Le livre ne porte pas le nom de son auteur. Il se donne pour la réponse du maître Abamon à une lettre que Porphyre de Tyr avait adressée à un prêtre égyptien nommé Anébon, et ce nom d’Anébon ne figure dans aucune prosopographie égyptienne connue. Derrière Abamon, la tradition reconnaît un Syrien, Jamblique de Chalcis, né vers 242, qui avait suivi l’enseignement de Porphyre avant de rompre avec lui et d’ouvrir sa propre école à Apamée. Une seule source antique lui attribue l’ouvrage en toutes lettres, le commentaire de Proclus sur le Timée (I, 386, 8-13), écrit plus d’un siècle après la mort de Jamblique, survenue vers 325.
« C’est à eux de venir à moi »
Au chapitre 10 de la Vie de Plotin, Porphyre raconte qu’Amélius, un disciple attentif aux sacrifices qui célébrait les nouvelles lunes, voulut un jour emmener leur maître à l’une de ces fêtes. Plotin répondit que c’était à ces êtres de venir à lui (traduction de la rédaction d’après la version anglaise de Stephen MacKenna ; le texte grec et sa traduction française se lisent dans l’édition de Luc Brisson et de ses collaborateurs, parue chez Vrin en 1992). Le même chapitre rapporte une autre scène, sans lien avec la première. Un prêtre égyptien de passage à Rome, qui ne trouvait dans toute la ville aucun lieu assez pur pour son rite sinon un sanctuaire d’Isis, entreprit d’y faire apparaître le démon gardien de Plotin, et ce fut une divinité d’un rang supérieur aux démons qui se montra.
Une thèse de Plotin rend son refus cohérent, sans que Porphyre fasse lui-même le rapprochement. Au chapitre 8 du traité Sur la descente de l’âme dans les corps (Ennéades, IV, 8 [6], 8), Plotin avertit qu’il va contre l’opinion commune, puis affirme que notre âme ne s’est pas enfoncée tout entière dans le corps et qu’une part d’elle demeure en permanence dans le monde intelligible. Le salut consiste alors à prendre conscience de ce qui, en nous, n’a jamais quitté le divin. Un philosophe qui pense juste n’a rien à demander aux temples, puisqu’il possède déjà par sa meilleure part ce que les rites prétendent lui apporter.
Porphyre interroge les prêtres en élève de ce maître. Sa Lettre à Anébon ne survit qu’en fragments, une centaine dans l’édition qu’en ont donnée Henri Dominique Saffrey et Alain Segonds en 2012, transmis par la réponse de Jamblique, qui les cite à sa manière, par Eusèbe de Césarée (Préparation évangélique, V, 7 et 10) et par Augustin (La Cité de Dieu, X, 11). Augustin résume les questions. Porphyre s’étonne que des sacrifices paraissent contraindre les dieux à exaucer les hommes ; il demande pourquoi l’on menace le soleil et la lune pour les forcer à obéir, et cite un certain Chérémon, qui menaçait de disperser les membres d’Osiris. Augustin lisait ces questions comme une suite de politesses ironiques. On ne connaît la lettre que par son adversaire et par deux auteurs chrétiens qui s’en servaient contre le paganisme, et rien ne permet de mesurer ce que chacun a laissé de côté.
Le nom d’Abamon se lit probablement « il appartient à Amon ».
On désignera ici le livre de Jamblique sous le titre que lui ont donné Saffrey et Segonds en 2013, Réponse à Porphyre, de préférence au De mysteriis hérité de la traduction latine de Marsile Ficin, parce que le titre latin efface l’interlocuteur à qui chaque chapitre répond. Leur édition renonce aussi, pour la première fois, au découpage en dix livres qu’avait introduit Scutelli en 1556, que l’on garde pourtant dans les renvois, puisque c’est celui de toutes les éditions antérieures, y compris de la traduction française qu’Édouard des Places avait donnée en 1966 sous le titre Les Mystères d’Égypte.
Une âme descendue tout entière
La thèse de Plotin est celle que Jamblique attaque d’abord. Adrien Lecerf, dans la notice de la Stanford Encyclopedia of Philosophy révisée en novembre 2023, juge énorme la portée de ce refus. Un fragment du commentaire de Jamblique sur le Timée, conservé par Proclus (fr. 87), raille l’idée qu’il y aurait en nous quelque chose d’impassible qui pense toujours. Pour Jamblique, l’âme humaine est descendue tout entière.
