Cinq cents hommes, sans compter les femmes et les enfants. C’est le chiffre que des habitants de Palmares donnent en 1645 aux soldats de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, et le journal de l’expédition en déduit une population d’environ 1 500 personnes. Trente-trois ans plus tard, une relation portugaise attribue à la seule palissade royale du Macaco plus de 1 500 maisons, une enceinte de pieux semée de chausse-trapes de fer et une chapelle où les assaillants trouvent un Enfant Jésus, une Notre-Dame de la Conception et un saint Blaise.
Un vicaire de Recife tient la plume
Le second chiffre vient d’un texte que les historiens appellent depuis 1859 la « Relação das guerras feitas aos Palmares de Pernambuco ». La Revista do Instituto Histórico e Geográfico Brasileiro l’imprime cette année-là, au tome 22, pages 303 à 329, sans cote ni provenance, avec pour seule indication un manuscrit offert par le conseiller Drummond. Pendant un siècle et demi, on l’a cité dans cette version. En décembre 2009, Silvia Hunold Lara retrouve l’original à l’Arquivo Nacional da Torre do Tombo, dans un recueil de papiers divers coté cod. 1185, aux feuillets 149 à 155v, alors qu’un second état couvert de ratures et d’ajouts attendait à la Biblioteca Pública d’Évora, et la comparaison des deux, publiée en 2021 avec le philologue Phablo Roberto Marchis Fachin, fait apparaître un brouillon et une mise au net, un transcripteur de 1859 qui a déplacé des paragraphes et estropié les noms africains, et un auteur très probable, le père Antônio da Silva, vicaire du Corpo Santo à Recife de 1658 à 1697, formé chez les jésuites de Salvador, passé par Coimbra, dont les sermons s’imprimaient à Lisbonne et qui savait ce qu’un gouverneur sur le départ, D. Pedro de Almeida, rentré affronter le Conseil d’outre-mer, pouvait attendre d’un récit de ses campagnes.
Le genre fait le reste. Au XVIIᵉ siècle, une relação raconte pour célébrer, et l’éloge procède par amplification, celle du héros comme celle de l’adversaire. Jean Hébrard, qui a rendu compte de l’édition dans la revue Brésil(s), relève que les mocambos y deviennent une « république » au sens du temps, un État pourvu d’un gouvernement et de magistrats. Plus Palmares est grand, plus la victoire du gouverneur pèse. Les 1 500 maisons du Macaco sortent de cette plume.
Du côté hollandais, l’intérêt à grossir est moindre, et les chiffres ne s’accordent pas mieux. Le rapport de l’expédition de Baro, connu par la compilation que Caspar Barlaeus publie à Amsterdam chez Joan Blaeu en 1647, comptait selon la lecture de Pedro Paulo Funari quelque 6 000 personnes en 1644. L’année suivante, le journal de l’expédition commandée par Johan Blaer, aujourd’hui au Nationaal Archief de La Haye, s’en tient aux déclarations des habitants. Funari a proposé entre 10 000 et 20 000 habitants au plus fort de Palmares, un ordre de grandeur qu’aucune série ne vient soutenir. On ne possède ni recensement, ni registre, ni une ligne écrite à Palmares, et les cartes hollandaises du XVIIᵉ siècle ne portent même pas le nom, alors que les mocambos tiennent tête aux expéditions pendant presque tout le siècle, au cœur de l’époque moderne, entre la fin du XVᵉ siècle et la Révolution.
Le Portugal ayant adopté le calendrier grégorien dès 1582, toutes les dates sont ici en nouveau style.
« Senhor Grande »
La relation de 1678 donne au souverain des mocambos un nom qu’elle traduit aussitôt. Gana Zumba, écrit-elle, « veut dire Senhor Grande », le grand seigneur. Ceux qui l’approchent posent les genoux à terre et frappent dans leurs mains, on lui parle en l’appelant Majesté, et les autres palissades sont tenues par des parents, son frère Gana Zona à Subupira, plus de 800 maisons selon le même texte, une mère, des fils, des neveux. Silvia Lara lit dans cette parentèle la structure d’un sobado, une chefferie lignagère d’Afrique centrale, et rattache la plupart des fugitifs aux locuteurs du kimbundu venus de l’ancien royaume de Ndongo, dans l’actuel Angola. Elle estime qu’environ 80 % des captifs débarqués alors à Bahia et à Pernambouc venaient de l’intérieur de Luanda.
