« Haraldr konungr »
Le surnom apparaît pour la première fois dans une chronique rédigée à Roskilde vers 1138, un siècle et demi après la mort du roi. L’auteur anonyme écrit que ce Harald fut chrétien, « cognomine Blatan siue Clac Harald », puis, dans sa liste des rois danois de ce nom, il range un « Harald Blatan » et un « Harald fils de Gorm » comme deux souverains distincts (Chronicon Roskildense, IV et X, éd. M. Cl. Gertz, Scriptores minores historiae Danicae medii aevi, I, 1917). Le second surnom appartient à un autre Harald, baptisé à Mayence en 826, que le chroniqueur mêle au premier. Sur les pierres gravées de son vivant, il n’existe qu’un haraltr kunukʀ, le roi Harald, et sa propre femme l’appelle Harald le Bon, fils de Gorm. La forme retenue ici, Harald Gormsson, abrégée en Harald, est la seule que les inscriptions du Xᵉ siècle autorisent.
Aucune source ne donne sa date de naissance, ni un âge au décès dont on pourrait la déduire. Il est le fils de Gorm et de Thyra, que la petite pierre de Jelling, gravée par Gorm, appelle tanmarkaR bot, l’ornement ou le salut du Danemark (DR 41). Dans le tertre nord de Jelling, une chambre funéraire a été datée de 958-959 par dendrochronologie, et l’on place autour de ces années la mort de Gorm et l’avènement de son fils. Adam de Brême, vers 1075, accorde pourtant à Harald cinquante ans de règne, et la Chronique de Roskilde soixante-cinq, dont quinze aux côtés de son père. Ces chiffres ronds ne concordent ni entre eux ni avec le bois de Jelling, et mesurent surtout le prestige du roi au XIᵉ siècle. La mort se place entre 985 et 987, d’après le seul Adam.
Un siècle après Lindisfarne et les Vikings devant Paris, entre son avènement et le début des années 970, Harald reçoit le baptême. Widukind, moine de l’abbaye saxonne de Corvey, rapporte entre 967 et 973 qu’un clerc nommé Poppo porta devant le roi un fer rougi au feu sans en être brûlé, et que Harald ordonna ensuite de rejeter les idoles (Res gestae Saxonicae, III, 65, éd. P. Hirsch et H.-E. Lohmann, MGH, Scriptores rerum Germanicarum in usum scholarum, 60, 1935). Le 26 juin 965, un diplôme d’Otton Ier exempte de tout cens et de tout service dus au fisc les biens des églises de Schleswig, de Ribe et d’Aarhus, situées « in marca vel regno Danorum » (MGH, Diplomata regum et imperatorum Germaniae, I, D O I 294). À Jelling, Harald fait dresser une pierre de près de trois mètres qui porte un texte runique, une grande bête enlacée d’un serpent et la plus ancienne figure du Christ connue en Scandinavie. Le texte dit qu’il a fait faire ce monument pour Gorm son père et pour Thyra sa mère, et qu’il est « ce Harald qui gagna pour lui tout le Danemark et la Norvège et fit les Danois chrétiens » (DR 42).
Une autre pierre, à Sønder Vissing, émane de la reine. Tófa, fille de Mistivir, femme de Harald le Bon, fils de Gorm, l’a fait faire pour sa mère (DR 55). Mistivir est un prince des Obodrites, Slaves de l’actuel Mecklembourg. La Norvège de la grande pierre renvoie à la tutelle exercée sur le jarl Hákon, que la Chronique de Roskilde dit rétabli par Harald après une expulsion. Autour de 980 s’élèvent des forteresses circulaires de plan identique, à Trelleborg en Zélande, à Fyrkat et Aggersborg dans le Jutland, à Nonnebakken en Fionie, à Borgring près de Køge, et un pont de bois franchit la vallée de la Vejle à Ravning Enge, au sud de Jelling. Dans les mêmes années circulent des deniers marqués d’une croix, première monnaie frappée pour tout le royaume.
La fin du règne n’est connue que par Adam de Brême. Son fils Sven, raconte-t-il, conspire contre lui avec ceux que le roi avait fait baptiser contre leur gré ; blessé au combat, Harald s’enfuit par mer jusqu’à Jumne, place slave identifiée d’ordinaire à Wolin, et y meurt quelques jours plus tard ; son corps est ramené à Roskilde et enseveli dans l’église de la Trinité qu’il avait fondée (Gesta Hammaburgensis ecclesiae pontificum, II, 27-28 [À VÉRIFIER, numérotation des chapitres], éd. B. Schmeidler, MGH, SRG, 2, 3ᵉ éd., 1917).
Pour la reine qu’il appelle Gunhild, pour le lieu de la mort et pour la sépulture, ce chanoine reste le seul témoin.
Il faut donc reprendre un à un les trois pierres, le moine de Corvey, le diplôme de 965, le chanoine de Brême et la chronique de Roskilde, en mesurant la distance de chacun au règne. Viennent ensuite quatre points que la recherche discute encore, le baptême, la date de la grande pierre, les chantiers de 980 et la mort, puis la manière dont Brême, Roskilde et l’archéologie ont tour à tour façonné le roi qu’on lit aujourd’hui.






.jpg?width=500)

