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Les Aghlabides et la conquête arabe de la Sicile, de 827 à 902

ByzanceCroisades & guerres médiévalesMonde islamique26 octobre 2026◈ 51 sources vérifiées
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13 min de lecture51 sources vérifiées
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La flotte qui quitte Sousse pour la Sicile, au milieu de juin 827, obéit à un juge. Asad ibn al-Furât est qâdî de Kairouan depuis 819 ou 820, et l’émir aghlabide Ziyâdat Allâh lui a confié le commandement de l’expédition sans lui retirer sa charge, un cumul que la tradition ifrîqiyenne présente comme une nouveauté. Né à Harran, en haute Mésopotamie, en 142 de l’hégire selon al-Mâlikî, il compte alors soixante-dix années lunaires, soit soixante-sept ou soixante-huit des nôtres, et Henri Bresc l’appelle tout simplement un vieillard. D’après al-Nuwayrî, encyclopédiste égyptien du XIVᵉ siècle, les navires appareillent un samedi 15 rabî’ Iᵉʳ 212, que Michele Amari convertissait en 14 juin 827, et l’armée débarque à Mazara le mardi suivant. Le même auteur compte une centaine de navires sans ceux d’Euphémios, l’officier byzantin révolté venu solliciter l’émir, sept cents chevaux et dix mille fantassins. Au moment de l’embarquement, Ziyâdat Allâh avait exigé que les notables de Kairouan soient présents sur le rivage.

« Fa-anta qâdin amîr »

Le récit le plus développé de la décision se lit dans les Riyâd al-nufûs, un recueil de biographies de savants de Kairouan composé par al-Mâlikî, mort après 1061, plus de deux siècles après les faits. Annliese Nef, qui l’a étudié en 2011 dans les Annales islamologiques, y reconnaît l’écho d’une tradition ifrîqiyenne plus ancienne. Une trêve liait l’émirat aux Byzantins de Sicile depuis le règne d’Abû l-’Abbâs ’Abd Allâh, et elle obligeait les Siciliens à laisser repartir tout musulman qui voulait rentrer. Quand Euphémios se présente, Ziyâdat Allâh interroge ses deux cadis, car Asad partageait alors la fonction avec Abû Muhriz. Abû Muhriz conseille d’attendre que l’affaire s’éclaircisse. Asad demande qu’on interroge les envoyés siciliens, obtient d’eux l’aveu que des musulmans sont retenus dans l’île, et conclut à la rupture de la trêve, puisque c’est sur la parole des ambassadeurs qu’on l’avait conclue et sur leur parole qu’on la déclarera violée. Il appuie sa position sur le verset 37 de la sourate XLVII, qui interdit d’appeler à la paix quand on a l’avantage. Les docteurs de l’Ifrîqiya, rapporte un autre témoin, répugnaient pourtant à l’entreprise à cause de l’engagement pris. L’émir tranche le jour même contre la majorité, donne l’armée à Asad et lui laisse son titre de juge, fa-anta qâdin amîr, « tu es donc cadi et émir ».

Les versions ne concordent pas tout à fait. Abû l-’Arab, mort en 945 et plus proche des faits, oppose les deux positions sans prendre parti. Al-Nuwayrî détaille les avis des conseillers et prête à l’un d’eux une phrase de refus, « même si j’étais un oiseau, je ne volerais pas au-dessus de la Sicile ». Ibn ’Idhârî est le seul à reprendre l’idée d’un cumul exceptionnel des deux fonctions. Nef lit dans la scène un conseil politique sous habit juridique. L’émir sortait d’une crise avec son armée et cherchait auprès des juristes et d’une partie des notables une légitimité de rechange, et confier les troupes à un homme qui n’en sortait pas, qui les avait même critiquées, détournait leurs ambitions vers le large. Elle relève aussi qu’al-Mâlikî peint Asad en homme intransigeant, presque brutal, et que son récit laisse affleurer une critique des juristes mis au service du prince. Le calife de Bagdad, au nom duquel l’émir gouvernait, n’est informé qu’après coup.