On écrit ici Gana Zumba, contre l’usage, parce que la forme Ganga Zumba vient de la transcription de 1859, que nganga désigne en kimbundu le prêtre et gana le seigneur, et que la glose du vicaire ne s’accorde qu’avec la seconde lecture. Le même retour au manuscrit change Acotirene, la mère supposée du roi, en Aca Inene.
Le mot quilombo pose un problème du même ordre. Les contemporains disent mocambo, ou palmar, et un certificat de mars 1680 conservé à l’Arquivo Histórico Ultramarino est le premier à l’employer pour Palmares ; l’usage ne se généralise qu’au XVIIIᵉ siècle. Stuart Schwartz avait rapproché les établissements brésiliens des kilombos des Imbangala, camps de guerriers nomades d’Angola soudés par des rites d’initiation. Pour les années 1670, Lara refuse la filiation, parce qu’un camp nomade ne tient ni territoire ni lignage et que Palmares tient les deux. Le terme ne devient pertinent, selon elle, qu’après 1680, quand les mocambos dispersés et militarisés se rapprochent des kilombos centre-africains, mot qui désigne aussi à cette date la capitale de royaumes guerriers comme le Matamba ou le Kasanje.
Angola Janga, présenté partout comme le nom que les habitants se donnaient, figure dans une pièce du recueil publié par Ernesto Ennes en 1938. La traduction « petite Angola » n’a jamais été confirmée, et Robert Nelson Anderson avançait en 1996 une autre étymologie kimbundu, « première Angola », sans pouvoir trancher. Quant à Zumbi, la relation le présente sous la forme Zambi comme « général des armes » de Gana Zumba. En kimbundu, nzumbi désigne l’esprit d’un ancêtre, et le mot a pu être un titre avant d’être un nom ; là non plus, on ne sait pas trancher.
Cucaú
En 1677, l’expédition de Fernão Carrilho prend le Macaco, et Gana Zumba se replie sur Subupira, puis sur Amaro. Vingt ans plus tard, briguant un poste au Ceará, Carrilho se vantera d’avoir capturé la reine et deux fils du roi et tué quatre autres fils, chiffres de requérant qui disent au moins une parentèle royale décimée.
Le 22 juin 1678, après des mois de pourparlers menés par interprètes, une ambassade palmariste quitte Recife avec un papier. Le texte a été rédigé par un sergent du terço des Henriques, la milice d’hommes de couleur formée pendant la guerre contre les Hollandais, pour être lu à voix haute dans les mocambos. Les habitants promettent obéissance au gouvernement colonial. Gana Zumba s’engage à livrer aux maîtres de Pernambouc tous ceux qui ne sont pas nés à Palmares. En échange, le gouverneur cède des terres dans les forêts de Cucaú, aux sources du Sirinhaém et du rio Formoso, reconnaît aux habitants le droit de cultiver et de vendre comme les autres vassaux du roi, et affranchit les natifs de Palmares. Trois à quatre cents personnes, issues d’au moins trois mocambos, s’y installent derrière Gana Zumba et Gana Zona.
Gana Zumba a probablement négocié pour sauver ce qui restait de ses sujets. Selon Lara, l’accord emprunte à deux répertoires portugais, la « réduction » des Amérindiens dans des villages tenus par des prêtres et les traités de vassalité imposés aux sobas vaincus en Angola, rapprochement que Guida Marques souligne dans son compte rendu de Palmares & Cucaú. La clause de restitution des fugitifs gêne la lecture héroïque, et les termes de l’accord n’avaient jamais figuré dans les recueils de documents sur Palmares avant les travaux de Lara.
Zumbi refuse et reste dans les bois avec ses gens de guerre. Moins de deux ans plus tard, Gana Zumba est assassiné, et Cucaú détruit. En avril 1680, d’après les pièces retrouvées par Lara, le gouverneur accuse les habitants d’avoir voulu regagner les bois avec les esclaves du voisinage ; après trois mois de siège, quelque deux cents « pièces », l’unité de compte de la traite, retombent en esclavage. Des affranchis réasservis posaient un problème de droit à la Couronne. Une lettre royale de 1682 reconnaît l’accord de 1678 et ordonne une enquête.
