Un architecte a terminé sa maison. Chaque étage a ses habitants, chaque créature a reçu son lot, et les coffres sont vides le jour où il veut façonner un dernier venu, chargé d’admirer l’ensemble. Il ne peut plus rien lui donner en propre, alors il décide que ce dernier venu aura en commun tout ce que les autres ont reçu chacun à part. Jean Pic de la Mirandole a écrit cette fable à l’automne 1486, pour ouvrir à Rome une dispute publique qui n’a jamais eu lieu, et le discours qui la contient porte un titre que son auteur ne lui a pas donné.
Neuf cents propositions pour une seule dispute
Le 7 décembre 1486, Eucharius Silber achève d’imprimer à Rome les Conclusiones nongentae publice disputandae. Leur auteur, né le 24 février 1463 au château de la Mirandole, près de Modène, veut les soutenir en public après l’Épiphanie. La forme française de son nom est préférée ici, parce que c’est celle des traductions disponibles en librairie. Brian Copenhaver décrit l’objet sans indulgence. Trois douzaines de feuillets, des propositions de moins de vingt mots, et aucune preuve.
La première partie range 402 thèses sous les noms de vingt-huit autorités ou groupes, de Thomas d’Aquin à Averroès, Maïmonide, Proclus et « les kabbalistes juifs ». La seconde en aligne 498 que Pic prend à son compte, et cent dix-neuf propositions du livret sont explicitement kabbalistiques. Copenhaver insiste sur un trait qui déroute : une thèse donnée secundum Thomam ne restitue pas forcément la doctrine de Thomas, car elle est taillée pour gagner une dispute. Le texte se lit dans l’édition critique de Stephen Farmer, parue en 1998.
Un mot relie l’ensemble, concordia. En tête de la seconde partie, Pic affirme que Platon et Aristote s’accordent sensu et re, par le sens et par la chose, même quand leurs mots divergent. Selon Copenhaver, Simplicius soutenait déjà cette thèse au VIᵉ siècle, et Pic admet dans son discours que beaucoup y ont cru sans que personne l’ait prouvée (§ 213, numérotation du Pico Project).
Rome ne laisse pas la dispute s’ouvrir. Le 20 février 1487, un bref d’Innocent VIII la suspend, et la commission réunie le 2 mars déclare sept conclusions hérétiques et six suspectes. Datée du 30 mai, l’Apologia de Pic défend les thèses visées au nom de la liberté de philosopher sur ce que l’Église a laissé indécis. Le pape ouvre alors une procédure inquisitoriale, Pic se soumet le 31 juillet, et la bulle du 4 août, publiée le 15 décembre, condamne toutes les Conclusiones. Arrêté près de Lyon en février 1488, Pic passe quelques semaines à Vincennes, où Charles VIII le garde surtout pour le soustraire aux nonces, d’après Franco Bacchelli. Alexandre VI l’absout le 18 juin 1493, dix-sept mois avant sa mort à Florence, le 17 novembre 1494. Copenhaver a consacré en 2022 un livre entier à ce procès.
Le discours préparé pour la séance reste dans ses papiers.
« Nec certam sedem »
Le texte s’ouvre sur deux autorités, Abdala le Sarrasin, pour qui rien n’est plus admirable que l’homme, et Hermès disant à Asclépius magnum miraculum est homo (§ 1-2). Aussitôt Pic écarte les raisons ordinaires de cette admiration (§ 3-5). L’homme intermédiaire entre les créatures, roi des inférieurs, lien du monde et à peine au-dessous des anges, tout cela est grand, écrit-il, sans toucher au principe. Si l’on admire l’homme pour son rang, il faut admirer davantage les anges. Vers 1450, Giannozzo Manetti avait bâti un De dignitate et excellentia hominis contre le De miseria humanae conditionis de Lotario dei Segni, futur Innocent III, et Copenhaver relève que l’Oratio ignore ces deux livres.
