On objectera qu’une écriture sans texte bilingue ne se déchiffre pas, et l’écriture maya n’en possède aucun. L’égyptien et le hittite avaient les leurs ; pour l’aztèque, des clercs espagnols ont inscrit le mot nahuatl à côté de l’image dans certains manuscrits. Aucun livre maya n’a été glosé de cette manière. En 1945, dans la revue Ethnos, publiée à Stockholm, un magistrat berlinois à la retraite, Paul Schellhas, donne à l’objection la forme d’un titre, « Die Entzifferung der Mayahieroglyphen, ein unlösbares Problem ? », le déchiffrement des hiéroglyphes mayas serait-il un problème insoluble. Il meurt à Berlin le 25 avril 1945, et c’est un étudiant de Moscou qui, après la guerre, lira son article comme un défi.
« Ma in kati »
Faute de bilingue, la clé qui a servi est à Madrid, dans la bibliothèque de la Real Academia de la Historia, sous la cote 9/5153. Ses soixante-six feuillets s’ouvrent sur la mention « Fray Diego de Landa. MDLXVI » et portent une Relation des choses du Yucatán que le franciscain, futur évêque de la province, rédige vers 1566 lors d’un séjour en Espagne. L’original est perdu. La notice de l’Académie situe la copie, anonyme, entre 1567 et 1600 ; d’autres auteurs la repoussent au XVIIᵉ siècle. En 2002, dans la revue Ethnohistory, Matthew Restall et John Chuchiak ont soutenu que ce texte réunit des passages écrits par plusieurs mains à des moments différents, et que l’abbé Brasseur de Bourbourg, qui l’a remis dans un ordre qui lui semblait logique après sa redécouverte dans les années 1860, en a peut-être numéroté lui-même les feuillets. La clé du déchiffrement est donc une compilation de seconde main, remaniée par son premier éditeur.
Le même manuscrit dit sans détour ce que son auteur a fait des livres mayas. « Nous leur trouvâmes un grand nombre de livres de ces lettres, et parce qu’ils ne contenaient rien où il n’y eût superstition et faussetés du démon, nous les brûlâmes tous, ce qu’ils ressentirent à merveille et qui leur causa grande peine. » Landa y donne aussi les signes des dix-huit mois, ceux des jours, un « alphabet » de vingt-sept signes et une courte phrase tracée par un informateur maya, ma in kati, « je ne désire pas ». Comme l’a relevé Michel Davoust en 1989 dans la revue Amerindia, Landa livre lui-même, sans le comprendre, des valeurs de syllabes, ca, cu, ku, et sa phrase se décompose en ma, i-n et ka-ti. L’évêque demandait des lettres, le scribe répondait par des syllabes.
Trois siècles plus tard, la piste passe par Dresde. Un livre maya y est entré en 1739 dans la bibliothèque de l’électeur de Saxe, trente-neuf feuillets d’écorce battue enduite de craie, de 20,5 centimètres sur 9, qui formaient à l’origine une bande pliée en accordéon de 3,56 mètres ; il porte aujourd’hui la cote Mscr.Dresd.R.310. Ernst Förstemann, qui dirige la bibliothèque royale, en fait tirer en 1880 un fac-similé en couleurs à cinquante exemplaires, et s’appuie sur les nombres, les jours et les mois de Landa pour y retrouver le calendrier, les calculs astronomiques et le compte long, cette numération continue des jours à partir d’une date zéro. Son correspondant berlinois, Schellhas, identifie de son côté une trentaine de dieux et le glyphe de leur nom. Dans les années 1930, on lit ainsi les dates des monuments sans savoir lire la langue elle-même, et Schellhas tient l’écriture pour idéographique, c’est-à-dire pour un système qui noterait des idées sans passer par les sons.
Des dieux assis dans des niches
Au milieu du XXᵉ siècle, l’autorité s’appelle Eric Thompson, archéologue britannique longtemps attaché à la Carnegie Institution de Washington et tenu pour le premier mayaniste de son temps. Son Maya Hieroglyphic Writing paraît en 1950 comme publication 589 de l’institution, et son catalogue de 1962 classe 862 signes tirés de près de 10 000 exemples relevés sur les codex, les monuments et les vases, si bien qu’en 1987 encore David Stuart désigne un signe par le numéro T563a, renvoi direct à ce catalogue. Sur la stèle 14 de Piedras Negras, au Guatemala, Thompson voyait des « dieux assis dans des niches formées par le corps de dragons célestes », et beaucoup de mayanistes tenaient pour des prêtres les personnages en longue robe des autres stèles du site.
