Huit cent quinze pages à lire, une seule journée de terrain. En janvier 1997, les spécialistes invités à juger le site chilien de Monte Verde avaient reçu les épreuves du second volume du rapport de fouille, et le mauvais temps a réduit la visite des berges du ruisseau Chinchihuapi à un unique jour de soleil. Une fois publié, ce volume comptera 1 071 pages. Le sol occupé, lui, n’offrait presque plus rien à voir. Dena Dincauze, membre du groupe, l’a écrit dans le bulletin de la Society for Archaeological Sciences : le site d’âge pléistocène était pour l’essentiel détruit, et l’on n’en voyait plus que ce qui restait au bord.
Douze pièces sous la tourbe de Chinchihuapi
Au milieu des années 1970, des bûcherons remarquent de gros ossements qui sortent d’une berge érodée du Chinchihuapi, petit affluent du Maullín, à 28 kilomètres de Puerto Montt et à 58 kilomètres de la côte pacifique actuelle. Tom Dillehay, jeune anthropologue américain qui enseigne alors à l’Universidad Austral de Chile, y ouvre une fouille en 1977 et la poursuit jusqu’en 1985. Le complexe réunit quatre secteurs, Monte Verde I et II, Chinchihuapi I et II. Presque tout ce qui a fait la célébrité du lieu vient du niveau appelé MV-II, recouvert peu après son abandon par une tourbière. Privée d’oxygène, la tourbe a gardé le bois, les fibres végétales, la peau et les restes de plantes, toutes matières qu’un sol ordinaire détruit.
La fiche que le Conseil des monuments nationaux du Chili a déposée en février 2004 sur la liste indicative de l’UNESCO décrit deux constructions. La première est une longue tente d’environ dix-huit mètres, posée sur un réseau de petits troncs et de planches grossièrement équarries que des piquets maintiennent au sol, avec une perche plantée à chaque mètre pour porter les parois. Sur certains bois effondrés, les fouilleurs ont relevé des traces de peau animale, indice de cuirs tendus en guise de murs. À l’intérieur, douze pièces de trois à quatre mètres et demi de côté se touchent en deux rangées parallèles, et des cuvettes tapissées d’argile y ont servi de foyers ; la cuisine, d’après les fouilleurs, se faisait en commun autour de deux grands feux, devant l’habitation. La seconde construction, isolée à l’extrémité ouest, dessine un U sur une assise de sable et de gravier damés. Une petite plateforme de trois mètres sur quatre la prolonge à l’arrière et lui donne l’allure d’un Y, l’ouverture tournée vers l’est. Autour d’elle se concentrent la plupart des os de mastodonte, des plantes médicinales brûlées et des restes de feuilles mâchées. La fiche y place le traitement du gibier et la préparation de remèdes, et ajoute « peut-être » une pratique de soin chamanique, prudence qu’il faut lui laisser, puisque l’hypothèse repose sur la seule association de plantes médicinales et d’un bâtiment à part.
Le mobilier frappe d’abord par sa matière. En bois, une pointe de lance, des bâtons à fouir, trois manches portant encore leur grattoir et trois mortiers sommairement creusés. En pierre, des galets gros comme un œuf, peut-être des pierres de fronde ou de bolas, et les restes de deux longues pointes lancéolées que la fiche rapproche de celles d’El Jobo, au Venezuela. Des liens et des nœuds de jonc tenaient encore la charpente. Les restes de cinq ou six mastodontes et de camélidés côtoient des pommes de terre sauvages, des graines, des baies, des champignons et des algues. Dans l’argile, une empreinte de pied humain est restée imprimée ; une présentation du site publiée en 2014 par la revue Archaeology en compte trois.
La délégation de Dallas
Pour la plupart des archéologues nord-américains du XXᵉ siècle, le continent avait été peuplé par les chasseurs de la culture Clovis, du nom d’une localité du Nouveau-Mexique, dont l’expansion se place entre 11 500 et 11 000 ans en années radiocarbone, soit 13 500 à 13 000 ans en années calendaires. Un site plus ancien devait affronter un scepticisme que Dillehay a décrit sans fard. En 2020, il a raconté n’avoir laissé aucun de ses plus de quarante doctorants approcher Monte Verde, convaincu que le sujet briserait leur carrière. Le regard venu d’ailleurs différait : en Europe, disait-il dans le même entretien, il n’avait rencontré aucun doute, et la synthèse française de Danièle Lavallée, Promesse d’Amérique, parue en 1995, envisageait une arrivée lente en Amérique du Sud pouvant remonter à trente mille ans au moins.
