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Boston Tea Party : la facture, les caisses et un nom né en 1825

Nathaniel Currier / Wikimedia Commons
15 min de lecture63 sources vérifiées
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Une caisse de livres a passé la nuit du 16 décembre 1773 dans la cale du Dartmouth sans que personne y touche. Elle contenait les exemplaires des Poems on Various Subjects, Religious and Moral, imprimés à Londres pour le libraire Archibald Bell, dont la page de titre présente l’autrice comme « Negro Servant to Mr. John Wheatley, of Boston ». Phillis Wheatley était rentrée d’Angleterre en septembre. Le 18 octobre, elle écrivait au négociant David Wooster, de New Haven, que ses livres arriveraient par le navire du capitaine James Hall « dans huit ou dix jours », et que son maître venait, à la demande d’amis anglais, de lui rendre sa liberté. Retardé à Londres faute de fret de retour, le Dartmouth, l’un des trois navires vidés pendant ce que l’on appellera bien plus tard la Boston Tea Party, avait fini par embarquer 114 caisses de thé de la Compagnie anglaise des Indes orientales ; il est entré dans le port de Boston le 28 novembre. À la fin de janvier 1774, la librairie Cox & Berry, sur King Street, mettait le recueil en vente avec un portrait gravé de l’autrice.

La livre de bohea à deux shillings

La facture que la Compagnie fait établir en février 1774 pour réclamer son dû, conservée aux Archives nationales britanniques, à Kew, dans la série CO 5/247, aligne trois navires et cinq thés. Le Beaver, capitaine Hezekiah Coffin, portait 112 caisses ; le Dartmouth, capitaine James Hall, et l’Eleanor, capitaine James Bruce, 114 chacun. Sur chaque bord, 80 caisses de bohea facturé 2 shillings la livre, 20 de singlo à 2 shillings 8 pence, 5 de hyson à 5 shillings, 5 de congou à 2 shillings 3 pence, et quelques caisses de souchong à 3 shillings. Total, 9 659 livres sterling 6 shillings 4 pence. En additionnant les poids portés ligne à ligne, on obtient 92 616 livres, soit un peu plus de 42 tonnes, dont 84 880 de bohea.

Tout ce thé est chinois. Le bohea tire son nom de la prononciation locale des monts Wuyi, au nord du Fujian, et Liu Yong, qui a dépouillé les achats de la Compagnie néerlandaise à Canton entre 1757 et 1781, rappelle qu’il formait la plus grosse part des achats européens, malgré le dédain des connaisseurs, parce qu’il était bon marché ; les thés verts, singlo et hyson, venaient pour l’essentiel du sud-est de l’Anhui. Ces feuilles avaient été achetées à Canton, où les Qing concentraient le commerce maritime avec les Européens. À Pékin, 1773 était la trente-huitième année du règne de Qianlong, et la césure qui clôt en Europe l’époque moderne, entre la fin du XVᵉ siècle et la Révolution, ne correspond à rien dans l’histoire de la dynastie.

Le décompte des caisses pose un problème que les poids permettent de régler. Le 17 décembre, le lieutenant-colonel Alexander Leslie, du 64ᵉ régiment d’infanterie, écrit depuis Castle William, sur son île de la rade, que les Fils de la Liber​té, les militants nés en 1765 de l’opposition au droit de timbre, ont détruit 340 caisses ; la Massachusetts Gazette du 23 décembre en imprime 342, comme le compte rendu d’un « observateur impartial » paru dans la Boston Gazette du 20. John Andrews, négociant de la ville, prêtait 114 caisses à chacun des trois navires, et l’écart vient probablement de là, puisque la facture n’en donne que 112 au Beaver. James Fichter a soulevé une autre difficulté en 2019. Le relevé des pertes conservé à Kew dans la série CO 5/133 distingue 240 caisses entières et 100 demi-caisses, soit l’équivalent de 290, et Benjamin Labaree, dont le livre de 1964 a fixé le chiffre de 340, ne cite aucune source à l’appui. Les poids de la facture donnent raison à Fichter, avec 354 livres en moyenne par caisse de bohea contre 68 à 86 pour les autres thés. On s’en tiendra ici aux livres de poids plutôt qu’aux caisses, parce qu’une livre de thé pèse partout la même chose et qu’une caisse de bohea en vaut quatre ou cinq de souchong.

