Karel van Mander n’a jamais vu le Caravage. Installé à Haarlem, il recueille pour son Schilder-boeck, imprimé en 1604, ce que des voyageurs lui rapportent des peintres actifs à Rome, et consacre au folio 191 recto quelques lignes à « Michael Agnolo van Caravaggio », sorti de la pauvreté à force de labeur, qui tient pour sans valeur toute peinture qui n’est pas faite d’après le vivant. Pour le reste, Van Mander répète ce qu’on lui a dit de l’homme. Après une quinzaine de jours d’ouvrage, il se promènerait un mois ou deux « met t’Rapier op’t sijde », l’épée au côté, un valet derrière lui, d’un jeu de paume à l’autre, toujours enclin à chercher querelle, si bien qu’il serait malaisé de le fréquenter. Le mot néerlandais est kaetsbaen, la salle où l’on joue à la raquette, et il reviendra dans cette histoire.
Visite dei notai, registre 39
La Rome des papes juge beaucoup et écrit presque tout. Comme les autres grandes villes de l’époque moderne, entre la fin du XVᵉ siècle et la Révolution, elle entretient des tribunaux dont les greffiers consignent plaintes, rapports de barbiers et interrogatoires, et l’essentiel de ce que l’on sait des démêlés du Caravage avec la justice vient de ces registres. En 1603, le peintre Giovanni Baglione le poursuit, avec quelques amis, pour des vers injurieux. Interrogé le 13 septembre, il définit le valent’huomo, l’homme de mérite, comme celui qui sait bien peindre et bien imiter les choses de la nature, puis sort de prison le 25, probablement grâce au cardinal Del Monte. Le 29 juillet 1605, le notaire Mariano Pasqualoni porte plainte après un coup d’épée reçu à la tête place Navone ; la plainte se lit aux Archives d’État de Rome, Tribunale criminale del Governatore, Visite dei notai, registre 39, feuillet 54 verso, et Antonino Bertolotti l’a publiée dès 1881. Le 26 août, sa logeuse du vicolo San Biagio, Prudenzia Bruna, fait saisir ses biens, et l’inventaire, édité en 1993 par Maurizio Marini et Sandro Corradini, mentionne une caisse contenant douze livres. Sharon Gregory a soutenu en 2011 que le peintre avait lu les Vies de Vasari et répondu à leurs descriptions dans ses premiers tableaux romains, contre l’image d’un artiste sans lettres.
Ces archives ont aussi servi à fabriquer. Un ouvrage paru en 1994 appuyait sa reconstitution de la vie amoureuse du peintre sur des documents présentés comme inédits, où les vérifications de Corradini ont relevé une longue série d’interpolations, le nom du Caravage glissé dans des actes qui ne le portaient pas. En 2022, Francesca Curti et Orietta Verdi ont rappelé que le document qui faisait d’une certaine Lena la « donna di Michelangelo » s’était révélé interpolé, et que l’identification de cette Lena avec la courtisane Maddalena Antognetti ne tenait plus, alors que l’agression de la place Navone, elle, est rapportée de la même manière par toutes les sources.
Via della Pallacorda
Le dimanche 28 mai 1606, Rome fête le premier anniversaire du pontificat de Paul V. Le soir, au Campo Marzio, près du jeu de paume voisin de la résidence de l’ambassadeur du grand-duc de Toscane, dans l’actuelle via della Pallacorda, deux groupes se battent à l’épée. D’un côté, le Caravage, l’architecte Onorio Longhi, le capitaine Petronio Troppa et peut-être un quatrième homme mal identifié ; de l’autre, Ranuccio Tomassoni, originaire de Terni, son frère Giovan Francesco, caporione ou chef de quartier, et deux frères de l’épouse de Ranuccio, Ignazio et Federico Giugoli. L’avviso du jour écrit que le peintre a tué Ranuccio « con una stoccata », un coup de pointe, porté à l’intérieur de la cuisse. Le blessé meurt à peine confessé et il est enseveli le lendemain au Panthéon ; le Caravage et Longhi sont touchés à la tête. Aucun texte de 1606 ne parle de l’artère fémorale, que les biographies déduisent de l’emplacement du coup.