Deux cent trente-deux maisons sur l’outeiro du Barriga
En 1680, Zumbi est déjà installé sur l’outeiro du Barriga, à l’ouest de l’actuelle União dos Palmares, en Alagoas. La géographie reçue en a fait la capitale de Palmares depuis le début du siècle, et les documents la contredisent. Dans une thèse soutenue en 2018 à l’université fédérale de Rio de Janeiro, Felipe Aguiar Damasceno a replacé les grands mocambos des années 1670, le Macaco compris, à des kilomètres de la serra, au nord-ouest de Porto Calvo et de Sirinhaém, dans l’actuel État de Pernambouc. D’après les pièces réunies par Lara, l’occupation du Barriga est neuve en 1680 et discontinue. Une attaque de novembre 1681 y brûle maisons et greniers et emmène plus de six cents prisonniers, et en avril 1684 Zumbi est signalé au Gongoro, à quarante lieues d’Alagoas, avant de revenir.
Les textes du XVIIᵉ siècle écrivent d’ailleurs « outeiro do Barriga », au masculin, peut-être d’après le surnom d’António Bezerra Monteiro, dit o Barriga, patriarche d’une famille de propriétaires de la région, et personne ne sait quand la serra est passée au féminin.
Les papiers de ces années appellent parfois Zumbi « rei dos Palmares », plus souvent « capitão » ou « corsário ». Le 3 mars 1687, le gouvernement de Pernambouc signe ses conditions avec Domingos Jorge Velho, mestre de campo d’un terço de Paulistas et d’Indiens, ces hommes de São Paulo rompus aux guerres contre les Indiens et les mocambos, et le texte emploie déjà le mot quilombo. Repoussé devant le Barriga en 1692, Jorge Velho écrit le 27 novembre que la place est défendue par trois palissades, beaucoup de feu et des chausse-trapes au-dehors. Lara y voit, peut-être, une manière d’excuser son échec.
Au début de février 1694, la palissade tombe. La « Rellação verdadeyra » de la campagne, conservée à la Biblioteca Nacional de Portugal et éditée en 2005 par Maria Lêda Oliveira, lui donne plus d’une lieue et demie de tour, 232 maisons, quarante tentes de forgerons et une demi-lieue de forêt ; entre 350 et 500 personnes sont capturées. Même gonflés pour servir la gloire du gouverneur Caetano de Melo e Castro, ces chiffres dessinent une place bien plus petite que les 1 500 maisons prêtées au Macaco seize ans plus tôt. Le 17 février, le gouverneur ordonne à Bento Surrel Camilio de soigner les blessés et de lever un plan de l’outeiro. Personne n’a jamais vu ce plan.
Zumbi échappe au siège. La relation de 1694 le donne pour mort de sa propre main, pour ne pas retomber en captivité, version que reprennent au XVIIIᵉ siècle Sebastião da Rocha Pita puis Domingos do Loreto Couto, comme l’a relevé Ana Carolina Viotti. Il est tué le 20 novembre 1695 par une troupe d’André Furtado de Mendonça. Le 14 mars 1696, Caetano de Melo e Castro écrit au roi une lettre sur sa mort et sa décapitation, aujourd’hui à l’Arquivo Histórico Ultramarino de Lisbonne ; dans le texte qui en circule, il dit avoir fait planter la tête sur un pieu à l’endroit le plus en vue de Recife, pour détromper les Noirs qui tenaient Zumbi pour immortel. Les mocambos lui survivent. Camuanga, présenté quelques années plus tard comme son successeur, tient jusque vers 1704, et le dernier connu, celui de Mouza, dans l’arrière-pays de Sirinhaém, est détruit en 1714.
Royaume, république ou réseau de mocambos ?
En 1730, dans son Histoire de l’Amérique portugaise imprimée à Lisbonne, Rocha Pita décrit une « république rustique, bien ordonnée à sa manière ». Edison Carneiro donne en 1947 la première étude d’ensemble et les deux premières cartes, qui placent le Macaco à União dos Palmares. Le journaliste Décio Freitas, dans Palmares. La guerrilla negra, publié à Montevideo en 1971 puis au Brésil en 1973, y voit de « rustiques républiques noires » fondées sur l’égalité fraternelle, et reprend la carte de Carneiro. À Porto Alegre, le Grupo Palmares fait du 20 novembre une date militante dès 1971, le Mouvement noir unifié la rebaptise Journée de la conscience noire en 1978, et la loi nᵒ 14 759 du 21 décembre 2023 en fait un jour férié national.