Le gouverneur vendait du thé

Le Tea Act, voté le 10 mai 1773 et dont l’original, des feuilles de parchemin cousues en rouleau, est conservé à Kew sous la cote C 65/942, ne crée aucune taxe. Son long titre le dit en toutes lettres. Il accorde le remboursement des droits de douane payés en Angleterre sur le thé réexporté vers l’Amérique et autorise la Compagnie à exporter elle-même, sous licence, une marchandise que des négociants anglais et américains achetaient jusque-là à Londres pour la revendre outre-mer. Le droit de trois pence par livre créé en 1767 par l’une des lois Townshend, le seul de ces droits maintenu en 1770, reste dû à l’arrivée.

Le thé légal devait donc coûter moins cher qu’avant, et Benjamin Carp rappelle que les Fils de la Liber​té redoutaient justement qu’un thé bon marché pousse les colons à payer, sans y prendre garde, un impôt voté par un Parlement où ils n’avaient aucun représentant. Les synthèses françaises, celle d’André Kaspi comme celle de Bernard Cottret, font commencer la Révolution américaine en 1763, à la sortie de la guerre de Sept Ans, et le thé n’arrive qu’au bout de dix ans de querelle fiscale.

La Compagnie choisit ses consignataires, les marchands chargés de recevoir et de vendre le thé. À Boston, Thomas Cushing les énumère pour Benjamin Franklin le 10 décembre 1773, la maison Richard Clarke & fils, Thomas et Elisha Hutchinson, Benjamin Faneuil et Joshua Winslow. Les deux Hutchinson sont les fils du gouverneur de la province, Thomas Hutchinson, et les éditeurs de sa correspondance, publiée par la Colonial Society of Massachusetts, rappellent qu’il était l’associé discret de leur commerce de thé. Ses lettres de 1771 au secrétaire d’État Hillsborough sont d’un négociant autant que d’un gouverneur. Le 25 août, il rapporte que des gens capables d’en juger estiment aux cinq sixièmes la part du thé consommé depuis deux ans qui est entrée en fraude, et aux neuf dixièmes à Philadelphie et à New York. La Compagnie, ajoute-t-il, vendait il y a deux ans son thé de 2 shillings 2 pence à 2 shillings 4 pence la livre, contre 3 shillings et plus désormais, si bien que les fraudeurs peuvent perdre une caisse sur trois et gagner encore. Le 10 septembre, il précise qu’à New York on n’importe plus que du thé de Hollande.

Ces chiffres ont nourri une lecture intéressée de l’affaire. En 1918, Arthur Schlesinger soutenait dans The Colonial Merchants and the American Revolution que les marchands des ports coloniaux, contrebandiers compris, avaient mené l’opposition aux droits de douane pour défendre leurs affaires, et la menace était réelle, puisqu’un thé légal moins cher que celui de Hollande ruinait le trafic. La thèse tient bien à New York et à Philadelphie, où la fraude dominait de l’aveu même du gouverneur. Elle tient plus mal à Boston, où Hutchinson la jugeait moindre et où sa propre famille vendait du thé anglais. En 1986, dans Smugglers & Patriots, John W. Tyler a montré qu’on ne pouvait pas traiter les 439 marchands de Boston comme un bloc, et qu’ils se partageaient entre plusieurs groupes aux intérêts opposés.