Pic avance alors sa propre raison, sous forme de récit (§ 10-23). Dieu a achevé la maison du monde, et il n’a plus ni modèle pour une lignée nouvelle, ni bien à léguer, ni siège libre pour le contemplateur de l’univers, parce que tout a été distribué aux ordres supérieurs, moyens et inférieurs (§ 14-15). L’artisan décide que celui à qui l’on ne peut rien donner en propre aura en commun ce qui était particulier à chacun (§ 17). Il place l’homme au milieu du monde et lui parle. Nec certam sedem, nec propriam faciem, nec munus ullum peculiare tibi dedimus, o Adam (§ 18). Ni place déterminée, ni visage propre, ni fonction particulière, afin qu’Adam possède ceux qu’il aura souhaités, selon son vœu et son avis. Les autres natures sont contenues par des lois prescrites ; lui, qu’aucune barrière ne serre, fixera la sienne par son propre jugement, son arbitrium, entre les mains duquel Dieu l’a remis (§ 19-20). Il n’a été fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, pour qu’il se façonne comme plastes et fictor, modeleur et sculpteur de sa propre forme (§ 22), le latin fictor désignant l’artisan qui pétrit l’argile. Dans la traduction d’Yves Hersant, la dernière phrase de Dieu commence ainsi, « Tu pourras dégénérer en formes inférieures, qui sont bestiales », et l’homme pourra aussi, par décision de son esprit, se régénérer en formes supérieures, qui sont divines (§ 23).
Le commentaire précise le mécanisme (§ 26-31). Les bêtes apportent en naissant ce qu’elles posséderont, et les esprits supérieurs ont été dès l’origine ce qu’ils seront toujours. À l’homme, le Père a donné des semences de toute espèce, et celles que chacun cultive grandissent en lui. Végétatives, elles en font une plante ; sensitives, une bête ; rationnelles, un animal céleste ; et intellectuelles, un ange et un fils de Dieu, ce qui vaut à l’homme, quelques lignes plus loin, le nom de caméléon (§ 32).
Ramené à son ossature, l’argument tient en trois temps. Admirer l’homme pour sa place ne suffit pas, puisque d’autres êtres sont placés plus haut. Ce qui le rend unique, c’est de n’avoir reçu aucune forme à la naissance et de devenir ce qu’il cultive. Sa dignité tient donc à cette indétermination, et Pic en tire des exemples sans douceur, puisque celui qu’on voit ramper, livré à son ventre, il l’appelle un arbrisseau, frutex, tandis que celui qui discerne tout par la droite raison devient un être céleste (§ 40-41). Au passage, un détail a trompé plus d’un lecteur. Pic se dit quartum et vigesimum modo natus annum (§ 164), dans sa vingt-quatrième année, donc âgé de vingt-trois ans d’après sa date de naissance, et la traduction d’Hersant rend l’expression par vingt-quatre ans.
Le caméléon doit devenir chérubin
La liberté accordée à Adam ne reste pas longtemps sans direction. Dès le § 48, Pic tire la conséquence de la fable. Puisque nous sommes nés pour être ce que nous voulons, il faut éviter de ressembler aux bêtes, dédaigner les choses de la terre, négliger celles du ciel et voler vers la cour qui se tient au-delà du monde (§ 50-51). Là siègent les séraphins, les chérubins et les trônes, et nous pouvons, si nous le voulons, ne leur être en rien inférieurs (§ 53). Le séraphin brûle de charité, le chérubin brille d’intelligence, et le trône se tient dans la fermeté du jugement (§ 57). Pic prend pour modèle le chérubin, qui occupe le milieu, et emprunte à Denys l’Aréopagite un programme en trois temps, purifier, illuminer et parfaire (§ 73). La philosophie morale bride les passions, la dialectique dissipe le brouillard de la raison, la philosophie naturelle éclaire l’âme ainsi lavée, et la connaissance des choses divines l’achève (§ 74-75). Au sommet, le texte annonce une sortie de soi, iam non ipsi nos, sed ille erimus ipse qui fecit nos, nous ne serons plus nous-mêmes, nous serons celui qui nous a faits (§ 119). Copenhaver tient ce passage pour le cœur du discours, et il en tire une conséquence qui heurte la lecture courante, puisque l’homme libre du début n’a finalement rien de mieux à faire que de disparaître dans l’union avec Dieu.
