Euthyphron n’a pas besoin qu’on lui lise l’acte d’accusation jusqu’au bout. Socrate lui apprend, devant le Portique du roi, que Mélétos le présente comme un fabricant de dieux, qui en introduirait de nouveaux et ne croirait pas aux anciens. Le devin comprend aussitôt que l’affaire tient au signe divin dont Socrate dit qu’il lui vient régulièrement (Euthyphron, 3b). Il ajoute qu’on rit de lui aussi à l’Assemblée, qu’on le traite de fou quand il annonce l’avenir alors qu’aucune de ses prédictions ne s’est révélée fausse, et il range Socrate à ses côtés, parmi ceux que la foule jalouse (3c).
« D’autres divinités nouvelles »
Au IIIᵉ siècle de notre ère, Diogène Laërce recopie la teneur de l’accusation d’après Favorinus, qui la disait encore conservée dans les archives du Métrôon, à Athènes (Vies, II, 40). Socrate y est accusé de ne pas reconnaître les dieux de la cité, d’introduire d’autres divinités nouvelles, hetera kaina daimonia, et de corrompre la jeunesse ; l’Apologie de Platon donne les mêmes griefs dans un autre ordre (24b-c). Xénophon écrit au début des Mémorables que le bruit s’était répandu que Socrate se disait averti par le daimonion, et que de là, croit-il, est venu le grief des divinités nouvelles (I, 1, 2). Le Socrate de Platon dit la même chose à ses juges, avec un verbe de théâtre, epikômôidôn, pour signifier que Mélétos a tourné la chose en comédie dans sa plainte (Apologie, 31d).
Le mot prêtait à confusion. Quand Socrate le présente pour la première fois, en 31c, il parle de « quelque chose de divin et de démonique » qui lui arrive, theion ti kai daimonion. Daimonion est un adjectif, qui qualifie ce qui relève d’un daimôn, une puissance divine sans nom propre ni culte fixé, et Gregory Vlastos rappelle après l’helléniste John Burnet que le grec classique ne connaît pas de nom commun daimonion. Chez Platon, Socrate dit « le signe divin » (République, VI, 496c), « le signe habituel » (Apologie, 40c) ou simplement « le signe », to sêmeion (41d), et seuls les accusateurs, relève Vlastos, emploient le mot comme un nom désignant des divinités. D’un adjectif qui décrivait une expérience, la plainte a tiré des dieux à recenser.
Le français hérite du glissement. Le dialogue de Plutarque s’intitule Le Démon de Socrate, et le mot charrie le diable chrétien ; la « petite voix intérieure » des titres modernes ajoute un adjectif que le grec ne donne pas, puisque Socrate dit seulement qu’une voix, phônê, se fait entendre (31d). On s’en tiendra ici à « signe », parce que c’est le nom que les dialogues donnent à la chose quand ils la précisent et qu’il ne préjuge ni de son origine ni du lieu d’où elle parle.
Le gué que Socrate ne traverse pas
Depuis l’enfance, dit Socrate dans l’Apologie, une voix lui vient, et chaque fois qu’elle vient elle le détourne de ce qu’il s’apprête à faire, sans jamais le pousser à agir, apotrepei […] protrepei de oupote (31d). C’est elle qui s’oppose à ce qu’il fasse de la politique, et il l’en approuve, car il serait mort depuis longtemps sans avoir servi à rien. Elle l’arrêtait très souvent, précise-t-il plus loin, même pour des choses minimes, et parfois au milieu d’une phrase (40a-b). Les autres dialogues montrent le signe au travail. Dans l’Euthydème (272e), Socrate est assis seul dans le vestiaire du Lycée et va se lever quand le signe habituel survient ; il se rassied, et entrent alors les deux sophistes dont la conversation remplit le dialogue. Dans le Phèdre (242b-c), il s’apprête à franchir un cours d’eau après un premier discours sur l’amour, le signe l’en empêche, et il croit entendre une voix qui lui défend de partir avant de s’être purifié d’une faute envers la divinité. « Je suis devin, pas très bon, mais assez pour mon usage », ajoute-t-il (traduction de la rédaction). Dans le Théétète (151a), le signe lui interdit de reprendre certains anciens disciples et l’autorise pour d’autres, et dans la République (VI, 496c) Socrate dit que ce qui lui arrive n’est arrivé qu’à peu de gens avant lui, ou à personne.
