Les soldats envoyés de l’intérieur de l’empire ignorent tout des Xiongnu, les cavaliers des steppes du Nord. Le conseiller Chao Cuo l’écrit à l’empereur Wen vers 169 avant notre ère, dans un mémoire sur la défense des frontières que conserve le chapitre 49 du Hanshu, l’histoire officielle des Han antérieurs. Il rappelle que sous les Qin les conscrits mouraient sur la frontière faute d’en supporter le climat, et que les convoyeurs de grain s’effondraient sur les routes. Sa proposition prend le contre-pied des garnisons tournantes. Il réclame des bourgs fortifiés d’au moins mille foyers, protégés par de hauts murs et des fossés profonds, où des familles s’installeraient à demeure avec maisons et outils fournis d’avance. L’empereur retient l’idée et fait recruter des colons pour la frontière nord, et deux historiens de l’urbanisme ont étudié en 2023 ce mémoire comme un document de planification, où l’architecture militaire chinoise se pense en foyers, en terres cultivables et en distances.
Chengtoushan, Shimao
Les plus anciennes enceintes chinoises n’attendent ni l’écriture ni l’État. À Chengtoushan, dans le Hunan, au nord-ouest du lac Dongting, des riziculteurs entourent leur village d’un fossé et d’un mur de terre que les fouilleurs datent d’environ 6 100 ans, la terre du mur sortant du fossé lui-même. Le mur a été reconstruit quatre fois. Dans ses deux dernières phases, il atteignait 8 mètres de haut pour 20 mètres d’épaisseur. L’archéologue responsable du site, cité par China Daily, attribue ces agrandissements à la menace d’autres groupes du moyen Yangzi et signale des postes de guet près du fossé. La lecture est plausible, sans être la seule possible, car une levée de terre au bord d’un lac sert aussi contre l’eau, et le mur, à lui seul, laisse ouverte la question de savoir contre quoi on l’a haussé.
À Shimao, sur le plateau de lœss du nord du Shaanxi, en bordure du désert du Mu Us, les murs de pierre visibles en surface ont d’abord passé pour un tronçon de la Grande Muraille. La fouille dirigée par Sun Zhouyong, de l’institut d’archéologie du Shaanxi, a dégagé à leur place une ville que le radiocarbone fait remonter, pour ses parties les plus anciennes, à 4 300 ans, avec des enceintes dont la longueur cumulée dépasse 10 kilomètres pour une largeur d’au moins 2,5 mètres. La porte orientale combine des tours qui flanquent l’entrée, une chicane qui n’autorise le passage que dans un sens, des bastions, et des saillants que les archéologues chinois appellent mamian, « face de cheval », d’où les défenseurs pouvaient frapper l’assaillant sur trois côtés. Près de cette porte, deux fosses contenaient chacune exactement 24 crânes, que les fouilleurs interprètent comme les victimes d’une décapitation rituelle accomplie au moment de poser les fondations du mur. Li Jaang et ses coauteurs ont souligné en 2018, dans la revue Antiquity, que bâtir en pierre à cette échelle exigeait un travail sans commune mesure avec celui des enceintes de terre battue de la plaine Centrale, à la même époque. La ville a été abandonnée environ trois siècles après sa fondation, et on la connaît par la seule fouille, son nom ancien ayant disparu avec elle.
Ces saillants ont valu à Shimao un titre. Avant sa découverte, les plus anciens bastions attestés matériellement en Chine dataient des Han, et l’on pensait que la barbacane, l’ouvrage avancé qui protège une porte, n’apparaissait qu’avec les Tang. Shimao possède les deux. Le titre est exact, mais il ne prouve aucune filiation, puisque près de dix-huit siècles séparent les bastions de Shimao de ceux qu’on retrouve ensuite, et que rien ne permet encore de dire si les intermédiaires ont disparu ou si le procédé a été réinventé.