Le jund de Mansûr al-Tunbudhî

L’émirat n’avait pas tre​nte ans. Au milieu de jumâdâ II 184, en juin 800, arrivait en Ifrîqiya la lettre de nomination d’Ibrâhîm ibn al-Aghlab, au nom du calife abbasside Hârûn al-Rashîd. La charge devient héréditaire, et les Aghlabides, nominalement soumis à Bagdad, gouvernent seuls depuis al-’Abbâsiyya, la ville palatine qu’Ibrâhîm fait bâtir près de Kairouan dès 800-801. Leur faiblesse tient à l’armée. Le jund, héritier des contingents arabes de la conquête, vit de soldes et de revenus que l’émir doit lui assurer, et il se soulève à plusieurs reprises. La révolte de Mansûr al-Tunbudhî commence en 824, et les rebelles tiennent bientôt la plus grande partie du pays. Hugh Kennedy, qui a repris en 2018 l’histoire des origines de la dynastie, en tient la cause immédiate pour financière et juge que rien n’est fortuit dans le lancement de l’expédition de Sicile en 827, aussitôt après la défaite de Mansûr. Mohamed Talbi, dont la thèse de 1966 reste la grande histoire politique de l’émirat, datée selon Kennedy mais fiable pour l’essentiel, plaçait en 824-825 le paroxysme de la tension entre la dynastie et son armée. L’Encyclopaedia Britannica ramasse cette lecture en une phrase, où Ziyâdat Allâh brise la rébellion de la soldatesque arabe puis l’envoie conquérir la Sicile.

La thèse de l’exutoire a le défaut d’expliquer le départ mieux que la durée. Claudio Lo Jacono, dans la Storia della civiltà europea dirigée par Umberto Ec​o, voit dans le débarquement de 827 une expédition d’abord tournée vers le butin. Nef a proposé en 2018 une lecture plus ambitieuse, dans un volume collectif consacré aux Aghlabides et à leurs voisins. La lenteur de la conquête, encore inachevée quand les Fatimides renversent la dynastie, y devient une politique. Une Sicile disputée occupait le jund loin de Kairouan et permettait à l’émirat de se présenter en puissance islamique en guerre contre Byzance. L’argument a pour lui le calendrier, une guerre de trois quarts de siècle menée par une dynastie qui ne manquait ni de flottes ni d’hommes, et la place que le récit d’al-Mâlikî donne au verset coranique sur la paix refusée. Il a contre lui l’impossibilité de prouver une intention à partir d’un résultat. Le recenseur anonyme de The Medieval Review suit Nef sur la légitimité et doute en revanche du mobile économique qu’elle avance, la capture d’esclaves et l’or byzantin.

En 836, alors que la guerre de Sicile dure depuis neuf ans, Ziyâdat Allâh fait reconstruire la Grande Mosquée de Kairouan, que son successeur Abû Ibrâhîm Ahmad agrandira de 856 à 863.

Euphémios, basileus des Romains

Vue de Constantinople, l’affaire commence par une femme. Théophane Continué, chronique composée au Xᵉ siècle, fait d’Euphémios un tourmarque, commandant d’une circonscription militaire de Sicile, qui épouse une religieuse contre son gré. Les frères de la jeune femme se plaignent à l’empereur Michel II, qui ordonne au stratège de l’île d’enquêter et, si les faits sont avérés, de punir le coupable par la mutilation. Euphémios se révolte, se fait proclamer empereur, puis passe en Afrique demander secours. Une chronique latine de Salerne, le Chronicon Salernitanum, raconte une autre histoire, celle d’une fiancée enlevée par un rival grec, et Theresa Jäckh, qui l’a commentée en 2019, la range parmi les tentatives d’expliquer, et peut-être d’excuser, une conquête de cette ampleur.

Les auteurs arabes ignorent la femme. Al-Mâlikî nomme l’officier Fîmih et ne lui accorde que quelques lignes, al-Nuwayrî en fait le commandant de la flotte byzantine, et Alex Metcalfe relève que les chroniques arabes le dépeignent en homme peu sûr, selon un stéréotype.