Ramené à l’essentiel, le dispositif se décrit sans vocabulaire religieux. Le signe porte sur une action imminente et précise, jamais sur une conduite en général. Il interdit sans dire pourquoi, et son silence n’autorise rien en termes exprès, de sorte que Socrate doit deviner lui-même la raison de chaque veto ; dans le Phèdre, il cherche après coup la faute que l’interdiction signalait et la trouve dans son propre discours, qu’il juge impie envers Éros. La consigne du Phèdre a pourtant la forme d’une condition, puisqu’elle interdit de partir avant la purification, et une note de l’édition Loeb de l’Euthydème juge que ce genre d’épisode explique que Xénophon ait pu dire le signe parfois positif.
Xénophon
L’autre disciple raconte une voix plus bavarde. La plupart des gens, écrit-il, disent que les oiseaux ou les rencontres les détournent ou les encouragent, tandis que Socrate disait que le daimonion lui faisait signe ; il conseillait à beaucoup de ses compagnons de faire ceci et de ne pas faire cela d’après ces avertissements, et ceux qui l’écoutaient s’en trouvaient bien (Mémorables, I, 1, 4). Dans l’Apologie que Xénophon lui consacre, Socrate rappelle que le tonnerre est une voix et le plus grand des présages, que la Pythie transmet la volonté du dieu par une voix, et il affirme n’avoir jamais été pris en défaut sur les conseils transmis à ses amis de la part du dieu (12-13). Le signe l’aurait même empêché de préparer sa défense (Mémorables, IV, 8, 5).
Louis-André Dorion, traducteur des Mémorables pour la Collection des Universités de France, soutient que l’expression to daimonion désigne chez Xénophon la divinité qui envoie le signe. Vlastos voit dans ce daimonion un instrument de prédiction au service des amis de Socrate, inconnu de Platon, et préfère le témoignage de Platon, comme sur la plupart des points où les deux disciples divergent.
Aucun troisième témoin ne permet de les départager.
Nickolas Pappas, rendant compte en 2005 d’un recueil consacré au signe, formule un soupçon qui vaut pour les deux. Platon et Xénophon prennent un soin particulier à parler du signe dans leurs récits du procès, peut-être parce qu’ils l’avaient cru capable de protéger leur maître et qu’il ne l’a pas fait ; leurs explications de cette mort acceptée de bon cœur seraient alors des justifications après coup, et les textes dont on dispose ne permettent ni de vérifier ce soupçon ni de l’écarter.
Obéir sans raisons
Platon a écrit lui-même la phrase qui fait difficulté. Dans le Criton (46b), Socrate se dit l’homme qui n’obéit, en lui, à rien d’autre qu’au raisonnement qui lui paraît le meilleur à l’examen. Comment le même homme peut-il se laisser arrêter par une voix qui ne donne pas ses raisons ? Pendant longtemps, rappelle Pappas, les commentateurs ont contourné la question en faisant du signe un autre nom de la raison.
Gregory Vlastos lui a donné sa forme la plus nette en 1991, dans une note additionnelle de Socrates, Ironist and Moral Philosopher. Il distingue ce que le signe présente, qui est clair, et son interprétation, qui ne l’est pas, et observe qu’aucun texte de Platon ne dit que le dieu fournit aussi la bonne lecture du message. Socrate doit donc, écrit-il, s’en remettre pour l’interpréter « à ses propres ressources humaines, hautement faillibles » (traduction de la rédaction). Vlastos range ensuite les épisodes en deux classes. Dans les uns, Socrate dispose de raisons indépendantes qui l’auraient conduit au même choix sans le signe, et la politique en est l’exemple, puisqu’il juge lui-même qu’il y aurait péri sans être utile à personne. Dans les autres, il suit une intuition qu’il ne sait pas encore formuler, comme dans le vestiaire du Lycée ou au bord du cours d’eau, où les raisons ne deviennent claires qu’après coup. Vlastos convoque alors un contre-modèle, Abraham, à qui Dieu ordonne de sacrifier son fils (Genèse, 22) et chez qui la foi l’emporte sur la raison. Le dieu de Socrate n’a que les attributs que sa raison lui reconnaît, de sorte qu’un message contraire à la justice se condamnerait lui-même comme une fantaisie de l’imagination. La comparaison a une limite qui tient au texte de l’Apologie, puisqu’une voix qui ne fait qu’interdire ne saurait ordonner un sacrifice.
