Neuf chez Hésiode, vers 700 avant notre ère. Trois chez Pausanias, au IIᵉ siècle de notre ère, qui rapporte que les premiers hommes à sacrifier aux Muses sur l’Hélicon n’en honoraient pas davantage, et qui appuie son récit sur les vers d’un poème, l’Atthis d’Hégésinous, disparu avant sa naissance. Entre les deux témoins s’étendent près de neuf siècles, et c’est le chiffre le plus faible, attesté le plus tard, qui a longtemps passé pour le plus ancien.
Trois Muses sur l’Hélicon, neuf à Thespies
Le passage se lit au livre IX de la Description de la Grèce (29, 1-4). Pausanias y attribue aux fils d’Aloeus, Éphialtès et Otos, la fondation d’Ascra, le village d’Hésiode, et les premiers sacrifices sur la montagne. Ils comptaient trois Muses et les nommaient Mélétè, l’exercice, Mnèmè, la mémoire, et Aoidè, le chant. Plus tard, un Macédonien nommé Piéros serait venu à Thespies, au pied de l’Hélicon, pour y installer neuf Muses sous les noms qu’on leur connaît. Le poète Mimnerme, ajoute Pausanias, distinguait deux générations, des Muses anciennes nées d’Ouranos et de plus jeunes nées de Zeus. Plutarque signale qu’en certains endroits on les appelait toutes ensemble Mneiai, les « Souvenirs » (Propos de table, 743d). Diodore de Sicile constate au Iᵉʳ siècle avant notre ère le même désaccord entre trois et neuf, et l’explique par l’autorité d’Homère et d’Hésiode, qui aurait fait pencher la balance (IV, 7, 2). Or Homère ne nomme aucune Muse. Il invoque une déesse au singulier au premier vers de l’Iliade, des Muses au pluriel avant le Catalogue des vaisseaux (II, 484-493), et le chiffre neuf n’apparaît chez lui qu’une fois, au dernier chant de l’Odyssée, quand les neuf sœurs chantent la lamentation sur le corps d’Achille (XXIV, 60). Hésiode reste le premier témoin conservé qui leur donne neuf noms.
Le trio de l’Hélicon a longtemps passé pour un culte des origines, recouvert ensuite par la version canonique, et B. A. van Groningen défendait en 1948 cette ancienneté dans L’Antiquité classique. Alex Hardie a repris la question en 2006 et conclu qu’aucun appui solide ne permet de placer ces trois noms avant les neuf d’Hésiode. Penelope Murray, qui reprend ses conclusions, juge plus probable une apparition à la fin du Vᵉ siècle avant notre ère, au moment où les maîtres de rhétorique délaissent la Muse qui inspire au profit de la technê, la compétence qui s’apprend, et les trois noms, exercice, mémoire, chant, s’accordent assez bien avec ce vocabulaire de l’apprentissage. La thèse adverse garde un argument sérieux. Hésiode n’avait pas le monopole, puisque Mimnerme et Alcman faisaient descendre au moins une génération de Muses d’Ouranos ou de Gaia, et une tradition béotienne à trois figures n’aurait rien d’invraisemblable dans un paysage religieux aussi dispersé. Le terrain ne tranche pas. L’existence du sanctuaire des Muses au pied de l’Hélicon avant le IVᵉ siècle est elle-même disputée, et Tomasz Mojsik a réexaminé en 2019 les vases, les figurines et les deux hydries archaïques du Val des Muses que l’historiographie invoque encore pour y voir un culte ancien, afin d’en discuter la portée.
Stésichore à la place de Terpsichore
Aux vers 77 à 79 de la Théogonie, Hésiode égrène les noms. Clio et Euterpe, Thalie, Melpomène et Terpsichore, Érato, Polymnie, Uranie, et enfin Calliope, placée au-dessus de toutes, celle qui accompagne les rois et verse sur leur langue une douce rosée. Chacun de ces noms a un sens. Penelope Murray a remarqué qu’ils sont tous annoncés, quelques vers plus haut, par un mot du poème. Clio répond au verbe kleiousin, « elles glorifient », du vers 67, Uranie au ciel du vers 71, Calliope à la « belle voix » du vers 68, Terpsichore aux chœurs du vers 63. Les noms sortent du texte comme s’il les fabriquait au fil de l’écriture, et il est donc probable qu’Hésiode les ait forgés, sans qu’on puisse exclure qu’il ait repris des noms déjà en usage.