Dès le 31 mai, le motif se dédouble. Pellegrino Bertacchi, qui renseigne la cour de Modène pour le cardinal Alessandro d’Este, parle d’une faute contestée « mentre si giocava a racchetta » ; le même jour, l’avviso envoyé au duc d’Urbino évoque une dette de jeu de dix écus que le mort avait gagnés au peintre. Le match de paume des récits modernes descend de la première version. Francesca Saraceno, qui a rassemblé ces textes en 2022, doute qu’une partie de raquette se règle à huit, l’épée à la main, et tient la dette pour le mobile le plus solide. Andrew Graham-Dixon a proposé en 2010 une lecture plus hardie, reprise dans l’Encyclopædia Britannica. Un coup aussi proche de l’aine trahirait une tentative de mutilation sexuelle, donc une rivalité autour d’une femme, la courtisane Fillide Melandroni ou l’épouse de Ranuccio. L’hypothèse a pour elle l’étrangeté du coup et contre elle le silence des documents de 1606, tandis que Clovis Whitfield juge fantaisiste l’idée même d’un duel en règle et soutient que le peintre a été provoqué. La dette d’Urbino mérite d’être gardée en premier, parce qu’elle est écrite dans la semaine par un informateur qui n’avait rien à défendre.
Van Mander, deux ans plus tôt, le montrait déjà allant d’un jeu de paume à l’autre.
Ceux qui le croisaient avaient-ils le droit de le tuer ?
Le tribunal criminel du gouverneur lance des mandats d’arrêt le 28 juin 1606, puis rend le 17 juillet une sentence déclaratoire ; les Giugoli sont bannis le même jour que le Caravage. On lit souvent, y compris sous la plume de Graham-Dixon, que n’importe qui dans les États pontificaux pouvait dès lors tuer le peintre impunément contre récompense, sans qu’aucun texte de la sentence soit cité. Andrea Lonardo, reprenant les recherches de Giulia Cocconi, lit plus étroitement ce bando capitale. Les six fugitifs sont bannis de Rome et de l’État de l’Église et risquent la mort s’ils y reviennent avant un procès régulier, mais hors des frontières pontificales personne ne peut les poursuivre. La carrière du peintre s’accorde mieux avec cette lecture, puisqu’il se réfugie dans les fiefs des Colonna avant de travailler ouvertement à Naples, à Malte et en Sicile. Tant que la sentence n’aura pas été publiée en entier, on ne pourra pas trancher entre la tête mise à prix et le bannissement sous peine de mort.
La sortie du ban passait par la famille du mort. Le 15 mars 1610, à Parme, Giovan Francesco Tomassoni donne procuration à son frère Mario pour conclure avec le Caravage une paix perpétuelle, scellée par le baiser rituel, qui couvre le meurtre et les blessures reçues de part et d’autre et prévoit l’abandon des accusations. L’acte, classé à l’Archivio di Stato de Parme dans le volume 4366 des Notai di Parma, nomme le cardinal Odoardo et le duc Ranuccio Farnese ; Giulia Cocconi l’a publié en 2021 dans le Burlington Magazine, avec un acte de 1609 qui règle de même le cas de Longhi. La procuration symétrique du peintre n’a pas été retrouvée. Pour Lonardo, cette paix devait précéder la grâce pontificale.
« Membrum putridum et foetidum »
Le Caravage arrive à Malte en juillet 1607, sur un navire de l’ordre, et le grand maître Alof de Wignacourt veut faire de lui un chevalier. Le 7 février 1608, une supplique demande au pape la faculté de revêtir de l’habit deux personnes au choix du grand maître, « non ostante ch’uno di essi habbia, altre volte in rissa, commesso un’homicidio », et Paul V l’accorde par un bref du 15 février, dont Sandro Corradini a transcrit le texte dans les Secreta Brevium des archives vaticanes, volume 428. Le peintre n’y est pas nommé. Déduite, l’identification est solide, et le pontife qui l’avait banni de Rome admet ainsi qu’un homicide commis en rixe ne ferme pas les portes de l’ordre. Reçu chevalier d’obédience le 14 juillet 1608, par grâce du grand maître, il peint Wignacourt avec son page, une toile de 1,94 mètre sur 1,34 vendue à Louis XIV en 1670 et conservée au Louvre sous le numéro INV 57.
Pour l’oratoire de la co-cathédrale Saint-Jean de La Valette, il peint la Décollation de saint Jean-Baptiste, 361 centimètres sur 520, et la signe dans le sang qui coule du cou du saint, « f. MichelAng… », le f valant fra, frère, le titre qu’il vient de recevoir. On la tient pour la seule signature connue du peintre. Lacunaire, elle a été largement repeinte avec le sang après une tentative de vol en 1991, selon Keith Sciberras.
