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Darius Ier, organisateur des satrapies et bâtisseur de Persépolis

Antiquité20 octobre 202616 min de lecture
Leen van Dorp / Wikimedia Commons
16 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

La pierre que Darius fit tailler en Égypte

La veille de Noël 1972, à Suse, les fouilleurs dégagent près de la porte monumentale du palais une statue royale sans tête. Elle est taillée dans une grauwacke des carrières du Ouadi Hammamat, dans le désert oriental égyptien, et le roi y porte la robe perse dans l’attitude d’une statue pharaonique. Sur les plis du vêtement, trois textes cunéiformes en vieux-perse, en élamite et en babylonien déclarent que Darius a fait faire cette image de pierre en Égypte afin que celui qui la verrait plus tard sache que le Perse tient l’Égypte, tandis que la ceinture donne son nom en hiéroglyphes et que la base aligne des figures des peuples de l’empire. Conservée au Musée national d’Iran, à Téhéran, la statue a été mutilée à une date que l’on ignore, et l’examen publié par Shahrokh Razmjou en 2002 dans la revue Ars Orientalis y distingue des dégâts naturels et plusieurs séries de coups portés de main d’homme.

Le nom gravé sur la pierre, Dārayavauš en vieux-perse, est un nom de règne. Dans les premières lignes de l’inscription de Bisotun (DB I, 1-11), le roi se dit fils de Vištāspa, l’Hystaspès des Grecs, petit-fils d’Arsamès, et rattache sa lignée à un ancêtre éponyme, Achéménès. Hérodote (III, 139) le montre porte-lance de Cambyse en Égypte. L’année de sa naissance se calcule de deux façons discordantes. D’après Hérodote (I, 209), il avait une vingtaine d’années à la mort de Cyrus en 530, ce qui place la naissance vers 550 av. J.-C. ; d’après Ctésias, connu par l’abrégé que Photius en tira au IXᵉ siècle (F 13, 23), il meurt dans sa soixante-douzième année, ce qui la reporterait vers 557. On retient ici 550, parce que le chiffre de Ctésias accompagne un règne de trente et un ans que la documentation babylonienne dément, elle qui en compte trente-six.

Cambyse meurt en juillet 522 av. J.-C., alors qu’un roi nommé Bardiya, que les tablettes babyloniennes reconnaissent pendant quelques mois, tient déjà le pouvoir. Le 10 du mois de Bāgayādiš, soit le 29 septembre 522 dans le calendrier julien, Darius et six nobles perses le tuent dans une forteresse du district de Nisaya, en Médie (DB I, 55-61). Selon l’inscription, l’homme abattu était un mage nommé Gaumata qui se faisait passer pour Bardiya, fils de Cyrus, que Cambyse aurait fait tuer en secret. Des soulèvements éclatent ensuite en Élam, en Babylonie, en Médie, en Arménie, en Parthie, en Margiane, et le roi les réduit entre décembre 522 et décembre 521, soit en une seule année si l’on compte le mois intercalaire du calendrier.

Il épouse deux filles de Cyrus, Atossa et Artystone, la fille de Bardiya, Parmys, et Phaidymè, fille d’Otanès, l’un des conjurés (Hérodote, III, 88). Hérodote lui attribue ensuite la division de l’empire en vingt gouvernements « que les Perses appellent satrapies » et la fixation d’un tribut annuel (III, 89). Les travaux de la terrasse de Persépolis commencent dans les années 510 av. J.-C., et la plus ancienne tablette datée de l’administration installée sur place est de 509. Vers 513, l’armée franchit le Bosphore sur un pont de bateaux construit par Mandroclès de Samos pour une campagne contre les Scythes ; en 498, Sardes est incendiée pendant la révolte des cités d’Ionie ; en 490, l’expédition de Datis échoue à Marathon. Entre-temps, un canal relie le Nil à la mer Rouge, jalonné de stèles qui portent elles aussi la liste des pays soumis.

Darius meurt à la fin de 486 av. J.-C., entre la mi-novembre, quand les contrats de Babylone cessent d’être datés de son règne, et le début de décembre, quand apparaissent ceux de Xerxès. Il est enseveli à Naqsh-e Rostam, près de Persépolis, dans une tombe rupestre, sous un relief où trente porteurs figurant les pays de l’empire soutiennent l’estrade royale (DNa). Xerxès, fils aîné qu’il a eu d’Atossa après son avènement, lui succède de préférence à Artobazanès, né d’un premier mariage avec une fille de Gobryas, selon le récit d’Hérodote (VII, 2-3).

À deux endroits, les documents ne suffisent plus. Aucun visage du roi n’est parvenu, puisque la statue de Suse a perdu sa tête et que les reliefs suivent un type royal qui ne distingue pas un souverain d’un autre. Et le récit de 522 n’existe que dans la version du vainqueur, puis chez des auteurs grecs dont une partie dépend de cette version même.

Il faut maintenant prendre une à une les sources dont dépend cette vie, le rocher de Bisotun, les livres III à VI d’Hérodote, l’abrégé de Ctésias et les tablettes de Persépolis, puis rouvrir trois questions, l’existence de Gaumata, la réforme des satrapies et les dieux que nourrissait l’administration royale, avant de suivre ce que les Grecs, puis les fouilleurs et les juges des deux derniers siècles, ont fait du nom de Darius.

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