Vivien Prigent a déplacé la question en 2006, dans deux études parues à l’École française de Rome. Un sceau donne à Euphémios le titre de basileus des Romains, ce qui fait de lui un usurpateur au sens plein, et Prigent tient le récit centré sur un seul homme pour l’écran d’un mouvement sécessionniste plus large dans l’île. La lecture par le sceau paraît la plus solide, parce qu’elle s’appuie sur un objet du temps, quand l’histoire de la religieuse ne nous parvient que par une chronique impériale rédigée plus d’un siècle après les faits. Elle ne dit rien, il est vrai, des raisons intimes du personnage, et personne ne peut affirmer que la religieuse n’a jamais existé. Sa mort se raconte elle aussi de deux manières. Les chroniqueurs byzantins le font tuer par deux frères devant Syracuse, Metcalfe le fait mourir en 829 sous les murs de Castrogiovanni, l’actuelle Enna.

Ce récit grec a reçu des images trois siècles plus tard, et en Sicile même. Le manuscrit illustré de la chronique de Jean Skylitzès, conservé à la Biblioteca Nacional de España sous la cote VITR/26/2, compte 234 feuillets de parchemin et 574 miniatures ; la bibliothèque le dit réalisé en Sicile au milieu du XIIᵉ siècle, sous la domination normande, et l’on hésite entre Palerme et le monastère du Saint-Sauveur de Messine, où sa présence est attestée à partir du XVᵉ siècle. Au folio 100v, d’après M. Tahar Mansouri, une miniature montre l’assaut des musulmans contre Syracuse. Le volume a quitté Messine avec Juan Francisco Pacheco, duc d’Uceda, avant d’entrer en 1712 à la Bibliothèque royale de Madrid.

Mazara, Palerme, Syracuse

Les chiffres de la traversée ne s’accordent pas. Ibn ’Idhârî compte soixante-dix navires et sept cents chevaux, al-Nuwayrî une centaine de navires, sept cents chevaux et dix mille fantassins, Yâqût, au XIIIᵉ siècle, neuf cents cavaliers. Les jours aussi résistent. Le samedi de rabî’ Iᵉʳ que donne al-Nuwayrî tombe un vendredi une fois converti par Amari en 14 juin 827, écart d’un jour ordinaire entre le calendrier calculé et le croissant de lune observé. La Chronique de Cambridge, brève chronique de Sicile rédigée à la fin du Xᵉ siècle par un auteur que Michele Amari tenait pour sicilien et conservée en arabe comme en grec, place l’arrivée des musulmans à la mi-juillet de l’année byzantine 6335. Pour le lieu, Mazara, que nomment Ibn al-Athîr et al-Nuwayrî, vaut mieux que Marsala, que retient Henri Bresc, parce que les deux chroniqueurs arabes s’accordent et qu’aucun texte publié dans la Biblioteca arabo-sicula ne porte l’autre nom. L’armée bat près de Mazara le patrice que les sources arabes appellent Balâta, qui s’enfuit en Calabre et y est tué, puis marche sur Syracuse.

Le siège échoue. Asad meurt devant la ville en 213 de l’hégire, en rabî’ II selon la date que retient Nef, en rajab selon Ibn ’Idhârî, donc entre le début de l’été et l’automne 828. De quoi, les sources ne le disent pas toutes. Al-Mâlikî parle des blessures reçues pendant le siège, la notice de l’encyclopédie Treccani d’une épidémie qui frappa l’est de l’île.

La conquête se fait ensuite place par place, morceau par morceau, écrit Metcalfe, et la chronologie le montre. Palerme capitule en 831, après un long siège. Ibn al-Athîr, mort en 1233, donne à la ville soixante-dix mille habitants au début du siège et à peine trois mille à la reddition, chiffres que Metcalfe tient pour impressionnistes ; les Gesta des évêques de Naples, que citent Fabiola Ardizzone et Elena Pezzini, font emmener en captivité tous les habitants, à l’exception de l’évêque Luc et du spathaire Syméon, ce qui dit l’ampleur de la saignée sans en donner la mesure. Palerme devient la capitale de la Sicile musulmane. Castrogiovanni, la forteresse perchée au centre de l’île, tombe le 24 janvier 859. Syracuse succombe en 878, Taormine en 902, sous l’émir Ibrâhîm II. Les Aghlabides ne verront pas la fin. En 909, le dernier émir, Ziyâdat Allâh III, fuit vers l’Orient devant les Fatimides, et c’est sous leurs gouverneurs kalbites que Rometta, la dernière place grecque, est prise l’année qui suit la reprise de Taormine par les musulmans en 962, avant qu’une armée byzantine ne soit écrasée en 965 à la bataille que Bresc appelle du Fossé ou de Rametta. Fabiola Ardizzone et Annliese Nef parlent pour l’ensemble d’une conquête lente, d’un siècle et demi.