Le seul autre catalogue complet antérieur à l’époque hellénistique est peint sur un vase. Vers 570 avant notre ère, le potier Ergotimos et le peintre Kleitias signent à Athènes un cratère à volutes de 66 centimètres, retrouvé en 1844 dans une tombe étrusque près de Chiusi et conservé au Musée archéologique national de Florence (inv. 4209). Sur la frise principale, les dieux se rendent aux noces de Pélée et de Thétis, et les neuf Muses défilent, chacune identifiée par une inscription peinte. Les noms suivent ceux d’Hésiode, à une exception près, puisque Terpsichore y devient Stésichore. Calliope ouvre le groupe avec Ourania, tournée vers le spectateur et jouant de la syrinx, la flûte de Pan, et son visage est avec celui de Dionysos le seul vu de face parmi les quelque 270 figures du vase. Les sept autres suivent en deux groupes de quatre et de trois, silhouettes parallèles qui avancent du même pas. Le vase a connu d’autres épreuves que l’enfouissement. Le 9 septembre 1900, un gardien du musée a lancé une chaise contre sa vitrine et l’a brisé en 638 fragments, que le restaurateur Pietro Zei a mis deux ans à remonter.
Stésichore, « celle qui mène le chœur », vaut à peu près Terpsichore, « celle qui se plaît au chœur ». Le rapprochement avec le poète Stésichore, actif au VIᵉ siècle, a aussi été proposé. On préférera ici la lecture la plus économique, celle de Murray, qui y voit un nom de même famille, parce que les huit autres noms du vase sont exactement ceux du poème et qu’une tradition concurrente aurait laissé d’autres traces. Ce flottement en dit long sur le statut de ces figures. Érato, Euterpe, Melpomène et Thalie ne sont nommées par aucun poète grec ancien en dehors d’Hésiode, alors que Calliope est invoquée par Alcman, Sappho, Stésichore, Bacchylide et Empédocle. Pour la période archaïque, Murray parle d’une seule entité divisée en neuf parts, dont les noms s’échangent sans dommage.
Uranie n’avait pas encore de globe
Les attributs que les manuels prêtent aujourd’hui aux Muses, le globe d’Uranie ou le rouleau de Clio, sont absents des textes et des images archaïques, qui ne différencient pas leurs fonctions. Au Iᵉʳ siècle avant notre ère, Diodore se contente encore d’écrire qu’on attribue à chacune une aptitude parmi les arts libéraux, poésie, chant, danse mimée, danse en rond, étude des astres, sans dresser de correspondance terme à terme, puis il explique chaque nom par un jeu étymologique (IV, 7, 3-4). Selon Murray, les fonctions ont été déduites des noms hésiodiques, et Uranie, la Céleste, est devenue Muse de l’astronomie parce qu’Hésiode l’avait appelée ainsi.
Platon avait déjà fait sa propre répartition. Dans le mythe des cigales du Phèdre (259b-d), ces chanteuses infatigables rapportent aux Muses qui, sur terre, les honore. À Terpsichore elles signalent les danseurs des chœurs, à Érato les amants, à Calliope, l’aînée, et à Ourania ceux qui passent leur vie dans la philosophie, parce que ces deux-là ont pour domaine le ciel et les discours. La philosophie revient ainsi aux deux Muses que la tradition ultérieure attribuera à l’épopée et aux astres. Andrea Capra a soutenu en 2015 que ces quatre noms désignent les ingrédients du dialogue lui-même, la part lyrique du grand discours de Socrate et la part dialectique qui le suit.
Au pied de l’Hélicon, à Thespies, un monument montre l’étape suivante. Neuf statuettes de bronze se dressaient sur une base en arc de cercle d’une dizaine de mètres, au milieu d’ornements végétaux en bronze qui évoquaient le paysage du Val des Muses, dans un ensemble que ses éditeurs placent à la basse époque hellénistique. Chaque bloc portait le nom d’une Muse et une épigramme signée d’Honestos de Corinthe, poète du temps d’Auguste, qui décrivait la statue dressée au-dessus. Mis au jour à la fin du XIXᵉ siècle, en partie lors des fouilles de Paul Jamot, puis retrouvés dans les réserves du Musée archéologique de Thèbes, les blocs ont reçu en 2017 leur première publication complète par Guillaume Biard, Yannis Kalliontzis et Alexandra Charami.
