Une circulaire part de Cordoue le 16 janvier 929
Le texte est une lettre adressée aux gouverneurs des provinces. Elle leur ordonne de faire prononcer la khutba au nom du commandeur des croyants, amir al-mu’minin, et d’employer ce titre dans toute correspondance avec le palais, en précisant que quiconque d’autre le porte se l’attribue sans droit. Datée du jeudi 2 dhu l-hijja 316 de l’hégire, soit le 16 janvier 929, la lettre originale est perdue. On la lit dans deux compilations, le volume V d’al-Muqtabis d’Ibn Hayyan, édité à Madrid en 1979 par Pedro Chalmeta, Federico Corriente et M. Subh, et une Chronique anonyme du même règne publiée en 1950 par Évariste Lévi-Provençal et Emilio García Gómez, et la traduction anglaise de David Wasserstein est celle sur laquelle travaillent la plupart des historiens non arabisants.
Celui qui fait écrire cette lettre s’appelle Abd al-Rahman ibn Muhammad. Il porte la kunya, ce surnom formé sur le nom d’un fils, d’Abu l-Mutarrif, et le surnom de règne al-Nasir li-din Allah, « celui qui fait triompher la religion de Dieu », paraît avec le titre califal sur les monnaies frappées à partir de 316. Les auteurs arabes disent al-Nasir. Le chiffre III, qui le distingue de deux émirs homonymes, est une convention des historiens européens, conservée ici parce que l’usage français s’y est fixé.
Aucun document de son vivant ne conserve sa date de naissance. Des compilations postérieures la placent en ramadan 277 de l’hégire, et deux conversions circulent, le 18 décembre 890 et le 7 janvier 891. Son père Muhammad, fils aîné de l’émir Abd Allah, est tué quelques semaines plus tard par son frère al-Mutarrif. Sa mère est une concubine nommée Muzna, que les sources disent chrétienne. En octobre 912, à la mort de son grand-père, c’est lui, âgé d’une vingtaine d’années, qui reçoit le serment d’allégeance, de préférence aux fils survivants de l’émir.
L’émirat qu’il reçoit ne tient guère au-delà des environs de Cordoue. Pendant seize ans, presque chaque été, une armée sort de la capitale contre les seigneurs qui ont cessé de reconnaître l’émir, dans le sud contre Umar ibn Hafsun et ses fils, maîtres de la forteresse de Bobastro dans les montagnes de Málaga, à l’ouest contre les seigneurs de Badajoz et de Beja, et à l’est jusqu’à Valence. Ibn Hafsun meurt en 917 et Bobastro se rend en 928. Le 13 ramadan 316, à l’automne 928, l’atelier monétaire de Cordoue reprend son activité après une interruption de près de quarante ans, et des dinars d’or portant la légende « au commandeur des croyants Abd al-Rahman » sont frappés dès l’année 317, comme celui que les catalogues numismatiques classent sous le type Vives 349. Tolède se rend en 932 après deux ans de siège. Ceuta passe sous l’autorité cordouane en 931, ce qui donne au calife une tête de pont face aux Fatimides, installés en Ifriqiya depuis 909-910 et maîtres d’une flotte. Vers 936 ou vers 940, selon les sources, commencent les travaux d’une ville palatine à quelques kilomètres à l’ouest de Cordoue, Madinat al-Zahra. Au nord, après des campagnes qui atteignent Pampelune dans les années 920, l’armée califale est battue à l’été 939 près de Simancas par Ramiro II de León, et le souverain ne commande plus ensuite ses troupes en personne. Des ambassades viennent de Constantinople et, entre 953 et 956, de la cour d’Otton Iᵉʳ.
Il meurt le 2 ramadan 350, soit le 15 octobre 961, et il est enseveli dans l’alcazar de Cordoue auprès de ses prédécesseurs. Son fils al-Hakam II, né d’une concubine nommée Murjan, lui succède, héritier désigné depuis plusieurs années.
À un endroit précis, les documents cessent de suffire. Le volume V du Muqtabis, qui suit le règne presque mois par mois, s’arrête en 942, de sorte que les dix-neuf dernières années sont connues par des abrégés compilés trois siècles plus tard ou davantage.
Il faut donc prendre une à une les sources dont dépend cette vie, la chronique d’Ibn Hayyan et son manuscrit unique, la Chronique anonyme, le Bayan d’Ibn Idhari, deux textes latins écrits dans l’Empire ottonien et les monnaies de l’atelier cordouan, puis rouvrir deux questions, la date et le sens du titre de 929, les violences publiques de 939 et de 950, avant de suivre ce que les chroniqueurs andalous, puis Gibbon et les fouilleurs de Madinat al-Zahra, ont fait de ce nom.






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