Freitas ajoute un détail qui a fait fortune. Né libre à Palmares, Zumbi aurait été capturé enfant, élevé par un père António Melo à Porto Calvo, baptisé Francisco, instruit en portugais et en latin, avant de s’enfuir à quinze ans. Freitas disait tenir l’histoire d’une correspondance du prêtre. Robert Nelson Anderson notait en 1996 qu’il n’en donnait pas la source, Freitas est mort en 2004 sans avoir produit les lettres, et Jean Marcel Carvalho França et Ricardo Alexandre Ferreira ont démonté l’épisode en 2012 dans Três vezes Zumbi, une étude de la construction du héros. L’enfance latiniste circule toujours largement en ligne.
La géographie de Carneiro et de Freitas a eu des effets matériels. Le dossier de classement de la Serra da Barriga, ouvert en 1981 par l’Instituto do Patrimônio Histórico e Artístico Nacional, s’appuie explicitement sur Freitas ; la protection est homologuée le 20 novembre 1985 et la serra déclarée monument national en 1988. En 1992 et 1993, Charles Orser et Pedro Paulo Funari y conduisent les premières prospections, repèrent plus de dix sites et recueillent des milliers d’objets, dont une urne de tradition tupinambá où Funari lit la trace d’une société pluriethnique. Scott Joseph Allen a montré depuis une présence indigène sur la serra avant et après Palmares. Lara propose pour une partie du mobilier une autre origine, le campement que Jorge Velho et ses Indiens installent sur l’outeiro après 1694, que les fouilles n’avaient pas pris en compte.
Ces corrections n’autorisent pas à faire de Palmares une invention. Depuis la fin des années 2000, des essais polémiques soutiennent que Zumbi possédait des esclaves, et que le symbole est donc creux. Lara répond qu’aucun document ne l’atteste, tout en jugeant possible que des formes centre-africaines de dépendance aient été reproduites dans les mocambos ; la clause de 1678 sur les fugitifs montre en tout cas que Gana Zumba savait faire de la liberté une monnaie politique. Le noyau, lui, repose sur des pièces d’archives. Dès le 1er juin 1671, le gouverneur Fernão de Sousa Coutinho écrit d’Olinda au prince régent que les fugitifs des Palmares sont organisés et qu’il reconstitue les terços pour les combattre. En 1678, un gouverneur négocie par ambassades avec un souverain qu’il reconnaît comme tel, et en 1682 la Couronne accepte les conséquences juridiques de l’accord. Raymond Kent parlait dès 1965 d’un « État africain au Brésil » ; les sources relues depuis donnent à la formule un contenu précis, celui d’un sobado lignager et territorial dans les années 1670, puis d’un réseau de places militarisées qui résiste encore trente-quatre ans. Après 1694, Minas Gerais et Rio de Janeiro durcissent la répression des fuites pour qu’aucun autre Palmares ne se forme.
À Lisbonne, le Gabinete de Estudos Arqueológicos da Engenharia Militar conserve la carte topographique du gouvernement de Pernambouc dressée par José Gonçalves da Fonseca en 1766, qui célèbre les vingt-cinq villages nouveaux nés de la législation indigéniste de Pombal. C’est la seule carte des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles où Lara ait trouvé le nom de Palmares, coincé entre les villes nouvelles de Cimbres et d’Atalaia.
Pour aller plus loin
L’accord de Cucaú croise l’histoire des marrons de la Jamaïque et de leurs traités de 1739 avec les Britanniques. Il rejoint aussi le Brésil hollandais de Jean-Maurice de Nassau, gouverneur de 1637 à 1644, et la traite angolaise du XVIIᵉ siècle, d’où venaient la plupart des habitants des mocambos.
Au XVIIᵉ siècle, dans les forêts de palmiers du nord-est du Brésil, des Africains qui avaient fui les plantations de sucre ont bâti des villages fortifiés. Les Portugais les appelaient mocambos, et l’ensemble a pris le nom de Palmares. Pendant presque tout le siècle, ces villages ont résisté aux expéditions hollandaises puis portugaises. Le problème est que personne, à Palmares, n’a rien écrit. Tout ce que l’on sait vient de ceux qui le combattaient.
Des chiffres qui ne s’accordent pas
En 1645, des habitants disent à des soldats hollandais qu’ils sont cinq cents hommes, sans compter les femmes et les enfants. L’auteur du journal de l’expédition estime alors la population à environ 1 500 personnes.
