Vers 987, à Bagdad, Ibn al-Nadîm range dans son Fihrist, le catalogue des livres connus en arabe, un recueil traduit du persan, le Hazâr afsân ou « mille contes ». Il dit l’avoir vu complet à plusieurs reprises et le trouve grossier, raconté sans chaleur (éd. Flügel, p. 304). Sous ce titre circule pourtant le récit d’une jeune femme qui retarde sa mort nuit après nuit, et que le public appelle déjà Alf layla, les « mille nuits », en attendant la nuit supplémentaire des Mille et Une Nuits.
Hazâr afsân
Quelques décennies plus tôt, al-Mas‘ûdî, mort en 956 (345 de l’hégire), classait déjà ce livre parmi les histoires inventées que l’on avait traduites du persan, de l’indien et du grec, dans ses Prairies d’or (Murûj al-dhahab, § 1416 de l’édition de Charles Pellat). Il en résume l’argument en une phrase, qui met en scène un roi, son vizir, la fille de ce dernier, Shîrâzâd, et sa servante Dînâzâd. Les manuscrits des Prairies d’or ne s’accordent ni sur la seconde femme, servante, nourrice ou sœur selon les copies, ni sur le titre, tantôt « mille nuits », tantôt « mille et une nuits », comme Duncan Black Macdonald l’avait relevé dès 1924. Ibn al-Nadîm, de son côté, compte mille nuits et moins de deux cents contes, puisqu’un même conte occupe souvent plusieurs nuits.
Du livre persan lui-même, aucune page n’a survécu, et on ne le connaît que par deux notices arabes du Xᵉ siècle. Les noms, eux, trahissent l’origine. Charles Pellat, dans l’Encyclopaedia Iranica, lit dans Shahriyâr un titre moyen-perse, le « détenteur d’un royaume », dans Chehrâzâd, que la tradition iranienne rapproche de Shahrâzâd, le sens de « noble lignage », et dans Dînâzâd une invocation à Dên, la conscience religieuse divinisée de l’Iran ancien.
Le plus ancien témoin matériel a gagné Chicago en 1947, dans un lot de 331 documents achetés en Égypte pour l’Oriental Institute, dont six seulement sur papier. Nabia Abbott y reconnaît un texte familier, sur deux feuillets joints de 24,2 centimètres sur 13, aujourd’hui inventoriés ISACM E17618 à l’Institute for the Study of Ancient Cultures. On y lit un titre où figure alf layla, sans la nuit supplémentaire, puis les premières lignes du récit, où Dînâzâd demande une histoire à Shîrâzâd. Dans le Journal of Near Eastern Studies de juillet 1949, Abbott date cette copie du début du IXᵉ siècle. Six mains différentes se partagent la feuille. Après le conte, la feuille a reçu un projet de lettre, une attestation juridique datée de 879, un dessin grossier de figure humaine et des bouts de phrases dans les marges. Le réemploi compte autant que le conte, car en 879 la copie était déjà assez vieille, ou assez peu estimée, pour qu’on la couvre de notes, et les deux hypothèses restent ouvertes, faute de tout autre indice sur la vie de cet exemplaire.
Un libraire du Caire prête le livre
Le titre complet n’apparaît de façon sûre dans un document daté qu’au XIIᵉ siècle. Vers 1150, un libraire juif du Caire inscrit dans son carnet le prêt d’un exemplaire d’Alf layla wa-layla, « mille nuits et une nuit ». Le carnet a survécu dans la Geniza du Caire, le dépôt de synagogue où s’entassaient les écrits hors d’usage, et Shelomo Dov Goitein en a publié la mention en 1958 dans le Journal of the American Oriental Society. Sous les derniers califes fatimides, le recueil passe donc de main en main comme un livre de boutique, et l’on aimerait savoir qui l’empruntait, ce que le carnet, tel qu’on le connaît, ne précise pas.
