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La mort de Walter Benjamin à Portbou et le testament qu’il refusait

La théorie critiqueVies, procès & exils de philosophes8 novembre 2026◈ 43 sources vérifiées
Wamito / Wikimedia Commons
12 min de lecture43 sources vérifiées
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Au printemps de 1940, Walter Benjamin prévient Gretel Adorno qu’il ne faut pas publier les quelques pages qu’il vient d’achever à Paris. Les rendre publiques, lui écrit-il, ouvrirait grandes les portes à « l’incompréhension enthousiaste » (lettre d’avril 1940, Gesammelte Schriften, I, 3, p. 1226-1227, traduite par Michael Löwy). En 1942, l’Institut de recherche sociale, replié aux États-Unis, les fait pourtant tirer à quelques centaines d’exemplaires dans une brochure ronéotypée au titre de deuil, Walter Benjamin zum Gedächtnis, à la mémoire de Walter Benjamin. Entre la lettre et la brochure se placent une frontière fermée, une chambre d’hôtel à Portbou et une tombe que son amie Hannah Arendt, venue s’y recueillir, ne parviendra pas à trouver.

Portbou, nuit du 25 septembre

Muni d’un visa américain obtenu à Marseille grâce à l’Institut, mais privé du visa de sortie que Vichy refuse aux réfugiés allemands, Benjamin doit passer la frontière à pied. Lisa Fittko, une militante antinazie installée à Port-Vendres, le conduit par un sentier au-dessus de Banyuls avec la photographe Henny Gurland et son fils Joseph, le 25 septembre selon la chronologie la plus répandue. Cardiaque, il marche dix minutes et se repose une, montre en main, et il porte une lourde serviette qui contient, dit-il à Fittko, son nouveau manuscrit, plus important que lui-même. À Portbou, la police annonce aux voyageurs qu’ils seront reconduits en France le lendemain et les laisse dormir à l’Hotel de Francia, sous surveillance. La suite repose presque entièrement sur une lettre qu’Henny Gurland adresse à son mari Arkadi le 11 octobre 1940, publiée plus tard par Gershom Scholem. Vers sept heures du matin, Benjamin la fait appeler, lui dit avoir pris à dix heures du soir une grande quantité de morphine, lui demande de présenter son état comme une maladie, lui remet une lettre pour elle et pour Adorno, puis perd connaissance. Elle a dit avoir détruit cette lettre et en avoir reconstitué le texte, en français, daté du 25 septembre. « Dans une situation sans issue, je n’ai d’autre choix que d’en finir », y lit-on, et la vie de son auteur va s’achever dans un petit village des Pyrénées où personne ne le connaît.

Les pièces officielles disent autre chose, ou moins.

Le certificat médical conclut à une hémorragie cérébrale et ne mentionne aucune drogue. L’inventaire du juge énumère une valise de cuir, une montre en or, une pipe, un passeport, une radiographie, des lunettes, des lettres et quelques papiers au contenu inconnu, sans manuscrit identifié. Selon le registre, le décès survient le 26 septembre, à dix heures du soir. Hannah Arendt écrira à Scholem que le nom de son ami n’était écrit nulle part. Le 28, Benjamin est inhumé dans la partie catholique du cimetière, dans la niche louée n° 563, sous le nom de « Benjamin Walter », une inversion relevée par Michael Taussig, et ses restes rejoignent la fosse commune à l’été 1945.

