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Chaco Canyon : Pueblo Bonito et les grandes maisons du désert

Rationalobserver / Wikimedia Commons
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Pour fermer la salle 28, on y a mis le feu. La porte qui la reliait à la salle 32 a d’abord été murée. Sur des étagères, devant les seuils et sur le sol de la pièce du dessus, on a disposé 173 vases de terre cuite, dont 112 jarres cylindriques, puis on a allumé un foyer au pied d’un poteau de la pièce basse. Le sable du sol s’est vitrifié par endroits, et l’incendie n’a cessé qu’avec l’effondrement de l’étage, qui a étouffé les flammes. Les traces datent des environs de 1100, à Pueblo Bonito, la plus vaste des grandes maisons de Chaco Canyon, au Nouveau-Mexique. Patricia Crown, qui a rouvert la pièce en 2013 pour l’université du Nouveau-Mexique, et son collègue W. H. Wills lisent dans ce feu un rite de clôture, destiné à retirer leur puissance à des objets tenus pour animés, et les salles voisines de l’arc nord de la cour ouest ont brûlé de la même façon.

Le chantier de Pueblo Bonito ne s’est jamais arrêté

Le canyon entaille des grès du Crétacé vers 1 890 mètres d’altitude ; il y tombe en moyenne 225 millimètres de pluie par an, et la plaine alluviale ne mesure que 750 mètres de large au pied de Pueblo Bonito. Parler ici de Moyen Âge ne découperait rien. Les archéologues du Sud-Ouest emploient la classification adoptée en août 1927 au premier colloque de Pecos, réuni par Alfred Kidder, et les premières pièces de Pueblo Bonito chevauchent la frontière conventionnelle entre Pueblo I, vers 750-900, et Pueblo II, vers 900-1100. Le service des parcs nationaux résume l’histoire de l’édifice par une fourchette, une construction par étapes de 850 à 1150.

Sous cette fourchette, le bois raconte autre chose qu’une croissance régulière. Entre 850 et 925 environ, on élève des pièces de un à quatre étages avec des techniques si disparates, gros blocs presque sans mortier, plaquettes de grès serrées, clayonnage enduit, assises noyées dans la boue, que Crown et Wills y voient le travail de maisonnées bâtissant chacune à sa manière, sur un lieu déjà habité à la période dite Basketmaker III ; des meules usées, remployées dans les murs, trahissent ce village antérieur. Puis les dates d’abattage s’interrompent entre 975 et 1040 environ, et Thomas Windes et Dabney Ford décrivaient en 1996 des secteurs laissés sans entretien, en partie effondrés, avant la reprise des années 1040. Elle est brutale. Les cernes indiquent au moins 80 pièces nouvelles entre 1040 et 1050, 24 entre 1050 et 1070, peut-être 160 à 170 entre 1070 et 1100, pour un total d’environ six cents pièces de maçonnerie montant jusqu’à quatre étages et de trente-sept kivas, ces salles rondes à demi enterrées qui servaient surtout aux rites. D’autres auteurs comptent 650 pièces, d’autres 800. Tout se complique parce que les bâtisseurs remployaient les poutres des pièces démolies et remodelaient sans cesse, si bien qu’une date d’abattage ne date jamais à coup sûr le mur qui la porte. Crown et Wills en concluent que l’histoire de cette maison ne sera peut-être jamais entièrement comprise, en partie parce que ses bâtisseurs ne l’ont jamais tenue pour achevée.

Les fouilleurs ont ajouté leurs propres destructions. De 1896 à 1899, la Hyde Exploring Expedition, financée par les frères Hyde pour l’American Museum of Natural History et conduite sur le terrain par Richard Wetherill et George Pepper, vide environ deux cents pièces. En 1897, une autre équipe de neuf hommes, venue avec un chariot réunir en trois semaines une collection représentative, selon le récit qu’en publie Warren K. Moorehead en 1906, abat les murs d’étage de quatre pièces pour atteindre les salles basses encore couvertes, disperse des squelettes dans trois pièces et expédie quelque deux mille objets vers la côte Est. Les envois cessent après l’enquête de Samuel Holsinger, dont le rapport de 1901, quatre-vingts pages et plus de cent vingt-cinq photographies, recommande la création d’un parc ; le monument national est créé le 11 mars 1907. Neil Judd, pour la National Geographic Society et le Smithsonian, fouille ensuite plusieurs centaines de pièces de 1921 à 1927 et voit dans les grandes maisons de vastes immeubles d’habitation. Le 21 janvier 1941, un bloc surnommé Threatening Rock se détache de la falaise et écrase de trente à soixante pièces.