Dans la nuit du 18 août 1608, sept chevaliers italiens forcent la porte de l’organiste fra Prospero Coppini, un pistolet est tiré, et fra Giovanni Rodomonte Roero, comte della Vezza, est grièvement blessé. Les sources divergent ensuite. Finestre sull’Arte date l’arrestation du 19 août, Keith Sciberras et le Dizionario Biografico degli Italiani du 27, et cette notice fait de fra Giovanni Pietro de Ponte le principal responsable, ce qui laisse ouverte la part exacte du Caravage. Enfermé au fort Saint-Ange, il s’évade, et la fuite est signalée au Conseil le 6 octobre. Le 1ᵉʳ décembre 1608, l’assemblée réunie dans l’oratoire, devant la Décollation, le prive de l’habit en son absence et le rejette comme « membrum putridum et foetidum », membre pourri et fétide, selon le fragment latin cité par Mario Ursino. Le texte intégral de cette sentence ne circule pas dans les études publiées en ligne.
Le nonce écrit le 29 juillet
En octobre 1609, revenu à Naples, le Caravage est tailladé au visage devant l’auberge du Cerriglio, et ses protecteurs romains le croient mort ; on ignore qui avait payé les agresseurs. À l’été 1610, il embarque sur une felouque, petit voilier côtier, pour remonter vers Rome où l’on travaille à sa grâce. La suite est connue surtout par une lettre de Deodato Gentile, évêque de Caserte et nonce à Naples, au cardinal Scipione Borghese, neveu de Paul V, datée du 29 juillet 1610 et conservée aux Archives apostoliques du Vatican, Nunziatura di Napoli 20 A, feuillet 222. Débarqué à Palo, au nord de Rome, le peintre y a été retenu deux jours en prison et ne s’est libéré qu’en versant une grosse somme. La felouque est repartie vers Naples avec ses affaires, et lui a gagné Porto Ercole par voie de terre, peut-être à pied, pour y tomber malade et mourir.
À Naples, la marquise Costanza Colonna, qui l’avait logé au palais Cellammare, a reçu ce que rapportait la felouque, dont il ne reste que trois tableaux, « li doi S. Giovanni, e la Madalena », que le nonce veut tenir à l’abri des regards. Une lettre du 31 juillet signale leur saisie par le prieur de Capoue de l’ordre de Malte, comme biens d’un chevalier, revendication que le vice-roi, le comte de Lemos, fait cesser. Dans cette correspondance, Gentile dément aussi une rumeur en écrivant que le pauvre Caravage n’est pas mort à Procida mais à Porto Ercole.
Francesca Curti a proposé en 2023 une autre reconstruction. Le peintre aurait débarqué à Porto Ercole avec un seul saint Jean, celui de la Galerie Borghèse, et y aurait été arrêté par le commandant espagnol de la place, Diego Roca Borja, la mention de Palo chez Gentile pouvant procéder d’une erreur. La lettre du nonce a pour elle d’être écrite onze jours après la mort, par un homme chargé de récupérer les tableaux. On ne sait pas encore trancher.
La mort elle-même n’a pas de témoin direct. Baglione, l’adversaire du procès de 1603, écrit en 1642 que le peintre, arrêté par méprise sur une plage, se mit au lit « con febre maligna » et mourut en peu de jours, sans secours humain. Une note portée sur un feuillet volant du livre des chapitres de la collégiale Sant’Erasmo de Porto Ercole, publiée par Il Sole 24 Ore en 2007, dit « Ali 18 luglio 1609 nell’ospitale di S. Maria Ausiliatrice morse Michel Angelo Merisi da Caravaggio, dipintore per malattia ». Le millésime est faux d’un an. L’archéologue Giovanna Anastasia, qui a retrouvé l’acte en 2001, l’explique par le calendrier siennois, explication qui convainc mal, car le style de l’Incarnation suivi en Toscane faisait partir l’année du 25 mars et ne décalait donc que les dates de janvier à mars, ce qui laisse un 18 juillet hors d’atteinte. Graham-Dixon tient la note pour un faux. Les avvisi de la fin juillet annoncent bien la mort du « pittore famoso et eccellentissimo nel colorire et ritrarre dal naturale ».