Presque rien de cette chronologie ne fait l’unanimité. Jairus Banaji, à partir des souvenirs de Fittko, place la traversée au 26 et la mort au 27, comme la notice du portail européen des lieux de mémoire consacrée au monument de Portbou. En 2001, dans The Weekly Standard, le journaliste Stephen Schwartz soutient que Benjamin a été assassiné par des agents soviétiques. Il s’appuie surtout sur les fragilités du récit reçu, un témoin presque unique, aucune drogue dans les pièces du juge, une morphine prise à dix heures du soir qui laisserait le malade lucide à sept heures du matin, et il convient n’avoir trouvé aucune preuve décisive. Le documentaire de David Mauas, Qui a tué Walter Benjamin… (2005), désigne de son côté un médecin phalangiste du village, selon le résumé qu’en donne Banaji. Momme Brodersen jugeait en 1997 que les pièces nouvelles ne contredisent pas le récit du suicide sans le confirmer catégoriquement, et les sources consultées ici ne signalent aucun document plus récent qui permette de trancher. Le témoignage le plus ancien va dans le sens du suicide, puisque Arthur Koestler avait raconté dès 1941, dans Scum of the Earth, que Benjamin lui avait montré à Marseille les comprimés qu’il gardait depuis 1933 et qu’il les avait partagés avec lui.

Koestler, d’après Schwartz, apprit la nouvelle à Lisbonne et avala sa propre part de ces comprimés, que son estomac rejeta.

Hannah Arendt avait proposé en 1968 une lecture par la malchance. Son essai d’introduction au recueil Illuminations place Benjamin sous le signe du « petit bossu » des comptines allemandes, le bucklicht Männlein dont il se croyait suivi depuis l’enfance, et clôt le récit de Portbou sur un calcul de calendrier. Un jour plus tôt, il serait passé sans difficulté ; un jour plus tard, on aurait su à Marseille qu’il était provisoirement impossible de traverser l’Espagne ; ce jour-là seulement la catastrophe était possible (section I, p. 18 de l’édition Schocken, traduction de la rédaction).

Le nain bossu dans l’automate

Les thèses Sur le concept d’histoire (Über den Begriff der Geschichte) datent du début de 1940, après l’internement de Benjamin au camp de Nevers et quelques mois après le pacte germano-soviétique du 23 août 1939. Le 22 février, il les annonce à Max Horkheimer, en français. Elles doivent, écrit-il, établir « une scission irrémédiable entre notre façon de voir et les survivances du positivisme » (GS I, 3, p. 1225). La cible inclut l’historicisme, qui veut connaître le passé « tel qu’il a été effectivement », selon la formule de Ranke visée par la thèse VI, et la gauche elle-même, qu’elle soit social-démocrate et persuadée de nager dans le sens du courant (thèse XI), ou communiste, avec ces politiciens qui aggravent leur défaite en trahissant leur propre cause (thèse X).

La première thèse donne la clé avec une machine qui a existé. Une poupée en costume turc, assise devant un échiquier, répond à chaque coup de son adversaire ; des miroirs la font paraître seule, mais un nain bossu, maître aux échecs, caché dans la table, guide sa main par des ficelles. Le baron von Kempelen avait présenté un tel automate à Vie​nne en 1769, et Poe en avait démonté le principe dans un essai que traduisit Baudelaire, comme le rappelle Löwy. La poupée qu’on appelle « matérialisme historique », écrit Benjamin, gagnera toujours si elle prend à son service la théologie, « aujourd’hui, on le sait, petite et laide », qui doit se cacher (traduction de Maurice de Gandillac revue par Löwy). Löwy reconnaît dans la poupée le marxisme des IIᵉ et IIIᵉ Internationales, pour qui l’histoire menait d’elle-même au socialisme, et dans le nain les deux notions que les thèses vont déployer, la remémoration (Eingedenken) et la rédemption (Erlösung). On garde « remémoration » plutôt que « souvenir », parce que l’allemand désigne un acte que l’on accomplit, alors qu’un souvenir peut seulement survenir.