Le raisonnement se suit pas à pas, et il mérite qu’on le prenne lentement, parce que tout le reste en dépend. Si une part de l’âme demeurait toujours auprès de l’intelligible, le salut serait affaire de lucidité, et le philosophe qui pense droit serait déjà uni au divin par le meilleur de lui-même. Jamblique refuse cette prémisse. Descendue tout entière, l’âme a emporté avec elle la faculté même qui aurait dû la faire remonter, et une pensée humaine, si exacte soit-elle, demeure l’opération d’une âme tombée, qui ne peut pas se hisser par ses propres forces au-dessus de la condition qui la limite. Le secours doit donc venir d’en haut et commencer par l’initiative des dieux. Le chapitre 12 du livre I le dit dans la langue de la lumière, puisque l’illumination procurée par les invocations se manifeste d’elle-même et s’accomplit d’elle-même, autophanês gar tis esti kai autotelês hê dia tôn klêseôn ellampsis (traduction de la rédaction d’après le texte grec de Gustav Parthey, Berlin, 1857, comme pour toutes les citations de Jamblique). Les dieux, poursuit le chapitre, répandent leur lumière par une volonté bienveillante, appellent à eux les âmes des théurges et les habituent, dès cette vie, à se détacher du corps. Une invocation, dans ce cadre, rend l’homme capable de recevoir ce que le dieu donne déjà. Le nom même de la pratique, theourgia, que Lecerf rend en anglais par godlike action, l’action à la manière des dieux, va dans ce sens, et Lecerf précise que les contributions humaines y sont de simples causes auxiliaires, la cause principale revenant aux dieux.
Ennoia
Le chapitre 11 du livre II tire la conséquence. Jamblique vient d’accorder à Porphyre que l’ignorance et l’erreur sur les dieux sont impies, et il ajoute qu’elles ne rendent pas faux pour autant les rites accomplis comme il convient. La pensée, écrit-il, ne relie pas les théurges aux dieux, oude gar hê ennoia sunaptei tois theois tous theourgous. Son argument part des philosophes eux-mêmes. Si elle les reliait, rien n’empêcherait ceux qui philosophent en théoriciens de posséder l’union théurgique avec les dieux, et ils ne la possèdent pas. L’union est l’œuvre de deux choses, l’accomplissement d’actes indicibles, exécutés d’une manière digne des dieux et au-delà de toute pensée, et la puissance de symboles que l’on ne peut prononcer et que seuls les dieux comprennent. Ces signes accomplissent d’eux-mêmes leur œuvre propre, ta synthêmata aph’ heautôn drai to oikeion ergon, et la puissance des dieux reconnaît ses propres images sans que notre pensée ait à l’éveiller, car l’inférieur ne meut pas le supérieur. Jamblique dit pourquoi il insiste. Il ne veut pas que Porphyre croie que toute l’autorité de l’action théurgique vient de nous, qu’elle réussit par nos opinions justes et échoue par nos erreurs.
Ramené à trois phrases, l’argument se refait sans grec. L’âme est descendue tout entière dans le corps, de sorte qu’aucune part d’elle ne touche plus d’elle-même le divin. La pensée étant une opération de cette âme, elle ne peut pas la tirer de sa condition, et les théoriciens les plus habiles ne sont pas unis aux dieux. L’union vient des dieux eux-mêmes, par des signes qu’ils ont déposés dans le monde et que le rite met en œuvre, sans contraindre les dieux et sans dépendre de ce que l’officiant comprend.
Jamblique ne congédie pas la philosophie pour autant. La suite du même chapitre range la connaissance des dieux parmi les biens, l’ignorance du côté des ténèbres et le savoir du côté de la lumière, et Lecerf rappelle qu’au début du livre (I, 2) Jamblique distingue la philosophie, la théologie et la théurgie, en tenant celle-ci pour supérieure à la raison sans cesser de l’appuyer sur des arguments philosophiques. Carine Van Liefferinge, en 1999, rattache ce vocabulaire aux Oracles chaldaïques. Elle montre que Jamblique donne au rite païen, avec ses trois actes, le sacrifice, la prière et la divination, un statut nouveau, celui d’« un symbolisme actif dont le but ultime vise à l’union mystique ».