À l’ouest du canyon, le long du sentier de Peñasco Blanco, un surplomb porte une main, un croissant et une étoile peints. On y a reconnu la supernova de 1054, que des astronomes chinois, sous les Song, ont notée ; le service des parcs présente cette lecture comme possible et rappelle que d’autres événements célestes ou d’autres interprétations culturelles ont été proposés. Ce serait le seul point où la chronologie de Chaco toucherait un texte écrit d’Eurasie.

Aucune inscription ne vient au secours des fouilleurs. Le bois porte presque seul la chronologie.

Chuska, Zuni, San Mateo

Entre 900 et 1150, plus de 200 000 conifères ont servi à bâtir les grandes maisons du canyon, dans un paysage aujourd’hui sans arbres, selon l’estimation que reprenaient Nathan English et ses collègues en 2001. Plus d’un cinquième de ces poutres sont des épicéas ou des sapins, portés à bras depuis des sommets isolés situés à 75 ou 100 kilomètres. Le strontium absorbé par un arbre garde la signature du sol où il a grandi, et le rapport entre deux de ses isotopes, mesuré sur les poutres puis comparé à celui d’arbres vivants, désigne dès 974 les monts Chuska, à l’ouest, et le massif de San Mateo, autour du mont Taylor, au sud-est, mais pas les monts San Pedro, pourtant aussi proches. Des troncs des deux provenances se retrouvent dans une même pièce, abattus la même année, ce qui suppose des stocks et une collaboration entre communautés. En 2016, Christopher Guiterman, Thomas Swetnam et Jeffrey Dean ont repris la question par les seuls cernes, sur 170 poutres de sept grandes maisons, en estimant à plus de 240 000 le nombre total de bois de construction. Les monts Chuska et Zuni, à plus de 75 kilomètres, fournissent 70 % des pièces attribuées. Avant 1020, presque tout vient des Zuni, une source qu’ils disent jusque-là non reconnue et qui livrait déjà des poutres dans les années 850 ; vers 1060, les Chuska l’emportent, au moment où sept grandes maisons nouvelles s’ajoutent au cœur du canyon.

Le bois le plus célèbre du site n’avait pas poussé là non plus. En 1924, l’équipe de Judd dégage, couché sur le dernier sol de la cour ouest, un tronc de pin ponderosa sans racines, que l’astronome A. E. Douglass, de l’université d’Arizona, enregistre sous le numéro JPB-99, pour « Judd Pueblo Bonito numéro 99 ». On en a fait le témoin de la naissance et de la vie de Pueblo Bonito. Guiterman et ses coauteurs ont montré en 2020, par le strontium et par la provenance des cernes, que ce pin a vécu plus de deux cent cinquante ans dans les monts Chuska avant d’être apporté à Pueblo Bonito, probablement entre 1100 et 1130. L’échantillon est conservé au Laboratory of Tree-Ring Research de l’université d’Arizona, et les auteurs avouent ignorer pourquoi l’on a laissé ce tronc dans la cour et à quel usage il servait.