La seconde moitié du discours nomme les échelons que le début taisait. Pic distingue une magie démoniaque, qu’il exècre, et une autre qui serait l’accomplissement achevé de la philosophie naturelle (§ 228-229). Il présente ensuite la kabbale, mot hébreu qu’il rend par le latin receptio, comme l’interprétation secrète de la Loi reçue par Moïse (§ 267), et affirme y avoir trouvé la Trinité et la divinité du Messie (§ 277-278). Ces livres lui venaient surtout des traductions de Flavius Mithridate, un converti qui, selon Copenhaver, y glissait des formules chrétiennes absentes des originaux. Copenhaver découpe l’ensemble en sept degrés, de la morale à l’union mystique, tout en concédant que ce plan n’est peut-être pas celui de Pic.
Épiméthée
Selon Franco Bacchelli, la scène d’Adam dérive dans sa structure, et peut-être dans son sens profond, du mythe sur l’origine des hommes que Platon prête à Protagoras. Dans le Protagoras (320c-322d, pagination Stephanus), les dieux chargent Prométhée et Épiméthée de répartir les capacités entre les vivants. Épiméthée dépense tout pour les bêtes, et quand Prométhée vient inspecter, l’homme est nu, sans chaussures, sans couverture et sans armes (321c). Prométhée vole alors le savoir des arts avec le feu (321d), puis Zeus fait porter à tous les hommes la pudeur et la justice, aidôs et dikê (322c). Au moment de créer l’homme, l’Oratio invoque Moïse et le Timée (§ 13), et le nom de Protagoras n’y figure pas. On ne sait pas trancher si l’emprunt est direct.
Les deux récits partent de la même situation, où chacun peut se placer. Tout a été réparti, le dernier venu arrive les mains vides. Chez Platon, le manque est réparé par des dons ajoutés, et Zeus ordonne de mettre à mort, comme une maladie de la cité, celui qui ne peut avoir part à la justice (322d). Chez Pic, rien ne comble le manque, puisque le manque est lui-même le don.
Qu’on imagine un homme qui passe ses jours à manger et à dormir. Pour le Protagoras, il a reçu comme tous sa part de justice, et la cité peut la lui réclamer. Pour l’Oratio, il s’est fait plante ou bête par ce qu’il a cultivé (§ 30, § 40), et toute la question devient celle de sa remontée.
Une question que tout lecteur peut former demeure alors ouverte. Si rien en l’homme n’est fixé, d’où vient l’échelle qui met la plante en bas et l’ange en haut ? Pic conserve la hiérarchie des êtres, puisque les formes inférieures sont dites bestiales et les supérieures divines (§ 23). Une liberté qui n’a qu’un bon usage mérite-t-elle encore le nom qu’on lui donne depuis le XIXᵉ siècle ?
Tennemann et ses héritiers
Pendant trois siècles, le discours a eu peu de lecteurs. Gianfrancesco Pico, le neveu, l’imprime en 1496 dans les Commentationes de son oncle, à Bologne, sous l’intitulé Oratio quaedam elegantissima, et raconte dans la Vie placée en tête que Jean regrettait ce texte comme une erreur de jeunesse. D’après Copenhaver, les mots de hominis dignitate apparaissent à l’intérieur de l’édition de 1504 et n’atteignent une page de titre qu’en 1557, à Bâle ; Bacchelli fait partir de l’édition strasbourgeoise de 1504 la diffusion du titre. En français, le texte se lit dans les versions bilingues d’Yves Hersant et d’Olivier Boulnois et Giuseppe Tognon, parues en 1993.
Copenhaver a retracé la fabrication de la lecture moderne. Wilhelm Tennemann, historien kantien mort en 1819, voit dans l’ouverture une morale fondée sur la liberté et la dignité. Jacob Burckhardt en fait en 1860 un thème de sa Renaissance, puis le néokantien Ernst Cassirer lui donne l’autorité d’un évangile laïc. Exilés aux États-Unis, Cassirer et Paul Oskar Kristeller portent le texte dans les manuels, avec la traduction d’Elizabeth Forbes parue en 1948 dans The Renaissance Philosophy of Man. En Italie, Eugenio Garin publie en 1937 l’étude fondatrice qui salue dans ces pages une déclaration de dignité, de liberté et d’humanisme.