Les Grecs n’ont pas de lest
Au livre VII, chapitre 5, Jamblique répond à une question de Porphyre que chacun peut se poser sans connaître le néoplatonisme. Celui qui entend un nom divin regarde ce qu’il signifie, objectait Porphyre, si bien que la notion reste la même quel que soit le mot employé, et l’on ne voit pas pourquoi préférer des noms barbares aux noms grecs. L’épreuve se fait sur soi. Qu’on imagine réciter une formule dans une langue qu’on ne comprend pas, transmise par d’autres, et qu’on se demande si elle perdrait quelque chose à être traduite en français. Pour Porphyre, la traduction ne retirerait rien, puisque seul compte le sens.
Jamblique répond par une alternative. Si les noms étaient posés par convention, en échanger un contre un autre ne changerait rien ; mais les noms tiennent par nature aux êtres qu’ils désignent, têi phusei sunêrtêtai tôn ontôn, et ceux qui leur ressemblent le plus plaisent davantage aux dieux. La langue des peuples sacrés mérite donc d’être préférée, à commencer par celle des Égyptiens, qui furent selon lui les premiers à recevoir les dieux en partage. Les noms traduits ne gardent pas exactement le même sens, chaque peuple ayant des tournures intraduisibles, et même s’ils le gardaient, ils ne garderaient pas la même puissance. Les prières des anciens doivent rester intactes comme des sanctuaires inviolables, sans rien retrancher ni ajouter. Jamblique explique enfin pourquoi les noms et les prières se sont usés. Les Grecs sont par nature des novateurs, qui se jettent de tous côtés sans avoir de lest en eux-mêmes et refondent tout ce qu’ils reçoivent, quand les barbares restent fidèles à leurs coutumes et aux mêmes mots. Le passage prolonge celui du livre II. Une formule qui agit sans être comprise est exactement ce qu’un symbole doit être, si l’union ne dépend pas de notre pensée. Le même chapitre écarte enfin l’accusation que Porphyre laissait affleurer, et Jamblique y juge impossible que les noms qui nous unissent aux dieux, et dont aucun acte sacerdotal ne peut se passer, soient des tours de charlatans et de pures inventions de l’imagination.
Dodds contre Abamon
Porphyre avait formulé le premier l’objection de fond. Si une invocation obtient quelque chose des dieux, les dieux sont affectés par elle, donc passibles, et la cérémonie ressemble à une contrainte exercée sur eux. Au chapitre 12 du livre I, Jamblique retourne le sens de la causalité. Selon lui, l’invocation rend purs et immuables ceux que la naissance avait soumis aux passions, et le mot de « persuasion » y désigne l’accord de l’esprit humain avec la volonté divine, le dieu demeurant inchangé. La réponse protège l’impassibilité des dieux et laisse entière une autre difficulté. Si le rite agit indépendamment de ce que l’officiant comprend, à quoi le distingue-t-on de la magie qu’il prétend n’être pas ?
Jamblique fournit au moins un critère. Au livre V, chapitre 15, il pose deux sortes de culte, l’un simple et incorporel, réservé aux hommes entièrement purifiés, ce qui n’arrive, selon un mot qu’il prête à Héraclite, que rarement, chez un seul ou chez quelques hommes faciles à compter, l’autre matériel, fait de corps et de sacrifices, pour ceux que le corps retient encore. Les cités qui négligeraient ce second culte manqueraient les deux sortes de biens, et chacun doit offrir selon ce qu’il est, sans excéder sa propre mesure. La théurgie conserve ainsi la hiérarchie platonicienne des âmes et la transpose dans l’ordre des rites.
Le jugement moderne le plus sévère vient d’E. R. Dodds. Dans les pages de The Greeks and the Irrational (1951) consacrées à la théurgie, traduit en français par Michael Gibson sous le titre Les Grecs et l’irrationnel, il qualifie la Réponse à Porphyre de « manifeste de l’irrationalisme » (p. 287, d’après la citation qu’en donne Anne Sheppard). Sheppard, dans la Classical Quarterly en 1982, rappelle que les Vies des sophistes d’Eunape montrent des néoplatoniciens animant des statues ou faisant tomber la pluie, quand les œuvres des philosophes révèlent une grande diversité d’attitudes envers la théurgie. Gregory Shaw, dans Theurgy and the Soul (Pennsylvania State University Press, 1995, réédité en 2014), conteste la lecture qui réduisait la théurgie à une magie rituelle, et en fait la conséquence directe de l’âme descendue, une application réfléchie des doctrines platoniciennes et pythagoriciennes à la vie dans la matière. Lecerf juge que des travaux récents ont efficacement contesté l’opposition tracée par Dodds entre l’irrationalisme de Jamblique et la rationalité de Plotin et de Porphyre, tout en relevant que le chapitre 11 du livre II peut se lire avec une pente anti-intellectuelle, si bien que la discussion porte surtout, aujourd’hui, sur la place exacte que ce chapitre laisse à la pensée.