Vingt jours pour payer le droit

Les dates de cet article sont celles du calendrier grégorien, adopté par l’Angleterre et ses colonies en 1752. Le Dartmouth entre au port le 28 novembre 1773, et le 10 décembre Cushing écrit à Franklin que les capitaines Hall, Bruce et Coffin sont arrivés. Un navire dispose de vingt jours pour acquitter le droit, faute de quoi la douane saisit la cargaison, et l’échéance tombe le 17 décembre. Les réunions des habitants exigent que le thé reparte sans avoir été débarqué. La douane refuse le congé de sortie, l’officier naval refuse le laissez-passer qui permettrait de franchir la batterie de Castle William, et le 16 décembre on envoie Francis Rotch, propriétaire du Dartmouth, demander ce laissez-passer au gouverneur en personne, dans sa maison de campagne de Milton, à une dizaine de kilomètres. Le récit que lord Dartmouth transmet en février 1774 aux juristes de la Couronne, conservé à Kew sous la cote CO 5/160, résume la suite en une phrase. Rotch revient bredouille, la foule crie « A Mob ! », et une troupe d’hommes déguisés en Indiens descend vers le quai.

C’est à ce moment que la tradition place le signal. Samuel Adams, l’animateur du comité de correspondance de Boston, aurait lancé depuis la tribune une phrase convenue, « Cette assemblée ne peut rien faire de plus pour sauver le pays », et les faux Mohawks auraient aussitôt jailli. Le manuscrit que les historiens tiennent pour le récit contemporain le plus détaillé de la séance, les « Proceeding of Ye Body Respecting the Tea » des papiers Sewall, publiés en 1965 par L. F. S. Upton, raconte autre chose. Après le rapport de Rotch, M. Adams dit qu’il ne voit plus rien à faire ; dix ou quinze minutes plus tard, des hurlements éclatent dans la rue et sous le porche, imitant les cris des Indiens et le sifflet d’un maître d’équipage, et Adams, Hancock et le docteur Thomas Young crient à l’assistance de rester parce que la réunion n’est pas finie ; Young prononce encore un discours de quinze à vingt minutes avant que le modérateur ne lève la séance. Ray Raphael a retracé en 2014 la carrière du signal. William Gordon, dans son histoire de l’indépendance parue à Londres en 1788, parlait déjà d’un signal, mais c’était un cri de guerre lancé de la galerie ; George Bancroft, en 1854, colle la phrase d’Adams au cri, « à l’instant » ; William Wells, premier biographe d’Adams, en fait en 1865 un mot d’ordre attendu par des hommes cachés tout près. Le camp du signal garde un argument sérieux. Les meneurs avaient intérêt à prolonger la séance pour être vus en public pendant que le thé coulait, et un cri lancé au bon moment reste, pour Raphael lui-même, un candidat plus plausible que la phrase d’Adams.

L’affluence se discute aussi. John Andrews écrit cinq ou six mille personnes, Samuel Adams sept mille. Les éditeurs de Teaching American History rappellent que l’Old South était le plus vaste bâtiment de Boston et n’en contenait sans doute pas plus de cinq mille, dans une ville d’environ 16 000 habitants.