Entre Bagdad et Le Caire, le recueil a grossi, et l’on a tenté d’en dater les couches d’après le décor des contes eux-mêmes. Le schéma que Pellat jugeait en 1985 le plus défendable, hérité du XIXᵉ siècle, distingue un noyau persan traduit au plus tard au IXᵉ siècle, un ensemble ajouté à Bagdad au Xᵉ, un autre ajouté en Égypte vers le XIIᵉ, et quelques contes anciens perdus en route. Ces couches restent des hypothèses, tirées des villes et des personnages que les récits mettent en scène, faute de copies datées pour chaque étape. La langue, elle, renseigne sur le public. Hormis les descriptions, les lettres, les sermons et les vers insérés, la prose des Nuits reste proche de l’arabe parlé, dans ce registre que les linguistes nomment moyen arabe, entre la langue savante et les dialectes. Les hommes de lettres, gardiens de l’adab, cette culture de l’honnête homme lettré, ont partagé pendant tout le Moyen Âge le dédain d’Ibn al-Nadîm ; ce sont les conteurs publics, selon Pellat, qui ont porté les histoires jusqu’au peuple.
Deux ashrafîs par mois à Damas
Au printemps 1701, Antoine Galland vient d’achever sa traduction des voyages de Sindbad quand des amis syriens installés à Paris lui apprennent qu’ils appartiennent à un recueil plus vaste. Il fait venir de Syrie, à l’automne, avec l’aide d’« un ami d’Alep, résident à Paris », trois volumes d’Alf layla wa-layla. Ce sont aujourd’hui les manuscrits Arabe 3609, 3610 et 3611 de la Bibliothèque nationale de France, sur papier, de 70, 67 et 79 feuillets à vingt-cinq lignes par page. De main ancienne, le texte s’interrompt au milieu de la 281ᵉ nuit, dans l’histoire de Qamar al-Zamân et de la princesse Budûr.
Aucun colophon, cette mention finale où le copiste signe et date son travail, ne vient fixer la copie. Les paléographes de la fin du XIXᵉ siècle l’ont placée au XIVᵉ siècle d’après l’écriture, et Muhsin Mahdi a repris cette datation dans son édition critique, parue à Leyde en 1984. La BnF affiche encore « XIVᵉ siècle » dans son catalogue, alors que ses pages de vulgarisation parlent tantôt de volumes du XVᵉ siècle, tantôt d’une copie de la seconde moitié du XIVᵉ. Au début des années 1980, Heinz Grotzfeld a relevé un autre indice dans le conte du médecin juif, au cycle du Bossu (Arabe 3610, fol. 43r-43v). Un jeune homme de Mossoul y loue à Damas une belle demeure, la maison de Sûdûn ‘Abd al-Rahmân, pour deux ashrafîs par mois. Or l’ashrafî est une monnaie d’or créée par le sultan mamelouk Barsbây, par un édit du 27 décembre 1425 (15 safar 829 de l’hégire), au poids fixe de 3,41 grammes, et Grotzfeld y voit la première frappe d’or mamelouke à poids constant qui ait réussi à circuler au compte. En 1994, Mahdi a placé en frontispice du dernier volume de son édition un dinar d’al-Ashraf Khalîl frappé à Damas en 1291, comme si l’ashrafî du conte désignait ce dinar bien plus ancien. Grotzfeld lui a répondu en 1996-1997 dans le Journal of Arabic and Islamic Studies. Le dinar de 1291 pèse 7,51 grammes, à la manière d’un lingot estampé de poids variable que l’on pesait, et un loyer exprimé en « deux » pièces suppose une monnaie que l’on compte. La demeure a d’ailleurs un propriétaire connu, Sûdûn min ‘Abd al-Rahmân, gouverneur de Damas de 1424 à 1432. Grotzfeld en conclut que la copie ne peut guère être antérieure à 1450.