Trente-trois ans plus tard, un texte portugais attribue à la seule capitale, le Macaco, plus de 1 500 maisons. Ce texte, appelé la « relation de 1678 », est la principale source sur Palmares. Une historienne brésilienne, Silvia Hunold Lara, a retrouvé en 2009 son original à Lisbonne. Avec un spécialiste des textes anciens, elle a montré qu’il avait été écrit par un prêtre de Recife pour faire l’éloge du gouverneur. Plus l’ennemi paraissait grand, plus la victoire du gouverneur comptait. Les chiffres de ce texte sont donc à lire avec prudence.
Un roi et sa famille
Le chef de Palmares s’appelait Gana Zumba. La relation de 1678 traduit son nom par « grand seigneur ». On s’agenouillait devant lui et on l’appelait Majesté. Les autres villages étaient dirigés par ses parents, comme son frère Gana Zona.
La plupart des fugitifs venaient d’Afrique centrale, de la région de l’actuel Angola, et parlaient le kimbundu. Selon Lara, Palmares fonctionnait comme une chefferie africaine fondée sur la famille du chef. Le mot quilombo, qu’on emploie aujourd’hui pour Palmares, n’apparaît dans les documents qu’en 1680. Avant, on disait mocambo.
La paix de Cucaú
En 1677, une expédition portugaise détruit les principaux villages. L’année suivante, le 22 juin 1678, Gana Zumba conclut la paix avec le gouverneur. Le texte de l’accord est rédigé par un sergent d’une milice d’hommes de couleur et lu à voix haute dans les villages.
Les habitants reçoivent des terres à Cucaú, et ceux qui sont nés à Palmares deviennent libres. En échange, Gana Zumba promet de rendre à leurs maîtres les fugitifs qui ne sont pas nés à Palmares. Trois à quatre cents personnes partent s’installer à Cucaú.
La paix ne dure pas. Gana Zumba est assassiné. En 1680, Cucaú est détruit et environ deux cents personnes sont remises en esclavage. Une partie des habitants n’avait jamais accepté l’accord. Elle suivait Zumbi.
Zumbi et la fin de Palmares
À partir de 1680, Zumbi s’installe sur une colline appelée l’outeiro du Barriga. On a longtemps cru que c’était la capitale de Palmares depuis le début du siècle. Les documents montrent que les grands villages des années 1670 se trouvaient ailleurs.
Les Portugais engagent des soldats venus de São Paulo, commandés par Domingos Jorge Velho. Au début de février 1694, la forteresse du Barriga tombe. Un texte de l’époque y compte 232 maisons et quarante forges. Zumbi s’échappe, puis il est tué le 20 novembre 1695. Le gouverneur fait exposer sa tête à Recife. D’autres villages résistent encore jusqu’en 1714.
Un héros et ses légendes
Au XXᵉ siècle, Zumbi devient un symbole de la lutte contre l’esclavage au Brésil. Le 20 novembre, jour de sa mort, est devenu jour férié national en 2023.
Certaines histoires sur lui ont été inventées. Un auteur a raconté qu’il avait été élevé enfant par un prêtre et qu’il savait le latin, mais il n’a jamais montré les lettres qui auraient prouvé ce récit.
D’autres auteurs prétendent aujourd’hui que Palmares n’était qu’un mythe. Les archives disent le contraire. Dès 1671, un gouverneur décrit les fugitifs comme organisés. En 1678, le gouvernement colonial négocie avec Gana Zumba comme avec un souverain. En 1682, le roi du Portugal reconnaît cet accord.