Une question demeure ouverte pour le lecteur du livre II. Si l’union ne dépend pas de ce que pense le théurge, que vaut encore, pour son salut, l’étude que Jamblique exigeait de ses élèves ?
Thyrsophores et bacchants
Deux siècles plus tard, l’école platonicienne d’Athènes avait fait de ce différend une ligne de partage entre ses propres maîtres. Damascius, qui y enseignait au VIᵉ siècle, écrit dans son commentaire du Phédon (I, 172, éd. L. G. Westerink, 1977) que pour les uns la philosophie passe en premier, comme pour Porphyre, Plotin et beaucoup d’autres philosophes, et que pour les autres c’est l’art hiératique, comme pour Jamblique, Syrianus, Proclus et toute l’école hiératique. Il ajoute que Platon, voyant de fortes raisons des deux côtés, a réuni les deux en une seule vérité en appelant le philosophe un bacchant, et il fait du bacchant le philosophe parvenu au stade de la purification (I, 171). Todd Krulak a étudié en 2017 cette dichotomie damascienne et l’idéal qu’elle propose aux philosophes de l’Académie tardive. La formule vient du Phédon (69c-d), où Socrate rapporte un mot de ceux qui ont institué les mystères, selon lequel les porteurs de thyrse sont nombreux et les bacchants peu nombreux, puis précise qu’à ses yeux les vrais bacchants sont ceux qui ont philosophé droitement, de sorte que Damascius réconcilie Plotin et Jamblique avec une phrase où Platon lisait déjà dans un rite une manière de faire de la philosophie.
Pour aller plus loin
Les Oracles chaldaïques, d’où vient une large part du vocabulaire de la théurgie, et la doctrine plotinienne du retour à l’Un éclairent les deux positions que Damascius met face à face. Le Cratyle de Platon, qui oppose déjà la convention et la nature des noms, prolonge la réponse que Jamblique fait à Porphyre au livre VII.
Au pied de la lettre, le mot théurgie veut dire action divine. Il désigne des rites, des prières et des sacrifices pratiqués par certains philosophes de la fin de l’Antiquité. Leur défenseur le plus célèbre s’appelle Jamblique. Ce penseur syrien enseignait à Apamée et mourut vers 325. Il a soutenu une idée étonnante pour un philosophe. Selon lui, la pensée ne suffit pas à rejoindre les dieux.
Le maître qui refusait la fête
Jamblique avait étudié auprès de Porphyre, lui-même élève de Plotin. Un disciple de Plotin voulut un jour l’emmener à une fête religieuse. Plotin refusa de le suivre.
Ce refus s’accorde avec une idée de Plotin. Pour lui, une part de notre âme n’a jamais quitté le monde divin. Il suffit d’en prendre conscience par la réflexion. Un philosophe qui pense bien n’a donc aucun besoin des temples.
Porphyre partageait ces doutes. Il adressa une lettre pleine de questions à un prêtre égyptien. Il voulait savoir pourquoi des sacrifices sembleraient forcer les dieux à obéir. Cette lettre est perdue, et on n’en connaît que des morceaux cités par ses adversaires.
Jamblique lui répondit par un livre entier. Il le signa d’un nom d’emprunt, celui d’un maître égyptien. Un seul auteur antique attribue ce livre à Jamblique, plus d’un siècle après sa mort.
Une âme tombée tout entière
Jamblique rejette l’idée de Plotin. Pour lui, l’âme humaine est descendue entièrement dans le corps. Aucune part d’elle ne garde le contact avec le divin.
La conséquence est lourde. La pensée est une activité de cette âme tombée. Elle ne peut donc pas la faire remonter par ses seules forces. Jamblique le vérifie sur les philosophes eux-mêmes. Si penser unissait aux dieux, les plus savants le seraient déjà, et ils ne le sont pas.