La visite de janvier 1997 est organisée par le musée d’histoire naturelle de Dallas avec l’appui de la National Geographic Society. Le 4 janvier, le groupe se retrouve à Lexington, dans le laboratoire de Dillehay à l’université du Kentucky, où Michael Collins présente l’outillage lithique qu’il a étudié et où l’on montre des fibres et des nœuds sortis de la tourbe. À Valdivia, les visiteurs examinent les objets en bois et l’empreinte de pied, puis écoutent le géologue Mario Pino. Le programme comprenait aussi un dîner-croisière sur le fleuve. Sur le terrain, la journée de soleil suffit à parcourir les berges et la stratification voisine, mais pas à voir le niveau profond de Monte Verde I, qui n’avait pas été dégagé à temps.
Le consensus tient en peu de mots. Les signataires du compte rendu publié la même année dans American Antiquity, David Meltzer, Donald Grayson, Dena Dincauze, C. Vance Haynes, Dennis Stanford, Alex Barker, Gerardo Ardila, Francisco Mena et Lautaro Núñez, reconnaissent dans MV-II un site archéologique vieux d’environ 12 500 ans, comme le soutenait Dillehay, et laissent en suspens le statut de MV-I, daté d’environ 33 000 ans. Le sol d’habitat, avec ses aires d’activités domestiques distinctes, avait particulièrement convaincu. Le chiffre de 12 500 est exprimé en années radiocarbone et correspond, une fois calibré, aux quelque 14 500 ans que l’on cite aujourd’hui. On gardera les deux valeurs côte à côte, seule façon de relire les textes de 1997 sans croire qu’ils rajeunissent le site de deux millénaires. Dillehay, lui, n’a jamais revendiqué les 33 000 ans, et en 2014 encore il disait ne voir aucune raison de placer des hommes aussi loin au sud trente mille ans plus tôt.
Les conséquences ont dépassé le Chili. Un campement occupé si loin au sud quelque 1 500 ans avant Clovis rendait peu vraisemblable une entrée par le corridor intérieur libre de glace et donnait du poids à une migration le long du Pacifique ; même des modèles génétiques se sont appuyés sur lui, rappelle l’archéologue Ben Potter. Stuart Fiedel, qui allait bientôt attaquer le site, notait dès 1999 que l’admission de Monte Verde rendrait les autres candidats pré-Clovis moins suspects aux yeux de la profession.
« Confusion et contradictions »
Le titre est celui de l’article que Fiedel publie fin 1999 dans Scientific American Discovering Archaeology. Il a fait ce que la délégation conseillait, relire de près les deux volumes de Dillehay, ceux de 1989 et de 1997. Sa conclusion est rude. Les descriptions de provenance y sont, selon lui, ambiguës et souvent contradictoires, au point de jeter le doute sur la position de presque chaque objet jugé décisif et de plusieurs échantillons datés ; un même objet peut porter des numéros d’inventaire différents d’une publication à l’autre. Dillehay répond que la plupart de ces questions trouvent leur réponse dans le chapitre consacré au protocole de recherche, et explique qu’au gré des campagnes d’étude un objet a pu recevoir trois numéros.
La réplique la plus instructive vient de Michael Collins, qui a étudié l’outillage lithique par intermittence pendant dix-huit ans. Il concède à Fiedel des erreurs et des incohérences dont tout utilisateur du rapport doit tenir compte, juge pourtant sa lecture partiale, et fait valoir que le site ne repose pas sur une poignée d’objets. Pour lui, l’outillage est pour l’essentiel expédient, fait de galets ramassés dans les graviers voisins, utilisés sur place et abandonnés là. La profession, elle, ne s’est jamais rangée tout entière derrière le site. Un sondage de 2012, cité par Potter, comptait 67 % d’archéologues favorables à son ancienneté et 33 % qui la rejetaient ou ne se prononçaient pas.
Les travaux suivants ont surtout accumulé des mesures. En 2008, Dillehay et ses collègues publient dans Science les restes de neuf espèces d’algues marines tirés des foyers et d’autres structures de MV-II, datés directement entre 14 220 et 13 980 années calendaires. La côte se trouvait alors à près de quatre-vingt-dix kilomètres, et les auteurs y voient une ressource alimentaire et médicinale rapportée de plages lointaines.
En 2019, la fouille du secteur voisin de Chinchihuapi I livre un fragment de pointe du type de MV-II, taillé dans un quartz étranger à la région, vers 14 500 ans. En 2023, Mario Pino et Dillehay publient dans Antiquity 43 nouvelles datations obtenues sur deux carottes prélevées en juillet 2012 à quarante mètres au nord du site, dans les sédiments qui le scellent, et concluent à une chronologie légèrement plus jeune que celle d’origine, qu’elles reproduisent pour l’essentiel.
Le niveau profond demeure à part. Rouvert en 2013 à la demande du Conseil des monuments nationaux, Monte Verde I a livré des outils de pierre, dont un galet de serpentine taillé sur ses deux faces et venu de la cordillère côtière, des restes de faune et des zones brûlées, datés par radiocarbone et par luminescence entre 18 500 et 14 500 ans environ. Les auteurs eux-mêmes parlent d’une origine humaine probable, et décrivent des haltes brèves, probablement estivales, sur une plaine d’épandage parcourue de ruisseaux, à quelque six kilomètres d’un glacier.