L’argument monétaire paraît ici plus solide que l’argument paléographique, parce qu’une écriture de copiste peut se maintenir pendant un siècle, alors qu’un nom de monnaie glissé dans un loyer appartient à l’usage d’une époque précise. Grotzfeld reconnaissait lui-même qu’un manuscrit plus jeune de cent ans laisserait intacte, pour l’essentiel, la généalogie des copies établie par Mahdi, si bien que la querelle touche surtout l’âge de l’objet.
« Hanna c’est-à-dire Jean-Baptiste surnommé Diab »
À la parution de son septième tome, Galland a traduit tout ce que contenaient ses trois volumes arabes. Le 17 mars 1709, chez le voyageur Paul Lucas, il rencontre un jeune maronite d’Alep qui, note-t-il, « outre sa langue qui est l’arabe, parlait turc, provençal et français passablement ». Pendant plusieurs mois, Hanna lui raconte des contes que Galland résume dans son journal, conservé à la BnF sous les cotes Français 15277 à 15280 et édité par Frédéric Bauden et Richard Waller à partir de 2011. Treize résumés et un fragment y figurent. Le 27 mai, c’est l’histoire que le journal intitule « Les finesses de Morgiane ou les quarante voleurs », le futur Ali Baba.
Aladdin manque à ces résumés. Hanna en avait donné une version écrite, aujourd’hui perdue, et Galland note le 10 janvier 1711 qu’il achève la traduction de son dixième tome « d’après le texte arabe » qu’il tenait « de la main de Hanna ». Il publie ces contes sans jamais nommer publiquement sa source. Aucun manuscrit arabe d’Aladdin antérieur à Galland n’a été retrouvé, et la notice d’autorité de la BnF présente pourtant encore l’œuvre comme un « conte arabe du XIe s. » introduit tardivement dans le recueil.
En 2017, Paulo Lemos Horta a fait de cette rencontre le point de départ d’une histoire des collaborations et des larcins qui ont produit les Nuits européennes, où Galland s’approprie les récits de Hanna. Rien n’empêche d’aller plus loin et de tenir Hanna pour l’auteur d’Aladdin. Il a pu tout aussi bien reprendre des contes entendus à Alep, et l’absence de tout texte antérieur interdit de choisir.
Hanna a laissé sa propre version des faits, rédigée à Alep un demi-siècle plus tard. Le manuscrit, entré à la Bibliothèque apostolique vaticane en 1928 avec la collection du prêtre aleppin Paul Sbath, porte la cote Sbath 254 ; ses premiers feuillets manquent, et il a longtemps passé pour anonyme, jusqu’à ce que Jérôme Lentin l’identifie en 1993 grâce à une note finale de 1766 qui nomme son auteur. Traduit en 2015 sous le titre D’Alep à Paris, le récit décrit aussi bien le Grand Hiver de 1709 qu’une représentation d’Atys de Lully à l’Opéra, deux scènes parisiennes sans rapport avec Shahrâzâd.
Un Aladdin traduit du français
Les lecteurs de Galland voulaient mille et une nuits pleines, et quelqu’un a fini par les leur fournir.
Dom Denis Chavis, de son nom arabe Diyûnîsiûs Shâwîsh, prêtre basilien formé au Collège grec de Constantinople, enseigne l’arabe à Paris après 1783. Le 27 février 1787, il signe comme copiste un manuscrit présenté comme la suite du recueil, aujourd’hui Arabe 3616 à la BnF. On y trouve la fin de Qamar al-Zamân, absente du manuscrit de Galland, et un Aladdin arabe qui n’est que la traduction du français de Galland. Revue par Jacques Cazotte, la Continuation des Mille et Une Nuits paraît à Genève en 1788-1789 dans le Cabinet des fées ; Caussin de Perceval la retraduit en français en 1806, Richard Burton en anglais en 1888, et les contes du faux font désormais partie du corpus des Nuits au même titre que les autres, constate la BnF.