Le raisonnement suit en trois temps. La thèse VIII part d’un constat politique : la tradition des opprimés enseigne que l’« état d’exception » dans lequel nous vivons est la règle, et s’étonner que de telles choses soient « encore » possibles au XXᵉ siècle n’a rien de philosophique. Une gauche qui tient le progrès pour la norme voit dans le fascisme une parenthèse, et elle se désarme. La thèse VII cherche la cause chez l’historien. Celui qui veut revivre une époque en oubliant la suite, comme le recommandait Fustel de Coulanges, entre en empathie, et toute la question est de savoir avec qui. Avec le vainqueur, répond Benjamin, car les maîtres d’aujourd’hui héritent de tous ceux qui ont vaincu, et leur cortège emporte le butin qu’on appelle les biens culturels, nés du génie de quelques-uns et de la corvée anonyme de leurs contemporains. « Il n’est aucun document de culture qui ne soit aussi document de barbarie », et l’historien doit donc brosser l’histoire à rebrousse-poil. La thèse II dit enfin ce qui fonde cette tâche. Le passé porte un index secret qui le renvoie à la rédemption, et à chaque génération a été accordée une « faible force messianique » sur laquelle le passé fait valoir une prétention.

La thèse IX condense le tout à partir d’une aquarelle de Paul Klee datée de 1920, Angelus Novus, que Benjamin possédait. L’ange de l’histoire a le visage tourné vers le passé, où il ne voit qu’une seule catastrophe qui accumule les ruines à ses pieds. Il voudrait réveiller les morts et rassembler ce qui a été brisé, mais une tempête venue du paradis le pousse vers l’avenir auquel il tourne le dos, et cette tempête, conclut Benjamin, est ce que nous appelons le progrès. Gandillac traduisait das Zerschlagene zusammenfügen par « rassembler les vaincus », et Löwy le corrige, parce que l’allemand dit l’assemblage des morceaux d’une chose brisée, où Scholem entendait la réparation kabbalistique, le tikkun.

Réduit à l’os, l’argument tient en trois phrases. Croire au progrès a conduit la gauche à prendre le fascisme pour un accident, et l’a désarmée devant lui. L’historien qui reconstitue le passé tel qu’il fut épouse sans le vouloir le point de vue des vainqueurs, qui ont laissé les documents et gardé les trésors. Contre lui, les vaincus du passé conservent une créance sur le présent, et la politique consiste à l’honorer, ce que Benjamin nomme, dans la langue de la théologie, remémoration et rédemption.

Les thèses ont été écrites sept mois plus tôt

Ces pages n’ont rien d’un texte de la dernière nuit. Dans la lettre d’avril 1940, Benjamin écrit à Gretel Adorno que la guerre et la constellation qui l’a amenée l’ont conduit à coucher sur le papier quelques pensées qu’il garde sur lui, et même en lui, depuis une vingtaine d’années. Il en confie des copies à quelques proches, dont Arendt, et en rédige une version française partielle, que l’on lit dans ses Écrits français. Le texte n’a d’ailleurs pas de forme définitive. Un exemplaire personnel retrouvé par Giorgio Agamben, publié en 1991 dans le volume VII des Gesammelte Schriften, intègre comme thèse XVIII une note que l’édition de 1974 rangeait parmi les variantes.

Le contenu de la serviette reste inconnu. Fittko rapporte ce que Benjamin lui en a dit, l’inventaire du juge ne cite que des papiers au contenu ignoré, et la valise n’a jamais été retrouvée, si bien qu’aucun document ne permet d’affirmer qu’elle contenait les thèses, ni l’inverse.

La mort s’est pourtant installée très vite dans la lecture. En 1941, Gershom Scholem dédie Les Grands Courants de la mystique juive à son ami, mort à Port-Bou « sur le chemin de la libe​rté », selon la dédicace que cite Leon Wieseltier (traduction de la rédaction). La brochure de 1942 reprend le texte d’après la copie qu’Arendt avait remise à Adorno. Pierre Missac en donne une traduction au numéro 25 des Temps modernes, en octobre 1947, qui passe sans écho, et la réception ne commence qu’avec les Schriften qu’Adorno édite en 1955. Le mot de testament s’impose alors, jusque chez les meilleurs connaisseurs. Löwy, qui parle lui-même du « testament spirituel de 1940 », juge que les craintes de Benjamin se sont pleinement réalisées, une bonne partie de la littérature sur les thèses relevant à ses yeux de l’incompréhension, tantôt enthousiaste, tantôt sceptique.