Ces chiffres ont nourri une leçon de morale écologique. Dans Effondrement, paru en français chez Gallimard en 2006, Jared Diamond consacre un chapitre aux Anasazis et fait du déboisement des environs, documenté par les nids fossiles de rats à bois, l’un des ressorts de leur déclin. W. H. Wills, Brandon Drake et Wetherbee Dorshow ont repris le raisonnement en 2014 et n’y trouvent aucune preuve substantielle. Les nids de rongeurs renseignent seulement sur la présence ou l’absence d’une végétation dans un rayon très étroit, deux datations au radiocarbone à peine couvrent toute l’occupation céramique du canyon, et les spécialistes de ces nids ne pouvaient pas estimer la densité des arbres avant la phase dite Bonito. Wills et ses collègues allaient jusqu’à écrire qu’on ignore d’où vient l’essentiel du bois et qu’on ne peut exclure des sources locales. L’étude de Guiterman, publiée deux ans plus tard, se présente comme une confirmation de l’interprétation ancienne, récemment contestée, des transports lointains. La lecture la plus défendable sépare les deux questions, parce que le portage de poutres sur 75 kilomètres est désormais mesuré par deux méthodes indépendantes, alors que le lien entre ces coupes et la fin de Chaco demeure une hypothèse sans appui.

Théobromine

Les jarres de la salle 28 appartiennent à une forme presque introuvable ailleurs. Sur moins de deux cents jarres cylindriques connues dans tout le Sud-Ouest, 166 viennent de Pueblo Bonito, et elles sont en moyenne 2,4 fois plus hautes que larges. Le National Museum of the American Indian, à New York, en conserve deux qui proviennent de cette pièce, inventoriées 5/2116 et 5/2109, l’une haute de 25 centimètres pour 11,5 de large ; le décor de ces jarres, noir sur engobe blanc, suit selon le musée les styles du XIᵉ siècle, et certaines ont été réengobées, repeintes et recuites, une dépense de combustible notable dans un canyon pauvre en bois. L’American Museum of Natural History en garde d’autres, dont celles inventoriées H3414, H3229, H3406, H3415 et H4153. En 2009, Patricia Crown et le chimiste W. Jeffrey Hurst ont cherché, sur des tessons provenant probablement de ces jarres, la théobromine, un alcaloïde marqueur du cacaoyer. Elle y était. Le cacao vient des basses terres tropicales de la Mésoamérique, et Chaco est, selon le musée new-yorkais, le point le plus septentrional où on l’ait trouvé hors de sa zone de culture. Les jarres servaient probablement à des boissons de cacao consommées pendant des cérémonies.

Les aras viennent du même sud. Pueblo Bonito a livré les restes de trente aras rouges, dont quatorze dans la seule salle 38, où l’épaisseur des fientes sur le sol fait penser à une volière. On les croyait arrivés avec la grande vague de construction, après 1040. Adam Watson et ses collègues ont daté directement quatorze squelettes en 2015 et trouvé des oiseaux obtenus dès la fin du IXᵉ siècle ou le milieu du Xᵉ, au moins cent cinquante ans plus tôt qu’on ne le pensait, la plupart antérieurs à 1040 ; pour eux, l’accès à ces réseaux lointains compterait parmi les causes de la hiérarchie naissante. Katelyn Bishop a recompté en 2025 l’ensemble des psittacidés du canyon, plus de deux mille quatre cents os dispersés entre plusieurs institutions, et arrive à quarante-cinq oiseaux, dont quarante-deux aras et trois perroquets à gros bec, réunis sur quelque deux cent cinquante ans, morts entre un an et plus de vingt-cinq ans, sans aucune trace de découpe. Quatre des aras et les trois perroquets, examinés pour la dernière fois voilà plus d’un demi-siècle, sont aujourd’hui introuvables.

Douze maisonnées pour six cents pièces

Combien de gens dormaient dans ces pièces, on ne le sait pas. Judd voyait des immeubles d’habitation, et les campagnes du Chaco Center, menées par le service des parcs et l’université du Nouveau-Mexique de 1969 à 1982, ont fait chuter les estimations. En 1999, Wesley Bernardini, en repérant les ensembles de pièces qui forment un logement, concluait que Pueblo Bonito n’avait probablement jamais abrité plus de douze maisonnées, soit environ soixante-dix personnes, alors qu’il comptait à son apogée plus de deux cents pièces sans usage d’habitation. Le calcul s’appuie en partie sur la rareté des foyers aménagés, et Crown et Wills objectent que, dans la salle 28, de simples cuvettes creusées dans le sable servaient à chauffer et à cuire, ce qui peut fausser les estimations fondées sur les foyers.