La plaine Centrale, elle, bâtit en terre. Dite hangtu, la technique consiste à verser la terre par couches minces entre des coffrages de planches et à la damer avant d’ajouter la couche suivante. À Zhengzhou, l’enceinte de la ville shang repérée au début des années 1950 mesure 6 960 mètres de tour, et l’institut des antiquités du Henan la place dans une lignée continue de constructions en terre battue, depuis les murs de la culture de Longshan jusqu’aux fondations des palais d’Anyang.
Douze manières de prendre une ville
Le Mozi réunit les écrits d’une école fondée par Mo Di, actif vers 430 avant notre ère, qui condamnait la guerre d’agression et mettait ses disciples au service des cités menacées. Dans le chapitre 50, le maître se rend chez le roi de Chu pour le dissuader d’attaquer la principauté de Song, et l’avertit que trois cents de ses disciples, conduits par Qin Guli, l’attendent déjà sur les remparts avec leurs machines de défense. Le catalogue impérial du Hanshu comptait 71 chapitres. La dernière section, numérotée de 52 à 71, traitait de la défense des villes, et onze de ses chapitres subsistent, dans un état que Robin Yates, qui les a reconstitués dans sa thèse de 1980, décrivait comme démembré, bouleversé par des transpositions et des pertes massives.
Au chapitre 52, Qin Guli ouvre l’échange par une question qui énumère douze techniques d’assaut. Les titres conservés répondent à une partie de la liste : la défense contre l’attaque depuis une hauteur, contre les échelles, contre l’inondation, contre la sape, et contre l’assaut en masse que le texte compare à une nuée de fourmis. Selon l’analyse de Shi Dangshe, les sept premiers chapitres décrivent le matériel et la répartition des hommes sur les murs, les quatre derniers les règlements et les peines de la garnison, et l’ensemble se lit comme un manuel d’ingénieur doublé d’un règlement de garnison.
Leur date divise les spécialistes depuis plus de quarante ans. En 1980, l’historien Chen Zhi les a confrontés aux fiches de bois de Juyan et en a conclu qu’ils avaient été rédigés après les Royaumes combattants, sous la dynastie Qin. L’année suivante, Li Xueqin a relevé dans leur vocabulaire juridique des parallèles avec les lois de Qin découvertes en 1975 à Shuihudi, et les a attribués à des mohistes établis dans l’État de Qin à la fin des Royaumes combattants, une génération avant l’unification. Cette thèse d’un mohisme de Qin a fini par dominer, et Shi Dangshe, qui a consacré en 2011 une monographie à ces chapitres, admet que leur rédaction est étroitement liée aux mohistes de Qin. Il refuse pourtant d’en faire une œuvre purement occidentale et y voit une compilation, réunie par des mohistes de l’Est, de textes venus des deux branches de l’école. L’argument le plus solide en faveur de cette lecture vient du sol. Parmi les fiches Han de Yinqueshan, à Linyi dans le Shandong, figurent deux textes intitulés « Méthodes de défense » et « Ordres de défense », dont le contenu recoupe celui du Mozi et que l’on rattache à l’État de Qi, à l’autre extrémité du monde chinois. Zhang Wei y a lu en 2023 la trace d’une école mohiste orientale. Une technique de défense des villes partagée par Qi et par Qin peut difficilement être l’invention d’un seul État, ce qui laisse ouverte la question de savoir quelle part des chapitres conservés appartient à chacun.
On monte le camp avant midi
Les mêmes États qui muraient leurs villes faisaient marcher des armées entières, et ces armées dormaient quelque part. Le Wei Liaozi affirme qu’aucun État de son temps ne met en campagne moins de deux cent mille hommes, chiffre qui relève de la rhétorique autant que du recensement. Jean Lévi range ce traité parmi les six écrits stratégiques des Royaumes combattants que les Song retinrent entre 1078 et 1084 pour leurs examens militaires, si bien que le texte lu aujourd’hui est passé par les éditeurs de cette époque.