« Les assassinés ont été vraiment assassinés »

L’objection la plus sérieuse à la thèse II précède les thèses et vient d’un allié. Le 16 mars 1937, à propos de l’essai sur Eduard Fuchs, Horkheimer écrit à Benjamin que l’injustice du passé est accomplie et close, que les assassinés ont été vraiment assassinés, et que prendre au sérieux l’inachèvement de l’histoire oblige à croire au Jugement dernier (lettre citée par Löwy). Sous cette forme, l’objection n’a rien de cynique. Horkheimer avait écrit en 1934, dans Crépuscules, que l’honneur de la recherche historique est d’éclairer l’obscurité de ceux qui meurent méconnus. Il admet donc qu’on doive se souvenir, et conteste seulement que le souvenir change quoi que ce soit pour les morts, car le prétendre reviendrait à promettre une réparation dont seul un Dieu pourrait répondre.

Benjamin a consigné la lettre dans ses notes et y a répondu pour lui-même. « C’est de la théologie », concède-t-il, avant d’ajouter que la remémoration fait faire une expérience qui interdit de concevoir l’histoire de façon radicalement athéologique, même si l’on n’a pas le droit de l’écrire en termes directement théologiques (Livre des passages, traduction de Jean Lacoste, p. 489, GS V, 1, p. 589, d’après Löwy). Il cède sur la logique et se replie sur l’expérience.

Portbou permet de poser l’objection sur un cas que chacun peut se représenter. Un homme est inscrit sous un nom inversé dans le registre d’une commune où personne ne le connaît, déposé dans une niche louée, puis versé dans la fosse commune au terme de la concession, selon l’usage local que décrit Les Back. Pour Horkheimer, rien de ce qu’on fera ensuite ne l’atteindra. Pour l’auteur des thèses, la remémoration interdit de tenir son sort pour clos, sans qu’il sache dire en quoi elle le change. Chacun peut faire l’épreuve pour son compte, en se demandant ce qu’il croit devoir à un mort dont il connaît seulement le nom, et si cette dette tomberait le jour où il saurait qu’aucune réparation ne viendra.

Les lecteurs se sont partagés sur ce point précis. Brecht notait dans son journal de travail que le petit texte restait clair et éclairant malgré ses métaphores et ses « judaïsmes » (Arbeitsjournal, éd. Werner Hecht, p. 294, cité par Löwy), Scholem tenait Benjamin pour un théologien dont le marxisme n’était qu’une terminologie, Jürgen Habermas et Rolf Tiedemann voient dans les thèses une conciliation impossible de deux pensées, et Löwy tient ensemble le marxiste et le théologien, Janus à deux visages et une seule tête. Seule une lecture qui prend la théologie au sérieux doit répondre de la promesse faite aux morts.

Passatges

Au cimetière de Portbou, une plaque de marbre fixée en 1979 porte le nom de Benjamin, et une pierre brute posée en 1994 la phrase de la thèse VII sur la culture et la barbarie, d’après Les Back. À côté, le sculpteur israélien Dani Karavan a construit Passatges, inauguré le 15 mai 1994 en présence de Lisa Fittko, un couloir d’acier qui descend dans la falaise vers la mer et s’arrête sur une vitre. On y lit, en allemand et dans quatre traductions, « Schwerer ist es, das Gedächtnis der Namenlosen zu ehren als das der Berühmten. Dem Gedächtnis der Namenlosen ist die historische Konstruktion geweiht », il est plus difficile d’honorer la mémoire des sans-nom que celle des célébrités, et la construction historique est vouée à la mémoire des sans-nom. La phrase vient des notes préparatoires aux thèses (GS I, 3, p. 1241), écrites selon Les Back sur la bande de papier d’un journal suisse.