Griffin’s Wharf

Andrews, qui avait quitté la réunion pour aller finir son thé chez lui, dans School Street, est ensuite descendu voir. Dans sa lettre du 18 décembre à son beau-frère William Barrell, négociant à Philadelphie, conservée à la Massachusetts Historical Society, il raconte que les acteurs s’étaient rassemblés sur Fort Hill au nombre d’environ deux cents, enveloppés de couvertures, la tête emmitouflée et le visage couleur de cuivre, armés de hachettes, qu’ils parlaient un jargon que personne ne comprenait et qu’on les disait Indiens de Narragansett, ce qu’il ne pouvait ni confirmer ni démentir ; avant neuf heures du soir, toutes les caisses des trois navires avaient été brisées et jetées par-dessus bord. George Robert Twelves Hewes, cordonnier, a raconté sa nuit soixante et un ans plus tard. Il s’était noirci le visage et les mains avec de la poussière de charbon dans la boutique d’un forgeron, avait pris une petite hachette et un gourdin ; sur le quai, trois chefs divisent les hommes en trois équipes, une par navire, et celui de la sienne, Leonard Pitt, le nomme maître d’équipage et l’envoie réclamer au capitaine les clés des écoutilles et une douzaine de chandelles. Le capitaine les remet en demandant qu’on n’abîme ni le navire ni le gréement. Il faut environ trois heures pour fendre les caisses et vider le thé, sans échanger un nom, chacun devant, selon Hewes, garder son secret et répondre seul des conséquences. La mémoire du vieil homme n’est pas sûre sur tout, puisqu’il fait aller chez le gouverneur un comité là où le procès-verbal envoie Rotch seul, mais elle reste la seule voix d’un homme du rang à avoir été recueillie aussi longuement.

Le costume ne sortait pas de nulle part. Au début de décembre, une colonne datée de New York le 6 et signée « The Mohawks » avait paru dans la Massachusetts Gazette and Boston Post-Boy pour menacer quiconque aiderait à débarquer le thé ; la Massachusetts Historical Society en conserve un exemplaire. Les Mohawks appartenaient à la ligue iroquoise, au nord de la province de New York, loin de Boston. Andrews, lui, pensait aux Narragansett, voisins immédiats de la Nouvelle-Angleterre. Carp a consacré une partie de Defiance of the Patriots aux relations des colons avec les peuples autochtones pour comprendre comment les spectateurs lisaient ce déguisement, qui suffisait en tout cas à brouiller les témoignages.

Les destructeurs ont veillé à ne rien emporter. Un homme surpris à bourrer de thé la doublure de son habit, un certain capitaine Conner que Hewes appelle O’Conner, est dépouillé et frappé tandis qu’il fuit le quai ; le lendemain, Hewes cloue un pan de son habit au poteau du fouet de Charlestown. La Massachusetts Gazette du 23 décembre, dont un exemplaire est classé à Kew dans la série CO 5/91, relève que la marée montante a porté les caisses brisées et le thé jusqu’aux rives de Dorchester Neck, que rien d’autre n’a été endommagé à bord et qu’un petit cadenas appartenant à l’un des capitaines, brisé dans l’opération, a été remplacé. Le matin du 17, raconte encore Hewes, des barques battaient à coups de rame les paquets de thé qui flottaient pour qu’aucun ne reste buvable. Carp refuse pourtant d’y voir une désobéissance civile non violente, parce que la nuit couronne des semaines de menaces, de vitres brisées et d’intimidations contre les consignataires, réfugiés à Castle William.

On ne connaît pas la liste complète des hommes du quai.

Carp a dressé une liste des participants probables et les estime à une centaine, pour la plupart âgés de moins de tren​te ans, jeunes négociants, artisans, apprentis et manœuvres. Les autres noms qui circulent viennent de listes composées un demi-siècle plus tard, quand les survivants ont commencé à parler, et Bancroft, en 1854, faisait passer le cortège de quarante ou cinquante hommes déguisés à près de deux cents en chemin.

Le thé de Dorchester Neck a laissé des reliques. La Massachusetts Historical Society conserve une petite bouteille de verre bouchée, de 17,2 centimètres sur 6,8 et 4,3, dont l’étiquette dit que les feuilles ont été ramassées sur cette rive le matin du 17 décembre. Elle l’a reçue avant 1842 du pasteur Thaddeus Mason Harris, qui avait cinq ans en 1773 et vivait alors à Charlestown, de l’autre côté de la péninsule ; la bouteille elle-même paraît postérieure de plusieurs décennies, ce qui ne prouve ni n’infirme l’authenticité des feuilles. Le Boston Tea Party Ships & Museum expose depuis son ouverture, le 26 juin 2012, une petite caisse de bois peint en vert foncé, haute de 10 pouces, qu’un garçon de quinze ans, John Robinson, aurait trouvée sur le rivage le 17 au matin. Le musée la présente sur une page comme l’une des deux caisses conservées de la nuit, et un article de son propre personnel, en 2023, comme la seule.