La façon dont la relation de 1678 a été retrouvée, la question du nom de Gana Zumba et les fouilles de la Serra da Barriga occupent l’article classique.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Journal de l’expédition de Johan Blaer aux Palmares, 1645, « Journael vande voyagie die Cap[itey]n Johan Blaer gedaen heeft naer de Palmares A.o 1645 » Nationaal Archief, La Haye, fonds OWIC 1,05,01,01, inv. nr. 60, doc. 47, cote relevée dans Lara 2021 ; traduction portugaise d’Alfredo de Carvalho, Revista do Instituto Arqueológico, Histórico e Geográfico de Pernambuco 10 (56), 1902, p. 87-96
- Caspar Barlaeus, Rerum per octennium in Brasilia et alibi nuper gestarum sub praefectura illustrissimi comitis I. Mauritii Nassoviae historia, Amsterdam, Joan Blaeu, 1647 compilation des rapports des expéditions hollandaises de 1644
- [Antônio da Silva, attribué], « Relação do que se passou na guerra com os negros dos Palmares nos sertões de Pernambuco », 1678, brouillon avec ratures et ajouts Biblioteca Pública de Évora, cod. CXVI-2-13-n. 9, cote relevée dans Lara 2021
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Sources primaires (suite)
- [Antônio da Silva, attribué], même relation, mise au net, 1678 Arquivo Nacional da Torre do Tombo, Lisbonne, Manuscritos da Livraria, Papéis Vários, t. I, cod. 1185, fl. 149-155v ; imprimée sans référence sous le titre « Relação das guerras feitas aos Palmares de Pernambuco no tempo do governador D. Pedro de Almeida de 1675 a 1678 », Revista do Instituto Histórico e Geográfico Brasileiro 22, 1859, p. 303-329
- « Papel que levaram os negros dos Palmares, em 22 de junho de 1678 », texte de l’accord de Cucaú édité dans Silvia Hunold Lara et Phablo Roberto Marchis Fachin (dir.), Guerra contra Palmares, São Paulo, 2021, p. 176-178
- Lettre du gouverneur Fernão de Sousa Coutinho au prince régent D. Pedro sur l’organisation des fugitifs des Palmares, Olinda, 1er juin 1671 Arquivo Histórico Ultramarino, Lisbonne, PT/AHU/CU/015/0010/00917, AHU_CU_PERNAMBUCO, Cx. 10, D. 917
- Certificat délivré par João de Freitas da Cunha, 20 mars 1680, première mention de « quilombo » pour Palmares Arquivo Histórico Ultramarino, CU, Pernambuco, cx. 21, d. 1952, annexe 14, cote relevée dans Lara 2021
- Consulta du Conseil d’outre-mer du 6 mai 1699 sur les services de Fernão Carrilho Arquivo Histórico Ultramarino, CU, Ceará, cx. 1, d. 42, cote relevée dans Lara 2021
- « Capítulos e condições concedidas a Domingos Jorge Velho », 3 mars 1687 Arquivo Histórico Ultramarino, CU, Pernambuco, cx. 17, d. 1674, annexe 1, cote relevée dans Lara 2021
- Lettre du mestre de campo Domingos Jorge Velho, 27 novembre 1692 Biblioteca Nacional de Portugal, Lisbonne, Reservados, cod. 239, f. 404-405, cote relevée dans Lara 2021
- « Rellação verdadeyra da guerra que se fez aos negros levantados do Palmar, governando estas capitanias de Pernambuco o senhor governador e capitam-geral Caetano de Mello de Castro no anno de 1694 » Biblioteca Nacional de Portugal, Reservados, cod. 11358 ; éditée par Maria Lêda Oliveira, « A primeira rellação do último assalto a Palmares », Afro-Ásia 33, 2005
- Ordre de Caetano de Melo e Castro à Bento Surrel Camilio, 17 février 1694, prescrivant un plan de l’outeiro du Barriga Arquivo da Universidade de Coimbra, Coleção Conde dos Arcos, VI III-I-1-31, fl. 572v, d. 49, cote relevée dans Lara 2021
- Lettre du gouverneur Caetano de Melo e Castro au roi Pierre II sur la mort et la décapitation de Zumbi, Pernambouc, 14 mars 1696, papier, une pièce annexe Arquivo Histórico Ultramarino, Lisbonne, PT/AHU/CU/015/0017/01697, AHU_CU_PERNAMBUCO, Cx. 17, D. 1697
- Sebastião da Rocha Pita, História da América Portugueza, Lisbonne, Oficina de Joseph Antonio da Silva, 1730 récit de la guerre de Palmares et de la mort de Zumbi
- José Gonçalves da Fonseca, Carta topográfica aonde se compreendem as capitanias de que se compõem ao presente o governo de Pernambuco, 1766 Gabinete de Estudos Arqueológicos da Engenharia Militar, Lisbonne, 4586-3-38-52 (DSE) CART 247/2003, cote relevée dans Lara 2021
Bibliographie
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Sources en ligne
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- « As muitas vidas de Palmares », compte rendu d’Isadora Moura Mota, numéro 320, octobre 2022 Revista Pesquisa FAPESPhttps://revistapesquisa.fapesp.br/as-muitas-vidas-de-palmares/
- « Lara, Silvia Hunold & Phabio Roberto Marchis Fachin, dir. Guerra contra Palmares : o manuscrito de 1678 », compte rendu de Jean Hébrard, Brésil(s) 25, 2024, DOI 10,4000/11qxz OpenEdition Journalshttp://journals.openedition.org/bresils/16835
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