Les émirs ont aussi administré ce qu’ils prenaient. Le British Museum conserve sous le numéro 2000,0841,1 un petit scellé de plomb de 18 millimètres sur 14, inscrit au nom de l’émir aghlabide Muhammad II ibn Ahmad et daté, avec un point d’interrogation, de 257 ou 259 de l’hégire, soit 870-873. Le type, publié en 1979, porte les noms d’émirs d’Afrique du Nord et de Sicile, et la fréquence des dates y a fait reconnaître des scellés de capitation, l’impôt des non-musulmans. La notice n’indique pas où l’objet a été trouvé.

Syracuse tombe le 21 mai 878, un mercredi, précise la Chronique de Cambridge, et le calendrier jul​ien lui donne raison. Le siège a duré dix mois selon la notice qu’Emanuele Piazza a donnée au Dizionario Biografico degli Italiani, neuf selon Alexandre Vasiliev, et la ville est prise par les troupes du gouverneur Ja’far ibn Muhammad. Le moine Théodose, grammairien issu de l’élite grecque de la ville, en a laissé le récit dans une lettre à l’archidiacre Léon, dont on ignore tout. Vasiliev en a tiré la liste de ce que mangeaient les assiégés, de l’herbe, des peaux de bêtes, des os broyés mêlés d’eau et jusqu’à des cadavres. Après l’assaut, les vainqueurs massacrent les défenseurs. Caché dans la cathédrale, Théodose est épargné par un chef arabe que son texte nomme Semnoen, et qui avait besoin, suggère Piazza, que le clergé lui montre où se trouvaient les vases sacrés. Il passe un mois dans un cachot de Syracuse plein d’ordures, de rats et de poux, pendant que l’on démantèle les fortifications, puis il est conduit à Palerme. Là, il assiste à une dispute entre son évêque et le gouverneur arabe sur Mahomet et sur la manière dont prient musulmans et chrétiens, avant d’être enfermé de nouveau avec des prisonniers arabes, juifs et chrétiens. En août 878, un meneur populaire propose d’immoler l’évêque à l’occasion d’une fête, et les anciens l’en empêchent par respect pour sa charge. Les captifs de Syracuse ne sont libérés qu’en 884-885, d’après la Chronique de Cambridge, qui y compte probablement Théodose et son évêque. Le texte de la lettre tient à un fil. Le grec ne survit que pour moins d’un tiers, aux feuillets 150 à 152 du manuscrit grec 3032 de la Bibliothèque nationale de Fra​nce, que Piazza date de la fin du Xᵉ siècle et le répertoire Pinakes du XIᵉ, et la lettre entière n’est connue que par une traduction latine faite sur un manuscrit de Messine aujourd’hui perdu, publiée par le jésuite Ottavio Gaetani en 1657.

Ville détruite, population déportée. La notice de l’Enciclopedia dell’Arte Medievale résume ainsi le sort de Syracuse, qui se resserre ensuite sur l’îlot d’Ortygie jusqu’à la fin du XIXᵉ siècle.

Un proscrit écrit l’histoire

L’histoire de cette conquête a été écrite pour la première fois en grand par un proscrit. Michele Amari publie à Palerme en 1842 une Guerra del Vespro siciliano que Karla Mallette décrit comme un manifeste révolutionnaire à peine voilé contre les Bourbons de Naples, fuit en Fra​nce pour échapper au procès, rentre en 1848 comme ministre des Finances du gouvernement révolutionnaire sicilien, repart en exil, puis prend part au Risorgimento. Il fait paraître à Florence, chez Le Monnier, de 1854 à 1872, la Storia dei Musulmani di Sicilia, et réunit dans la Biblioteca arabo-sicula, texte arabe imprimé à Leipzig en 1857, version italienne publiée à Turin et à Rome en 1880-1881, l’essentiel des textes arabes cités ici. Toute recherche sur le sujet passe encore par ces volumes. Elle passe aussi par leurs partis pris. Nef a montré en 2008 que l’opposition entre Arabes de Palerme et Berbères d’Agrigente, qui structure une partie du récit d’Amari, ne s’appuie sur aucune chronique, et elle y voit l’effet des choix politiques d’un partisan fervent de l’unité italienne. Dès 1940, un compte rendu de la seconde édition paru dans La Critica, la revue de Benedetto Croce, reprochait à l’ouvrage son manque de centre de gravité, son anticléricalisme et son hostilité envers Byzance.