Des neuf bronzes, il ne subsiste que les mortaises de fixation creusées dans la pierre.
« Elles m’insufflèrent une voix divine »
Hésiode raconte sa propre vocation au début de la Théogonie (22-34). Il fait paître ses agneaux sous l’Hélicon quand les Muses l’apostrophent, lui et ses pareils, bergers des champs, « ventres et rien d’autre ». Elles savent, disent-elles, dire beaucoup de mensonges semblables au vrai et, quand elles le veulent, proclamer la vérité, deux vers (27-28) dont le sens exact reste discuté. Puis elles lui donnent un rameau de laurier en guise de bâton et lui insufflent une voix divine pour qu’il chante ce qui sera et ce qui fut. Le verbe grec, enepneusan, dit littéralement qu’elles soufflèrent en lui.
Homère formule la même dépendance d’une autre manière. Avant d’énumérer les contingents grecs devant Troie, il demande aux Muses de parler, parce qu’elles sont déesses, présentes à tout et savent tout, alors que les hommes n’entendent qu’une rumeur, le kleos, et ne savent rien (Iliade, II, 484-486). L’inspiration homérique transmet un savoir de témoin. Les Muses punissent d’ailleurs ceux qui prétendent s’en passer, puisque le Thrace Thamyris, qui se vantait de les vaincre au chant, perd par leur faute la voix et l’art de la lyre (II, 594-600).
La généalogie confirme ce lien au savoir. Hésiode fait des Muses les filles de Zeus et de Mnémosyne, la Mémoire, qui s’unit à lui neuf nuits durant en Piérie (Théogonie, 53-57). Il ajoute aussitôt un paradoxe que le texte ne résout pas : les filles de la Mémoire naissent pour être l’oubli des maux, et le chanteur qui les sert fait oublier son chagrin à l’homme en deuil (55 et 98-103). Mémoire de ce qui mérite d’être chanté, mémoire des dieux et des héros, et oubli du reste. Pindare reprendra la posture du témoin en se disant, dans le Péan 6, prophète des Piérides, et en demandant ailleurs à la Muse de rendre l’oracle dont il sera l’interprète (fr. 150 Maehler).
Mousa, un mot sans racine sûre
Le nom lui-même résiste. Pierre Chantraine, dans son Dictionnaire étymologique de la langue grecque, ne lui reconnaît pas de sens propre, et la note de l’édition Loeb de Diodore relevait dès 1935 qu’aucun accord n’existait sur ce point. Deux hypothèses dominent. La première rattache mousa à la racine indo-européenne *men-, celle de la pensée active et du souvenir, qui a donné en grec mnêmê, la mémoire, et le nom de Mnémosyne. La seconde passe par une racine désignant la montagne et ferait des Muses d’anciennes nymphes des sommets, mais une conférence publiée par la revue Archaeology en avril 1966 relevait déjà les difficultés morphologiques de cette dérivation et l’absence de toute nymphe montagnarde dans les plus anciens textes. Pour les Anciens non plus, l’affaire n’était pas claire. Platon, dans le Cratyle (406a), tire le mot d’un verbe signifiant chercher, et Diodore le fait venir de muein, qu’il comprend comme l’enseignement des choses belles.
Dans la même famille que mnêmê se range mania, la folie ou le transport, si bien que mémoire et délire sont en grec des mots apparentés, fait que Yulia Ustinova a placé en 2012 au centre de son étude. Elle rappelle aussi qu’aucune figure équivalente aux Muses n’a été repérée dans les autres traditions indo-européennes, ce qui ôte à l’étymologie un point de comparaison possible. On ne sait donc ni d’où vient le mot, ni s’il désignait d’abord des déesses ou le chant lui-même, puisque mousa sert aussi, comme nom commun, à dire la musique.