« The Boston Tea-party »

À Londres, la nouvelle arrive en janvier 1774. Franklin, agent de la Chambre des représentants du Massachusetts, écrit le 2 février au comité de correspondance de la Chambre, dont font partie Thomas Cushing, Samuel Adams et John Hancock, qu’une réparation rapide remettrait aussitôt la colonie dans son droit aux yeux de toute l’Europe, et qu’un « acte de violente injustice » non réparé donnerait un prétexte à la guerre. Le 5 février, lord Dartmouth transmet au procureur général et au solliciteur général le récit des faits avec deux questions. Les deux juristes répondent qu’il y a là haute trahison, une levée de guerre contre le roi, et décrivent trois manières de poursuivre les coupables, dont l’arrestation et le transport en Angleterre pour y être jugés. Aucune poursuite n’aboutit. Le Boston Port Act, sanctionné le 31 mars 1774, interdit à partir du 1er juin tout chargement et déchargement de marchandises dans la baie de Boston, entre Nahant Point et Alderton Point, jusqu’à ce que la Compagnie soit indemnisée. Le 10 juin, George Washington écrit à George William Fairfax que la cause de Boston est celle de l’Amérique, en précisant aussitôt qu’il n’approuve pas la destruction du thé.

Pendant un demi-siècle, on parle de « la destruction du thé ». John Adams, cousin de Samuel, note le 17 décembre dans son journal que trois cargaisons de bohea ont été vidées dans la mer la nuit précédente et que c’est le plus magnifique de tous les mouvements ; il se demande si cette destruction était nécessaire et répond qu’elle l’était absolument. La plus ancienne mention connue du nom actuel est un toast porté lors d’un dîner new-yorkais en l’honneur du débarquement des Pèlerins et imprimé dans le Statesman du 30 décembre 1825, où un certain W. P. Hawes souhaite aux tyrans du monde entier d’être bientôt conviés à pareille fête. En janvier 1826, un journal de Baltimore présente le vétéran Joshua Wyeth comme un homme qui se vante souvent de la « Boston tea party », et en 1829 la nécrologie de Nicholas Campbell le range parmi les membres de la mémorable « Boston Tea Party », le mot désignant alors les hommes de la bande. Les deux livres tirés des souvenirs de Hewes, A Retrospect of the Boston Tea-Party, publié à New York en 1834 par James Hawkes, puis Traits of the Tea Party de Benjamin Bussey Thatcher en 1835, ont fixé l’usage. Alfred Young, qui a reconstitué en 1999 la vie du cordonnier, a montré comment cette mémoire tardive avait fait d’un artisan oublié l’invité d’honneur des fêtes du 4 juillet 1835 à Boston.

Le William, échoué au cap Cod

Quatre navires avaient quitté Londres pour Boston. Le quatrième, le brick William, s’est échoué sur la côte du cap Cod, et Leslie note dès le 17 décembre que son thé a été mis à terre. Il portait aussi, d’après un post-scriptum d’Andrews, des réverbères destinés à éclairer les rues de Boston. Mary Beth Norton a montré en 2016 que le thé récupéré là-bas a divisé les habitants du cap, dont certains l’ont bu. Le reste a été sauvé par le consignataire Jonathan Clarke et entreposé à Castle William, où les consignataires signalent en janvier 1774 cinquante-quatre caisses en sûreté, une introuvable et trois avariées vendues sur place.

Hutchinson juge préférable de l’y laisser, puisqu’on ne pourrait l’en sortir qu’après avoir payé le droit, au risque de nouveaux tumultes. La dernière mention du thé dans le fort date de février 1775.