L’objection de Copenhaver, développée en 2019 dans Magic and the Dignity of Man, porte sur deux points. Le mot d’abord. Au XVᵉ siècle, dignitas désigne le rang, le statut, la valeur, sans la distinction kantienne entre Würde et Wert. La construction ensuite. Le discours accorde que nous pouvons être ce que nous voulons, puis enseigne que ce que nous devons être n’a rien d’humain, un être sans corps, sans sexe et finalement sans soi. La dignité fondée sur la liberté serait donc, pour lui, une œuvre des lecteurs post-kantiens.
La lecture adverse garde pour elle la lettre du texte. Dieu y remet bien à l’homme le soin de fixer sa nature (§ 20), et il lui est donné d’être ce qu’il veut (§ 25). Bacchelli, en 2015, juge surévaluée la réputation du discours comme manifeste de l’humanisme européen et tient pour discutable son interprétation « pré-existentialiste », mais il lit toujours dans la fable un homme sans nature propre, dont la volonté est assez libre pour se révolter contre Dieu, et il propose d’en chercher patiemment la genèse dans les théories thomiste et scotiste de la volonté, ainsi que chez Ficin, pour qui l’homme sort de l’instinct animal vers le travail incertain de la raison.
Le texte lui-même n’est pas sûr. Bacchelli distingue deux rédactions. La première, composée entre Pérouse et Fratta à l’automne 1486, survit avec des lacunes dans le manuscrit Palatino 885 de la Bibliothèque nationale centrale de Florence, de la main de Giovanni Nesi. La seconde, remaniée à Rome, n’est connue que par l’imprimé de 1496, avec des coupes probables du neveu, dont Copenhaver rappelle qu’il a aussi trié les lettres de son oncle pour les accorder à sa Vie pieuse. On ignore ce qui a été retranché.
Les deux historiens se séparent donc sur une phrase précise, celle où Dieu remet Adam entre les mains de son propre jugement. Bacchelli en cherche l’origine dans les disputes scolastiques sur la volonté, chez Thomas d’Aquin et Duns Scot, auxquels le livret de 1486 consacre des sections entières. Copenhaver la rattache à une ascension kabbalistique qu’aucun lecteur chrétien de l’époque, selon lui, ne pouvait repérer sans les thèses que Pic avait tirées des traductions retouchées de Mithridate.
Pour aller plus loin
Le platonisme de Marsile Ficin, que Pic discute et critique dès 1486, éclaire la place qu’il donne au chérubin et à l’ascension. La querelle entre platoniciens et aristotéliciens au XVᵉ siècle forme l’arrière-plan du projet de concorde, et le mythe de Prométhée du Protagoras gagne à être lu à côté de la fable d’Adam.
On le présente souvent comme un hymne à la liberté humaine. Selon ce portrait, un jeune comte italien aurait proclamé à Rome en 1486 que chacun peut se faire lui-même. Il s’appelait Jean Pic de la Mirandole. Le texte existe bien, et le passage célèbre aussi. Son histoire et ses dernières pages racontent pourtant autre chose.
Un débat interdit avant la première phrase
Pic a vingt-trois ans. Il fait imprimer à Rome une liste de neuf cents affirmations. Il les a prises chez des philosophes grecs, des théologiens chrétiens, des savants arabes et des sages juifs. Son idée tient en peu de mots. Toutes ces écoles disent au fond la même chose avec des mots différents.
Il veut le prouver en public, devant les savants de la ville du pape. Le pape Innocent VIII arrête le projet avant la séance. Des théologiens jugent treize affirmations dangereuses pour la foi. Pic se défend par écrit. Le pape réagit en ouvrant un procès contre lui.
Le pape condamne alors la liste entière et fait rechercher son auteur. Pic s’enfuit en France. Il y est arrêté, puis relâché quelques semaines plus tard. Un autre pape lui pardonne l’année qui précède sa mort.
Pour ouvrir le débat, Pic avait écrit un discours. Personne ne l’a entendu. Le manuscrit est resté dans ses papiers. Son neveu l’a publié deux ans après sa mort, et le fameux titre sur la dignité de l’homme a été ajouté plus tard encore.
Adam devant son créateur
Le discours s’ouvre sur une scène. Dieu a fini de construire le monde. Chaque créature a reçu sa place et ses qualités. Quand vient le tour de l’homme, il ne reste plus rien à distribuer.