Karavan voulait, rapporte le même auteur, rendre hommage aux victimes du nazisme autant qu’au philosophe. Les Back a aussi remarqué en 2008 que le fragment complet en dit davantage. L’édition anglaise des Selected Writings le donne ainsi, plus difficile d’honorer la mémoire des anonymes que celle des gens célèbres, des gens fêtés, « sans excepter les poètes et les penseurs » (vol. 4, p. 406, traduction de la rédaction d’après l’anglais). Sur la vitre de Portbou, élevée au nom d’un penseur, les mots qui manquent sont ceux par lesquels Benjamin rangeait les gens fêtés, poètes et penseurs compris, parmi ceux dont la mémoire est la plus facile à honorer.

Pour aller plus loin

L’essai sur l’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, déjà traité dans l’encyc​lopédie, a paru en français dans la revue de l’Institut qui fit tirer en 1942 la brochure à la mémoire de Benjamin. L’argument de la plus-value du Capital éclaire ce que les thèses appellent matérialisme historique, et la mort de Sénèque sur ordre de Néron offre un autre cas où la fin d’un philosophe a été lue comme la dernière page de son œuvre.

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Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. Walter Benjamin, *Über den Begriff der Geschichte* (1940), dans *Gesammelte Schriften*, Bd. I/2, éd. Rolf Tiedemann et Hermann Schweppenhäuser, Francfort-sur-le-Main, 1974 ; thèse I (l’automate joueur d’échecs, le nain bossu, la poupée « matérialisme historique », la théologie « aujourd’hui, on le sait, petite et laide »), thèse II (l’index secret, la « faible force messianique »), thèse VI (Ranke), thèse VII (Fustel de Coulanges, l’empathie avec le vainqueur, « Il n’est aucun document de culture qui ne soit aussi document de barbarie », brosser l’histoire à rebrousse-poil), thèse VIII (l’« état d’exception » comme règle, l’étonnement que ces choses soient « encore » possibles), thèse IX (*Angelus Novus*, la tempête, le progrès, *das Zerschlagene zusammenfügen*), thèse X (les politiciens qui trahissent leur propre cause), thèse XI (nager dans le sens du courant) ; traduction de Maurice de Gandillac revue par Michael Löwy, dans Löwy, *Walter Benjamin : avertissement d’incendie*, 2014, p. 37, 43, 61, 65-66, 76, 80, 88, 92 Suhrkamp
  2. Walter Benjamin, « Sur le concept d’histoire », version française partielle établie par l’auteur, dans *Écrits français*, éd. Jean-Maurice Monnoyer, Paris, 1991 (notice d’après Michael Löwy, texte non collationné) Gallimard
  3. Walter Benjamin, *Über den Begriff der Geschichte*, exemplaire personnel (Handexemplar) retrouvé par Giorgio Agamben, avec une thèse XVIII, dans *Gesammelte Schriften*, Bd. VII, 1991, d’après Michael Löwy (p. 31 et 34) Suhrkamp
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Sources primaires (suite)