James Fichter a retrouvé la suite dans les registres de la Compagnie, à la British Library, sous la cote IOR B/91. Le 8 août 1775, dans une ville assiégée que les patriotes avaient quittée par milliers et où les loyalistes de la campagne s’étaient réfugiés, les consignataires restés à Boston vendent ce thé aux enchères et remettent à la Compagnie 1 054 livres 11 shillings 8 pence, pour une valeur de facture de 1 075 livres 12 shillings 7 pence. Les acheteurs sont inconnus, probablement des marchands loyalistes. Fichter en tire une question qu’il laisse ouverte et que les registres de la Compagnie ne permettent pas de trancher, celle de savoir combien de patriotes, s’ils avaient été aussi libres d’acheter que les loyalistes de la ville assiégée, auraient eux aussi enchéri le 8 août sur ces caisses sauvées du cap Cod.

Pour aller plus loin

La guerre de Sept Ans en Amérique explique d’où venaient la dette britannique et la volonté de taxer les colonies que le thé a fait éclater. Le commerce de Canton, que l’ambassade de Macartney tentera en vain d’élargir vingt ans plus tard, éclaire l’autre bout de la chaîne, celui des monts Wuyi et des marchands chinois. Et l’histoire de la ligue iroquoise rappelle qui étaient les Mohawks dont Boston empruntait le nom.

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Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. Compagnie anglaise des Indes orientales, « An Account of the Invoice Amount of Teas exported to Boston in New England by the United East India Company », février 1774, détail par navire (Beaver, Dartmouth, Eleanor), par thé, par poids et par prix, total de 9 659 livres 6 shillings 4 pence The National Archives, Kew, CO 5/247, p. 185-187
  2. Relevé des thés perdus à bord du Beaver, de l’Eleanor et du Dartmouth (240 caisses entières, 100 demi-caisses) et rapport des consignataires sur le thé du William entreposé à Castle William, janvier 1774 The National Archives, Kew, CO 5/133, f. 89-93 et f. 81-82, cités d’après J. R. Fichter (2019)
  3. Lieutenant-colonel Alexander Leslie, 64ᵉ régiment d’infanterie, lettre à lord Barrington, secrétaire à la Guerre, Castle William, 17 décembre 1773 The National Archives, Kew, WO 40/1
Voir les 60 sources restantesMasquer les autres sources

Sources primaires (suite)