Avant d’en venir au camp, le traité règle la garde des murailles. Son chapitre 6 fixe la norme à dix hommes par zhang de rempart, sans compter les ouvriers ni les cuisiniers, et à dix mille hommes pour une enceinte de mille zhang. Le zhang valant dix pieds d’environ 23 centimètres, cela revient à un défenseur par pied de mur, et le texte ne précise pas si ces hommes tiennent la ligne ensemble ou se relaient.
Le chapitre 19, consacré aux ordres du général, fixe une échéance. Une fois l’armée sortie de la capitale, le camp doit être dressé à midi, son entrée marquée par une « porte des timons », faite de brancards de chars, et celui qui arrive après l’heure est jugé selon la loi. Dès que le général est entré, on ferme les portes et on dégage les allées. Quiconque circule sans ordre, élève la voix ou désobéit dans l’enceinte est puni de mort.
Le chapitre 15, l’ordre sur la division des secteurs, découpe l’intérieur. Armées du centre, de gauche, de droite, d’avant et d’arrière reçoivent chacune un terrain, clos par un rempart provisoire, sans passage vers le terrain voisin. Chaque général, chaque commandant, chaque centurion a lui aussi sa parcelle, entourée d’un fossé et bornée, où nul n’entre s’il n’appartient pas à la centaine. Les allées qui quadrillent le camp portent un poteau tous les cent vingt pas, chacun en vue du suivant, et l’on n’y circule qu’avec une tablette d’autorisation. Les corvées de bois et de fourrage sortent par groupes de cinq, et celui qui franchit la limite de son secteur est exécuté.
D’autres chapitres complètent ce plan. Le général ne boit qu’une fois le puits de l’armée creusé et ne s’abrite qu’une fois les levées du camp achevées. Les chars, rangés en ligne, peuvent servir de mur. On prête aussi à Wu Qi, dans le même texte et en campagne contre Qin, un camp où il dormait sans faire aplanir les sillons du champ, sous quelques branchages contre le gel et la rosée, pour ne pas se placer au-dessus de ses hommes.
On préférera traduire ying, le mot chinois qui désigne cet ouvrage, par « camp ». « Cantonnement » ferait penser à un logement chez l’habitant, tandis que « camp » garde l’idée d’une enceinte tracée et défendue, qui est exactement celle du traité.
Ces règlements sont presque tout ce que l’on tient sur le camp chinois ancien. Une enceinte tracée pour une nuit ou une saison ne laisse qu’un fossé comblé et des trous de poteaux, et les champs de bataille connus livrent d’autres traces. À Gaoping, dans le Shanxi, où l’on situe la bataille de Changping remportée par Qin sur Zhao vers 260 avant notre ère, les découvertes faites par des paysans en 1995 puis en juillet 2020 sont des ossements humains, des couteaux et des monnaies, et la couche d’os signalée en 2020 mesurait environ 0,6 mètre d’épaisseur sur plus de 20 mètres de long. Aucun plan de camp n’accompagne les comptes rendus de ces découvertes.
Sur la ligne de Juyan
Le désert a gardé les forts Han avec leurs archives.
Après la conquête du corridor du Hexi par Huo Qubing en 121 avant notre ère, les Han fortifient le bassin de l’Ejina, la rivière qui descend vers le lac de Juyan. En 104, l’empereur Wu y envoie 180 000 conscrits et crée deux commandements militaires, et deux ans plus tard le général Lu Bode reçoit l’ordre de bâtir sur les rives du lac. Plus de deux cents sites de tours, de forts et de murs subsistent dans le bassin. Les fiches de bois, plus de 33 000 au total, permettent d’en reconstituer la hiérarchie, du commandant de secteur à l’officier de surveillance, puis à la section, puis au poste de base, tenu par un chef de poste et trois ou quatre soldats chargés de guetter, de relever les traces et de transmettre les signaux.