Une maison presque vide appelle d’autres usages. Dans les années 1980, l’énorme dépotoir de Pueblo Alto, une autre grande maison posée sur le plateau, a suggéré des foires et des pèlerinages saisonniers rassemblant des centaines, peut-être des milliers de visiteurs, et Colin Renfrew en a tiré en 2001 l’idée d’une économie sacrée, où production et consommation des biens s’expliquent par des visites de dévotion aux grandes maisons et aux grandes kivas. Stephen Plog et Adam Watson ont réexaminé en 2012 la céramique et la faune du dépotoir. Aucune des deux séries, concluent-ils, n’atteste des fêtes, des danses ou des pèlerinages à l’échelle supposée.

À l’opposé, Stephen Lekson, de l’université du Colorado, tient les grandes maisons pour des résidences d’élites et Chaco pour la première de trois capitales successives placées sur un même méridien. Vers 1125, selon The Chaco Meridian, paru en 1999 et réédité en 2015 avec une annexe qui rapproche le système chacoan de l’altepetl, la cité-État du Mexique central, l’élite aurait gagné Aztec, à quelque 88 kilomètres au nord, dont les ruines sont inscrites avec Chaco sur la liste du patrimoine mondial depuis le 8 décembre 1987, puis Paquimé, au Chihuahua, vers 1275. L’objection la plus précise est géométrique. David Phillips a calculé, pour le 65ᵉ congrès annuel de la Society for American Archaeology, que le centre d’Aztec se trouve à 3,7 kilomètres à l’ouest du méridien de Chaco sur 86 kilomètres de distance nord-sud, soit un écart de 2,5 degrés, au-delà de la marge de deux degrés que Lekson accordait lui-même aux arpenteurs chacoans, et que, dans les dates mêmes de Lekson, Aztec commence à se construire vers 1110, quinze ans avant le départ supposé de Chaco. Phillips en conclut que la coïncidence reste l’explication la plus probable de l’alignement.

« Ceux qui sont venus avant nous »

Le mot Anasazi, qui a longtemps désigné les bâtisseurs de Chaco, a quitté depuis le début des années 1990 les panneaux, les brochures et les rapports du service des parcs, à la demande des Hopis et d’autres tribus pueblos, qui y entendent un terme navajo signifiant « ancêtres ennemis ». Le sens même du mot est disputé. Eddie Tso, qui dirigeait le bureau de la langue et de la culture de la Nation navajo, le traduisait en 2006 par « ceux qui sont venus avant nous », sans rien d’hostile, quand l’archéologue David Breternitz y voyait une construction anglo-américaine. Les archéologues disent aujourd’hui Pueblos ancestraux.

Avec le mot a voyagé une histoire, celle d’un peuple mystérieusement disparu. Joseph Weixelman a consacré en 2004 une thèse d’histoire à ce mythe de l’Anasazi évanoui, tel que la culture dominante le racontait aux visiteurs des parcs et monuments nationaux du patrimoine pueblo, au point que peu de touristes savaient que ces bâtisseurs étaient les ancêtres des Indiens pueblos actuels ; l’archéologue Margaret Nelson reconnaissait en 2003 que chercheurs et responsables publics s’étaient accrochés pendant des décennies à l’idée des Anasazis perdus. La chronologie du service des parcs dit autre chose. Entre 1150 et 1250, on cesse de bâtir des grandes maisons dans la région et l’on migre vers d’autres lieux, et ces migrants deviennent les Pueblos du Nouveau-Mexique et les Hopis d’Arizona, dont beaucoup gardent leurs liens avec Chaco. Les Navajos s’installent dans le canyon au plus tard au XVIIᵉ siècle, certaines traditions orales les y plaçant bien plus tôt, et des réfugiés pueblos les y rejoignent après la reconquête espagnole de 1692.

