors la colonie, les croise à cheval et s’enfuit pour donner l’alarme. Les insurgés sont maintenant soixante, peut-être cent. Ils s’arrêtent dans un champ pour danser et chanter. Vers quatre heures, des planteurs armés les attaquent. Beaucoup d’insurgés sont tués sur place ou exécutés.
On ne sait pas exactement combien de personnes sont mortes. Bull compte vingt et un Blancs tués, et les autres textes donnent des chiffres un peu différents.
Des textes rares et partiaux
Le journal de la ville ne dit rien de la révolte. Le récit le plus complet est une lettre anonyme publiée à Londres en 1740. Un historien pense qu’elle a été écrite par James Oglethorpe, le fondateur de la Géorgie voisine, où l’esclavage était alors interdit. Certains colons de Géorgie voulaient l’autoriser, et une révolte d’esclaves chez le voisin servait d’argument contre eux. La lettre de Bull est le seul témoignage écrit par quelqu’un qui a vu les insurgés ce jour-là.
Des catholiques venus d’Afrique
Le récit de 1739 dit que les meneurs venaient d’« Angola », et que beaucoup parlaient portugais et étaient catholiques. L’historien John Thornton pense qu’ils venaient du royaume du Kongo, en Afrique centrale, chrétien depuis le XVIᵉ siècle, où certains avaient pu apprendre à se battre avec des fusils.
Plus au sud, la Floride appartenait à l’Espagne, pays catholique. Depuis 1693, le roi d’Espagne promettait la liberté aux esclaves des colonies anglaises qui venaient y demander le baptême. En 1738, un village fortifié avait été créé pour eux près de Saint-Augustin. Les insurgés voulaient probablement les rejoindre.
Un autre historien, Peter Charles Hoffer, voit les choses autrement. Selon lui, des hommes épuisés ont d’abord forcé un magasin, puis, après avoir tué deux Blancs, n’ont plus eu d’autre choix que la fuite. Les deux explications peuvent se combiner.
Jemmy ou Cato
Le texte de 1739 appelle le chef Jemmy. Plus tard, on l’a appelé Cato. En 1937, un journalier de cinquante ans, George Cato, raconte à un enquêteur que son ancêtre a dirigé la révolte. Selon l’histoire transmise dans sa famille, cet homme savait lire et écrire. Devant la milice, il aurait dit que les siens partaient rejoindre les Espagnols, et qu’ils n’étaient ni vaincus ni convertis.
Ce récit est précieux, car c’est le seul qui vienne du côté des insurgés. Mais il a été transmis oralement pendant deux siècles, et ses chiffres sont exactement ceux de la lettre de Bull.
Après la révolte
La colonie récompense les esclaves qui l’ont aidée. L’un d’eux, July, reçoit sa liberté, un habit, une chemise, un chapeau, des bas et des souliers. En mai 1740, une nouvelle loi durcit le sort de tous les autres. Elle punit celui qui apprend à écrire à un esclave, le maître qui laisse ses esclaves jouer du tambour et celui qui les fait travailler le dimanche. Pour l’essentiel, elle reste en vigueur jusqu’à la guerre de Sécession, plus d’un siècle plus tard.
On ne sait toujours pas où la révolte a commencé. Un historien de Charleston cherche le magasin près d’un ancien débarcadère, Bulow Landing. Au bord du Wallace Creek, un futur parc montrera aux visiteurs une cave de briques que l’on rattache au magasin attaqué.