Le poste de commandement de l’officier de Jiaqu, que l’on appelle aujourd’hui Pochengzi, « la ville cassée », associe un fort carré de 23,3 mètres de côté à une enceinte basse où se trouvaient les logements. Un autre fort de la région, Hongcheng, mesure lui aussi environ 23 mètres de côté, soit dix zhang de la mesure Han, et la cote revient comme un module. Le Suédois Folke Bergman y a fouillé en 1930 pour l’expédition sino-suédoise. L’équipe archéologique du Gansu y est revenue en 1974 et en a tiré plus de sept mille fiches.
Parmi elles, dix-sept forment le Règlement des signaux de feu sur la frontière. Le texte fixe combien de feux allumer selon le nombre d’assaillants, à quelle distance et de quelle manière, pour que le poste suivant sache sans un mot quelle troupe approche. Le Hanshu rapporte qu’un général du Ier siècle avant notre ère, Zhao Chongguo, estimait la frontière du nord, de Dunhuang au Liaodong, à plus de 11 500 li ; c’est sur toute cette longueur que le système était censé fonctionner.
Plus à l’ouest, sur la ligne qu’Aurel Stein parcourut au nord de Dunhuang lors de son expédition de 1906-1908, une tour de guet dépassait encore 22 pieds anglais, environ 6,7 mètres. Stein a noté sa construction, des assises d’argile dure d’une dizaine de centimètres séparées par de minces lits de branches de tamaris, et des poteaux de bois plantés verticalement dans une base pleine d’environ six mètres de côté pour lui donner de la cohésion. Il appelait cet ensemble le limes, mot emprunté aux frontières romaines, et la British Library le catalogue encore sous ce nom, sur plus de 140 milles entre Anxi et le désert du Lop Nor. Édouard Chavannes publia dès 1913, à Oxford, les fiches chinoises que Stein en avait rapportées.
Un épisode de 76 avant notre ère montre à quel point l’interprétation de ces lignes dépend du regard. Cette année-là, quatre mille cavaliers Xiongnu attaquent le commandement de Zhangye par trois cols de la montagne Heli, sans emprunter la route de Juyan. L’historienne Yang Fang y voit en 2025 la preuve que la ligne de Juyan était trop bien gardée pour être forcée. C’est possible, et l’on peut aussi supposer que les cols offraient simplement un meilleur chemin vers les pâturages visés.
Murer pour tenir, murer pour avancer
Nicola Di Cosmo a soutenu en 2002 que les longs murs des royaumes du Nord, Yan, Zhao et Qin, suivaient la conquête de terres pastorales au lieu de protéger un domaine déjà acquis, et qu’ils servaient d’abord à occuper. Yuri Pines lui a opposé en 2018 le long mur de Qi, au Shandong, l’un des plus anciens connus, qu’il juge défensif aux Vᵉ et IVᵉ siècles avant notre ère, au point d’avoir fini par gêner l’expansion de Qi vers le sud. Les deux thèses ne portent pas sur les mêmes murs, l’une sur une frontière entre États rivaux, l’autre sur la lisière des steppes. La ligne de Juyan illustre bien ce partage, puisqu’elle est bâtie sur une terre que les Han venaient de prendre aux Xiongnu, et qu’elle vit pourtant au quotidien de guet, de signaux et de comptes de grain.
Si le fort de Pochengzi a gardé ses murs et ses archives, c’est que l’administration Han y écrivait chaque jour et que l’air sec du désert a conservé le bois. Le camp du Wei Liaozi ne survit que par son règlement, ce qui tient à sa nature même, puisqu’il était fait pour être levé et que sa porte, faite de timons de chars, repartait avec l’armée.