Démocrite, Platon et l’aimant de l’Ion
L’idée d’un poète possédé s’écrit en toutes lettres au Vᵉ siècle avant notre ère. Démocrite affirme que tout ce qu’un poète compose avec enthousiasme et souffle sacré est très beau (DK 68 B 18), et c’est selon Ustinova la plus ancienne occurrence conservée du mot enthousiasmos. Platon pousse l’image jusqu’au bout dans l’Ion (533d-534e). La Muse y agit comme l’aimant qui attire des anneaux de fer et leur transmet sa force, si bien que le poète, puis le rhapsode, puis l’auditoire pendent à elle en chaîne. Le poète devient une « chose légère, ailée et sacrée », incapable de composer tant qu’il n’est pas hors de lui et que l’intelligence ne l’a pas quitté, simple interprète des dieux. Dans le Phèdre (245a), la poésie prend rang parmi les folies d’origine divine, et l’œuvre du poète sensé s’efface devant celle des inspirés.
Une partie de la recherche a conclu que cette théorie de la possession était une construction tardive. E. N. Tigerstedt soutenait en 1970 que la fureur poétique ne se laisse pas attester avant Démocrite et Platon. Penelope Murray a nuancé en 1981 dans le Journal of Hellenic Studies. Les poètes archaïques revendiquent bien une inspiration, mais comme un don durable et un savoir reçu des déesses, sans transe ni perte de conscience. Dans une conférence donnée en 2006 au Centre Louis-Gernet, elle tient le chanteur réduit au rôle de porte-voix, tel que le peint l’Ion, pour une caricature malveillante de Platon, l’aède homérique étant à ses yeux un artisan autant qu’un inspiré.
Le camp adverse a reçu en 2012 son argument le plus solide, et il est iconographique. Yulia Ustinova rappelle que la peinture attique montre des chanteurs en transport plusieurs décennies avant Démocrite. Sur une amphore attribuée au Peintre de Berlin, peinte vers 490 avant notre ère et conservée au Metropolitan Museum de New York (56 171,38), un jeune citharède chante la tête rejetée en arrière, le cou tendu, dans la pose de la ménade en extase du Peintre de Cléophradès, sur une amphore aujourd’hui à Munich. Elle y ajoute la caricature d’Eschyle dans les Grenouilles d’Aristophane, poète saisi d’une terrible fureur (816-817), et conclut que Démocrite et Platon ont formulé une idée déjà présente plutôt qu’ils ne l’ont inventée.
La querelle porte au fond sur la valeur d’un geste. Une tête renversée peut figurer l’extase comme l’effort de la voix, et la peinture ne dit pas ce que le chanteur éprouvait. La notice du musée new-yorkais garde d’ailleurs les deux lectures, puisqu’elle voit dans la scène un concours probable tout en écrivant que la musique transporte l’interprète. Au revers de la même amphore de 41,5 centimètres se tient un juge drapé, baguette en main, chargé d’évaluer l’art du citharède que l’autre face montre emporté par son chant.
Pour aller plus loin
Le dossier rejoint la figure d’Hésiode et de son village d’Ascra, au pied de l’Hélicon, ainsi que celle d’Apollon Musagète, conducteur du chœur des Muses. Il croise aussi l’histoire du Mouseion d’Alexandrie, l’institution savante qui tirait son nom des Muses.
On se représente volontiers les Muses comme neuf sœurs, chacune maîtresse d’un art, qui souffleraient leurs vers aux poètes pris d’une sorte de transe. Cette image vient bien de la Grèce ancienne. Elle s’y est pourtant formée lentement, entre les premiers poètes grecs et l’époque romaine, et chaque génération y a ajouté un trait.
Un berger sous l’Hélicon
Un premier récit vient d’Hésiode, un poète de Béotie, en Grèce centrale. On le place autour de 700 avant notre ère. Au début de son long poème sur la naissance des dieux, il raconte comment les Muses sont venues à lui. Il gardait alors ses moutons au pied d’une montagne, l’Hélicon.
Les déesses commencent par se moquer des bergers, qu’elles traitent de simples ventres. Elles lui tendent ensuite une branche de laurier. Puis elles soufflent en lui une voix divine, pour qu’il chante le passé et l’avenir. L’inspiration, à ce moment, est un vrai souffle.
Ce souffle apporte surtout un savoir. Elles ont pour père Zeus et pour mère la Mémoire, et elles connaissent ce qui s’est passé bien avant le poète. Homère dit la même chose avant de nommer les chefs grecs partis pour Troie. Les déesses ont tout vu, alors que les hommes n’ont entendu que des rumeurs.