Tatiana Proskouriakoff a donné en 1961 la raison de cette lecture, et elle mérite d’être prise au sérieux. Les seuls progrès solides du déchiffrement portaient alors sur les notations astronomiques et calendaires, qui occupent une si grande part des inscriptions qu’il ne semblait plus y avoir de place pour un récit historique. L’image des Mayas prêtres-astronomes, absorbés dans le compte des jours, est née de là, dans la première moitié du XXᵉ siècle, de ce que l’on savait lire, et elle avait sa part de vérité, puisque le codex de Dresde est rempli de calculs sur les astres. Ces inscriptions datent de la période que les mayanistes nomment classique, entre 250 et 900 environ, et les codex conservés de la période postclassique qui la suit, dans une périodisation mésoaméricaine qui ne doit rien au découpage européen et qu’on se gardera de faire coïncider avec lui.
Deux signes pour dire tzul
Youri Knorozov a une trentaine d’années quand paraît, dans le numéro 3 de 1952 de la revue Sovetskaïa Etnografia, un article de dix-neuf pages intitulé « L’écriture ancienne de l’Amérique centrale ». Né en 1922 près de Kharkiv, formé à l’égyptologie, il a lu Schellhas sur le conseil de son maître Sergueï Tokarev, et en 1998 il résumait encore sa réponse devant le mayaniste finlandais Harri Kettunen : un système fait par un homme peut être résolu par un homme. Il travaille à Leningrad, à l’Institut d’ethnographie. Il ne verra d’inscriptions mayas originales qu’en 1990, au Guatemala, à l’invitation du président du pays. On écrit ici Knorozov, la forme que lui donne American Antiquity en 1958 ; Davoust, lui, écrit Knorosov.
L’argument se comprend par le nombre des signes. Les inscriptions en emploient entre 900 et 1 200 signes selon les estimations que reprend la BnF, trop pour un alphabet ou un pur syllabaire, trop peu pour une écriture où chaque signe vaudrait un mot. Ce nombre désigne une écriture mixte, dite logo-syllabique, qui associe des logogrammes, signes notant un mot entier, et des syllabogrammes, signes notant une consonne suivie d’une voyelle. L’« alphabet » de Landa change alors de nature, et Knorozov le confronte aux codex en observant la place et la fréquence de chaque signe, ce qu’il appelle une statistique positionnelle. Le mot tzul, « chien », s’écrit ainsi avec deux signes, tzu et lu, dont on prononce le premier en entier et le second sans sa voyelle.
Autour de ce travail de bureau s’est formée une légende. Knorozov aurait arraché aux flammes de la bibliothèque de Berlin, en mai 1945, l’édition des trois codex publiée à Guatemala en 1930 par J. Antonio et Carlos A. Villacorta, celle-là même qui lui a servi de matériau, et la bibliothèque de l’université de Caroline du Nord le répète encore sur la page consacrée à son exemplaire. Knorozov servait alors comme téléphoniste dans une unité non combattante près de Moscou et n’a jamais pris part à la prise de Berlin, rappelle Kettunen. À celui-ci, en 1998, il décrivait des livres emballés dans des caisses pour une évacuation manquée, puis envoyés tels quels à Moscou. Qui a lancé le récit héroïque, on ne le sait pas.
L’Occident reçoit la découverte à contretemps. Thompson rend compte dès 1953, dans la revue mexicaine Yan, de la version espagnole diffusée au Mexique, puis revient à la charge en 1959 dans American Antiquity, dont l’article s’ouvre sur un constat sans appel, « personne, malheureusement, n’a à la fois une connaissance approfondie du sujet et une attitude impartiale ». Entre-temps, la même revue a publié en 1958 un texte de Knorozov traduit par Sophie Coe, où le Soviétique rappelle que certains spécialistes refusent encore aux peuples de l’Amérique ancienne une écriture au sens plein du mot. La guerre froide aggrave les choses, car la propagande soviétique fait de ces travaux une preuve de la supériorité du système marxiste-léniniste, et l’autorité de Thompson bloque la discussion jusqu’à sa mort, en 1975.