Pour aller plus loin
Le sujet rejoint l’histoire de l’école mohiste et de son fondateur, Mo Di, ainsi que celle des fiches de bois de Dunhuang et de Juyan, qui documentent la vie quotidienne des garnisons Han. Il conduit aussi vers la bataille de Changping, en 260 avant notre ère, et vers les murs des Qin, souvent présentés comme la première Grande Muraille.
Où dormait une armée chinoise pendant une campagne, avant notre ère ? Dans le nord de la Chine, les royaumes rivaux qui précèdent l’unification, puis l’empire Han, ont dressé des murs, des forts et des camps. Les murs et les forts se visitent encore. Les camps ont presque disparu du terrain, et cet écart pose toute la question.
Des murs plus vieux que l’écriture
Les premiers murs chinois entourent des villages de paysans. À Chengtoushan, au bord d’un grand lac du Hunan, des cultivateurs de riz creusent un fossé autour de leurs maisons. Avec la terre retirée, ils élèvent un mur. Les archéologues datent ce mur d’environ 6 100 ans. Ils pensent qu’il protégeait le village de ses voisins, mais un mur au bord d’un lac arrête aussi l’eau.
Plus au nord, sur des collines de terre jaune, la ville de Shimao s’abritait derrière des murs de pierre. On les a d’abord pris pour un morceau de la Grande Muraille. Sa porte principale avait des bastions, c’est-à-dire des avancées du mur d’où l’on frappait l’ennemi par les côtés. Près de cette porte, les fouilleurs ont trouvé des crânes humains enterrés au moment de la fondation.
Avant cette découverte, les plus vieux bastions connus en Chine dataient de l’empire Han. Ceux de Shimao sont plus anciens de presque deux mille ans. Personne ne peut encore dire si l’idée s’est transmise ou si elle a été réinventée.
Un manuel pour défendre les villes
Une école de penseurs, les mohistes, condamnait les guerres de conquête. Ses membres aidaient pourtant les villes attaquées à tenir. Leur livre raconte que leur maître, Mo Di, alla dissuader un roi d’envahir une petite principauté. Il le prévint que trois cents de ses élèves l’attendaient déjà sur les remparts.
La fin de ce livre enseigne la défense d’une ville. Elle s’ouvre sur la question d’un élève, qui énumère douze manières d’attaquer un rempart. Les réponses parlent d’échelles, de tunnels creusés sous les murs et d’inondations. Elles règlent aussi le matériel, les hommes postés sur le mur et les punitions.
La date de ces pages oppose les spécialistes depuis des décennies. Beaucoup les attribuent à des mohistes installés dans le royaume de Qin, à l’ouest. Des textes très proches ont pourtant été retrouvés à l’est, dans l’ancien royaume de Qi. Une technique connue aux deux bouts de la Chine appartient difficilement à un seul royaume.
Un camp qui ne laisse que des mots
Les armées de ce temps étaient énormes, et il fallait bien les faire dormir quelque part. Un traité de la même époque, le Wei Liaozi, en fixe les règles. Le camp doit être monté avant midi. Son entrée est une porte faite avec les longues pièces de bois qui servent à atteler les chars. Celui qui arrive en retard est jugé.
À l’intérieur, chaque troupe reçoit son coin, entouré d’un fossé, et personne ne passe chez le voisin. Le long des allées, un poteau se dresse tous les cent vingt pas. Pour circuler, chacun doit montrer une tablette d’autorisation. Les corvées de bois sortent en groupe.
Ces règles sont presque tout ce que l’on sait du camp chinois de cette époque. Un enclos monté pour une nuit laisse peu de traces dans le sol. Sur le champ d’une grande bataille gagnée par Qin, des paysans ont surtout trouvé des ossements, des couteaux et des pièces de monnaie. Les comptes rendus de ces trouvailles ne donnent aucun plan de camp.
Des forts gardés par le désert
Les forts Han sont bien mieux connus. Au bord du désert, dans le nord-ouest, l’air sec a conservé leurs murs de terre et les archives de leurs soldats. Ces archives sont des fiches, de minces planchettes de bois sur lesquelles on écrivait. On en a retrouvé des dizaines de milliers.