Deux images se disputent depuis le sujet. La première, héritée des chroniques latines et grecques, est celle d’une invasion sarrasine, du nom que les auteurs latins donnaient aux musulmans sans distinguer leurs origines. La seconde fait de la Sicile islamique un âge d’or de coexistence, et elle n’est qu’un jugement de valeur retourné. Les textes de la conquête parlent de massacres, de captivités et d’une ville vidée, ceux de la période suivante d’une forte immigration venue d’Afrique du Nord, d’une capitale active et de communautés chrétiennes qui subsistent. À Palerme, les céramiques étudiées par Ardizzone, Pezzini et Sacco dans le volume de 2018 montrent que les modèles islamiques remplacent assez vite les productions locales, à l’exception notable des amphores.

Entre Catane et Castrogiovanni

Plusieurs questions restent sans réponse, et pour des raisons que l’on peut nommer. Le nombre des musulmans installés dans l’île au IXᵉ siècle échappe, faute de tout recensement, et Bresc ne donne aucun chiffre pour l’immigration qu’il décrit. Les mobiles d’Euphémios ne se lisent qu’à travers des récits écrits par ses ennemis, ses alliés ou des chroniqueurs éloignés d’un siècle. Aucune notice en ligne de la Biblioteca Nacional ne donne les folios des miniatures qui le montrent dans le manuscrit de Madrid. Et la mort d’Asad garde deux causes, deux mois et deux tombes.

Al-Mâlikî le fait enterrer là où il était tombé, devant Syracuse. Un autre auteur le place ailleurs.

’Alî al-Harawî, juriste chaféite et ascète voyageur né à Mossoul et mort à Alep en 1215, a parcouru l’Égypte, la Syrie, Constantinople et l’Iraq, et il est passé de Tunisie en Sicile, alors aux mains des rois normands. Avant son départ, le chef des musulmans de l’île lui remit une lettre pour Saladin, qu’elle pressait de reprendre la Sicile ; en tentant de gagner Chypre, il fit naufrage et perdit une partie de ses notes. Dans le guide des lieux de pèlerinage qu’il rédige après 1206, traduit en 1957 par Janine Sourdel-Thomine, la tombe du cadi qui avait conduit la flotte de Sousse se trouve entre Catane et Castrogiovanni.

Pour aller plus loin

La prise de pouvoir des Fatimides en Ifrîqiya, en 909, et le gouvernement des émirs kalbites expliquent la suite de l’histoire de l’île, jusqu’à la conquête normande commencée en 1061. La bataille de Poitiers, autre expédition partie d’une province de l’Occident musulman, pose dans d’autres termes la même question de la razzia et de la conquête.

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Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. al-Mâlikî, Riyâd al-nufûs, II, p. 254-273 (biographie d’Asad ibn al-Furât), en particulier p. 255 (sépulture à Syracuse), p. 270-272 (consultation des deux cadis, trêve conclue sous Abû l-’Abbâs, avis d’Abû Muhriz, argument d’Asad sur la parole des ambassadeurs, citation du Coran XLVII, 37, cumul « fa-anta qâdin amîr », notables contraints d’assister à l’embarquement à Sousse), éd. B. al-Bakkûsh, Beyrouth, 1983, d’après Nef 2011 ; trad. italienne partielle dans Amari, Biblioteca arabo-sicula, versione italiana, I, chap. XXVIII, p. 295-323, en particulier p. 303-305 (naissance à Harran en 142 de l’hégire d’après la notice biographique reproduite par Amari) [À VÉRIFIER : manuscrit unique dit de Paris, « Ancien fonds 752 » selon Amari, notice de la BnF non consultée]
  2. Abû l-’Arab, Tabaqât ’ulamâ’ Ifrîqiya, éd. Mohammed Ben Cheneb, Paris, 1915, p. 83 : les deux positions sur l’expédition de Sicile, d’après Nef 2011
  3. al-Nuwayrî, Nihâyat al-arab fî funûn al-adab, XXIV, p. 355-356, d’après Nef 2011 ; trad. Amari, Biblioteca arabo-sicula, versione italiana, II, chap. XLVIII, p. 115-116 : « Se pur fossi uccello non volerei sopra la Sicilia », départ de Sousse le samedi 15 rabî’ Iᵉʳ 212 (14 juin 827 selon Amari), une centaine de navires sans ceux d’Euphémios, arrivée à Mazara le mardi, 700 chevaux et 10 000 fantassins
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Sources primaires (suite)