Piedras Negras, stèle 14
Ailleurs, la brèche s’ouvre sans passer par les sons. En 1958, dans le Journal de la Société des Américanistes, Heinrich Berlin montre que chaque cité maya de quelque importance possède un signe qui lui est propre, le glyphe-emblème. Berthold Riese, dans la nécrologie qu’il lui consacre en 1988, tient pour aussi capital un article de 1959 sur les glyphes de noms du sarcophage de Palenque.
Tatiana Proskouriakoff, née en Russie en 1909 et restée aux États-Unis avec sa famille après la révolution, est dessinatrice et chercheuse au musée de l’université de Pennsylvanie quand elle travaille à Piedras Negras, en 1936 et 1937. La stèle 14 du site est en dépôt à Philadelphie depuis 1933, et Thompson en corrige la date en 1943, 761 au lieu de 800, une retouche qui semble alors sans conséquence. Proskouriakoff y revient des années plus tard. Elle remarque qu’avec la nouvelle date, chaque stèle à niche devient la première érigée devant un temple donné, en tête d’une série de monuments posés tous les cinq ans au même endroit. Chaque stèle à niche porte une date un peu antérieure à son érection, toujours suivie d’un signe que Thompson, par plaisanterie, avait baptisé « glyphe du mal de dents ». Une autre date, antérieure de douze à trente et un ans, s’accompagne toujours d’un « glyphe de la grenouille renversée », et ses anniversaires ne sont célébrés que pendant un temps limité ; les trois séries dont on connaît la durée entière couvrent 60, 64 et 56 ans, des durées de vie plausibles. Les stèles enregistrent donc la naissance d’un souverain et son accession au trône, puis les anniversaires de l’une et de l’autre tant qu’il vit. Sur la stèle 3, dont la plupart des fragments sont aujourd’hui au Museo Nacional de Arqueología y Etnología de Guatemala, la figure en robe porte un nom précédé d’une tête féminine, et un second nom de femme suit une naissance trente-trois ans plus tardive. Le prêtre supposé est une femme, l’enfant assis près d’elle sa fille, et la démonstration paraît dans American Antiquity en avril 1960.
À Philadelphie, la stèle 14 est toujours conservée au Penn Museum, sous le numéro L-16-382, en dépôt permanent consenti par le Guatemala, qui a récupéré en 1947 la plupart des monuments prêtés. Sur le calcaire, un souverain est assis jambes croisées dans une niche où monte une échelle, une femme se tient debout en bas à gauche, probablement sa mère, et six petits groupes de glyphes dispersés sur la face sont les signatures des sculpteurs. Le musée date aujourd’hui de 758 l’accession de ce roi, Yo’nal Ahk, quand Proskouriakoff écrivait 761 en 1961, et les notices consultées n’expliquent pas l’écart. Elle ne rencontrera Knorozov qu’une fois, en 1970, lors de son unique voyage en Union soviétique, sous la surveillance constante d’agents du KGB.
L’objection des ossements
À Palenque, au Chiapas, une première table ronde réunit en 1973 les spécialistes du site. Peter Mathews et Linda Schele y reprennent toutes ses inscriptions et en tirent une liste de souverains, publiée l’année suivante dans les actes. L’un d’eux, K’inich Janaab Pakal, naît en 603 d’après ses inscriptions, monte sur le trône en 615 et meurt en 683, à quatre-vingts ans, après soixante-huit ans de règne.
Le squelette ne dit pas la même chose.
Ouverte en 1952, la tombe du temple des Inscriptions avait livré un défunt que l’équipe de fouille avait jugé âgé d’une quarantaine d’années. L’enjeu, note le compte rendu de l’Archaeological Conservancy, était l’exactitude de l’épigraphie maya elle-même, car si les glyphes se trompaient d’une quarantaine d’années sur la vie d’un roi, rien ne garantissait les autres dynasties tirées des stèles. Il faut attendre 1999 pour qu’une équipe internationale, sous l’égide de l’Université autonome du Yucatán, réexamine les os, et 2006 pour que ses résultats paraissent sous la direction de Vera Tiesler et Andrea Cucina. Jane Buikstra, George Milner et Jesper Boldsen y opposent la précision gagnée par la lecture des dates depuis Berlin et Proskouriakoff aux tranches d’âge de cinq ou dix ans que l’ostéologie a longtemps attribuées aux squelettes adultes, et dont elle s’est depuis éloignée.