Trois ou neuf
Hésiode est le premier auteur connu à donner un nom à chacune des neuf. Parmi elles figure Calliope, la Muse à la belle voix, qu’il place au-dessus des autres. Chaque nom reprend un mot qui apparaît quelques lignes plus haut dans son poème. Hésiode les a donc sans doute inventés, même si l’on ne peut pas l’affirmer.
Homère, lui, ne nomme aucune Muse. Bien plus tard, un voyageur grec appelé Pausanias raconte qu’au départ on n’en honorait que trois sur l’Hélicon. Leurs noms voulaient dire l’exercice, la mémoire et le chant. Pour plusieurs spécialistes, rien ne prouve que ce trio soit plus ancien que les neuf, et il pourrait même être apparu tard. D’autres jugent possible une vieille tradition locale.
Les Muses défilent aussi sur un grand vase peint à Athènes vers 570 avant notre ère. Elles marchent vers un mariage célébré par les dieux, chacune avec son nom écrit à côté d’elle. Ce sont les noms d’Hésiode, sauf un. La Muse de la danse y porte un nom voisin, qui signifie celle qui mène le chœur.
Un domaine pour chacune, beaucoup plus tard
Sur ce vase, les Muses n’ont aucune spécialité. Elles forment un groupe, et leurs noms pourraient presque s’échanger. Quatre d’entre elles n’apparaissent d’ailleurs chez aucun autre poète grec ancien.
Les domaines sont venus bien après. Uranie, dont le nom veut dire la Céleste, est devenue la Muse des astres. Pour l’helléniste Penelope Murray, c’est son nom qui lui a valu cette fonction.
Le philosophe Platon avait déjà fait sa propre distribution, au IVᵉ siècle avant notre ère. Dans l’un de ses dialogues, il confie la philosophie à Calliope et à Uranie. La tradition suivante leur donnera plutôt la grande poésie héroïque et le ciel.
La transe, une idée qui divise
Platon est aussi celui qui décrit le poète comme un homme hors de lui. Il compare la Muse à un aimant qui attire des anneaux de fer. Elle saisit le poète, qui entraîne à son tour ceux qui l’écoutent, comme une chaîne suspendue. Selon lui, le poète ne compose bien qu’une fois sa raison envolée.
Penelope Murray voit dans ce portrait une caricature. Les premiers poètes se disaient inspirés, mais à la façon d’un talent durable ou d’un savoir reçu, sans perdre la tête. La chercheuse Yulia Ustinova lui répond avec des vases peints. Bien avant Platon, un peintre athénien montre un chanteur la tête renversée, dans la pose d’une femme en extase religieuse. Pour elle, Platon a seulement mis en mots une idée plus ancienne.
Ce que vivaient ces chanteurs, personne ne peut le savoir. Une tête rejetée en arrière peut traduire l’extase, ou simplement l’effort de la voix. Les spécialistes ne sont toujours pas d’accord.
Le vase des neuf Muses est conservé au musée archéologique de Florence. Parmi les centaines de personnages peints, Calliope est l’une des deux seules figures à regarder le visiteur en face.