  1. Walter Benjamin, notes préparatoires (Paralipomena) à « Über den Begriff der Geschichte », *Gesammelte Schriften*, Bd. I/3, p. 1241 (« Schwerer ist es, das Gedächtnis der Namenlosen zu ehren als das der Berühmten. Dem Gedächtnis der Namenlosen ist die historische Konstruktion geweiht »), inscription de *Passatges* d’après le portail memorialmuseums.org, Les Back et *Falter* ; version complète en anglais dans *Selected Writings*, vol. 4, *1938-1940*, éd. Howard Eiland et Michael W. Jennings, Cambridge (Mass.), 2003, p. 406 (« the famous, the celebrated, not excluding poets and thinkers »), d’après Les Back ; texte allemand complet non collationné Belknap Press of Harvard University Press
  2. Walter Benjamin, lettre à Max Horkheimer, 22 février 1940, rédigée en français (« une scission irrémédiable entre notre façon de voir et les survivances du positivisme »), *Gesammelte Schriften*, Bd. I/3, p. 1225, citée d’après Michael Löwy (p. 29, n. 42)
  3. Walter Benjamin, lettre à Gretel Adorno, avril 1940 (« ouvrirait grandes les portes à l’incompréhension enthousiaste » ; pensées gardées « sur moi – et même en moi – depuis environ une vingtaine d’années »), *Gesammelte Schriften*, Bd. I/3, p. 1226-1227, traduction de Michael Löwy (p. 30, n. 44-45)
  4. Walter Benjamin, *Das Passagen-Werk*, *Gesammelte Schriften*, Bd. V/1, p. 589 ; en français *Paris, capitale du XIXe siècle. Le livre des passages*, trad. Jean Lacoste, p. 489 (réponse à Horkheimer, « C’est de la théologie »), cité d’après Michael Löwy (p. 45, n. 62) Cerf
  5. Max Horkheimer, lettre à Walter Benjamin, 16 mars 1937 (« L’injustice du passé est accomplie et close. Les assassinés ont été vraiment assassinés », le Jugement dernier), recopiée par Benjamin dans le *Livre des passages*, citée d’après Michael Löwy (p. 45)
  6. Max Horkheimer, *Crépuscules. Notes en Allemagne (1926-1931)*, trad. Sabine Cornille et Philippe Ivernel, Paris, 1994, p. 159 (l’honneur de la recherche historique, éclairer l’obscurité de ceux qui meurent méconnus), cité d’après Michael Löwy (p. 46, n. 63) Payot
  7. Henny Gurland, lettre à Arkadi Gurland, 11 octobre 1940 (l’appel à sept heures du matin, la morphine prise à dix heures du soir, la consigne de présenter l’état de Benjamin comme une maladie, la lettre pour elle et pour Adorno, la perte de connaissance, le refus du médecin de faire transporter le malade à Figueras), publiée par Gershom Scholem ; citée d’après Jairus Banaji et Stephen Schwartz
  8. Walter Benjamin, message à Henny Gurland et Theodor W. Adorno, daté du 25 septembre 1940, en français, texte reconstitué par Henny Gurland (« Dans une situation sans issue, je n’ai d’autre choix que d’en finir »), d’après la *Revue d’histoire de la Shoah* (2004) et Les Back, qui renvoie à Henri Lonitz (éd.), *Theodor W. Adorno and Walter Benjamin : The Complete Correspondence 1928-1940*, Cambridge (Mass.), 1999, p. 342 ; destruction de l’original et reconstitution d’après Stephen Schwartz Harvard University Press
  9. Actes de Portbou, septembre 1940 (certificat médical concluant à une hémorragie cérébrale, inventaire du juge, inhumation le 28 septembre dans la partie catholique du cimetière, niche n° 563, transfert à la fosse commune à l’été 1945), d’après le site Walter Benjamin a Portbou ; registre des décès (26 septembre, dix heures du soir), d’après Stephen Schwartz ; documents non consultés directement
  10. Lisa Fittko, *Mein Weg über die Pyrenäen. Erinnerungen 1940/41*, Munich, 1985 ; *Escape Through the Pyrenees*, Evanston, Northwestern University Press, 1991, chapitre « Old Benjamin », p. 103-116 (la serviette et le manuscrit « more important than I am », d’après Stephen Schwartz ; dix minutes de marche et une de repos, d’après le site Walter Benjamin a Portbou) ; en français *Le chemin Walter Benjamin. Souvenirs. 1940*, précédé de « Le présent du passé » par Edwy Plenel, Paris, 2020, 384 p., ISBN 978-2-02-144961-7 (notice consultée) Seuil
  11. Hannah Arendt, « Walter Benjamin : 1892-1940 », introduction à Walter Benjamin, *Illuminations*, trad. Harry Zohn, New York, 1968, rééd. Schocken Books ; section I, « The Hunchback » (le *bucklicht Männlein*, p. 6 ; « One day earlier Benjamin would have got through without any trouble [...] Only on that particular day was the catastrophe possible », p. 18) ; traduction de la rédaction ; en français dans *Vies politiques*, Paris, 1974, d’après Michael Löwy Schocken Books
  12. Hannah Arendt, lettre à Gershom Scholem sur sa visite à Portbou (le nom de Benjamin « not written anywhere »), citée dans Gershom Scholem, *Walter Benjamin : The Story of a Friendship*, Philadelphie, 1981, p. 226, d’après Les Back Jewish Publication Society
  13. Gershom Scholem, *Major Trends in Jewish Mysticism*, 1941, dédicace « To the memory of Walter Benjamin [...] died at Port Bou (Spain) on his way into freedom », d’après Leon Wieseltier ; en français *Les Grands Courants de la mystique juive* (édition non consultée)
  14. Bertolt Brecht, *Arbeitsjournal*, Bd. 1, *1938-1942*, éd. Werner Hecht, Francfort-sur-le-Main, 1973, p. 294 (le petit texte « clair et éclairant (malgré toutes les métaphores et les judaïsmes) »), cité d’après Michael Löwy (p. 31, n. 46) Suhrkamp
  15. Arthur Koestler, *Scum of the Earth*, Londres, 1941 (les comprimés que Benjamin gardait depuis 1933 et qu’il partagea à Marseille), cité d’après Stephen Schwartz
  16. Edgar Allan Poe, « Le joueur d’échecs de Maelzel », trad. Charles Baudelaire, dans *Histoires grotesques et sérieuses*, Paris, 1978, p. 110-128, cité d’après Michael Löwy (p. 38, n. 51) Gallimard