La sécheresse est la cause qu’on avance le plus souvent. Les cernes enregistrent une sécheresse chaude de 1135 à 1170, que Larry Benson et ses collègues rangeaient en 2007 parmi trois crises du même type, et le centre archéologique de Crow Canyon parle d’une mégasécheresse de 1130 à 1180. Vers 1130, les chantiers de grandes maisons s’arrêtent dans le canyon lui-même. Le même centre souligne pourtant que la région voisine de Mesa Verde ne s’est pas vidée pendant cette sécheresse. À Pueblo Bonito, les céramiques montrent une occupation qui se prolonge au XIIIᵉ siècle, peut-être par des migrants venus du nord, et l’abandon n’est probablement complet qu’au XIVᵉ.

On ignore pourquoi Chaco a cessé d’être un centre. Wills et ses collègues ne voyaient en 2014 aucune indication évidente que le dépeuplement du XIIIᵉ siècle ait été causé par une pratique culturelle ou par un événement naturel précis, et aucune source écrite ne peut trancher, puisque les habitants du canyon n’en ont laissé aucune.

Salle 33

Au cœur de la partie la plus ancienne de Pueblo Bonito, une petite pièce d’environ deux mètres de côté, accessible par une trappe du toit, contenait quatorze morts enterrés les uns au-dessus des autres sous le sol sableux. L’équipe de l’American Museum of Natural History la numérote 33 et la vide en 1896, Pepper la publie en 1909, et l’anthropologue Aleš Hrdlička installe vers 1900 un laboratoire de fortune dans la grande maison. Au fond gisent deux hommes. Le premier inhumé, la sépulture 14, un homme d’une quarantaine d’années tué vers 880 par un coup à la tête, était accompagné de plus de 12 000 perles de turquoise et de dizaines de figurines de la même pierre ; la pièce renfermait aussi une trompe taillée dans une conque. Le musée conserve plus de cent cinquante défunts de Chaco, dont Hrdlička a exhumé plus de la moitié.

Les datations au radiocarbone publiées par Stephen Plog et Carrie Heitman en 2010 ont reculé de cent cinquante à deux cents ans le début d’une différenciation sociale marquée dans le canyon, légitimée selon eux par le lien avec des fondateurs, des ancêtres et des forces cosmiques. En 2017, l’équipe de Douglas Kennett a montré que neuf individus de la salle 33 portaient un génome mitochondrial identique, transmis par la mère, et l’analyse du génome nucléaire des six mieux conservés a fait apparaître une mère et sa fille, une grand-mère et son petit-fils. Une même lignée maternelle aurait donc enterré ses morts dans la pièce pendant quelque trois siècles, et les auteurs parlent de dynastie matrilinéaire.

Le mot de dynastie a suscité deux objections d’ordre différent. Barbara Mills, de l’université d’Arizona, reconnaissait l’importance du groupe de Pueblo Bonito tout en demandant s’il était le seul, et jugeait que rien ne prouvait que son pouvoir dépassât la maison elle-même, encore moins le canyon. Ruth Van Dyke, de l’université de Binghamton, tenait l’éthique de l’étude pour contestable, légale ou non, parce qu’elle avait été menée sans consulter les tribus ; le musée avait estimé que la loi fédérale de 1990 sur la restitution des restes amérindiens, dite NAGPRA, ne s’appliquait pas, après avoir déclaré en 2000 l’ensemble de sa collection de Chaco culturellement non identifiable. L’enquête publiée par Mary Hudetz en 2023 a montré qu’au sein même de l’équipe, l’anthropologue Peter Whiteley s’opposait à prévenir les tribus avant la publication, et que George Perry, de l’université d’État de Pennsylvanie, leur avait finalement écrit. Theresa Pasqual, qui dirige le bureau de préservation historique du pueblo d’Acoma, résumait la découverte d’une phrase, « nous aurions pu vous le dire », parce que les sociétés pueblos s’organisent elles-mêmes autour des liens matrilinéaires. Le camp de Kennett garde pourtant un acquis solide. Sans écriture, la transmission d’un rang sur plusieurs générations est presque impossible à démontrer, l’ADN offrait l’une des premières prises sur la question, et David Hurst Thomas, ancien conservateur du même musée, voyait en 2017 dans ce résultat, s’il se confirmait, de quoi changer la donne.