Onze marqueurs sur dix-sept
Le 16 juin 2010, Silvano Vinceti et l’anthropologue Giorgio Gruppioni, de l’université de Bologne, annoncent avoir identifié parmi des ossements exhumés à Porto Ercole ceux du peintre, à 85 % de probabilité, d’après le carbone 14, l’ADN comparé à celui de porteurs actuels du nom Merisi et un taux de plomb élevé, ce qu’ils exposent la même année dans un livre. Gruppioni concédait qu’il ne pouvait y avoir de certitude scientifique, et Tomaso Montanari reprochait au comité d’avoir confectionné une découverte captivante pour attirer les touristes. En 2018, une équipe de Marseille réunie autour de Michel Drancourt et Didier Raoult, avec Gruppioni, publie dans The Lancet Infectious Diseases l’analyse des dents du même squelette, le seul des neuf candidats que le carbone 14 place au début du XVIIᵉ siècle. Onze marqueurs du chromosome Y sur dix-sept concordent avec l’haplotype Merisi, les six autres n’ont pas pu être lus ; la pulpe dentaire porte l’ADN et les protéines de Staphylococcus aureus, et un os présente une ostéomyélite. Les auteurs concluent à une septicémie, partie selon eux d’une plaie infectée, avec une probabilité raisonnable que l’homme soit le Caravage. En janvier 2019, Andrea Perciaccante et cinq coauteurs, dont Montanari, répondent que le peintre n’a pas de descendance connue, ce qui interdit une comparaison directe du chromosome Y, que méthodes et statistiques n’ont pas été publiées en détail, et que les plaies du visage reçues à Naples étaient cicatrisées depuis des mois en juillet 1610 ; Raoult admet en réponse une part d’incertitude.
Les thèses de l’assassinat se heurtent aux mêmes papiers. Vincenzo Pacelli, qui avait retrouvé la correspondance du nonce, a soutenu en 2012 que le peintre avait été tué à Palo par un coup monté de l’ordre de Malte, alors que la lettre du 29 juillet le fait sortir de prison à Palo et mourir malade à Porto Ercole. L’historien de l’art John T. Spike objectait que les chevaliers auraient eu bien des occasions de se débarrasser de lui plus tôt. Une vengeance des Tomassoni se concilie mal avec la procuration de Parme, puisque la famille négociait alors la paix.
Onorio Longhi, l’architecte qui se battait à côté de lui le 28 mai 1606, a obtenu sa propre paix des Tomassoni par l’acte de 1609 retrouvé avec celui du peintre, sans être autorisé à rentrer à Rome avant 1611, tandis que la procuration en faveur du Caravage, passée le 15 mars 1610, a précédé de quatre mois à peine la mort de celui qu’elle devait ramener.
Pour aller plus loin
Ce dossier croise l’histoire de l’ordre de Malte sous Alof de Wignacourt, quand La Valette se couvre d’églises et d’oratoires et que l’ordre recrute des artistes autant que des soldats. Il rejoint celle des avvisi, ces feuilles de nouvelles manuscrites qui précèdent les gazettes imprimées, et celle du caravagisme, qui gagne Naples, la Sicile, puis Utrecht et Paris dans les années qui suivent la mort du peintre.
On présente souvent le Caravage comme un génie de la peinture doublé d’un assassin traqué jusqu’à sa mort. Une part de ce portrait est exacte, puisqu’il a bien tué un homme à Rome en 1606. Mais les archives de l’époque, plaintes de police, lettres de diplomates et actes de notaire, racontent une histoire plus précise, et elles défont plusieurs légendes.
Un habitué des tribunaux
Au début du XVIIᵉ siècle, les tribunaux de Rome notent presque tout, et le nom du Caravage revient souvent dans leurs registres. En 1603, un autre peintre, Giovanni Baglione, le poursuit pour des vers insultants. En 1605, un notaire porte plainte après avoir reçu un coup d’épée sur la tête. La même année, sa logeuse fait saisir ses affaires pour une dette, et l’on y trouve une caisse de douze livres.
Il faut pourtant se méfier de certains documents. Un livre paru en 1994 s’appuyait sur des archives où le nom du peintre avait été ajouté après coup. Des spécialistes ont repéré ces ajouts et les ont dénoncés.
Un soir de mai 1606
Le 28 mai 1606, à Rome, deux bandes se battent à l’épée près d’un jeu de paume, un jeu de balle qui se joue à la raquette. Le Caravage blesse Ranuccio Tomassoni d’un coup de pointe à l’intérieur de la cuisse, et Tomassoni en meurt. Le peintre est lui-même blessé à la tête.