La chasse au manuscrit complet aboutit au début du XIXᵉ siècle. Après une première édition partielle à Calcutta en 1814-1818, l’édition de Bûlâq, au Caire, en 1835, puis une seconde édition de Calcutta en 1839-1842 reproduisent une recension égyptienne tardive, c’est-à-dire une version remaniée en Égypte, qui va jusqu’à la mille et unième nuit ; pendant plus d’un demi-siècle, rappelle Grotzfeld, personne ne doute que ce soit le texte authentique, et les copies incomplètes, celle de Galland en tête, cessent d’intéresser. L’Orient érotique des Nuits a, lui aussi, ses fabricants. Galland avait supprimé des vers et des passages jugés trop libres, et donné à l’ensemble le ton des contes de fées de Mme d’Aulnoy. Burton, en 1885-1888, charge sa traduction de notes sur les mœurs sexuelles de l’Orient, sujet tabou dans l’Angleterre victorienne. Mardrus, entre 1899 et 1904, prétend traduire un manuscrit méconnu et livre en fait un assemblage de traductions existantes, dans une langue qui cultive l’exotisme et l’érotisme pour le Paris de la Belle Époque. Les textes arabes contiennent pourtant des scènes crues, à commencer par l’adultère de la reine dans le récit-cadre, et la correction inverse, celle de Nuits chastes défigurées par l’Europe, serait tout aussi fausse.
Et si aucune version n’était la bonne ?
Muhsin Mahdi a tiré de ces faux la conclusion la plus nette. Dans son édition de 1984, traduite en anglais par Husain Haddawy en 1990, il ne donne que le texte du manuscrit de Galland, dont il comble les lacunes, et il a montré ailleurs combien de passages, voire de contes entiers, Galland avait lui-même fabriqués. Sur un point décisif, il a les preuves pour lui. Le manuscrit de Paris reste le plus ancien témoin étendu, et tout ce qui apparaît après les années 1780 doit être soupçonné de retraduction, puisque Chavis a été pris sur le fait.
L’autre camp part du constat d’un recueil qui n’a jamais eu de forme fixe. Ibn al-Nadîm comptait mille nuits pour moins de deux cents contes, le manuscrit de Galland s’arrête à la 281ᵉ, et les copies des Prairies d’or hésitent déjà sur le titre. La BnF en tire qu’aucun texte établi ne fait l’unanimité. Aboubakr Chraïbi, dans son Histoire du texte et classification des contes de 2008, pose franchement la question du texte de référence, et la traduction intégrale de Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel, parue dans la Pléiade en 2005-2006, offre au lecteur français les mille et une nuits complètes, en 3 504 pages.
Plusieurs trous ne se combleront pas avec les documents connus. Le Hazâr afsân n’a laissé aucun manuscrit, si bien que la part exacte du persan dans les Nuits se déduit des noms et de quelques contes. Faute de copies anciennes des Prairies d’or qui s’accordent, on ignore quand les « mille nuits » sont devenues « mille et une », et l’on ne connaît aucune copie médiévale complète du recueil arabe. Le texte arabe que Hanna remit à Galland est perdu, et avec lui le meilleur moyen de savoir ce qu’il devait à Alep. Le manuscrit de Paris lui-même se termine sur deux pages d’écriture moderne, d’une main et d’après un modèle que la recherche aimerait identifier.
Ces deux pages ferment le volume Arabe 3611, numérisé sur Gallica avec les deux autres. Elles achèvent la 281ᵉ nuit et donnent la 282ᵉ en entier, au milieu de l’histoire de Qamar al-Zamân et de la princesse Budûr, qui s’interrompt avec elles.
Pour aller plus loin
Bagdad en l’an 800 et la fondation de Bagdad situent la ville où Ibn al-Nadîm range le Hazâr afsân. La Maison de la sagesse de Bagdad, traduire le monde en arabe, éclaire le milieu des traductions du persan. La bataille de Talas et le papier rappelle pourquoi une feuille du IXᵉ siècle peut déjà servir de brouillon. Les Omeyyades de Damas et Cordoue au Xᵉ siècle encadrent l’espace où le recueil a circulé avant Galland. Maïmonide médecin, de Cordoue au Caire, croise la même Égypte fatimide qui voit prêter Alf layla wa-layla.