Les sceptiques ont d’autres arguments, et certains viennent du camp des déchiffreurs. Proskouriakoff elle-même doutait en 1961 qu’une restitution entièrement linguistique des inscriptions fût possible, et prévenait que son hypothèse dynastique était encore loin de convaincre tout le monde. Les syllabaires, ensuite, ont longtemps divergé : Davoust en compte quatre entre 1976 et 1988, qui passent de 33 à 63 valeurs syllabiques, et relève qu’en 1987 Stuart, dans Ten Phonetic Syllables, écarte dix des valeurs retenues trois ans plus tôt par un autre syllabaire. Stuart écrivait lui-même que la connaissance du syllabaire était loin d’être complète et que les épigraphistes se disputaient la valeur de plusieurs signes. En 1995, rendant compte dans le Journal de la Société des Américanistes du livre de Davoust, L’écriture maya et son déchiffrement, Stephen Houston admet qu’une partie des lectures de l’école nord-américaine sont grossières, désinvoltes ou mal raisonnées, tout en jugeant que la plupart font avancer la connaissance, et Davoust lui répond dans le même numéro. Kettunen, enfin, signale des chercheurs pour qui Knorozov s’est trompé sur beaucoup de ses lectures tardives.
La langue même est discutée. En 1989, Davoust rattachait les monuments classiques au proto-chol et les codex au proto-yucatèque, deux branches de la famille maya. En 2000, dans Current Anthropology, Stephen Houston, John Robertson et David Stuart voient au contraire dans les inscriptions classiques une seule langue de prestige, partagée par les élites lettrées, qu’ils nomment ch’olti’an classique et rattachent aux langues ch’oles orientales, dont le ch’orti’ encore parlé aujourd’hui. L’article paraît suivi de commentaires de collègues et d’une réponse des auteurs dans le même numéro.
Personne n’a compté les livres brûlés
Landa écrit « un grand nombre » et ne donne aucun chiffre. Quatre codex ont survécu, et les trois de Dresde, de Paris et de Madrid sont postclassiques, Davoust les plaçant du XIIᵉ au XVᵉ siècle, alors que les inscriptions sur pierre se relèvent dans plus de deux cents sites. Pour l’âge classique, on lit donc presque uniquement des textes faits pour être vus, et l’on ignore le contenu de ses livres, dont les codex plus tardifs, faits surtout d’almanachs et de calculs, ne donnent probablement qu’une idée partielle. Davoust convenait en 1989 qu’un certain nombre de logogrammes restaient difficiles à lire. Quant au chiffre de 90 % de textes lisibles avancé en 2022 par Radio Free Europe, il renvoie à Wikipédia, sans étude publiée à l’appui.
Le codex de Dresde, peint entre 1200 et 1250 environ selon la bibliothèque qui le conserve, un peu plus tard que ne le disait Davoust, repose dans la salle du trésor de la SLUB en deux bandes de 182,5 et 174,3 centimètres, coupées en 1835 et posées à plat entre des plaques de verre. Mis à l’abri dans une cave du Palais japonais avant les bombardements de février 1945, il a été atteint sur ses bords par l’eau qui l’a envahie ; au séchage, la craie qui porte la peinture est restée collée au verre par endroits, et trois feuillets, ceux des pages 6 à 8 et 38 à 40, ont été replacés à l’envers. Aux pages 29 et 30, dans un même almanach, l’expression ca bac, « notre temps », revient avec sa syllabe ba notée par quatre signes différents.
Pour aller plus loin
Ce sujet rejoint l’effondrement des cités mayas des basses terres à la fin de la période classique, et Chichén Itzá, dont les inscriptions de la fin de l’époque classique emploient déjà des signes qu’on retrouve dans les codex. L’écriture aztèque, dont certains manuscrits portent des gloses espagnoles d’époque, offre enfin le cas inverse.
On a longtemps cru que les Mayas n’avaient gravé sur leurs monuments que des calendriers et des calculs sur les astres. Ce peuple a bâti des cités de pierre entre le sud du Mexique et le Guatemala. Leur grande époque s’achève vers 900. Après l’arrivée des Espagnols, plus personne n’a su lire leurs signes. Au siècle dernier, des chercheurs ont voulu les relire sans aucun texte traduit pour les guider.