La recherche suivante est partie d’ailleurs. En 2025, à l’initiative du pueblo de Picuris, dans le nord du Nouveau-Mexique, une équipe réunie autour de Thomaz Pinotti, de l’archéologue Michael Adler et de l’ancien gouverneur Richard Mermejo a séquencé les génomes de seize Picuris anciens et de treize membres actuels de la communauté. Elle montre une continuité génétique entre les deux groupes, et plus largement avec les défunts de Pueblo Bonito, à 275 kilomètres à l’ouest ; les auteurs précisent que ce résultat ne conteste pas les liens d’autres tribus avec Chaco.

Depuis 2020, l’American Museum of Natural History interdit les analyses destructives sur les restes humains, mesure prise, selon ProPublica, à la suite des remous causés par l’étude de la salle 33. Répondre à la question de Barbara Mills supposerait d’autres prélèvements, dans d’autres maisons et d’autres tombes, et aucun programme annoncé ne permet aujourd’hui de savoir si l’homme de la sépulture 14, mort vers 880 au milieu de ses douze mille perles, fonda la lignée la plus puissante du canyon ou seulement celle de sa maison.

Pour aller plus loin

Cahokia, sur le Mississippi, connaît, selon Benson et ses collègues, la même croissance que Chaco entre 1050 et 1130 environ et les mêmes difficultés vers 1150. Paquimé, au Chihuahua, et les réseaux mésoaméricains du cacao et des aras éclairent l’horizon méridional du canyon.

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Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. Salle 28, Pueblo Bonito : cache de 173 vases dont 112 jarres cylindriques, porte vers la salle 32 murée, incendie volontaire vers 1100, fouilles de la Hyde Exploring Expedition en 1896, réouverture par l’université du Nouveau-Mexique en 2013, d’après Crown et Wills 2018
  2. Deux jarres cylindriques de la salle 28, argile et peinture, 900-1130, 15 × 14 × 25 cm et 25 × 11,5 cm, recueillies par George H. Pepper, Mrs. Thea Heye Collection Smithsonian Institution, National Museum of the American Indian, New York, 5/2116 et 5/2109
  3. Cinq jarres cylindriques de Pueblo Bonito American Museum of Natural History, New York, H3414, H3229, H3406, H3415 et H4153 [À VÉRIFIER : numéros relevés sur une légende du National Endowment for the Humanities, forme d’affichage du catalogue du musée non consultée]
Voir les 42 sources restantesMasquer les autres sources

Sources primaires (suite)

  1. Salle 33, Pueblo Bonito : quatorze inhumations, dont la sépulture 14 (homme d’une quarantaine d’années, mort vers 880 d’un coup à la tête, plus de 12 000 perles de turquoise, trompe de conque), fouilles de 1896 American Museum of Natural History, New York, d’après Kennett et al. 2017 et la presse scientifique [À VÉRIFIER : numéros d’inventaire non relevés]
  2. Tronc de pin ponderosa dit Plaza Tree, découvert en 1924 sur le dernier sol de la cour ouest de Pueblo Bonito, échantillon JPB-99 (« Judd Pueblo Bonito number 99 ») Laboratory of Tree-Ring Research, University of Arizona, d’après Guiterman et al. 2020
  3. Pictogramme dit de la supernova (main, croissant, étoile), sous la grande maison de Peñasco Blanco, sentier de Peñasco Blanco Chaco Culture National Historical Park, in situ
  4. George H. Pepper, « The exploration of a burial room in Pueblo Bonito, New Mexico », dans Putnam Anniversary Volume. Anthropological Essays, New York, G. E. Stechert, 1909, p. 196-252, cité d’après Crown et Wills 2018
  5. Warren K. Moorehead, A Narrative of Explorations in New Mexico, Arizona, Indiana, etc., Department of Archaeology, Phillips Academy, Bulletin 3, Andover, The Andover Press, 1906, p. 33, cité d’après Crown et Wills 2018 [À VÉRIFIER : titre donné « Indian, etc. » dans la bibliographie de Crown et Wills]
  6. Samuel J. Holsinger, rapport d’enquête sur la Hyde Exploring Expedition pour le commissaire du General Land Office, 1901, 80 p. et plus de 125 photographies, d’après la chronologie du National Park Service
  7. Neil M. Judd, The Architecture of Pueblo Bonito, Smithsonian Miscellaneous Collections 147 (1), Washington, Smithsonian Institution, 1964, vii-349 p.