  1. Ibn ’Idhârî, al-Bayân al-mughrib, I, p. 102 (cumul des fonctions), d’après Nef 2011 ; trad. Amari, Biblioteca arabo-sicula, versione italiana, II, chap. XLIV, p. 5 : soixante-dix navires, sept cents chevaux, Asad maintenu cadi, mort en rajab 213
  2. Ibn al-Athîr, al-Kâmil fî l-ta’rîkh, VI, p. 334 (année 212), d’après Nef 2011 ; trad. Amari, Biblioteca arabo-sicula, versione italiana, I, chap. XXXV, p. 364-366 (rassemblement de l’armée en 212, Asad « cadì di ’Al Qayrawàn », débarquement à Mazara, fuite et mort de Balâta) et p. 369 (moins de trois mille Palermitains à la reddition, d’après Ardizzone et Pezzini 2014) ; chiffre de 70 000 habitants au début du siège d’après Metcalfe 2009, p. 13
  3. Yâqût, Mu’jam al-buldân, article sur la Sicile : neuf cents cavaliers et dix mille fantassins, trad. Amari, Biblioteca arabo-sicula, versione italiana, I, chap. XI, p. 202
  4. Chronique de Cambridge (Ta’rîkh jazîrat Siqilliya), aux années 6335 (« di mezzo luglio », 827), 6386 (prise de Syracuse le mercredi 21 mai 878) et 884-885 (libération des prisonniers de Syracuse), trad. Amari, Biblioteca arabo-sicula, versione italiana, I, chap. XXVII, p. 277-293, d’après le « codice unico » de la bibliothèque de l’université de Cambridge, en appendice aux Annales d’Eutychius ; éd. gréco-arabe J. Cozza-Luzi, La Cronaca Siculo-Saracena di Cambridge, Palerme, 1890 [À VÉRIFIER : cotes des manuscrits arabe et grecs non relevées]
  5. Théophane Continué, II, 27 : Euphémios, tourmarque de Sicile, la religieuse épousée de force, la plainte de ses frères à Michel II, la révolte, éd. I. Bekker, Theophanes Continuatus, Bonn, 1838, p. 81-83 ; nouvelle éd. M. Featherstone et J. Signes Codoñer, Chronographiae quae Theophanis Continuati nomine fertur Libri I-IV, Berlin et Boston, De Gruyter, 2015, DOI 10,1515/9781614515043 https://doi.org/10.1515/9781614515043
  6. Jean Zonaras, Epitome historiarum, XV, 24, 22-27 : mort d’Euphémios, tué par deux frères devant Syracuse, d’après la Prosopography of the Byzantine Empire, notice Euphemios 1
  7. Chronicon Salernitanum, chap. 60 : la fiancée d’Euphémios enlevée par un rival grec, d’après Jäckh 2019
  8. Gesta episcoporum Neapolitanorum : captivité des Palermitains en 831, à l’exception de l’évêque Luc et du spathaire Syméon, d’après Ardizzone et Pezzini 2014
  9. Théodose de Syracuse, lettre à l’archidiacre Léon sur la prise de Syracuse (878) : famine, massacre, captivité à Syracuse puis à Palerme, dispute de l’évêque avec le gouverneur, menace d’août 878 ; moins d’un tiers du texte grec aux ff. 150-152 ; texte complet connu par la traduction latine d’Ottavio Gaetani, Vitae sanctorum Siculorum, Palerme, 1657 ; éd. du grec C. B. Hase, en appendice à Léon le Diacre, Paris, 1819, et C. O. Zuretti, « La espugnazione di Siracusa nell’880. Testo greco della lettera del monaco Teodosio », dans Centenario della nascita di Michele Amari, I, Palerme, Virzì, 1910 Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, Grec 3032, ff. 150-152 (Diktyon 52677)
  10. Jean Skylitzès, Synopsis historiarum, manuscrit illustré, 234 feuillets de parchemin, 574 miniatures, Sicile, milieu du XIIᵉ siècle (Palerme ou Saint-Sauveur de Messine), miniature de l’assaut de Syracuse au f. 100v d’après Mansouri 2010, entré à la Bibliothèque royale en 1712 Madrid, Biblioteca Nacional de España, VITR/26/2 [À VÉRIFIER : folios des miniatures consacrées à Euphémios non relevés]
  11. Scellé de plomb au nom de l’émir aghlabide Muhammad II ibn Ahmad, daté 257 et 259 de l’hégire (870-873, dates données avec un point d’interrogation), 18 × 14 × 4 mm, provenance non indiquée British Museum, Londres, 2000,0841,1
  12. Grande Mosquée de Kairouan, reconstruite en 836 sous Ziyâdat Allâh Iᵉʳ et agrandie sous Abû Ibrâhîm Ahmad (856-863) Kairouan, in situ, d’après Qantara
  13. ’Alî al-Harawî, Kitâb al-ishârât ilâ ma’rifat al-ziyârât, éd. Janine Sourdel-Thomine, Damas, Institut français de Damas, 1953, p. 54 ; trad. Janine Sourdel-Thomine, Guide des lieux de pèlerinage, Damas, Institut français de Damas, 1957, p. 124 : tombe d’Asad ibn al-Furât « entre Catane et Castrogiovanni », d’après Nef 2011, n. 65