Dieu trouve alors une solution. Il ne donne à Adam aucune place fixe, aucun visage à lui, aucune tâche réservée. Les animaux naissent avec tout ce qu’ils auront. L’homme reçoit au contraire des germes de toutes les vies possibles. Il devient ce qu’il cultive.
Pic en tire des exemples très concrets. Celui qui vit seulement pour manger ressemble à une plante. Celui qui suit ses sens devient une bête. Celui qui raisonne juste s’élève vers le ciel. Celui qui cultive son intelligence peut devenir un ange.
On comprend pourquoi cette page a tant plu. Elle semble dire que personne n’est enfermé dans ce qu’il était à la naissance.
Devenir ange, puis disparaître
Brian Copenhaver est un historien américain de la philosophie. Il a relu le discours en entier. Selon lui, la liberté d’Adam sert seulement de point de départ. Pic cesse vite de dire à ses lecteurs de devenir ce qu’ils veulent. Il leur dit plutôt ce qu’ils doivent viser.
Ce but, c’est de ressembler aux anges. Pour y arriver, il faut d’abord calmer ses passions. On apprend ensuite à raisonner avec rigueur. Il faut enfin étudier la nature, puis les choses divines. Pic ajoute deux marches que ses lecteurs modernes ont souvent oubliées.
La première est une magie qu’il présente comme l’aboutissement de l’étude de la nature. Elle n’a rien à voir, selon lui, avec celle des démons. La seconde est la kabbale. Il s’agit d’une manière juive de lire la Bible en y cherchant des sens cachés. Pic la connaissait surtout par des traductions qu’un converti avait retouchées.
En haut de cette échelle, l’homme ne reste pas lui-même. Pic annonce que nous deviendrons celui qui nous a créés. Pour Copenhaver, ce projet n’a rien de commun avec la liberté telle qu’on la pense depuis le philosophe Kant. La lecture centrée sur la liberté viendrait donc de lecteurs bien plus tardifs.
Deux historiens, une même phrase
D’autres spécialistes refusent d’aller aussi loin. Dès 1937, l’Italien Eugenio Garin voyait dans ces pages une déclaration de liberté. Un historien italien plus récent reconnaît que le discours a été surestimé. Il rappelle pourtant que Dieu y laisse Adam choisir sa forme par son propre jugement.
Cet historien propose de chercher l’origine de cette idée chez les théologiens du Moyen Âge. Ceux-ci discutaient depuis longtemps de la volonté humaine. Copenhaver cherche plutôt du côté de la kabbale. Les deux camps lisent la même phrase et n’y trouvent pas la même source.
Une question reste sans réponse. Si une liberté n’a qu’un bon usage, permet-elle encore de se faire soi-même ?
Le discours lui-même garde une part d’ombre. Il existe en deux versions. La seconde n’est connue que par l’édition du neveu, qui a probablement fait des coupes. Personne ne sait ce qu’il a retiré.
La première version survit dans une copie manuscrite. Cette copie conservée à Florence est incomplète, et plusieurs passages y font défaut.