Le détail des sources, le débat sur le calendrier et la fête de la Vierge, et la géographie de la journée occupent l’article classique.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- « An Account of the Negroe Insurrection in South Carolina », anonyme, attribué à James Oglethorpe, octobre 1739 (récit de la journée, mention des « Angola Negroes », de Jemmy, du magasin de Hutchenson à « Stonehow », de la taverne de Wallace, des maisons Godfrey, Lemy, Hext, Sprye, Sacheverell, Nash et Bullock, du bilan d’environ 40 Noirs et 20 Blancs tués) éd. Allen D. Candler, The Colonial Records of the State of Georgia, vol. 22, 2ᵉ partie, Atlanta, Chas. P. Byrd, 1913, p. 232-236
- « Extract of a Letter from S. Carolina, dated October 2 », Gentleman’s Magazine, vol. 10, mars 1740, p. 127-129 ; texte identique dans The London Magazine, mars 1740, p. 152 références d’après N. Butler (2022), note 1
- James Oglethorpe, lettre à Verelst, 9 octobre 1739, avec post-scriptum demandant l’insertion du récit dans les journaux ; publication du récit dans le London Daily Post, and General Advertiser du 17 mars 1740 d’après R. M. Baine (éd.), The Publications of James Edward Oglethorpe ; cote de la lettre
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Sources primaires (suite)
- William Bull, lieutenant-gouverneur de Caroline du Sud, lettre aux Lords of Trade, 5 octobre 1739 (vingt et un Blancs tués, rencontre avec les rebelles à onze heures, milice à quatre heures, quarante-quatre insurgés tués et exécutés, recours aux Chickasaws de New Windsor et aux Catawbas) The National Archives, Kew, CO 5/388, cote reproduite par PBS et non contrôlée sur le catalogue de Kew
- The South Carolina Gazette, Charles Town, Elizabeth Timothy, numéro du 8-15 septembre 1739 (sans mention du soulèvement) et numéro du 13 octobre 1739 (reprise de la publication « by reason of sickness ») d’après N. Butler (2022), note 1
- The Boston Gazette, numéro du 29 octobre-5 novembre 1739 ; The Boston Weekly News-Letter, numéro du 1ᵉʳ-8 novembre 1739, « A Letter from South Carolina [September 28, 1739] » reproduits dans M. M. Smith (éd.), Stono (2005), document 5
- Andrew Leslie, pasteur de la paroisse Saint-Paul, lettre sur l’insurrection (vingt-deux paroissiens tués, date du 16 septembre) extrait reproduit dans M. M. Smith (éd.), Stono (2005), numéro du document et page
- Rapport d’un comité de la Commons House of Assembly transmis au conseil du gouverneur, 29 novembre 1739 (liberté et vêtements pour July, esclave de Thomas Elliott ; vêtements et 20 livres pour Ralph, Prince, Joe, Larush, Pompey, Sampon, Mingo et d’autres ; habit, fusil, poudre et balles pour Tobb, Old Jack, Peter, Tom et Philip) South Carolina Department of Archives and History, Columbia
- J. H. Easterby (éd.), The Colonial Records of South Carolina. The Journal of the Commons House of Assembly, September 12, 1739-March 26, 1741, Columbia, Historical Commission of South Carolina, 1952, p. 63-64 (récompenses à Pompey, Tony et Primas, esclaves de Frederick Grimke) et p. 158, 230, 233, 236, 283 (dépenses de la milice à la taverne de Francis Dandridge) d’après N. Butler (2022), notes 10 et 18
- Loi de sécurité votée en août 1739 (Security Act), obligation pour les hommes blancs de se rendre armés à l’office dominical, amendes applicables à partir du 29 septembre 1739, annoncée par la South Carolina Gazette à la mi-août titre exact et édition
- « An Act for the Better Ordering and Governing Negroes and other Slaves in this Province », n° 670, ratifié en chambre du conseil le 10 mai 1740 et contresigné par William Bull (art. I, présomption d’esclavage ; art. XXII, travail du dimanche, 5 livres ; art. XXXVI, tambours et cors, 10 livres ; art. XLV, enseignement de l’écriture, 100 livres ; art. LVIII, durée de trois ans) éd. David J. McCord, The Statutes at Large of South Carolina, vol. 7, Columbia, A. S. Johnston, 1840, p. 397 et suiv.
- Cédule royale de Charles II d’Espagne, 1693, accordant la liberté aux esclaves fugitifs des colonies anglaises venus en Floride demander le baptême connue ici par M. Cavedon (2025) et la revue Archaeology (2024), cote
- William Godfrey, requête au gouverneur James Glen et à son conseil, 30 juin 1749, Council Journal, p. 494-495 – éd. Brent Holcomb, Petitions for Land from the South Carolina Council Journals, vol. II, 1748-1752, Columbia, SCMAR, 1997, p. 47 ; plan du 9 décembre 1749, South Carolina Department of Archives and History, Colonial Plat Books (Copy Series), S213184, vol. 4, p. 506 ; concession enregistrée le 29 novembre 1750, Colonial Land Grants, S213015, vol. 2I, p. 122 références d’après N. Butler (2022), notes 13 et 14
- William Gilmore Simms, The History of South Carolina, édition de 1860 (le meneur nommé Cato, révolte datée de 1740) lieu, éditeur et page, connu ici par S. J. Niven (2016)