  1. Massachusetts Gazette and Boston Weekly News-Letter, 23 décembre 1773, récit de la destruction du thé (342 caisses, marée vers Dorchester Neck, cadenas remplacé) exemplaire conservé à The National Archives, Kew, CO 5/91
  2. « An Impartial Observer », Boston Gazette, 20 décembre 1773 (342 caisses) texte édité par Teaching American History
  3. Lord Dartmouth, lettre à l’attorney general et au solicitor general avec récit des faits et deux questions, Whitehall, 5 février 1774, et réponse des deux juristes concluant à la haute trahison The National Archives, Kew, CO 5/160
  4. Tea Act, 13 Geo. III c. 44, sanctionné le 10 mai 1773, rouleau de parchemin The National Archives, Kew, C 65/942
  5. Boston Port Act, 14 Geo. III c. 19, sanctionné le 31 mars 1774, entrée en vigueur le 1er juin 1774 texte édité par l’Avalon Project, Yale Law School
  6. Thomas Hutchinson, lettre à lord Hillsborough, Boston, 25 août 1771, sur la fraude (cinq sixièmes, neuf dixièmes à Philadelphie et New York) et les prix de la Compagnie copie de registre, Massachusetts Archives, SC1/series 45X, 27:218-20 ; copie, The National Archives, Kew, CO 5/246, f. 16-17 ; éd. The Correspondence of Thomas Hutchinson, vol. 4, Boston, Colonial Society of Massachusetts, Publications, vol. 95, n° 890
  7. Thomas Hutchinson, lettre à lord Hillsborough, Boston, 10 septembre 1771, sur la consommation de bohea et le thé de Hollande à New York Massachusetts Archives, SC1/series 45X, 27:225-27 ; The National Archives, Kew, CO 5/246, f. 17-18 ; même édition, n° 894
  8. Thomas Cushing, lettre à Benjamin Franklin, Boston, 10 décembre 1773, liste des consignataires et arrivée des capitaines Hall, Bruce et Coffin Library of Congress, Washington ; éd. The Papers of Benjamin Franklin, vol. 20
  9. Benjamin Franklin, lettre au comité de correspondance de la Chambre des représentants du Massachusetts, Londres, 2 février 1774 original autographe, New York Public Library ; éd. The Papers of Benjamin Franklin, vol. 21
  10. John Adams, journal, entrée du 17 décembre 1773 Massachusetts Historical Society, Adams Family Papers, journal n° 19, p. 28 ; éd. L. H. Butterfield, Diary and Autobiography of John Adams, Cambridge (Mass.), 1961, t. II, p. 85-87
  11. John Andrews, lettre à William Barrell, Boston, 18 décembre 1773, avec deux post-scriptum sur le William Massachusetts Historical Society, Boston (Collections Online, notice 6605)
  12. « Proceeding of Ye Body Respecting the Tea », procès-verbal manuscrit des réunions de l’Old South, papiers Sewall, Ottawa éd. L. F. S. Upton, William and Mary Quarterly, 3ᵉ série, 22, 1965, p. 297-298 pour le passage cité, d’après R. Raphael (2014)
  13. « New-York, December 6, 1773. Whereas our nation… », colonne signée « The Mohawks », Massachusetts Gazette ; and the Boston Post-Boy and Advertiser, décembre 1773 Massachusetts Historical Society, Boston (Collections Online, notice 423)
  14. [James Hawkes], A Retrospect of the Boston Tea-Party, with a Memoir of George R. T. Hewes, New York, S. S. Bliss, 1834, 209 p., p. 37-41 pour le récit de la nuit exemplaire de la New York Public Library numérisé par l’Internet Archive
  15. [Benjamin Bussey Thatcher], Traits of the Tea Party, being a Memoir of George R. T. Hewes, New York, Harper and Brothers, 1835
  16. William Gordon, The History of the Rise, Progress, and Establishment of the Independence of the United States of America, Londres, 1788, t. I, p. 341 de la réimpression de 1969, d’après R. Raphael (2014)
  17. George Bancroft, History of the United States, t. IV, p. 280, d’après R. Raphael (2014)
  18. William V. Wells, The Life and Public Services of Samuel Adams, Boston, 1865, t. II, p. 122, d’après R. Raphael (2014)
  19. Presse américaine, 1825-1829 : The Statesman (New York), 30 décembre 1825, toast de W. P. Hawes ; Baltimore Patriot and Mercantile Advertiser, 28 janvier 1826, sur Joshua Wyeth ; Providence Patriot, 29 juillet 1829, nécrologie de Nicholas Campbell cités d’après B. L. Carp (2013)
  20. George Washington, lettre à George William Fairfax, 10 juin 1774 éd. J. C. Fitzpatrick, The Writings of George Washington, Washington, 1931-1944, t. III, p. 224, d’après B. L. Carp (2013)
  21. Phillis Wheatley, Poems on Various Subjects, Religious and Moral, Londres, imprimé pour A. Bell, libraire, Aldgate, et vendu par Cox and Berry, King Street, Boston, 1773
  22. Phillis Wheatley, lettre à David Wooster, Boston, 18 octobre 1773 Massachusetts Historical Society, Boston
  23. Bouteille de verre bouchée contenant des feuilles de thé « collected on the shore of Dorchester Neck the morning of 17 December 1773 », 17,2 × 6,8 × 4,3 cm, don de Thaddeus Mason Harris avant 1842 Massachusetts Historical Society, Boston, identifiant Animal/Botanical 02 008
  24. Demi-caisse dite Robinson Half Chest, bois peint en vert foncé, 10 × 13 1/16 × 11 7/8 pouces, planches d’un demi-pouce, exposée depuis le 26 juin 2012 Boston Tea Party Ships & Museum, Boston
  25. Registres de la Cour des directeurs de la Compagnie anglaise des Indes orientales, vente aux enchères du thé du William le 8 août 1775 et somme remise British Library, Londres, India Office Records, IOR B/91, p. 206 et 290, cités d’après J. R. Fichter (2019)