Un évêque, des livres et un malentendu
Un moine espagnol, Diego de Landa, voulait convertir les Mayas. Il a fait brûler un grand nombre de leurs livres, qu’il croyait remplis de mensonges du démon. Il le raconte lui-même dans un récit écrit vers 1566. Ce récit ne nous est parvenu que par une copie, où certains spécialistes voient la main de plusieurs auteurs.
Dans ce même récit, Landa a voulu noter l’alphabet des Mayas. Un Maya a tracé pour lui des signes que l’évêque prenait pour des lettres. Ces signes notaient en réalité des syllabes, comme « ma » ou « ka ». L’homme a aussi écrit une petite phrase qui veut dire « je ne désire pas ». Sans le savoir, Landa laissait le début d’une clé.
Une idée venue de Leningrad
Au milieu du siècle, le spécialiste le plus écouté s’appelle Eric Thompson. Ce Britannique refuse l’idée que les signes mayas notent des sons. En 1952, un jeune chercheur soviétique, Youri Knorozov, défend l’idée contraire. Il travaille à Leningrad et n’a encore jamais vu une vraie inscription maya.
Il étudie la reproduction imprimée des rares livres mayas qui ont survécu, peints sur de l’écorce et pliés en accordéon, qu’on appelle des codex. Il compare leurs signes à ceux de Landa. Il note où chaque signe apparaît et combien de fois. Il en conclut que l’écriture mêle deux sortes de signes. Certains valent pour un mot entier, d’autres pour une syllabe.
Le mot « chien » en donne un exemple. Il s’écrit avec deux signes, qui se lisent « tzu » et « lu ». On prononce « tzul », sans la dernière voyelle. Thompson rejette cette méthode avec force, et la guerre froide n’arrange rien. Il faut attendre sa mort, en 1975, pour que le débat s’ouvre vraiment.
Une femme prise pour un prêtre
Au Guatemala, dans la cité de Piedras Negras, les Mayas ont dressé de grandes pierres sculptées et couvertes de signes, qu’on nomme des stèles. Tatiana Proskouriakoff les étudie de près. Elle ne cherche pas à lire les mots. Elle observe les dates gravées et les signes qui les accompagnent.
Sur ces stèles, deux dates reviennent toujours, chacune avec son propre signe. La seconde arrive des années après la première. Proskouriakoff comprend que la première marque une naissance, et la seconde l’arrivée au pouvoir d’un roi. Les stèles racontent donc la vie des rois.
Sur une autre stèle, un personnage en longue robe passait pour un prêtre. Son nom commence par un visage de femme. C’est une femme, et l’enfant assis près d’elle est sa fille. Proskouriakoff publie sa découverte en 1960.
Le roi qui aurait vécu quatre-vingts ans
Dans la cité de Palenque, au Mexique, un roi a laissé de nombreuses inscriptions. Il s’appelle Pakal, et ces textes disent qu’il est mort à quatre-vingts ans. Les fouilleurs qui ont trouvé son squelette l’avaient jugé bien plus jeune. Si les signes se trompaient autant, toute l’histoire des rois tirée des stèles devenait douteuse. Il a fallu attendre un nouvel examen des os, lancé en 1999, pour reprendre la question avec d’autres méthodes.
Les déchiffreurs eux-mêmes ne sont pas toujours d’accord. Pendant des années, ils ont proposé des listes de syllabes qui se contredisaient. Ils discutent encore de la langue exacte que notent les inscriptions. On ignore aussi ce que contenaient les livres de la grande époque des cités. Seuls quatre livres mayas ont survécu.
La stèle qui a mis Proskouriakoff sur la piste se trouve aujourd’hui à Philadelphie, au musée de l’université de Pennsylvanie. On y voit un roi assis dans une niche, au sommet d’une échelle, entouré des signatures de ses sculpteurs.