On imagine volontiers un vieux livre arabe écrit d’un seul jet au Moyen Âge. Il contiendrait mille et une nuits d’histoires, avec Aladdin et Ali Baba. Le recueil existe bien. Une jeune femme y raconte chaque nuit un conte au roi, pour ne pas être tuée au matin. Mais ce livre a mis des siècles à se former, en Orient puis en Europe, et aucune copie ancienne et complète n’a été retrouvée.
Un titre plus vieux que ses contes célèbres
Au départ, il y a un livre écrit en persan. Il s’appelait les « mille contes » et racontait déjà l’histoire de cette jeune femme. Ce livre persan a disparu. On le connaît seulement parce que deux savants de langue arabe en ont parlé au Moyen Âge.
L’un d’eux vivait à Bagdad et dressait la liste des livres connus de son temps. Il avait eu le recueil complet sous les yeux plusieurs fois. Son avis était sévère, car il le trouvait grossier et raconté sans chaleur.
La plus vieille trace du texte arabe tient sur une simple feuille de papier. Elle remonte au neuvième siècle, selon la spécialiste qui l’a étudiée. On y lit le titre et les premières lignes du récit. Plus tard, d’autres personnes ont pris cette feuille comme brouillon, pour une lettre ou pour un acte juridique. Personne ne sait si l’exemplaire était déjà vieux ou simplement peu estimé.
Le titre complet, avec sa nuit en plus, apparaît plus tard dans un document. Vers 1150, un libraire du Caire note qu’il a prêté un exemplaire des « mille nuits et une nuit ». Les gens de lettres méprisent alors ces contes. On pense que ce sont les conteurs publics qui les ont portés jusqu’au peuple.
Trois volumes venus de Syrie
Le plus ancien manuscrit un peu long se trouve à Paris. Il a appartenu à un savant français nommé Antoine Galland. Galland le fait venir de Syrie pour le traduire. Le manuscrit compte trois volumes et s’arrête au milieu d’une histoire d’amour. Il va environ jusqu’à la deux cent quatre-vingtième nuit, très loin des mille et une.
La date de la copie reste incertaine, car aucune date n’y figure. Muhsin Mahdi a publié ce manuscrit et le place au quatorzième siècle, d’après l’écriture. Heinz Grotzfeld le croit plus récent, à cause d’un petit détail du récit.
Dans un conte, un jeune homme loue une belle maison à Damas. Il paie son loyer avec une monnaie d’or appelée ashrafî. Or cette monnaie n’existe qu’à partir de 1425, sous un sultan d’Égypte. Mahdi pensait à une monnaie bien plus ancienne. Grotzfeld a répondu que cette vieille monnaie se pesait au lieu de se compter, et il date la copie d’après 1450.
Le conteur venu d’Alep
Galland publie son manuscrit en français, volume après volume. Il finit par épuiser les trois volumes arabes qu’il possédait. En 1709, il rencontre à Paris un jeune chrétien d’Alep nommé Hanna. Pendant plusieurs mois, Hanna lui raconte des histoires que Galland résume dans son journal.
Ali Baba fait partie de ces histoires. Aladdin vient aussi de Hanna, qui l’avait mis par écrit en arabe. Ce texte arabe est perdu. Galland publie ces contes sans jamais dire d’où ils viennent. On n’a retrouvé aucun Aladdin arabe plus ancien que sa version.
Certains voient donc en Hanna l’auteur d’Aladdin. Le jeune homme a pu aussi reprendre des contes entendus chez lui, à Alep. Sans texte plus ancien, impossible de trancher.
Ce vide a tenté un faussaire. En 1787, un prêtre nommé Dom Chavis copie à Paris une prétendue suite du recueil. Son Aladdin arabe est en fait traduit du français de Galland. Ces contes truqués sont pourtant entrés dans les éditions et les traductions suivantes.