L’un de ces forts, sur la ligne de Juyan, forme un carré de terre d’environ 23 mètres de côté. Autour de lui, une chaîne de petits postes surveillait la frontière. Chaque poste était tenu par un chef et par trois ou quatre soldats.
Dans ce fort, les fouilleurs ont trouvé dix-sept fiches qui forment un règlement. Il fixe le nombre de feux selon les ennemis aperçus. Le poste voisin savait ainsi, sans un mot, quelle troupe approchait.
Les historiens se disputent sur le rôle de ces longues lignes de murs. Pour Nicola Di Cosmo, les murs du Nord suivaient les conquêtes et servaient d’abord à occuper les terres prises aux éleveurs. Yuri Pines lui répond avec un mur plus ancien, dans l’est de la Chine, qu’il juge réellement défensif. Ils ne parlent pas tout à fait des mêmes murs.
À Juyan, les lectures de l’un et de l’autre se croisent dans les mêmes levées de terre, bâties sur un pays tout juste conquis et occupées chaque jour par des guetteurs.
La version complète confronte les datations rivales des chapitres défensifs du Mozi et décrit une tour de guet du désert, faite d’argile et de branches de tamaris.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Mozi, chapitre 50 « Gongshu » et chapitres 52 à 71 sur la défense des villes (onze conservés, dont le chapitre 52 « Bei chengmen »), édition du Zhengtong Daozang [Chinese Text Project, Mozi](https://ctext.org/mozi
- Wei Liaozi, chapitres 3 « Zhi tan », 4 « Zhan wei », 6 « Shou quan », 8 « Wu yi », 15 « Fen sai ling », 19 « Jiang ling » et 22 « Bing jiao xia », texte chinois [Project Gutenberg, eBook n° 7219](https://www.gutenberg.org/ebooks/7219
- Ban Gu, Hanshu, chapitre 49, biographie de Chao Cuo, mémoires sur la défense des frontières (vers 169 avant notre ère) Hanshu, édition de référence
Voir les 38 sources restantesMasquer les autres sources
Sources primaires (suite)
- Hanshu, biographie de Zhao Chongguo (chapitre 69), estimation de la frontière du nord à plus de 11 500 li cité d’après [Hou Xudong, « 汉代边防与军情传递 », Renmin luntan, 8 juillet 2024](https://paper.people.com.cn/rmlt/html/2024-07/08/content_26080767.htm
- Règlement des signaux de feu sur la frontière (Saishang fenghuo pinyue), 17 fiches de bois, fouilles de 1974 au poste de l’officier de Jiaqu (Pochengzi, site A8), Ejina, Mongolie-Intérieure [« Voices from the Han frontier », China Daily, 28 janvier 2026](https://www.chinaservicesinfo.com/s/202601/28/WS69796d73498e36855033a397/voices-from-the-han-frontier_4.html
- Fort (zhang) du poste de l’officier de Jiaqu, Pochengzi, site A8, terre, 23,3 m de côté, fouillé en 1974 [Université Renmin de Chine, département d’archéologie, compte rendu de mission à Juyan](http://kg.lsxy.ruc.edu.cn/zxdt/85146cac60144a3ca88e670a416d752f.htm
- Porte orientale et enceintes de pierre de Shimao, Shenmu, Shaanxi, avec les deux fosses de 24 crânes [National Geographic](https://www.nationalgeographic.com/history/article/mysterious-carvings-evidence-human-sacrifice-uncovered-ancient-city-china