La version complète raconte la légende d’un Knorozov sauvant des livres des flammes de Berlin, et ce que l’eau des bombardements a fait subir au codex de Dresde.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Diego de Landa, Relación de las cosas de Yucatán, copie anonyme datée par la notice de l’institution entre 1567 et 1600, 66 feuillets, incipit « Fray Di[ego] de Landa. MDLXVI » au f. 1 r°, avec le passage sur les « lettres » des Mayas, l’autodafé des livres et l’« alphabet » de vingt-sept signes Real Academia de la Historia, Madrid, 9/5153 (ancienne cote B-68)
- Codex de Dresde, vers 1200-1250, trente-neuf feuillets d’amate enduit de craie, 20,5 × 9 cm, bande d’origine de 3,56 m, pages 6-8 et 38-40 replacées à l’envers en 1945, pages 29 et 30 pour l’expression ca bac SLUB Dresden, Mscr.Dresd.R.310
- Stèle 14 de Piedras Negras, calcaire, souverain Yo’nal Ahk assis dans une niche, femme debout, six groupes de glyphes signés par les sculpteurs Penn Museum, Philadelphie, L-16-382, dépôt permanent de la République du Guatemala
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Sources primaires (suite)
- Stèle 3 de Piedras Negras, calcaire, figure féminine assise et enfant, érection datée de 711 par Proskouriakoff Museo Nacional de Arqueología y Etnología, Guatemala, pour la plupart des fragments (numéro d’inventaire non trouvé dans les notices consultées)
- Tombe de K’inich Janaab Pakal, temple des Inscriptions, ouverte en 1952, inscriptions donnant la naissance du roi en 603, son accession en 615 et sa mort en 683 site archéologique de Palenque, Chiapas, Mexique
- J. Antonio Villacorta et Carlos A. Villacorta, Códices mayas, Guatemala, 1930, reproduction des codex de Dresde, de Madrid et de Paris UNC Libraries, Chapel Hill, collection Stuart, F1435 .V72 1930 v. 1
Bibliographie
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- Youri V. Knorozov, « Drevniaïa pis’mennost’ Tsentral’noï Ameriki » [L’écriture ancienne de l’Amérique centrale], Sovetskaïa Etnografia, 1952, n° 3, p. 100-118 Sovetskaïa Etnografia
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- J. Eric S. Thompson, Maya Hieroglyphic Writing : Introduction, Carnegie Institution of Washington, Publication 589, Washington, 1950, xvi + 347 p. Carnegie Institution of Washington
- J. Eric S. Thompson, compte rendu de Y. V. Knorozov, « The Ancient Writing of the Peoples of Central America », Yan 2, Mexico, 1953, p. 174-178 Yan
- J. Eric S. Thompson, « Systems of Hieroglyphic Writing in Middle America and Methods of Deciphering Them », American Antiquity 24 (4), 1959, p. 349-364, DOI 10,2307/276597 Society for American Archaeologyhttps://doi.org/10.2307/276597
- J. Eric S. Thompson, A Catalog of Maya Hieroglyphs, Norman, 1962 University of Oklahoma Press
- Heinrich Berlin, « El glifo “emblema” en las inscripciones mayas », Journal de la Société des Américanistes 47, 1958, p. 111-119 Société des Américanistes
- Tatiana Proskouriakoff, « Historical Implications of a Pattern of Dates at Piedras Negras, Guatemala », American Antiquity 25 (4), 1960, p. 454-475 Society for American Archaeology
- Peter Mathews et Linda Schele, « Lords of Palenque : The Glyphic Evidence », dans Merle Greene Robertson (dir.), Primera Mesa Redonda de Palenque, Part I, Pebble Beach, 1974, p. 63-76 Robert Louis Stevenson School, Pre-Columbian Art Research
- David Stuart, Ten Phonetic Syllables, Research Reports on Ancient Maya Writing 14, Washington, 1987 Center for Maya Research
- Michel Davoust, L’écriture maya et son déchiffrement, Paris, 1995, 640 p. CNRS Éditions
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- Matthew Restall et John F. Chuchiak IV, « A Reevaluation of the Authenticity of Fray Diego de Landa’s Relación de las cosas de Yucatán », Ethnohistory 49 (3), 2002, p. 651-669, DOI 10,1215/00141801-49-3-651 Duke University Presshttps://doi.org/10.1215/00141801-49-3-651