Thomas Brickhouse et Nicholas Smith avaient soutenu en 1989, dans Socrates on Trial, que le signe donne à Socrate un accès direct et certain à certaines vérités morales, et qu’il s’était opposé à lui chaque fois qu’il avait résolu d’entrer en politique, prévalant ainsi sur une décision déjà prise. Vlastos répond que le texte ne dit nulle part que Socrate ait rien décidé, et propose un cas. Qu’on imagine une offre d’emploi qui doublerait le salaire mais pourrait tourner au désastre, une nuit blanche passée à la peser, et un matin où l’on est presque prêt à écrire la lettre d’acceptation. Un signe soucieux de votre bien parlerait à ce moment-là, avant la décision. Le lecteur peut refaire l’expérience pour son compte, en se demandant si un « non » survenu sans motif ce matin-là serait une information sur le monde ou la voix de sa propre hésitation. Vlastos ajoute qu’on ignore, et qu’on ignorera tant qu’on s’en tiendra aux témoignages, si Socrate est jamais allé jusqu’à décider de faire de la politique. En 2005, le recueil dirigé par Pierre Destrée et Nicholas Smith, issu d’un colloque tenu à Bruxelles en 2003, rouvre le débat. Brickhouse et Smith y reprennent la réfutation de la lecture de Vlastos, qu’ils jugent réductrice, et soutiennent que l’expérience de Socrate était proprement religieuse sans être pour autant irrationnelle. Les dix contributions se partagent sur deux questions qu’aucune n’a réglées, celle de savoir si le signe vient d’un dieu ou parle de l’intérieur de Socrate, et celle de savoir s’il fait de lui une exception ou un modèle.
Un éternuement à droite
Plutarque a consacré au signe un dialogue entier, situé à Thèbes pendant la conjuration démocratique de 379 avant notre ère. Polymnis y rapporte, d’après un philosophe de Mégare qui le tenait de Terpsion, que le signe était un éternuement, le sien ou celui des autres. Un éternuement à sa droite le faisait agir, à sa gauche il s’abstenait, et le sien propre confirmait un acte sur le point d’être commencé mais arrêtait un acte déjà entrepris. Galaxidore objecte que l’éternuement serait alors l’instrument et le dieu l’agent, comme c’est l’archer qui blesse et non la flèche (Le Démon de Socrate, chap. 10-12). Terpsion figure d’ailleurs dans le Phédon parmi les Mégariens présents le jour où Socrate a bu le poison (59c). Simmias propose une autre lecture (chap. 20). Socrate tenait pour des imposteurs ceux qui prétendaient avoir vu un dieu, mais interrogeait avec sérieux ceux qui disaient avoir entendu une voix ; Simmias l’a questionné une fois sur son signe, n’a obtenu aucune réponse et n’a jamais reposé la question. Il suppose une pensée venue d’un daimôn, qui touchait l’intelligence de Socrate sans passer par aucun son.
En 1836, le médecin aliéniste Louis-Francisque Lélut publie Du démon de Socrate, spécimen d’une application de la science psychologique à celle de l’histoire, réédité en 1856. Michel Brix résume sa démonstration. Socrate avait un génie familier qui réglait sa conduite, il était donc sujet à des hallucinations ; or tout halluciné remplit la condition de l’aliénation, et Socrate était donc fou. Tony James a montré que, dans le discours médical français d’après 1830, l’hallucination devient le seuil au-delà duquel la folie est tenue pour certaine. Baudelaire s’en souvient dans « Assommons les pauvres ! », poème en prose publié après sa mort dans Le Spleen de Paris. « Ce pauvre Socrate n’avait qu’un Démon prohibiteur ; le mien est un grand affirmateur, le mien est un Démon d’action, un Démon de combat. » La voix conseille au narrateur de rosser un mendiant, et il obéit. Florence Vatan lit le poème comme une parodie des thèses médicales et politiques de Lélut. Nietzsche, dans La Naissance de la tragédie (1872, § 13), s’arrête sur le même trait. Chez tous les hommes productifs, écrit-il, l’instinct est la force créatrice et affirmative, la conscience celle qui critique et met en garde ; chez Socrate, l’instinct devient le critique et la conscience le créateur, ce qu’il appelle une monstruosité per defectum (traduction de la rédaction).