Le secours doit donc venir des dieux. Selon Jamblique, ils ont laissé dans le monde des signes que seuls eux comprennent. Le rite met ces signes en œuvre. Ils agissent alors tout seuls, même quand celui qui prie ne pense à rien.
Le rite ne contraint pas les dieux, qui ne changent jamais. Il rend l’âme capable de recevoir leur lumière. Jamblique garde d’ailleurs une place au savoir. Il range la connaissance des dieux du côté de la lumière, sans croire qu’elle suffise.
La prière qu’on ne traduit pas
Porphyre avait posé une question très simple. Quand on prononce le nom d’un dieu, seul le sens compte. Il ne voyait donc pas l’intérêt de garder des noms étrangers.
Jamblique pense que les noms tiennent aux choses par nature. Les traduire leur ferait perdre leur force. Les prières anciennes doivent rester intactes, sans un mot de plus ni de moins. Il accuse au passage les Grecs de tout changer sans cesse, faute de lest.
Chacun peut faire l’essai. Il suffit d’imaginer une formule dans une langue inconnue, reçue d’autres personnes. Pour Porphyre, la traduire ne coûterait rien. Pour Jamblique, une formule efficace sans être comprise répond justement à ce qu’est un signe divin.
Deux camps dans la même école
Cette défense des rites a longtemps eu mauvaise réputation. En 1951, l’historien E. R. Dodds qualifie l’ouvrage de Jamblique de manifeste de l’irrationalisme. Il l’oppose à la raison de Plotin et de Porphyre.
Le chercheur Gregory Shaw défend une autre lecture en 1995. Pour lui, la théurgie découle directement de l’âme tombée tout entière. Elle applique avec soin les idées de Platon à la vie dans le corps.
Les spécialistes discutent encore de la place exacte que Jamblique laisse à la pensée. Une difficulté demeure sans réponse claire. Si le rite agit sans être compris, on voit mal comment le distinguer de la magie.
Deux siècles plus tard, le philosophe Damascius enseignait à Athènes. Il rangeait déjà les maîtres en deux camps. Plotin et Porphyre plaçaient la philosophie en premier, tandis que Jamblique et ses héritiers donnaient la priorité aux rites.
Porphyre a gardé dans sa Vie de Plotin la phrase par laquelle son maître refusa la fête, « C’est à eux de venir à moi ».
La version complète cite les questions de la lettre perdue telles qu’Augustin les a conservées, et le mot du Phédon par lequel Damascius réconcilie les deux camps.
Sources de cet article
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Sources primaires
- Jamblique, *Réponse de maître Abamon à la Lettre de Porphyre à Anébon* (*De mysteriis*), texte grec éd. Gustav Parthey, *Jamblichi De mysteriis liber*, Berlin, 1857 ; passages cités dans la division traditionnelle en livres et chapitres : I, 12 (l’illumination « autophanês » et « autotelês », l’invocation qui n’entraîne pas l’impassible vers le passible, la persuasion), II, 11 (« oude gar hê ennoia sunaptei tois theois tous theourgous », les théoriciens privés de l’union, les actes indicibles et les symboles, « ta synthêmata aph’ heautôn drai to oikeion ergon »), V, 15 (les deux sortes de culte, le mot d’Héraclite), VII, 5 (la question de Porphyre sur les noms, noms liés par nature aux êtres, peuples sacrés, prières inviolables, les Grecs novateurs et sans lest, l’accusation de charlatanisme) ; texte consulté dans la Perseids Digital Library ; traduction de la rédaction Nicolai
- Jamblique, *Les Mystères d’Égypte*, texte établi et traduit par Édouard des Places, Paris, 1966, « Collection des universités de France », 226 p. Les Belles Lettres
- Jamblique, *Réponse à Porphyre (De mysteriis)*, texte établi, traduit et annoté par H. D. Saffrey et A. Segonds, Paris, 2013, « Collection des universités de France », série grecque 496, clvi-364 p. (titre, abandon de la division en dix livres de Scutellius, 1556) Les Belles Lettres