- Jane E. Buikstra, George R. Milner et Jesper L. Boldsen, « Janaab’ Pakal : The Age-at-Death Controversy Re-visited », dans Vera Tiesler et Andrea Cucina (dir.), Janaab’ Pakal of Palenque. Reconstructing the Life and Death of a Maya Ruler, Tucson, 2006, p. 48-59 University of Arizona Press
Sources en ligne
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- « Material / Erhaltung / Präsentation » SLUB Dresdenhttps://www.slub-dresden.de/entdecken/handschriften/maya-handschrift-codex-dresdensis/material-erhaltung-praesentation
- « Der Codex Dresdensis in Faksimile-Ausgaben » SLUB Dresdenhttps://www.slub-dresden.de/besuchen/ausstellungen-corty-galerie/archiv-der-ausstellungen/ausstellungen-2012/weltuntergang-2012-ausstellungskatalog/der-codex-dresdensis-in-faksimile-ausgaben
- « Entschlüsselung durch Förstemann und Schellhas » SLUB Dresdenhttps://www.slub-dresden.de/besuchen/ausstellungen-corty-galerie/archiv-der-ausstellungen/ausstellungen-2012/weltuntergang-2012-ausstellungskatalog/entschluesselung-durch-foerstemann-und-schellhas
- « Deutsche Biographie - Schellhas, Paul », notice de Berthold Riese, Neue Deutsche Biographie 22, 2005, p. 651-652 Bayerische Staatsbibliothekhttps://www.deutsche-biographie.de/sfz111477.html
- « Le déchiffrement de l’écriture maya », par Michel Davoust BnF Essentielshttps://essentiels.bnf.fr/fr/livres-et-ecritures/les-systemes-ecriture/2183a9f3-7aee-4013-a779-17b3455db15c-ecritures-mesoamericaines/article/3cae6849-6f85-420d-9cab-59d1d7c604f9-dechiffrement-ecriture-maya
- « le déchiffrement de l’écriture maya : une nouvelle table syllabique », Michel Davoust, Amerindia 14, 1989 Amerindia, CNRShttps://amerindia.cnrs.fr/wp-content/uploads/2021/02/le-de%CC%81chiffrement-de-le%CC%81criture-maya-une-nouvelle-table-syllabique-Michel-DAVOUST.pdf
- « Davoust, M. – L’écriture maya et son déchiffrement », compte rendu de Stephen D. Houston, Journal de la Société des Américanistes 81, 1995, p. 332-335, suivi de la réponse de Michel Davoust, p. 335-336 Perséehttps://www.persee.fr/doc/jsa_0037-9174_1995_num_81_1_1606
- « Heinrich Berlin (1915-1988) », nécrologie par Berthold Riese, Journal de la Société des Américanistes 74, 1988, p. 213-223 Perséehttps://www.persee.fr/doc/jsa_0037-9174_1988_num_74_1_2712
- « Stela - L-16-382 » Penn Museum, collections en lignehttps://www.penn.museum/collections/object/199027
- « Stela 14 - American Section Highlights » Penn Museumhttps://www.penn.museum/collections/highlights/american/stela14.php
- « The Lords of the Maya Realm », Tatiana Proskouriakoff, Expedition 4 (1), 1961 Penn Museum, Expedition Magazinehttps://www.penn.museum/sites/expedition/the-lords-of-the-maya-realm/
- « Expedition Magazine | John Alden Mason » Penn Museum, Expedition Magazinehttps://www.penn.museum/sites/expedition/john-alden-mason/
- « Piedras Negras » Trafficking Culturehttps://traffickingculture.org/encyclopedia/case-studies/piedras-negras/
- « Yuri Knorozov : The Maverick Scholar Who Cracked The Maya Code », Coilin O’Connor, 20 novembre 2022 Radio Free Europe/Radio Libertyhttps://www.rferl.org/a/maya-code-deciphered-knorozov-centenary-ukraine-russia/32136439.html
- « Códices mayas : I. Codex Dresdensis » UNC Libraries, exposition Ancient and Living Mayahttps://exhibits.lib.unc.edu/exhibits/show/maya/codices/codices-mayas-codex-dresdensis
- « Janaab’ Pakal of Palenque : Reconstructing the Life and Death of a Maya Ruler Edited by Vera Tiesler and Andrea Cucina » The Archaeological Conservancyhttps://www.thearchcons.org/bookreviews/janaab-pakal-of-palenque-reconstructing-the-life-and-death-of-a-maya-ruleredited-by-vera-tiesler-and-andrea-cucina/