- Tour de guet du limes de Dunhuang, assises d’argile et lits de tamaris, décrite par Aurel Stein (Serindia, II, Oxford, 1921) [Daniel Waugh, « The Yümen Guan (Jade Gate) », University of Washington](https://faculty.washington.edu/dwaugh/CA/cities/dunhuang/yumen1.htm
- Enceinte de terre battue de la ville shang de Zhengzhou, 6 960 m de tour [« The Shang City at Zhengzhou and Related Problems », Early China, Cambridge Core](https://www.cambridge.org/core/journals/early-china/article/2-the-shang-city-at-zhengzhou-and-related-problems/CC79184977EE1B2D6143C9EB03FA9720
Bibliographie
- Jean Lévi (trad. et commentaire), Les Sept Traités de la guerre, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », 2018 Hachette
- Édouard Chavannes, Les Documents chinois découverts par Aurel Stein dans les sables du Turkestan oriental, Oxford, Clarendon Press, 1913 [Toyo Bunko, Digital Silk Road](https://dsr.nii.ac.jp/toyobunko/sitemap/
- Aurel Stein, Serindia. Detailed Report of Explorations in Central Asia and Westernmost China, vol. II, Oxford, Clarendon Press, 1921 Clarendon Press
- Robin D. S. Yates, The City under Siege. Technology and Organization as Seen in the Reconstructed Text of the Military Chapters of Mo-tzu, thèse de doctorat, Harvard University, 1980 Harvard University ([notice de l’Asien-Orient-Institut, Universität Zürich](https://e-aoi.uzh.ch/apps/china-west/documents/15128
- Joseph Needham et Robin D. S. Yates, Science and Civilisation in China, vol. 5, part 6, Military Technology : Missiles and Sieges, Cambridge, 1994, p. 254-485 sur les chapitres militaires du Mozi Cambridge University Press
- Ian Johnston, The Mozi. A Complete Translation, Hong Kong, 2009 The Chinese University of Hong Kong Press ([notice Project MUSE](https://muse.jhu.edu/book/31346
- Chen Zhi 陈直, « 《墨子·备城门》等篇与居延汉简 », Zhongguo shi yanjiu 1980 (1), p. 117-130 Zhongguo shi yanjiu
- Li Xueqin 李学勤, « 秦简与《墨子》城守各篇 », dans Yunmeng Qin jian yanjiu 云梦秦简研究, Pékin, Zhonghua shuju, 1981 Zhonghua shuju
- Shi Dangshe 史党社, 《墨子》城守诸篇研究, Pékin, Zhonghua shuju, 2011 Zhonghua shuju
- Zhang Wei, « A New Discussion of the Relationship between “Shou Fa” and “Shou Ling” from the Han Tomb of Yinque Mountain and the Chapters about City Guarding of Mozi », Journal of Literature, History & Philosophy 2023 (5), p. 147-156 [Shandong University](https://lhpqk.sdu.edu.cn/EN/Y2023/V0/I5/147
- Li Jaang, Zhouyong Sun, Jing Shao et Min Li, « When peripheries were centres : a preliminary study of the Shimao-centred polity in the loess highland, China », Antiquity 92 (364), 2018, p. 1008-1022, DOI [10,15184/aqy.2018,31]( Cambridge University Presshttps://doi.org/10.15184/aqy.2018.31
- Nicola Di Cosmo, Ancient China and Its Enemies. The Rise of Nomadic Power in East Asian History, Cambridge, 2002 Cambridge University Press
- Yuri Pines, « The Earliest “Great Wall” ? The Long Wall of Qi Revisited », Journal of the American Oriental Society 138 (4), 2018, p. 743-762 [American Oriental Society](https://lockwoodonlinejournals.com/index.php/jaos/article/view/956
- Lu Guo et Tinghai Wu, « A 2200-year-old document of planning history : the border city planning system in Chao Cuo’s memorials to the throne », Planning Perspectives 38 (2), 2023, p. 437-451 [Taylor & Francis](https://ideas.repec.org/a/taf/rppexx/v38y2023i2p437-451.html