La version complète donne les mots d’Hésiode d’où sortent les neuf noms, et décrit l’amphore new-yorkaise sur laquelle se dispute la question de la transe.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Hésiode, *Théogonie*, 22-34 (investiture), 53-62 (naissance des Muses), 77-79 (les neuf noms), 98-103 – texte et traduction : [« Hesiod, Theogony 22-34 », Living Poets]( Durham Universityhttps://livingpoets.dur.ac.uk/w/index.php/Theogony_22-34
- Homère, *Iliade*, I, 1 ; II, 484-493 ; II, 594-600 ; *Odyssée*, XXIV, 60
- Pausanias, *Description de la Grèce*, IX, 29, 1-4 – [« Description of Greece », 9,29,1-9,30,1]( Perseids, Tufts Universityhttps://cts.perseids.org/read/greekLit/tlg0525/tlg001/perseus-eng2/9.29.1-9.30.1
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Sources primaires (suite)
- Diodore de Sicile, *Bibliothèque historique*, IV, 7 – [« Diodorus Siculus – Book IV Chapters 1-7 »]( LacusCurtius, University of Chicagohttps://penelope.uchicago.edu/Thayer/E/Roman/Texts/Diodorus_Siculus/4A*.html
- Platon, *Ion*, 533d-534e ; *Phèdre*, 245a et 259b-d ; *Cratyle*, 406a
- Démocrite, fragment DK 68 B 18 ; Pindare, *Péan 6* (fr. 52f Maehler) et fr. 150 Maehler ; Plutarque, *Propos de table*, 743d ; Aristophane, *Grenouilles*, 816-817
- Vase François, cratère à volutes attique à figures noires signé par Ergotimos et Kleitias, vers 570 avant notre ère, h. 66 cm, trouvé près de Chiusi en 1844 Museo Archeologico Nazionale, Florence, inv. 4209
- Amphore attique à figures rouges attribuée au Peintre de Berlin, citharède et juge, vers 490 avant notre ère, h. 41,5 cm The Metropolitan Museum of Art, New York, 56 171,38
- Base des neuf Muses du Val des Muses, Thespies, épigrammes signées d’Honestos de Corinthe Musée archéologique de Thèbes
Bibliographie
- Penelope Murray, « Poetic Inspiration in Early Greece », *The Journal of Hellenic Studies* 101, 1981, p. 87-100 Society for the Promotion of Hellenic Studies
- E. N. Tigerstedt, « Furor poeticus : Poetic Inspiration in Greek Literature before Democritus and Plato », *Journal of the History of Ideas* 31 (2), 1970, p. 163-178 University of Pennsylvania Press
- Yulia Ustinova, [« Madness into Memory : Mania and Mnēmē in Greek Culture »]( *Scripta Classica Israelica* 31, 2012, p. 109-131 Israel Society for the Promotion of Classical Studieshttps://scriptaclassica.org/index.php/sci/article/download/3031/2561/6039
- Alex Hardie, « The Aloades on Helicon : Music, Territory and Cosmic Order », *Antike und Abendland* 52, 2006, p. 42-71, [DOI 10,1515/9783110186345,42]( De Gruyterhttps://doi.org/10.1515/9783110186345.42
- B. A. van Groningen, « Les trois Muses de l’Hélicon », *L’Antiquité classique* 17, 1948, p. 287-296 L’Antiquité classique
- Andrea Capra, [*Plato’s Four Muses : The Phaedrus and the Poetics of Philosophy*]( Hellenic Studies 67, Washington, 2015 Center for Hellenic Studieshttps://www-current.chs.harvard.edu/chapter/chapter-1-terpsichore
- Tomasz Mojsik, « From Hesiod’s Tripod to Thespian Mouseia. Archaeological Evidence and Cultural Contexts », *Klio* 101 (2), 2019, p. 405 et suiv., [DOI 10,1515/klio-2019-0036]( De Gruyterhttps://doi.org/10.1515/klio-2019-0036
- Guillaume Biard, Yannis Kalliontzis et Alexandra Charami, « La base des Muses au sanctuaire de l’Hélicon », *Bulletin de correspondance hellénique* 141 (2), 2017, p. 697 et suiv. École française d’Athènes
- Pierre Chantraine, *Dictionnaire étymologique de la langue grecque. Histoire des mots*, t. III, Paris, 1974, s.v. μοῦσα, p. 716 Klincksieck
Sources en ligne
- [« Qu’est-ce qu’une Muse ? »]( Penelope Murray, trad. Étienne Dunant, conférence au Centre Louis-Gernet, mars 2006 Savoirs, EHESShttps://savoirs-dev.huma-num.fr/en/articles/WTxnWc9ac2eB_0N7PEDuew/download.epub
- [« The François Vase : story book of Greek mythology »]( Monica Bulger Smarthistoryhttps://smarthistory.org/francois-vase
- [« Terracotta amphora (jar) », 56 171,38]( The Metropolitan Museum of Arthttps://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/56.171.38
- [« The Shrine of the Valley of the Muses : An Archaeological, Historical and Literary Topos Revisited »]( Yannis Kalliontzis CHS Research Bulletin, Center for Hellenic Studieshttps://research-bulletin.chs.harvard.edu/2020/03/30/shrine-valley-of-the-muses
- [« Home for the Muses », *Archaeology*, avril 1966]( Archaeology Magazine Archivehttps://www.nxtbook.com/nxtbooks/archaeology/19660401/index.php?startid=6












