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Chandragupta Maurya, fondateur de l’empire maurya

Antiquité18 octobre 202615 min de lecture
Pur 0 0 / Wikimedia Commons
15 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Un roi que les Grecs appelaient Sandrokottos

Dans un manuscrit des Deipnosophistes d’Athénée, compilation grecque des environs de l’an 200, le nom s’écrit Sandrokuptos, la graphie la plus proche du sanskrit Chandragupta. Strabon, Arrien et Justin écrivent Sandrokottos ou Sandracottus, Plutarque et Appien Androkottos, et cette terminaison en -kottos transcrit une prononciation moyen-indienne que les chroniques bouddhiques de Ceylan conservent sous la forme pali Candagutta. Quant au titre d’empereur que lui donnent les manuels, il vient des historiens modernes, car les rois de cette dynastie ne se désignent, dans les textes indiens anciens, que par le mot rājan, roi.

Le 28 février 1793, à Calcutta, William Jones, juge au service de la Compagnie des Indes et fondateur de la Société asiatique du Bengale, propose d’identifier le Sandrokottos des Grecs au Chandragupta des textes sanskrits, et la Palibothra de Mégasthène à Pataliputra, l’actuelle Patna. Parce que les dates des successeurs d’Alexandre sont connues à quelques années près, l’équation fournit à l’histoire de l’Inde ancienne son premier point d’attache dans une chronologie absolue, et l’on calcule depuis, à partir des rois maurya, jusqu’aux dates du Bouddha.

Sur son origine, chaque tradition dit ce qu’elle avait intérêt à dire. Justin, qui abrège au IIᵉ ou au IIIᵉ siècle l’histoire universelle de Trogue Pompée, le dit « né dans une condition humble » (Abrégé des Histoires philippiques, XV, 4). Le Mahavamsa, chronique pali compilée à Ceylan aux Vᵉ et VIᵉ siècles, le fait naître dans un clan noble, les Moriya (V, 21), ce qui range dans la caste des guerriers la famille d’Ashoka, protecteur du bouddhisme. Pour le drame sanskrit de Vishakhadatta, le Mudrarakshasa, il est un fils illégitime du dernier roi Nanda. Aucune source ne donne de date de naissance, et les estimations modernes, autour de 350-340 av. J.-C., se tirent d’une phrase de Plutarque qui le dit adolescent quand il vit Alexandre, vers 326 av. J.-C. (Vie d’Alexandre, 62, 9).

Selon Justin, il offense par son franc-parler un roi que l’abrégé nomme Nandrus et doit fuir pour échapper à la mort. Il rassemble ensuite des hors-la-loi, soulève les Indiens contre les gouverneurs qu’Alexandre, mort en 323 av. J.-C., avait laissés dans le Pendjab, et retourne contre eux, ajoute l’auteur, la servitude dont il les avait délivrés. Les textes indiens racontent une autre histoire, sans Grecs, dans laquelle un brahmane, Chanakya, renverse la dynastie Nanda du Magadha et installe Chandragupta à Pataliputra. Aucune source ne dit dans quel ordre se sont faites les deux conquêtes. Vers 150, sur un rocher de Junagadh, au Gujarat, le roi Rudradaman fait graver le récit de la réfection d’un barrage et rappelle, à la huitième ligne, que le lac Sudarshana avait été aménagé par le Vaishya Pushyagupta, gouverneur provincial du roi maurya Chandragupta (éd. F. Kielhorn, Epigraphia Indica, VIII, 1905-1906, p. 36-49). C’est le seul document épigraphique qui le nomme, et il montre un agent de rang provincial chargé de travaux hydrauliques à plus de mille kilomètres de la capitale, quatre siècles et demi après les faits.

Vers 305-303 av. J.-C., Séleucos Iᵉʳ, ancien officier d’Alexandre installé en Babylonie, franchit l’Indus. Appien écrit qu’il fait la guerre au « roi des Indiens » jusqu’à ce que les deux souverains s’entendent et concluent une alliance par mariage (Syriaka, 55). Strabon précise que Séleucos lui cède des territoires et reçoit en échange cinq cents éléphants (Géographie, XV, 2, 9), dont une partie combat à Ipsos en 301 av. J.-C. À une date que l’on discute, un Grec, Mégasthène, séjourne à Pataliputra comme ambassadeur, et son livre sur l’Inde, perdu, survit par fragments chez Diodore, Strabon et Arrien.

Les listes royales des Puranas et le Mahavamsa lui attribuent vingt-quatre ans de règne, et son fils Bindusara lui succède. Aucune source ne date sa mort, et l’année 297 av. J.-C., que répètent les ouvrages de référence, s’obtient en retranchant ces vingt-quatre ans d’un avènement placé en 321, lui-même calculé. La tradition jaïne le fait abdiquer, suivre le moine Bhadrabahu vers le sud lors d’une famine et mourir d’un jeûne volontaire sur la colline de Chandragiri, à Shravanabelagola, dans l’actuel Karnataka, récit dont le plus ancien témoin date du VIIᵉ siècle.

Tout ce qui précède vient de textes écrits entre trois et quinze siècles après les faits, sauf les fragments d’un ambassadeur qui l’a rencontré et qu’on ne lit plus qu’en citation. Il faut maintenant prendre ces témoins un à un, regarder qui les a écrits et pour qui, discuter ensuite la date d’avènement, la rencontre avec Alexandre, le traité de l’Indus et la fin à Shravanabelagola, puis suivre la fabrication, depuis 1793, du personnage que l’Inde républicaine a installé dans la cour de son Parlement.

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