Mega tekmêrion
Le dernier usage que Socrate fait du signe est un raisonnement en trois temps (Apologie, 40a-c). Jusque-là, le signe s’est opposé à lui très souvent, même pour des choses minimes, chaque fois qu’il allait mal agir. Ce jour-là, il ne s’est opposé à rien, ni quand Socrate est sorti de chez lui le matin, ni quand il est monté au tribunal, ni à aucun moment de son discours. Ce qui lui arrive est donc probablement un bien, et ceux qui tiennent la mort pour un mal se trompent.
Socrate appelle ce silence un grand indice, mega tekmêrion, et Vlastos insiste sur le mot, car le grec disposait d’apodeixis pour dire « preuve ». Socrate enchaîne d’ailleurs sur un argument qui se passe du signe, puisque la mort est soit un sommeil sans rêve, soit un changement de séjour, et qu’elle serait un gain dans les deux cas (40c-41c). L’indice repose sur une prémisse que le lecteur peut éprouver. Le silence d’un gardien qui a toujours averti prouve-t-il l’absence de danger, ou seulement que ce danger-là n’était pas de ceux qu’il signale ?
Dans le Phédon, ce qui s’adresse à Socrate en prison est un rêve. Il l’a souvent fait au cours de sa vie, sous des formes diverses, et le rêve lui disait toujours la même chose, « Socrate, fais de la musique et travailles-y » (60e, traduction de la rédaction). Il l’avait compris comme on encourage des coureurs qui courent déjà, puisque la philosophie était selon lui la plus haute des musiques. Le procès passé, et la fête d’Apollon retardant l’exécution, il a jugé plus sûr de ne pas partir sans avoir aussi obéi au sens ordinaire de la consigne (61a-b). Il a composé un hymne au dieu de la fête, puis, faute d’inventer lui-même des fables, il a mis en vers celles d’Ésope qu’il savait par cœur, les premières qui lui sont venues à l’esprit.
Pour aller plus loin
La maïeutique du Théétète, déjà traitée dans l’encyclopédie, mentionne le signe dans la page même où Socrate se dit stérile en sagesse. Le procès de Socrate, considéré comme un problème philosophique, et l’ironie socratique éclairent l’accusation de 399 et la manière dont Socrate s’est défendu.
Socrate entendait-il vraiment une voix ? Personne ne peut le dire. Ce penseur d’Athènes a été jugé et condamné à mort en 399 avant notre ère. Il affirmait qu’un signe venu des dieux lui parlait depuis l’enfance. Ses élèves en ont laissé des récits, et ses accusateurs s’en sont servis contre lui.
Une voix qui ne dit que non
Selon Platon, ce signe ressemblait à une voix. Elle venait sans prévenir, juste avant que Socrate agisse. Elle lui disait de ne pas faire une chose précise, et elle ne lui disait jamais quoi faire à la place. Elle ne donnait pas non plus ses raisons.
Un jour, Socrate est assis seul dans une salle de sport. Il veut se lever pour partir. La voix l’arrête, il se rassied, et deux visiteurs entrent pour discuter avec lui. Une autre fois, il veut traverser une rivière. La voix l’en empêche tant qu’il n’a pas réparé une faute envers les dieux. Il comprend ensuite que cette faute tenait à un discours qu’il venait de prononcer.
Ce signe l’a aussi tenu loin de la politique. Socrate s’en félicitait, car il pensait qu’il y serait mort depuis longtemps sans servir à personne.
L’accusation et le mot de trop
Le mot grec qui désigne ce signe est daimonion, un adjectif qui veut dire à peu près « divin ». Il ne nommait aucun dieu en particulier. Ses accusateurs l’ont pourtant transformé en accusation. Socrate, disaient-ils, introduisait dans la ville des divinités nouvelles.
Le français n’aide pas. On traduit souvent ce mot par « démon », qui fait penser au diable. On parle aussi de « petite voix intérieure », alors que les textes grecs parlent seulement d’une voix.