- George Cato, entretien avec un enquêteur du Federal Writers’ Project, Columbia (Caroline du Sud), vers 1937 publié dans Rawick (éd.), The American Slave : A Composite Autobiography, 1977, p. 56, volume et série ; reproduit dans M. M. Smith (éd.), Stono (2005), document 15, et par le National Humanities Center
- National Register of Historic Places, « The Stono River Slave Rebellion », formulaire d’inscription et formulaire photographique (site de l’entrepôt de Hutchinson, point de départ supposé), Rantowles, rive ouest du Wallace River, publication du 30 mai 1974 National Park Service, NRIS 74001840
- Panneau historique de l’État de Caroline du Sud « Stono Rebellion », U.S. Highway 17, Wallace Creek, posé en 2006 texte d’après E. Breeden (éd.), A Guidebook to South Carolina Historical Markers, 2021, p. 98, cité par N. Butler (2022), note 4
Bibliographie
- Mark M. Smith (éd.), Stono : Documenting and Interpreting a Southern Slave Revolt, Columbia, University of South Carolina Press, 2005, ISBN 978-1-57003-605-7 University of South Carolina Press
- Mark M. Smith, « Remembering Mary, Shaping Revolt : Reconsidering the Stono Rebellion », The Journal of Southern History 67 (3), août 2001, p. 513-534 The Journal of Southern History
- John K. Thornton, « African Dimensions of the Stono Rebellion », American Historical Review 96 (4), octobre 1991, p. 1101-1113 American Historical Review
- Peter H. Wood, Black Majority : Negroes in Colonial South Carolina from 1670 through the Stono Rebellion, New York, Norton, 1975 (1ʳᵉ éd. 1974) W. W. Norton
- Peter Charles Hoffer, Cry Liberty : The Great Stono River Slave Rebellion of 1739, New York, Oxford University Press, 2010, coll. « New Narratives in American History », ISBN 978-0-19-538661-5 Oxford University Press
- Matthew Cavedon, « Kongolese Sacred Sovereignties and Legalities in the Early Modern Trans-Atlantic », Religions 16 (4), 2025, article 444, DOI 10,3390/rel16040444 MDPIhttps://doi.org/10.3390/rel16040444
- Rodney M. Baine (éd.), The Publications of James Edward Oglethorpe, Athens, University of Georgia Press, année, chapitre « An Account of the Negroe Insurrection in South Carolina (1740) » University of Georgia Press
Sources en ligne
- « The Stono Rebellion of 1739 : Where Did It Begin ? », Nic Butler, 9 septembre 2022 Charleston County Public Library, Charleston Time Machinehttps://www.ccpl.org/charleston-time-machine/stono-rebellion-1739-where-did-it-begin
- « Commemorating the African-ness of Charleston’s History », Nic Butler, 1ᵉʳ février 2019 Charleston County Public Library, Charleston Time Machinehttps://www.ccpl.org/charleston-time-machine/commemorating-african-ness-charlestons-history
- « Stono Rebellion » South Carolina Encyclopedia, University of South Carolina, Institute for Southern Studieshttps://www.scencyclopedia.org/sce/entries/stono-rebellion/
- « Two Views of the Stono Slave Rebellion, South Carolina, 1739 » National Humanities Center, Becoming Americanhttps://nationalhumanitiescenter.org/pds/becomingamer/peoples/text4/stonorebellion.pdf
- « Report from William Bull re. Stono Rebellion » PBS, Africans in Americahttps://www.pbs.org/wgbh/aia/part1/1h311t.html
- « Report re. Stono Rebellion slave-catchers » PBS, Africans in Americahttps://www.pbs.org/wgbh/aia/part1/1h312t.html
- « The Stono Rebellion » PBS, Africans in America, People & Eventshttps://www.pbs.org/wgbh/aia/part1/1p284.html
- « An Account of the Negroe Insurrection in South Carolina (1740) », The Publications of James Edward Oglethorpe University of Georgia Press, Manifoldhttps://ugapress.manifoldapp.org/read/1a695407-f524-4099-a15e-9fe50d7d6792/section/aa2464e8-db89-4e56-b15b-73ff22e9847a
- « An Account of the Negro Insurrection in South Carolina (1739) », dossier pédagogique Empire and American Religion, Miami Universityhttps://sites.miamioh.edu/empire/files/2026/01/1739-Account-of-the-Negro-Insurrection-in-South-Carolina.pdf
- « Stono River Slave Rebellion Site », NRIS 74001840 National Park Service, NPGalleryhttps://npgallery.nps.gov/AssetDetail/1b78e3f3-72a7-49f9-8838-6a1eb2dd5388
- « Stono : Documenting and Interpreting a Southern Slave Revolt », table des matières et présentations des documents JSTORhttps://www.jstor.org/stable/j.ctvqr1bf0
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- Transcription de l’« Act for the Better Ordering and Governing Negroes and other Slaves in this Province » d’après McCord, vol. 7, p. 397 Modjeska Simkins School, document pédagogiquehttps://www.scpronet.com/modjeskaschool/wp-content/uploads/2016/03/9-an-act-for-better-ordering-slavecodes1740.pdf
- Éditorial sur le site du Wallace Creek et la cave de briques (titre non affiché sur la page consultée, photographie datée du 20 avril 2022) The Post and Courier, Charlestonhttps://www.postandcourier.com/opinion/editorials/editorial-stono-rebellion-isnt-a-happy-part-of-sc-history-but-its-worth-remembering/article_16b0449c-23e1-11ed-8514-fbdc09e65c74.html




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