La version complète donne le calendrier de la condamnation, du bref de février à la bulle d’août, et place la fable d’Adam à côté du mythe d’Épiméthée raconté par Platon.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Jean Pic de la Mirandole, *Conclusiones nongentae publice disputandae*, Rome, Eucharius Silber, 7 décembre 1486 première partie (402 thèses sous le nom de 28 autorités), seconde partie (498 thèses, dont les conclusions magiques et cabalistiques) ; éd. critique Stephen A. Farmer, 1998
- Jean Pic de la Mirandole, *Oratio* (dite *De hominis dignitate*), première rédaction de l’automne 1486, Florence, Biblioteca Nazionale Centrale, Palatino 885, cc. 143r-153v, copie de Giovanni Nesi ; seconde rédaction imprimée dans les *Commentationes*, Bologne, Benedetto Faelli, 1496 ; § 1-5, 10-23, 25-32, 40-41, 48-53, 57, 73-75, 119, 164, 213, 228-229, 267, 277-278, numérotation du Pico Project (texte latin de The Latin Library)
- Jean Pic de la Mirandole, *De la dignité de l’homme*, texte latin et traduction d’Yves Hersant, Paris, 1993, rééd. 2016 (« L’éclat/poche », 19) Éditions de l’Éclat ; § 23 cité dans cette traduction, § 164 pour le rendu « vingt-quatre ans »
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Sources primaires (suite)
- Jean Pic de la Mirandole, *Apologia conclusionum suarum*, [Naples], 30 mai 1487 défense des treize thèses incriminées
- Innocent VIII, bref du 20 février 1487 suspendant la dispute, et bulle du 4 août 1487, rendue publique le 15 décembre 1487, condamnant l’ensemble des *Conclusiones*
- Gianfrancesco Pico, *Vie* de Jean Pic, en tête des *Commentationes*, Bologne, 1496 témoignage sur le regret de l’auteur à propos de l’*Oratio*
- Platon, *Protagoras*, 320c-322d (mythe de Prométhée et d’Épiméthée), en particulier 321c, 321d, 322c et 322d, pagination Stephanus ; traduction anglaise de W. R. M. Lamb, Loeb Classical Library, 1924, consultée sur Perseus
- Giannozzo Manetti, *De dignitate et excellentia hominis*, vers 1450
- Lotario dei Segni (Innocent III), *De miseria humanae conditionis*, fin du XIIᵉ siècle
Bibliographie
- Brian P. Copenhaver, *Magic and the Dignity of Man : Pico della Mirandola and His Oration in Modern Memory*, Cambridge (Mass.), 2019, xv-682 p., DOI 10,4159/9780674242173 Belknap Press of Harvard University Presshttps://doi.org/10.4159/9780674242173
- Brian P. Copenhaver, *Pico della Mirandola on Trial : Heresy, Freedom, and Philosophy*, Oxford, 2022, DOI 10,1093/oso/9780192858375 001,0001 Oxford University Presshttps://doi.org/10.1093/oso/9780192858375
- Eugenio Garin, *Giovanni Pico della Mirandola. Vita e dottrina*, Florence, 1937 Le Monnier
- Stephen A. Farmer (éd. et trad.), *Syncretism in the West : Pico’s 900 Theses (1486)*, Tempe, 1998, Medieval & Renaissance Texts & Studies 167 MRTS
- Ernst Cassirer, Paul Oskar Kristeller et John H. Randall (dir.), *The Renaissance Philosophy of Man*, Chicago, 1948, avec l’« Oration on the Dignity of Man » traduite par Elizabeth L. Forbes University of Chicago Press
- Olivier Boulnois et Giuseppe Tognon (éd. et trad.), Jean Pic de la Mirandole, *Œuvres philosophiques*, texte latin, traduction et notes, Paris, 1993 Presses universitaires de France
- Jacob Burckhardt, *Die Cultur der Renaissance in Italien*, Bâle, Schweighauser’sche Verlagsbuchhandlung, 1860
Sources en ligne
- « Giovanni Pico della Mirandola » (Brian Copenhaver, révision du 21 août 2024) Stanford Encyclopedia of Philosophyhttps://plato.stanford.edu/entries/pico-della-mirandola/
- « PICO, Giovanni, conte della Mirandola e Concordia » (Franco Bacchelli, *Dizionario Biografico degli Italiani*, vol. 83, 2015) Treccani, Istituto della Enciclopedia Italianahttps://www.treccani.it/enciclopedia/pico-giovanni-conte-della-mirandola-e-concordia_(Dizionario-Biografico)/
- « Pico della Mirandola : Oratio de hominis dignitate » The Latin Libraryhttps://www.thelatinlibrary.com/mirandola/oratio.shtml
- « Giovanni Pico della Mirandola . De la dignité de l’homme », traduction française Éditions de l’Éclat, collection Lyberhttps://www.lyber-eclat.net/lyber/mirandola/pictrad.html
- « Plato, Protagoras, section 321c » Perseus Digital Library, Tufts Universityhttps://www.perseus.tufts.edu/hopper/text?doc=Perseus:text:1999.01.0178:text%3DProt.:section%3D321c
- « Notice bibliographique De la dignité de l’homme » Catalogue général, Bibliothèque nationale de Francehttps://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb45136269x
- « Brian P. Copenhaver, Magic and the Dignity of Man : Pico della Mirandola and His _Oration_ in Modern Memory » PhilPapershttps://philpapers.org/rec/COPMAT








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