Deux élèves, deux récits
Platon décrit une voix qui interdit, toujours. Xénophon, un autre élève de Socrate, raconte autre chose. Chez lui, le signe conseille aussi d’agir, et Socrate transmet ses avertissements à ses amis. Ceux qui l’écoutent s’en portent bien, et les autres le regrettent.
Les deux récits ne s’accordent pas, et aucun autre témoin ne permet de choisir. Un chercheur se demande même si les deux élèves n’ont pas arrangé leurs souvenirs. Ils avaient peut-être cru le signe capable de protéger leur maître, et il ne l’a pas sauvé.
Le philosophe et la voix sans raison
La difficulté vient de Socrate lui-même. Il se présentait comme un homme qui ne suit que le raisonnement le plus solide. Comment pouvait-il obéir à une voix qui ne donnait jamais d’explication ?
En 1991, le philosophe Gregory Vlastos propose une réponse. Selon lui, la voix ne fournit aucun savoir. Socrate doit deviner seul ce qu’elle veut dire, avec sa propre raison, qui peut se tromper. Vlastos donne un exemple simple. Une personne hésite toute une nuit avant d’accepter un emploi risqué. Un signe bienveillant parlerait au matin, avant la décision.
Deux autres spécialistes, Thomas Brickhouse et Nicholas Smith, lui répondent. Pour eux, l’expérience de Socrate était vraiment religieuse. Cela ne la rendait pas déraisonnable pour autant. Le débat n’est toujours pas tranché.
D’autres lectures sont venues après la mort de Socrate. Un auteur grec de l’époque romaine, Plutarque, rapporte qu’on y voyait parfois un simple éternuement. Au XIXᵉ siècle, un médecin français a conclu que Socrate souffrait d’hallucinations, et donc qu’il était fou.
Le silence du dernier jour
Le jour du procès, la voix ne s’est pas manifestée. Elle ne l’a pas arrêté le matin en sortant de chez lui. Elle n’a rien dit non plus au tribunal ni pendant sa défense. Socrate en tire une conclusion prudente. Puisque la voix s’est tue, ce qui l’attend n’est sans doute pas un malheur, même s’il s’agit de la mort. Il parle d’un indice, et non d’une preuve.
En prison, c’est un rêve qui lui parle. Ce rêve revenait souvent dans sa vie et lui disait de faire de la musique. Socrate pensait jusque-là que la philosophie suffisait. Avant de mourir, il compose pourtant un hymne au dieu Apollon. Il met aussi en vers des fables d’Ésope, les premières qui lui reviennent en mémoire.
La version complète cite la phrase où Baudelaire oppose son propre démon à celui de Socrate, et suit Vlastos jusqu’au contre-exemple d’Abraham.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Platon, *Apologie de Socrate*, pagination Stephanus : 24b-c (les griefs de l’accusation), 31c-d (*theion ti kai daimonion*, la voix depuis l’enfance, *apotrepei […] protrepei de oupote*, *epikômôidôn*, l’opposition à la politique), 40a-c (le signe habituel, les choses minimes, le silence du jour du procès, *mega tekmêrion*), 40c-41c (la mort, sommeil sans rêve ou changement de séjour), 41d (*to sêmeion*) ; texte grec éd. John Burnet, *Platonis Opera*, t. I, Oxford, 1900 ; trad. anglaise Harold North Fowler, *Plato in Twelve Volumes*, vol. 1, 1914 ; passages cités en traduction de la rédaction ; édition française de référence, *Apologie de Socrate. Criton*, trad. Luc Brisson, Paris, 1997, rééd. corrigée 2017, « GF » n° 848 (non collationnée pour les citations) Clarendon Press ; Harvard University Press et William Heinemann ; Flammarion
- Platon, *Euthyphron*, 3b-c (Socrate « fabricant de dieux », le signe divin, Euthyphron moqué à l’Assemblée), trad. anglaise Harold North Fowler, *Plato in Twelve Volumes*, vol. 1, 1914 Harvard University Press et William Heinemann