Bibliographie

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  2. Thomas C. Windes et Dabney Ford, « The Chaco Wood Project : the chronometric reappraisal of Pueblo Bonito », American Antiquity 61, 1996, p. 295-310, DOI 10,2307/282427 Society for American Archaeologyhttps://doi.org/10.2307/282427
  3. Nathan B. English, Julio L. Betancourt, Jeffrey S. Dean et Jay Quade, « Strontium isotopes reveal distant sources of architectural timber in Chaco Canyon, New Mexico », Proceedings of the National Academy of Sciences 98, 2001, p. 11891-11896, DOI 10,1073/pnas.211305498 National Academy of Scienceshttps://doi.org/10.1073/pnas.211305498
  4. Christopher H. Guiterman, Thomas W. Swetnam et Jeffrey S. Dean, « Eleventh-century shift in timber procurement areas for the great houses of Chaco Canyon », Proceedings of the National Academy of Sciences 113, 2016, p. 1186-1190, DOI 10,1073/pnas.1514272112 National Academy of Scienceshttps://doi.org/10.1073/pnas.1514272112
  5. Christopher H. Guiterman, Christopher H. Baisan, Nathan B. English, Jay Quade, Jeffrey S. Dean et Thomas W. Swetnam, « Convergence of Evidence Supports a Chuska Mountains Origin for the Plaza Tree of Pueblo Bonito, Chaco Canyon », American Antiquity 85 (2), 2020 Society for American Archaeology
  6. W. H. Wills, Brandon L. Drake et Wetherbee B. Dorshow, « Prehistoric deforestation at Chaco Canyon ? », Proceedings of the National Academy of Sciences 111 (32), 2014, p. 11584-11591, DOI 10,1073/pnas.1409646111 National Academy of Scienceshttps://doi.org/10.1073/pnas.1409646111
  7. Jared Diamond, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, trad. Agnès Botz et Jean-Luc Fidel, Paris, 2006, 648 p., coll. « NRF essais », chapitre consacré aux Anasazis Gallimard
  8. Patricia L. Crown et W. Jeffrey Hurst, « Cacao use in the prehispanic American Southwest », Proceedings of the National Academy of Sciences 106, 2009, p. 2110-2113, DOI 10,1073/pnas.0812817106 National Academy of Scienceshttps://doi.org/10.1073/pnas.0812817106
  9. Adam S. Watson, Stephen Plog, Brendan J. Culleton et al., « Early procurement of scarlet macaws and the emergence of social complexity in Chaco Canyon, NM », Proceedings of the National Academy of Sciences 112 (27), 2015, DOI 10,1073/pnas.1509825112 National Academy of Scienceshttps://doi.org/10.1073/pnas.1509825112
  10. Katelyn J. Bishop, « Reconstructing Context for the Macaws and Parrots of Chaco Canyon, New Mexico », Kiva, 2025, p. 1-43, DOI 10,1080/00231940,2025,2505360 Taylor & Francishttps://doi.org/10.1080/00231940.2025.2505360
  11. Wesley Bernardini, « Reassessing the scale of social action at Pueblo Bonito, Chaco Canyon, New Mexico », Kiva 64, 1999, p. 447-470 Arizona Archaeological and Historical Society
  12. Colin Renfrew, « Production and Consumption in a Sacred Economy : The Material Correlates of High Devotional Expression at Chaco Canyon », American Antiquity 66 (1), 2001, p. 14-25, DOI 10,2307/2694314 Society for American Archaeologyhttps://doi.org/10.2307/2694314
  13. Stephen Plog et Adam S. Watson, « The Chaco Pilgrimage Model : Evaluating the Evidence From Pueblo Alto », American Antiquity 77 (3), 2012, p. 449-477, DOI 10,7183/0002-7316,77,3.449 Society for American Archaeologyhttps://doi.org/10.7183/0002-7316.77.3.449
  14. Stephen H. Lekson, The Chaco Meridian. One Thousand Years of Political and Religious Power in the Ancient Southwest, 2ᵉ éd., Lanham, 2015, 284 p. (1ʳᵉ éd. 1999) Rowman & Littlefield
  15. Larry V. Benson, Michael S. Berry, Edward A. Jolie, Jerry D. Spangler, David W. Stahle et Eugene M. Hattori, « Possible impacts of early-11th-, middle-12th-, and late-13th-century droughts on western Native Americans and the Mississippian Cahokians », Quaternary Science Reviews 26, 2007, p. 336-350 Elsevier
  16. Stephen Plog et Carrie Heitman, « Hierarchy and social inequality in the American Southwest, A.D. 800-1200 », Proceedings of the National Academy of Sciences 107 (46), 2010, p. 19619-19626 National Academy of Sciences
  17. Douglas J. Kennett, Stephen Plog, Richard J. George et al., « Archaeogenomic evidence reveals prehistoric matrilineal dynasty », Nature Communications 8, 2017, article 14115, DOI 10,1038/ncomms14115 Nature Portfoliohttps://doi.org/10.1038/ncomms14115
  18. Thomaz Pinotti, Michael A. Adler, Richard Mermejo et al., « Picuris Pueblo oral history and genomics reveal continuity in US Southwest », Nature 642 (8066), 2025, DOI 10,1038/s41586-025-08791-9 Nature Portfoliohttps://doi.org/10.1038/s41586-025-08791-9
  19. Joseph Owen Weixelman, Hidden Heritage : Pueblo Indians, National Parks, and the Myth of the « Vanishing Anasazi », thèse de doctorat en histoire, Albuquerque, 2004 University of New Mexico