Personne n’a le livre entier
Plus tard, on imprime enfin des Nuits complètes, d’après une version remaniée en Égypte. Pendant longtemps, tout le monde les prend pour le texte authentique. Mahdi a choisi l’inverse et n’a édité que le vieux manuscrit de Paris. Pour lui, tout ce qui arrive après Galland est suspect, puisque des faux ont été démasqués.
D’autres répondent que le recueil n’a jamais eu de forme fixe, même au Moyen Âge. Le savant de Bagdad comptait déjà bien moins de contes que de nuits. Le manuscrit de Paris s’arrête bien avant la fin. Aucun texte ne met tout le monde d’accord.
Plusieurs questions restent ouvertes. Le livre persan est perdu. On ne sait pas quand la nuit supplémentaire est entrée dans le titre.
La vieille feuille du neuvième siècle est conservée dans un musée de Chicago. À côté du conte, on y voit encore le dessin maladroit d’une silhouette humaine.
L’article complet donne le poids exact des deux monnaies d’or en cause, et s’arrête sur les deux pages d’une main plus récente qui ferment le manuscrit de Paris.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Fragment portant le titre d’un livre des « mille nuits » (alf layla), deux feuillets de papier joints, 24,2 × 13 cm, titre et premières lignes du récit-cadre, réemployés pour six écritures dont une attestation juridique datée de 879, acquis en Égypte en 1947 Institute for the Study of Ancient Cultures Museum, université de Chicago, ISACM E17618
- Al-Mas‘ûdî, *Murûj al-dhahab* (*Les Prairies d’or*), mention du Hazâr afsân et des personnages de Shîrâzâd et Dînâzâd, § 1416 de l’édition de Charles Pellat édition de référence
- Ibn al-Nadîm, *Kitâb al-Fihrist*, rédigé en 987-988, notice du Hazâr afsân, éd. Gustav Flügel, p. 304 (trad. Bayard Dodge, p. 713-714) édition de référence
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Sources primaires (suite)
- Carnet d’un libraire juif du Caire, vers 1150, mention du prêt d’un exemplaire d’*Alf layla wa-layla*, publié par S. D. Goitein en 1958 Geniza du Caire
- Les Mille et une nuits, manuscrit arabe sur papier en trois volumes, 70, 67 et 79 feuillets, 23,5 × 16 cm (tome II 26 × 18 cm), 25 lignes par page, texte jusqu’au milieu de la 281ᵉ nuit, deux pages modernes finales ; passage des deux ashrafîs au fol. 43r-43v du deuxième volume Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, Arabe 3609, Arabe 3610 et Arabe 3611
- Antoine Galland, *Journal parisien* (1708-1715), entrées du 17 mars 1709, du 27 mai 1709 et du 10 janvier 1711 Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, Français 15277-15280
- Hanna Diyab, récit de voyage autographe rédigé à Alep, premiers feuillets manquants, note finale de 1766 Bibliothèque apostolique vaticane, Sbath 254
- Dom Denis Chavis, copiste, suite prétendue des Mille et une nuits contenant un Aladdin traduit en arabe du français de Galland, datée du 27 février 1787 Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, Arabe 3616
Bibliographie
- Nabia Abbott, « A Ninth-Century Fragment of the “Thousand Nights” : New Light on the Early History of the Arabian Nights », *Journal of Near Eastern Studies* 8 (3), juillet 1949, p. 129-164, DOI 10,1086/370926 University of Chicago Presshttps://doi.org/10.1086/370926
- S. D. Goitein, « The Oldest Documentary Evidence for the Title Alf Laila wa-Laila », *Journal of the American Oriental Society* 78 (4), 1958, p. 301-302, DOI 10,2307/595794 American Oriental Societyhttps://doi.org/10.2307/595794
- Muhsin Mahdi (éd.), *The Thousand and One Nights (Alf Layla wa-Layla) from the Earliest Known Sources*, 3 vol., Leyde, 1984-1994 Brill