Pourquoi ce combat ? Les feuilles de nouvelles écrites dans la semaine donnent deux raisons, une faute contestée pendant une partie de raquette ou une dette de jeu de dix écus. La dette paraît l’explication la plus solide. L’idée d’une rivalité amoureuse ne repose sur aucun document de 1606.
Deux ans plus tôt, un peintre hollandais qui ne l’avait jamais rencontré le décrivait déjà allant d’un jeu de paume à l’autre, l’épée au côté.
Banni, mais pas forcément traqué
Après le meurtre, un tribunal de Rome prononce contre les fugitifs une sentence appelée bando capitale. On a longtemps répété que n’importe qui pouvait alors tuer le Caravage pour toucher une récompense. Une lecture plus récente des documents est plus prudente. Le peintre risquait la mort s’il revenait dans les États du pape, mais personne ne pouvait le poursuivre ailleurs. Il travaille d’ailleurs ouvertement à Naples, à Malte et en Sicile. Le texte complet de la sentence n’a pas été publié, et la question reste ouverte.
En mars 1610, la famille du mort prépare une paix avec lui. C’était une étape nécessaire pour obtenir le pardon du pape.
Chevalier, puis chassé
En 1607, le peintre arrive à Malte, où siège un ordre de chevaliers. Le grand maître veut l’accueillir parmi eux. Le pape l’y autorise sans écrire son nom, en acceptant qu’un des candidats ait tué un homme dans une rixe. Le Caravage devient chevalier en juillet 1608. Il peint alors une immense toile, la Décollation de saint Jean-Baptiste, large de plus de cinq mètres, et la signe dans le sang du saint. On n’en connaît pas d’autre signature.
Un mois plus tard, une bagarre éclate entre chevaliers et l’un d’eux est gravement blessé. Le Caravage est emprisonné, s’évade, puis il est chassé de l’ordre en décembre 1608, comme « un membre pourri et fétide ».
Une mort sans témoin
En 1609, à Naples, il est attaqué et blessé au visage. À l’été 1610, il embarque sur un petit voilier pour remonter vers Rome, où l’on prépare son pardon. D’après une lettre du représentant du pape à Naples, il est retenu deux jours en prison en chemin, paie une grosse somme pour sortir, voit le bateau repartir avec ses tableaux et rejoint, peut-être à pied, Porto Ercole, où il tombe malade et meurt le 18 juillet 1610. Une historienne propose un autre trajet, et le débat n’est pas tranché.
En 2010 puis en 2018, des chercheurs ont cru identifier ses os et y ont trouvé la trace d’une infection. D’autres spécialistes jugent ces preuves insuffisantes. Quant à l’idée qu’il aurait été assassiné par les chevaliers de Malte, la lettre de 1610 la contredit.
Les feuilles de nouvelles de 1606, le débat sur le bando capitale, la lettre du nonce et les analyses des ossements de Porto Ercole sont détaillés dans l’article classique.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Karel van Mander, Het Schilder-boeck, Haarlem, 1604, fol. 191r, notice de « Michael Agnolo van Caravaggio » fac-similé de la première édition, Utrecht, Davaco, 1969 ; texte numérique de la DBNL
- Procès intenté par Giovanni Baglione pour des vers injurieux, interrogatoire du Caravage du 13 septembre 1603 Archivio di Stato di Roma, Tribunale criminale del Governatore, cote non relevée
- Plainte du notaire Mariano Pasqualoni, 29 juillet 1605 Archivio di Stato di Roma, Tribunale criminale del Governatore, Visite dei notai, reg. 39, c. 54v ; première publication par A. Bertolotti, 1881, t. II, p. 71-72
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Sources primaires (suite)
- Inventaire des biens du Caravage saisis à la demande de Prudenzia Bruna, vicolo San Biagio, 26 août 1605, mention d’une caisse contenant douze livres édité par M. Marini et S. Corradini, Artibus et Historiae 14 (28), 1993, p. 162
- Avvisi romains du 28 mai et du 6 juin 1606, et avviso du 31 mai 1606 adressé au duc d’Urbino (mort de Ranuccio Tomassoni, quatre hommes par camp, dette de dix écus) cotes non relevées, textes cités d’après F. Saraceno (2022)