- Platon, *Euthydème*, 272e (le signe habituel dans le vestiaire du Lycée), trad. anglaise de l’édition Loeb, avec la note sur le caractère parfois positif du signe chez Xénophon Harvard University Press et William Heinemann
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Sources primaires (suite)
- Platon, *Phèdre*, 242b-c (le cours d’eau, la voix qui défend de partir avant la purification, « devin, pas très bon »), trad. anglaise Harold North Fowler, Loeb ; cité en traduction de la rédaction Harvard University Press et William Heinemann
- Platon, *Théétète*, 151a (le signe qui interdit de reprendre certains anciens disciples), trad. anglaise Harold North Fowler, *Plato in Twelve Volumes*, vol. 7, 1921 Harvard University Press et William Heinemann
- Platon, *République*, VI, 496c (« le signe divin », arrivé à peu de gens ou à personne avant Socrate), trad. anglaise et notes de Paul Shorey, Loeb Classical Library Harvard University Press et William Heinemann
- Platon, *Criton*, 46b (l’homme qui n’obéit qu’au raisonnement qui lui paraît le meilleur à l’examen), trad. anglaise Harold North Fowler, *Plato in Twelve Volumes*, vol. 1, 1914 ; cité en traduction de la rédaction Harvard University Press et William Heinemann
- Platon, *Phédon*, 59c (Terpsion parmi les présents), 60e-61b (le rêve « fais de la musique et travailles-y », l’hymne au dieu de la fête, les fables d’Ésope mises en vers), trad. anglaise Harold North Fowler, *Plato in Twelve Volumes*, vol. 1, 1914 ; cité en traduction de la rédaction Harvard University Press et William Heinemann
- *Genèse*, 22 (l’ordre donné à Abraham de sacrifier son fils), cité d’après Gregory Vlastos (1991), p. 285
- Xénophon, *Mémorables*, I, 1, 2 (l’accusation rapportée au *daimonion*), I, 1, 4 (les signes et les conseils aux compagnons), IV, 8, 5 (le signe opposé à la préparation de la défense), trad. anglaise E. C. Marchant, Loeb Classical Library, 1923 ; cités en traduction de la rédaction ; édition française de référence, *Mémorables*, texte établi par Michele Bandini, traduit et annoté par Louis-André Dorion, 3 vol., Paris, 2000-2011, « Collection des Universités de France » (non collationnée pour les citations) Harvard University Press et William Heinemann ; Les Belles Lettres
- Xénophon, *Apologie de Socrate*, 12-13 (le tonnerre, la Pythie, les conseils jamais démentis), trad. anglaise O. J. Todd, Loeb Classical Library ; résumé par la rédaction Harvard University Press et William Heinemann
- Diogène Laërce, *Vies et doctrines des philosophes illustres*, II, 40 (l’acte d’accusation d’après Favorinus, conservé au Métrôon, *hetera kaina daimonia*), trad. anglaise R. D. Hicks, Loeb Classical Library, 1925 Harvard University Press et William Heinemann
- Plutarque, *Le Démon de Socrate* (*De genio Socratis*), chap. 10-12 (l’éternuement d’après Terpsion, droite et gauche, l’instrument et l’agent selon Galaxidore), chap. 20 (Simmias, les visions et les voix, la question restée sans réponse, la pensée du *daimôn* sans son) ; trad. anglaise Phillip H. De Lacy et Benedict Einarson, *Moralia*, vol. VII, Loeb Classical Library, 1959 ; édition française de référence, *Œuvres morales*, t. VIII, texte établi et traduit par Jean Hani, Paris, 1980, « Collection des Universités de France » (non collationnée) Harvard University Press et William Heinemann ; Les Belles Lettres
- Louis-Francisque Lélut, *Du démon de Socrate, spécimen d’une application de la science psychologique à celle de l’histoire*, Paris, Trinquart, 1836 ; rééd. J.-B. Baillière, 1856 ; démonstration citée d’après Michel Brix (2007)