- Muhsin Mahdi, « The Sources of Galland’s Nuits », dans Ulrich Marzolph (dir.), *The Arabian Nights Reader*, Detroit, 2006, p. 122-136 Wayne State University Press
- *The Arabian Nights*, trad. Husain Haddawy d’après l’édition de Muhsin Mahdi, New York, 1990 W. W. Norton
- Duncan Black Macdonald, « The Earlier History of the Arabian Nights », *Journal of the Royal Asiatic Society*, 1924, p. 353-397 Royal Asiatic Society
- Heinz Grotzfeld, « The Age of the Galland Manuscript of the Nights : Numismatic Evidence for Dating a Manuscript ? », *Journal of Arabic and Islamic Studies* 1, 1996-1997, p. 50-64 Journal of Arabic and Islamic Studies
- Frédéric Bauden et Richard Waller (éd.), *Le Journal d’Antoine Galland (1646-1715). La période parisienne*, vol. I (1708-1709), Louvain, 2011, et vol. II (1710-1711), Louvain, 2012 Peeters
- Hanna Dyâb, *D’Alep à Paris. Les pérégrinations d’un jeune Syrien au temps de Louis XIV*, récit traduit de l’arabe et annoté par Paule Fahmé-Thiéry, Bernard Heyberger et Jérôme Lentin, Arles, 2015 Sindbad-Actes Sud
- Paulo Lemos Horta, *Marvellous Thieves : Secret Authors of the Arabian Nights*, Cambridge (Mass.), 2017, 363 p., DOI 10,4159/9780674973725 Harvard University Presshttps://doi.org/10.4159/9780674973725
- Aboubakr Chraïbi, *Les Mille et une nuits. Histoire du texte et classification des contes*, Paris, 2008, 246 p., coll. « Critiques littéraires » L’Harmattan
- *Les Mille et Une Nuits*, texte traduit, présenté et annoté par Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel, 3 vol., Paris, 2005-2006, 3 504 p., Bibliothèque de la Pléiade Gallimard
Sources en ligne
- « Paper Manuscript Inscribed in Arabic », notice ISACM E17618 Institute for the Study of Ancient Cultures Museum, sur Google Arts & Culturehttps://artsandculture.google.com/asset/paper-manuscript-inscribed-in-arabic/6AHbC--RT4IY5A
- « ALF LAYLA WA LAYLA », par Charles Pellat Encyclopaedia Iranicahttps://www.iranicaonline.org/articles/alf-layla-wa-layla/
- « Arabe 3609-3611 », Les Mille et une nuits Bibliothèque nationale de France, Archives et manuscritshttps://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc31493v
- « La transmission des Mille et Une Nuits » BnF Essentielshttps://essentiels.bnf.fr/fr/litterature/moyen-age-1/ec445e1c-f280-48e6-a264-eff44a91dbf6-litterature-arabe-medievale/article/7cbf6b6d-8f7c-428c-ae42-9a58a7374522-transmission-mille-et-une-nuits
- « Les Mille et une nuits », notice d’image du manuscrit Arabe 3616 BnF Essentielshttps://essentiels.bnf.fr/fr/image/168691ce-daa9-4dfe-9add-a51c54d4b85a-mille-et-une-nuits-5
- « Notice de titre textuel : Mille et une nuits. Aladin et la lampe merveilleuse » Bibliothèque nationale de France, catalogue généralhttps://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb12008762v
- « Notice bibliographique Le journal d’Antoine Galland, 1646-1715 : la période parisienne. volume II, 1710-1711 » Bibliothèque nationale de France, catalogue généralhttps://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb43678041w
- « DYÂB Hanna, D’Alep à Paris. Les pérégrinations d’un jeune syrien au temps de Louis XIV », compte rendu Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, OpenEdition Journalshttps://journals.openedition.org/remmm/9767
- « On the Road », sur Hanna Diyab et son récit de voyage, 7 octobre 2021 The New York Review of Bookshttps://www.nybooks.com/articles/2021/10/07/hanna-diyab-on-the-road/

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