Bibliographie

  1. Michael Löwy, *Walter Benjamin : avertissement d’incendie. Une lecture des thèses « Sur le concept d’histoire »*, Paris, PUF, 2001 ; rééd. revue et augmentée, Paris, 2014 (non-publication et « incompréhension enthousiaste », p. 29-30 ; histoire de la publication, 1942, 1947, 1950, 1955, 1974, 1991, p. 31 ; les écoles d’interprétation, Brecht, Scholem, Habermas et Tiedemann, p. 31-32 ; Janus, p. 32 ; thèse I et l’automate de Kempelen, p. 37-41 ; Horkheimer et la thèse II, p. 44-46 ; thèse VII, p. 65-68 ; thèse IX, Gandillac et le *tikkun*, p. 80-86 ; « testament spirituel », p. 30) Éditions de l’éclat
  2. Gershom Scholem, *Walter Benjamin. Histoire d’une amitié*, trad. Paul Kessler, Paris, 1981 (lettre d’Henny Gurland du 11 octobre 1940 ; lettre d’Hannah Arendt), édition française signalée par Michael Löwy, pagination non vérifiée Calmann-Lévy
  3. Gershom Scholem, *Benjamin et son ange*, trad. Philippe Ivernel, Paris, 1995, p. 147 et 150 (le *tikkun* dans la thèse IX), d’après Michael Löwy Rivages
  4. Momme Brodersen, *Walter Benjamin : A Biography*, édition anglaise de 1997 (« None of the new evidence contradicts [the suicide story], although it does not categorically confirm it either »), cité d’après Stephen Schwartz
  5. Stephen Schwartz, « The Mysterious Death of Walter Benjamin », *The Weekly Standard*, 11 juin 2001 (hypothèse de l’assassinat par des agents soviétiques, registre des décès, reconstitution du message par Henny Gurland, témoignage de Koestler) The Weekly Standard, archives du Washington Examiner
  6. Jairus Banaji, « Civil-society-fascism & the death of Walter Benjamin », page modifiée le 20 avril 2024 (chronologie du 26 et du 27 septembre, lettre d’Henny Gurland, résumé du documentaire de David Mauas) Historical Materialism
  7. Les Back, « Beaches and graveyards. Europe’s haunted borders », 30 mai 2008 (plaque de 1979 et pierre de 1994, usage des niches et de la fosse commune, lettre d’Arendt, inscription de *Passatges* et fragment complet) Eurozine
  8. Michael Taussig, *Walter Benjamin’s Grave*, Chicago, 2006, p. 19 (le nom inversé, l’inhumation comme catholique), d’après Les Back University of Chicago Press
  9. Ingrid et Konrad Scheurmann, *Für Walter Benjamin*, 3 vol., Bonn, 1994 (récit le plus complet des documents de Portbou), d’après le site Walter Benjamin a Portbou AsKI e.V. et Inter Nationes
  10. Jürgen Habermas, « L’actualité de Walter Benjamin », *Revue d’esthétique*, n° 1, 1981, p. 112, d’après Michael Löwy Revue d’esthétique
  11. Rolf Tiedemann, « Historischer Materialismus oder politischer Messianismus ? », dans Peter Bulthaupt (dir.), *Materialien zu Benjamins Thesen « Über den Begriff der Geschichte »*, Francfort-sur-le-Main, 1975, d’après Michael Löwy Suhrkamp
  12. Leon Wieseltier, préface à Walter Benjamin, *Illuminations*, New York, 2007, p. vii (la dédicace de Scholem) Schocken Books
  13. David Mauas, *Qui a tué Walter Benjamin…* (*Quién mató a Walter Benjamin…*), documentaire, 73 min, 2005 Milagros Producciones et Medianimacion