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Sources primaires (suite)
- Porphyre, *Lettre à Anébon l’Égyptien*, texte établi, traduit et commenté par H. D. Saffrey et A. Segonds, Paris, 2012, « Collection des universités de France », série grecque 492, cxix-92 p. (une centaine de fragments ; témoins : Jamblique, Eusèbe, *Préparation évangélique*, V, 7 et 10, Augustin, *La Cité de Dieu*, X, 11), d’après le compte rendu de la *Bryn Mawr Classical Review* Les Belles Lettres
- Augustin, *La Cité de Dieu*, X, 11 (les questions de Porphyre à Anébon : sacrifices qui contraignent les dieux, menaces adressées au soleil et à la lune, Chérémon et les membres d’Osiris) ; version française consultée dans la Bibliothek der Kirchenväter, passage résumé par la rédaction
- Porphyre, *Vie de Plotin*, 10 (Amélius et les nouvelles lunes, la réponse de Plotin, « It is for those Beings to come to me », le prêtre égyptien et le temple d’Isis), trad. anglaise de Stephen MacKenna, *Plotinus : The Enneads* ; passage cité en traduction de la rédaction
- Porphyre, *La Vie de Plotin*, II, *Études d’introduction, texte grec et traduction française, commentaire, notes complémentaires, bibliographie*, par Luc Brisson et alii, préface de Jean Pépin, Paris, 1992, « Histoire des doctrines de l’Antiquité classique », xv-765 p. Vrin
- Plotin, *Ennéades*, IV, 8 [6], 8, *Sur la descente de l’âme dans les corps* (l’âme qui ne s’est pas enfoncée tout entière, une part toujours dans l’intelligible, contre l’opinion commune), trad. anglaise de Stephen MacKenna, texte consulté sur le site Hyperlogos
- Proclus, *In Platonis Timaeum commentaria*, I, 386, 8-13 (seul témoignage antique de l’attribution de la *Réponse à Porphyre* à Jamblique), d’après Adrien Lecerf
- Jamblique, *In Timaeum*, fr. 87, transmis par Proclus (contre l’idée qu’il y a en nous quelque chose d’impassible et toujours pensant), d’après Adrien Lecerf
- Damascius, *In Phaedonem*, I, 171 (le bacchant, philosophe au stade de la purification) et I, 172 (philosophie et art hiératique, Porphyre et Plotin contre Jamblique, Syrianus et Proclus, la vérité unique de Platon), éd. et trad. L. G. Westerink, *The Greek Commentaries on Plato’s Phaedo*, vol. II, Amsterdam, 1977, cité d’après Todd Krulak (2017)
- Eunape, *Vies des sophistes* (néoplatoniciens animant des statues, faisant tomber la pluie), d’après Anne Sheppard (1982)
- Platon, *Phédon*, 69c-d, pagination Stephanus (les porteurs de thyrse nombreux et les bacchants peu nombreux, les vrais bacchants philosophes), trad. anglaise Harold North Fowler, *Plato in Twelve Volumes*, vol. 1, 1914 Harvard University Press et William Heinemann
Bibliographie
- Adrien Lecerf, « Iamblichus », *The Stanford Encyclopedia of Philosophy*, première publication le 27 août 2019, révision substantielle du 7 novembre 2023, sections 1,1 (dates, Chalcis, Apamée, Porphyre), 1,2 (titre, Abamon, traduction latine de Ficin, témoignage de Proclus), 2,3 (philosophie, théologie et théurgie ; jugement sur Dodds), 3,1 (II, 11), 6,1 (l’âme descendue, fr. 87) et 6,3 (*theourgia*, causes auxiliaires) Stanford University
- E. R. Dodds, *The Greeks and the Irrational*, Berkeley, 1951, p. 285-298 sur la théurgie – University of California Press ; trad. française de Michael Gibson, *Les Grecs et l’irrationnel*, Paris, 1977, « Champs » n° 28, 316 p. Flammarion
- Anne Sheppard, « Proclus’ Attitude to Theurgy », *The Classical Quarterly* 32 (1), 1982, p. 212-224, DOI 10,1017/S0009838800023016 Cambridge University Presshttps://doi.org/10.1017/S0009838800023016