- Lettre de Pellegrino Bertacchi, secrétaire du cardinal Alessandro d’Este, Rome, 31 mai 1606, querelle « mentre si giocava a racchetta » cote non relevée, texte cité d’après F. Saraceno (2022)
- Tribunal criminel du gouverneur de Rome, mandats d’arrêt du 28 juin 1606 et sentence déclaratoire du 17 juillet 1606 contre les fugitifs Archivio di Stato di Roma, cote non relevée, d’après F. Saraceno (2022)
- Supplique d’Alof de Wignacourt, 7 février 1608, et bref de Paul V, 15 février 1608 Archivio Apostolico Vaticano, Secr. Brev. 428, ff. 365 et 366v ; transcription de S. Corradini dans M. Bona Castellotti, Il paradosso di Caravaggio, Milan, Rizzoli, 1998, p. 177-179
- Caravage, Alof de Wignacourt, grand maître de l’ordre de Malte, et son page, vers 1608, huile sur toile transposée en 1947, 1,94 × 1,34 m musée du Louvre, département des Peintures, INV 57 (MR 103)
- Caravage, Décollation de saint Jean-Baptiste, 1608, huile sur toile, 361 × 520 cm, signée « f. MichelAng… » oratoire de la co-cathédrale Saint-Jean, La Valette
- Sentence de privation de l’habit, assemblée publique de l’ordre de Saint-Jean, 1ᵉʳ décembre 1608, formule « membrum putridum et foetidum » archives de l’ordre de Malte, cote non relevée ; fragment latin cité par M. Ursino (2019)
- Procuration de Giovan Francesco Tomassoni à son frère Mario pour la paix avec le Caravage, Parme, 15 mars 1610, et acte de 1609 pour la paix avec Onorio Longhi Archivio di Stato di Parma, Notai di Parma, vol. 4366 (acte de 1610) ; publiés par G. Cocconi (2021)
- Lettres de Deodato Gentile, nonce à Naples, au cardinal Scipione Borghese, 29 et 31 juillet 1610 Archivio Apostolico Vaticano, Nunziatura di Napoli 20 A, cc. 222r-v et 226r
- Note de décès de « Michel Angelo Merisi da Caravaggio », feuillet volant du livre des chapitres de la collégiale Sant’Erasmo, Porto Ercole, datée « 18 luglio 1609 » archives paroissiales de Porto Ercole ; publiée dans Il Sole 24 Ore, 24 février 2007
- Avviso romain de la fin juillet 1610 annonçant la mort du « pittore famoso et eccellentissimo » cote non relevée, cité par A. Paolucci (2010)
- Giovanni Baglione, Le vite de' pittori, scultori et architetti, Rome, Andrea Fei, 1642, vie du Caravage, p. 138 exemplaire numérisé de l’Internet Archive, identifiant gri_vitedepittor00bagl
- Caravage, Saint Jean-Baptiste, 1609-1610, huile sur toile, 152 × 125 cm Galleria Borghese, Rome, inv. 267
Bibliographie
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Sources en ligne
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- « Caravaggio, Lena and Maddalena Antognetti. A history to be rewritten », Francesca Curti et Orietta Verdi, 2022 Storia dell’arte in tempo realehttps://www.storiadellarterivista.it/blog/caravaggio-lena-and-maddalena-antognetti-a-history-to-be-rewritten/
- « « Inventarium omnium et singulorum bonorum mobilium » di Michelangelo da Caravaggio », notice et résumé Artibus et Historiaehttps://artibusethistoriae.org/chapter267.html
- « Caravaggio and Vasari’s Lives », Sharon Gregory, notice et résumé Artibus et Historiaehttps://artibusethistoriae.org/chapter696.html
- « 28 Maggio 1606, Caravaggio e l’omicidio Tomassoni. Cronaca di una morte - forse - imprevista », Francesca Saraceno, 29 mai 2022 About Art On Linehttps://www.aboutartonline.com/caravaggio-e-lomicidio-tomassoni-cronaca-di-una-morte-imprevista-forse/
- « Non fu omicidio : Caravaggio venne provocato. La risposta ad un articolo del Burlington Magazine », Clovis Whitfield, 30 juillet 2016 News-Arthttps://news-art.it/news/non-fu-omicidio--caravaggio-venne-provocato--la-risposta-ad.htm
- « La « pace » fra Caravaggio e Giovan Francesco Tomassoni nel 1610 doveva precedere la grazia pontificia », Andrea Lonardo, 27 mai 2025 Centro culturale Gli scrittihttps://www.gliscritti.it/blog/entry/6712
- « Profilo del personaggio », Caravage Comitato nazionale per il IV centenario, ministère italien de la Culturehttps://biblioteche.cultura.gov.it/it/documenti/Profilo_Caravaggio.pdf
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