Sources en ligne

  1. « Walter Benjamin : avertissement d’incendie » (Michael Löwy, Lyber de l’édition 2014) Éditions de l’éclathttp://www.lyber-eclat.net/lyber/avertissement-lyber.pdf
  2. « Beacon of Thought | Life and work | Walter Benjamin in Portbou » Walter Benjamin a Portbouhttps://walterbenjaminportbou.org/en/beacon-of-thought/
  3. « »Passagen« – Hommage an Walter Benjamin » (inauguration du 15 mai 1994, présence de Lisa Fittko, source de l’inscription, GS I, 1241, mort datée de la nuit du 26 au 27 septembre) memorialmuseums.orghttps://memorialmuseums.org/eng/denkmaeler/view/1321/»Passagen«-–-Hommage-an-Walter-Benjamin
  4. « Beaches and graveyards | Eurozine » (Les Back) Eurozinehttps://www.eurozine.com/beaches-and-graveyards/
  5. « Civil-society-fascism & the death of Walter Benjamin - Historical Materialism » (Jairus Banaji) Historical Materialismhttps://www.historicalmaterialism.org/figure/civil-society-fascism-the-death-of-walter-benjamin/
  6. « The Mysterious Death of Walter Benjamin » (Stephen Schwartz) Washington Examinerhttps://www.washingtonexaminer.com/magazine/1065124/the-mysterious-death-of-walter-benjamin/
  7. « Le souvenir de Walter Benjamin à Port-Bou (Espagne) », *Revue d’histoire de la Shoah*, n° 181, 2004/2, p. 225-230 (texte français du message du 25 septembre 1940) Cairn.infohttps://shs.cairn.info/revue-revue-d-histoire-de-la-shoah1-2004-2-page-225?lang=fr
  8. « Illuminations » (introduction d’Hannah Arendt et préface de Leon Wieseltier, édition Schocken) Univerzita Karlovahttps://dl1.cuni.cz/mod/resource/view.php?id=324145
  9. « Le chemin Walter Benjamin. Souvenirs. 1940 : Précédé de Le présent du passé » (notice) Fondation Auschwitzhttps://auschwitz.be/en/library/online-library/19947-le-chemin-walter-benjamin-souvenirs-1940-precede-de-le-present-du-passe?rCH=2
  10. « Who Killed Walter Benjamin… » (fiche du documentaire de David Mauas) Milagros Produccioneshttps://milagrosproducciones.com/en/projects/who-killed-walter-benjamin/
  11. « Neue Bücher » (compte rendu de Sigrid Hauser, *Der Fortschritt des Erinnerns*, inscription de la vitre de Portbou, monument de 1994) Falterhttps://www.falter.at/zeitung/20101013/neue-buecher
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