- Gregory Shaw, *Theurgy and the Soul : The Neoplatonism of Iamblichus*, University Park, 1995, « Hermeneutics : Studies in the History of Religions » – Pennsylvania State University Press ; 2ᵉ éd., 2014 Angelico Press et Sophia Perennis
- Carine Van Liefferinge, *La Théurgie. Des Oracles chaldaïques à Proclus*, Liège, 1999, « Kernos, Supplément » 9 ; rééd. électronique, Presses universitaires de Liège, ISBN 9782821828971 Kernos
- Todd Krulak, « Philosophy, Ἱερατική, and the Damascian Dichotomy : Pursuing the Bacchic Ideal in the Sixth-Century Academy », *Greek, Roman, and Byzantine Studies* 57, 2017, p. 454-481 Duke University
Sources en ligne
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- « De Mysteriis » (Parthey, 1857, I, 12) Perseids, Tufts Universityhttps://cts.perseids.org/read/greekLit/tlg2023/tlg006/1st1K-grc1/1.12
- « De Mysteriis » (Parthey, 1857, V, 15) Perseids, Tufts Universityhttps://cts.perseids.org/read/greekLit/tlg2023/tlg006/1st1K-grc1/5.15
- « De Mysteriis » (Parthey, 1857, VII, 5) Perseids, Tufts Universityhttps://cts.perseids.org/read/greekLit/tlg2023/tlg006/1st1K-grc1/7.5
- « BMCR 2013,11,41 » (compte rendu de Jamblique, *Réponse à Porphyre*, éd. Saffrey et Segonds) Bryn Mawr Classical Reviewhttps://bmcr.brynmawr.edu/?p=37769
- « BMCR 2013,08,15 » (compte rendu de Porphyre, *Lettre à Anébon*, éd. Saffrey et Segonds) Bryn Mawr Classical Reviewhttps://bmcr.brynmawr.edu/?p=37924
- « La Cité de Dieu » (livre X, chapitre XI) Bibliothek der Kirchenväter, Université de Fribourghttps://bkv.unifr.ch/works/cpl-313/compare/the-city-of-god/279/la-cite-de-dieu
- « Porphyry : On the Life of Plotinus and the Arrangement of his Work » (trad. MacKenna, chapitre 10) Internet Sacred Text Archivehttps://sacred-texts.com/cla/plotenn/enn001.htm
- « MacKenna-Plotinus : Enneads IV,8 » Hyperlogoshttps://sofia.hyperlogos.info/?p=5629
- « Plato, Phaedo » (69, trad. Fowler) Perseids, Tufts Universityhttps://cts.perseids.org/read/greekLit/tlg0059/tlg004/perseus-eng2/69
- « Proclus’ Attitude to Theurgy » The Classical Quarterly, Cambridge Corehttps://www.cambridge.org/core/journals/classical-quarterly/article/proclus-attitude-to-theurgy/1441C746F5F2C49CC300239498A0FFAB
- « Philosophy, Ἱερατική, and the Damascian Dichotomy » Greek, Roman, and Byzantine Studies, Duke University Librarieshttps://grbs.library.duke.edu/index.php/grbs/article/download/15903/7019/18784
- « La Théurgie » (Carine Van Liefferinge, notice et résumé) Directory of Open Access Bookshttps://directory.doabooks.org/handle/20.500.12854/60884
- « Les Grecs et l’irrationnel » Nantilus, catalogue des bibliothèques de Nantes Universitéhttps://nantilus.univ-nantes.fr/vufind/Record/PPN005307473?lng=en
- « Theurgy and the Soul : The Neoplatonism of Iamblichus » (notice de l’édition de 1995) BibBasehttps://bibbase.org/network/publication/shaw-theurgyandthesoultheneoplatonismofiamblichus-1995
- « New 2nd edition of Gregory Shaw’s Theurgy and the Soul : The Neoplatonism of Iamblichus » The Centre of Theology and Philosophy, University of Nottinghamhttps://theologyphilosophycentre.co.uk/2014/10/24/new-2nd-edition-of-gregory-shaws-theurgy-and-the-soul-the-neoplatonism-of-iamblichus
- « Porphyry’s Life of Plotinus » (compte rendu de *La Vie de Plotin*, II, Vrin, 1992) The Classical Review, Cambridge Corehttps://www.cambridge.org/core/journals/classical-review/article/porphyrys-life-of-plotinus-pepin-j-et-al-porphyre-la-vie-de-plotin-ii-histoire-des-doctrines-de-lntiquite-classique-ii-etudes-dintroduction-texte-grec-et-traduction-francaise-commentaire-notes-complementaires-bibliographie-pp-xv-765-paris-librairie-philosophique-j-vrin-1992-paper-frs-450/21C49419EF14B56CE368435DA598BE89





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