Bibliographie

  1. Annliese Nef, « Comment les Aghlabides ont décidé de conquérir la Sicile… », Annales islamologiques 45, 2011, p. 191-212 Institut français d’archéologie orientale
  2. Annliese Nef, « La désignation des groupes ethniques de la Sicile islamique dans les chroniques en langue arabe : source d’information ou topos ? », Annales islamologiques 42, 2008, p. 57-72 Institut français d’archéologie orientale
  3. Annliese Nef, « Reinterpreting the Aghlabids’ Sicilian Policy (827-910) », dans Glaire D. Anderson, Corisande Fenwick et Mariam Rosser-Owen (dir.), The Aghlabids and their Neighbors : Art and Material Culture in Ninth-Century North Africa, Handbook of Oriental Studies, section 1, 122, Leyde et Boston, 2018, p. 76-87 Brill
  4. Hugh Kennedy, « The Origins of the Aghlabids », dans Glaire D. Anderson, Corisande Fenwick et Mariam Rosser-Owen (dir.), The Aghlabids and their Neighbors, Leyde et Boston, 2018, p. 33-48 Brill
  5. Fabiola Ardizzone, Elena Pezzini et V. Sacco, « Aghlabid Palermo : Written Sources and Archaeological Evidence », dans Glaire D. Anderson, Corisande Fenwick et Mariam Rosser-Owen (dir.), The Aghlabids and their Neighbors, Leyde et Boston, 2018, p. 362-381 [À VÉRIFIER : page finale] Brill
  6. Mohamed Talbi, L’Émirat aghlabide, 184-296, 800-909. Histoire politique, Publications de la Faculté des lettres de Tunis, Paris, 1966, 767 p. Adrien-Maisonneuve
  7. Alex Metcalfe, The Muslims of Medieval Italy, The New Edinburgh Islamic Surveys, Édimbourg, 2009, XV-314 p., chap. 1, p. 10-14, DOI 10,1515/9780748629114 Edinburgh University Presshttps://doi.org/10.1515/9780748629114
  8. Fabiola Ardizzone et Annliese Nef, « Introduction », dans Annliese Nef et Fabiola Ardizzone (dir.), Les dynamiques de l’islamisation en Méditerranée centrale et en Sicile : nouvelles propositions et découvertes récentes, Collection de l’École française de Rome 487, Rome et Bari, 2014, p. 9 École française de Rome et Edipuglia
  9. Fabiola Ardizzone et Elena Pezzini, « La presenza dei cristiani in Sicilia in età islamica : considerazioni preliminari relative a Palermo e ad Agrigento », dans Annliese Nef et Fabiola Ardizzone (dir.), Les dynamiques de l’islamisation en Méditerranée centrale et en Sicile, Rome et Bari, 2014, p. 283 École française de Rome et Edipuglia
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Sources en ligne

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