Bibliographie

  1. Benjamin Woods Labaree, The Boston Tea Party, New York, 1964 ; rééd. Boston, Northeastern University Press, 1979 Oxford University Press
  2. Benjamin L. Carp, Defiance of the Patriots. The Boston Tea Party and the Making of America, New Haven, 2010, xv-311 p., ISBN 978-0-300-11705-9 Yale University Press
  3. Alfred F. Young, The Shoemaker and the Tea Party. Memory and the American Revolution, Boston, 1999 Beacon Press
  4. James R. Fichter, Tea. Consumption, Politics, and Revolution, 1773-1776, Ithaca, 2023, 402 p., ISBN 978-1-5017-7321-1 Cornell University Press
  5. Mary Beth Norton, « The Seventh Tea Ship », William and Mary Quarterly, 3ᵉ série, 73 (4), octobre 2016, p. 681-710 Omohundro Institute of Early American History and Culture
  6. Arthur Meier Schlesinger, The Colonial Merchants and the American Revolution, 1763-1776, New York, 1918, Studies in History, Economics and Public Law, vol. 78, n° 182 Columbia University / Longmans, Green & Co.
  7. John W. Tyler, Smugglers & Patriots. Boston Merchants and the Advent of the American Revolution, Boston, 1986, xiv-349 p. Northeastern University Press
  8. Liu Yong, The Dutch East India Company’s Tea Trade with China, 1757-1781, thèse de doctorat, Leyde, 6 décembre 2006, chapitre 3, « The purchase of the “VOC teas” in Canton » Universiteit Leiden
  9. André Kaspi, La Révolution américaine, 1763-1789, Paris, 2013, éd. revue et augmentée, 384 p., coll. « Folio histoire », n° 218 Gallimard
  10. Bernard Cottret, La Révolution américaine. La quête du bonheur, 1763-1787, Paris, 2003 ; rééd. coll. « Tempus », 2004 Perrin

Sources en ligne

  1. « Teaching resource : The Boston Tea Party » (Tea Act, lettre de Leslie, Massachusetts Gazette, correspondance sur la haute trahison, facture de la Compagnie, Boston Port Act, délai de vingt jours, glossaire des Sons of Liberty) The National Archives, Royaume-Unihttps://www.nationalarchives.gov.uk/education/teaching-resources/boston-tea-party/
  2. « [December 1773] », Diary of John Adams, vol. 2 Founders Online, National Archives (États-Unis)https://founders.archives.gov/documents/Adams/01-02-02-0003-0008
  3. « Benjamin Franklin to the Massachusetts House Committee of Correspondence, 2 February 1774 » Founders Online, National Archives (États-Unis)https://founders.archives.gov/documents/Franklin/01-21-02-0023
  4. « Thomas Cushing to Benjamin Franklin, 10 December 1773 » Founders Online, National Archives (États-Unis)https://founders.archives.gov/documents/Franklin/01-20-02-0263
  5. « Concern about Dutch Smuggling », The Correspondence of Thomas Hutchinson, vol. 4 Colonial Society of Massachusettshttps://www.colonialsociety.org/node/4777
  6. « Tea Before the Tea Party : a Vivid Eyewitness Account of the Boston Tea Party », Object of the Month, décembre 2023 Massachusetts Historical Societyhttps://masshist.org/object-of-the-month/objects/december-2023
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