Sources en ligne

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  9. « DNA Offers Clues to Mysterious Crypt in Ancient Pueblo », Andrew Curry, 21 février 2017 National Geographichttps://www.nationalgeographic.com/history/article/chaco-canyon-pueblo-bonito-room-33
  10. « Radiocarbon dating and DNA show ancient Puebloan leadership in the maternal line », 21 février 2017 Penn State News, Pennsylvania State Universityhttps://news.psu.edu/story/451938/2017/02/21/research/radiocarbon-dating-and-dna-show-ancient-puebloan-leadership
  11. « A Scientist Said Her Research Could Help With Repatriation. Instead, It Destroyed Native Remains. », Mary Hudetz, 20 juillet 2023 ProPublicahttps://www.propublica.org/article/delayed-repatriation-allows-destructive-research-native-american-remains
  12. « The A.D. 1130–1180 Megadrought in the Northern Southwest » Crow Canyon Archaeological Centerhttps://crowcanyon.org/news/the-a-d-1130-1180-megadrought-in-the-northern-southwest/
  13. « The Chaco Meridian : A Skeptical Analysis », David A. Phillips Jr. University of New Mexicohttps://www.unm.edu/~dap/meridian/meridian-text.html
  14. « Insider : What’s in a Name ? », Archaeology 59 (4), juillet-août 2006 Archaeological Institute of Americahttps://archive.archaeology.org/0607/news/insider.html
  15. « Undoing the myth of the vanished Anasazi », 23 mars 2003 Tampa Bay Timeshttps://www.tampabay.com/archive/2003/03/23/undoing-the-myth-of-the-vanished-anasazi/
  16. « Bones of Chaco Canyon’s Imported Parrots Reexamined », 31 décembre 2025 Archaeology Magazine, Archaeological Institute of Americahttps://archaeology.org/news/2025/12/31/bones-of-chaco-canyons-imported-parrots-reexamined/
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