- Charles Baudelaire, « Assommons les pauvres ! », *Petits Poèmes en prose* (*Le Spleen de Paris*), XLIX, publication posthume ; texte consulté sur le site Athena de l’Université de Genève ; lettre à Sainte-Beuve envoyée de Bruxelles sur Baillarger et Lélut, citée d’après Michel Brix (2007), qui renvoie à la *Correspondance*, éd. Claude Pichois, « Bibliothèque de la Pléiade », t. II Gallimard
- Friedrich Nietzsche, *Die Geburt der Tragödie*, 1872, § 13 (l’instinct devenu critique, la conscience créatrice, « Monstrosität per defectum ») ; texte allemand et trad. anglaise de Raymond Geuss et Ronald Speirs, Cambridge, 1999 ; cité en traduction de la rédaction Cambridge University Press
Bibliographie
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- John Burnet, note sur l’*Euthyphron*, 3b5 (absence d’un substantif *daimonion* en grec classique), citée d’après Gregory Vlastos (1991), p. 280
- Thomas C. Brickhouse et Nicholas D. Smith, *Socrates on Trial*, Princeton, 1989, xiv-337 p. (accès direct et certain à certaines vérités morales par le signe, p. 241 ; opposition du signe à chaque résolution d’entrer en politique, p. 168-169, d’après Vlastos) Princeton University Press
- Pierre Destrée et Nicholas D. Smith (dir.), *Socrates’ Divine Sign : Religion, Practice, and Value in Socratic Philosophy*, 2005, 192 p., actes d’un colloque tenu à Bruxelles en 2003 ; contribution de Thomas C. Brickhouse et Nicholas D. Smith contre la lecture de Vlastos (p. 44-49, 61-62, d’après N. Pappas) Academic Printing and Publishing
- Nickolas Pappas, compte rendu de P. Destrée et N. D. Smith (dir.), *Socrates’ Divine Sign*, *Notre Dame Philosophical Reviews*, 2005,10,11 University of Notre Dame
- Louis-André Dorion, « The *Daimonion* and the *Megalêgoria* of Socrates in Xenophon’s *Apology* », dans P. Destrée et N. D. Smith (dir.), *Socrates’ Divine Sign*, 2005 (le *daimonion* comme divinité chez Xénophon, le signe opposé à la défense) Academic Printing and Publishing
- Michel Brix, « Baudelaire et l’énigme de “J. G. F.” », *Verbum Analecta Neolatina* IX/2, 2007, p. 181-186, DOI 10,1556/Verb.9,2007,2.3 (le syllogisme de Lélut, Baudelaire et les aliénistes) Akadémiai Kiadóhttps://doi.org/10.1556/Verb.9.2007.2.3
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- Florence Vatan, « The “Poet-Philosopher” and the “Physician-Philosopher” : A Reading of Baudelaire’s Prose Poem “Assommons les pauvres !” », *Nineteenth-Century French Studies* 33 (1-2), 2004-2005, p. 89-106, DOI 10,1353/ncf.2004,0079 University of Nebraska Presshttps://doi.org/10.1353/ncf.2004.0079
Sources en ligne
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- « Apology » (31-32, texte grec de Burnet) Perseids, Tufts Universityhttps://cts.perseids.org/read/greekLit/tlg0059/tlg002/perseus-grc2/31-32
- « Apology » (39-40, trad. Fowler) Perseids, Tufts Universityhttps://cts.perseids.org/read/greekLit/tlg0059/tlg002/perseus-eng2/39-40
- « Euthyphro (3) » Scaife ATLAS, Perseus Digital Library, Tufts Universityhttps://atlas.perseus.tufts.edu/library/passage/urn:cts:greekLit:tlg0059.tlg001.perseus-eng2:3/
- « Euthydemus » (272) Scaife ATLAS, Perseus Digital Library, Tufts Universityhttps://atlas.perseus.tufts.edu/library/passage/urn:cts:greekLit:tlg0059.tlg021.perseus-eng2:272/text/
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- « Theaetetus » (151) Scaife ATLAS, Perseus Digital Library, Tufts Universityhttps://atlas.perseus.tufts.edu/library/passage/urn:cts:greekLit:tlg0059.tlg006.perseus-eng2:151/text/
- « Republic » (VI, 496) Scaife ATLAS, Perseus Digital Library, Tufts Universityhttps://atlas.perseus.tufts.edu/library/passage/urn:cts:greekLit:tlg0059.tlg030.perseus-eng2:6.496/text/
- « Crito » (43-54, trad. Fowler) Perseids, Tufts Universityhttps://cts.perseids.org/read/greekLit/tlg0059/tlg003/perseus-eng2/43-54
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