- Yang Fang 杨芳, « 居延塞与汉代河西经略 », Zhongguo shehui kexue bao, 7 avril 2025 [Chinese Social Sciences Net](https://www.cssn.cn/skgz/bwyc/202504/t20250407_5866990.shtml
Sources en ligne
- [« Dunhuang Limes »]( International Dunhuang Programme, British Libraryhttps://idp.bl.uk/dunhuang-limes/
- [« Dunhuang as a Military Outpost »]( Silk Road Seattle, University of Washingtonhttps://depts.washington.edu/silkroad/cities/china/dh/dhmil.html
- [« Neolithic City of Shimao », Jason Urbanus, janvier-février 2021]( Archaeology Magazinehttps://archaeology.org/issues/january-february-2021/collection/china-shimao-neolithic-city/top-10-discoveries-of-the-decade/
- [« The First Neolithic Urban Center on China’s Loess Plateau : Discovery and Interpretation of Shimao Site », Zhouyong Sun]( UCLA Center for Chinese Studieshttps://www.international.ucla.edu/ccs/sammylee/article/257890
- [« What lies beneath »]( China Dailyhttps://chinaservicesinfo.com/s/202207/21/WS62d8aa8b498ea2749279eef3/what-lies-beneath_2.html
- [« View of prehistoric site Shimao ruins in NW China »]( China Dailyhttps://govt.chinadaily.com.cn/s/202208/10/WS62f30625498ea274927a07c5/view-of-prehistoric-site-shimao-ruins-in-nw-china.html
- [« City ruins surrender their fascinating secrets », Xu Lin et Zhu Youfang, 1er septembre 2022]( China Dailyhttps://www.chinaservicesinfo.com/s/202209/01/WS6454bcba498ea274927b9875/city-ruins-surrender-their-fascinating-secrets.html
- [« Mohism »]( Stanford Encyclopedia of Philosophyhttps://plato.stanford.edu/entries/mohism/
- [« Mohism. Texts and Authorship »]( Stanford Encyclopedia of Philosophyhttps://plato.stanford.edu/entries/mohism/texts.html
- [« 《墨子》兵學思想的特色及其意義 », He Weixuan]( Journal of Chinese Studies, Chinese University of Hong Konghttps://www.cuhk.edu.hk/ics/journal/articles/v55p273.pdf
- [« On the Chapters Concerned with Military Techniques in the Mozi »]( Kyoto University Research Information Repositoryhttps://repository.kulib.kyoto-u.ac.jp/dspace/handle/2433/155520
- [« Mass Grave From Ancient Battle Earmarked for Shanxi Cultural Park »]( Sixth Tonehttps://sixthtone.com/news/1005971
- [« Slipping into history », Wang Ru, 31 mars 2023]( China Dailyhttps://www.chinadailyhk.com/hk/article/323469
- [« Juyan archeological site to apply for UNESCO recognition », 27 avril 2017]( Xinhua, repris par China Dailyhttps://www.chinaservicesinfo.com/s/201704/27/WS5b77d81a498e855160e88532/juyan-archeological-site-to-apply-for-unesco-recognition.html
- [Article de He Mengying sur la réception d’Édouard Chavannes dans le monde des lettrés chinois]( École nationale des charteshttps://chartes.psl.eu/sites/default/files/public/media/document/2024-12/7_mengying.pdf
- [« 李学勤先生对秦史与秦文化研究的贡献 », Wang Zijin, 5 avril 2020]( Guangming ribaohttps://news.gmw.cn/2020-04/05/content_33715263.htm
- [« 秦史与工程史视角的墨子兵学新知 », 28 juin 2023]( Zhonghua dushu bao, Guangming ribaohttps://epaper.gmw.cn/zhdsb/html/2023-06/28/nw.D110000zhdsb_20230628_2-13.htm?div=-1






.jpg?width=500)



_by_Shunsai_Toshimasa_1889.jpg?width=500)