Téphra de Lepué
Un téphra désigne l’ensemble des débris qu’une éruption projette et qui retombent en couche ; une fois daté, il sert de repère partout où on le retrouve. Le 19 mars 2026, Science publie l’étude d’une équipe conduite par Todd Surovell, de l’université du Wyoming, avec des collègues chiliens, autrichiens et américains. Surovell se décrit lui-même comme un sceptique du pré-Clovis et affirme n’avoir d’abord rien trouvé à redire aux dates de Monte Verde. La revue en ligne The Debrief présente son travail comme la première enquête indépendante sur le site depuis près d’un demi-siècle.
L’argumentation tient en trois temps. Dans plusieurs coupes le long du ruisseau, l’équipe identifie le téphra de Lepué, retombé il y a environ 11 000 ans. Elle reconstitue ensuite l’histoire du vallon. Une incision aurait entaillé les terrasses, si bien que le niveau MV-II, plus bas que ses voisines, reposerait sur une surface formée après 8 600 ans, donc au-dessus du téphra. Les bois et charbons qu’elle date donnent entre 16 500 et 13 400 ans, en accord avec les anciennes mesures, mais l’équipe les interprète comme du bois de l’époque glaciaire arraché à des dépôts plus anciens et redéposé par les crues. La luminescence de sédiments voisins complète le tableau. L’occupation se placerait ainsi entre 8 200 et 4 200 ans, plus probablement entre 8 000 et 6 000 ans d’après Surovell, qui ajoute qu’aucun des matériaux datés jusque-là n’est indiscutablement un artefact et que des hommes de l’Holocène moyen trouvaient sur place du bois et des os de grands animaux pléistocènes en abondance. Ben Potter, de l’université d’Alaska à Fairbanks, a jugé l’étude d’un haut niveau scientifique, parce qu’elle formule plusieurs hypothèses et les soumet à des tests. Il retient la cendre comme âge minimal, s’étonne du recouvrement de plusieurs millénaires entre les dates de la terrasse supérieure et celles des dépôts de MV-II, tient les pointes de projectile pour typiques de l’Holocène moyen régional, et rappelle qu’après cinquante ans aucun site comparable n’est apparu en Amérique du Sud. Pour Surovell, l’hypothèse Clovis et le corridor libre de glace redeviennent envisageables, sans que la route côtière ou le pré-Clovis soient pour autant réfutés.
Les auteurs de 1997 reprennent la plume
Les 4 et 5 mai 2026, Science met en ligne trois lettres de réponse, plus de cent pages avec leurs annexes, signées par une trentaine de chercheurs. La première est conduite par Dillehay et compte parmi ses cosignataires Donald Grayson et James Adovasio, tous deux présents sur les berges en janvier 1997. La deuxième est menée par le géoarchéologue Michael Waters, de l’université Texas A&M, extérieur au projet. La troisième a pour premier signataire David Meltzer, qui conduisait déjà le compte rendu de 1997. Vingt-neuf ans après, les mêmes noms défendent le même verdict, ce qui ne vaut pas démonstration, et c’est bien ce que vise Surovell lorsqu’il refuse de débattre d’arguments d’autorité.
La lettre de Dillehay et de ses collègues affirme, données géochimiques, chronostratigraphiques et polliniques à l’appui, qu’il n’existe aucun téphra de Lepué sous MV-II. Selon eux, la couche échantillonnée appartient à un autre dépôt, marqué par un horizon de champignons et de perles pyroclastiques riches en oxyde de fer. Les coupes étudiées se trouvent entre 50 et 4 000 mètres du site et ont été relevées en quatre jours de terrain, sans aucune fouille ; la fondation Monte Verde ajoute que les dépôts analysés sont plus anciens ou plus récents que la tourbe dite MV-5, qui scelle l’occupation. Waters relève qu’aucune preuve n’est fournie d’un déplacement des bois datés, et que la stratigraphie décrite ne correspond pas à celle de MV-II. Dès mars, interrogé par The Debrief, il pointait une contradiction interne : la terrasse dite T3 était présentée à la fois comme une terrasse d’érosion et comme une terrasse de dépôt, deux formes que des processus différents produisent. Sa lettre rappelle enfin les nombreuses datations obtenues directement sur des artefacts et des structures de MV-II, soit l’exact contraire de ce qu’affirme Surovell.
La lettre de Meltzer porte le débat sur la génétique. Toutes les populations amérindiennes, anciennes et actuelles, descendent de trois lignées, et la séparation entre Amérindiens du Nord et du Sud, vers 15 700 ans, suppose des hommes au sud des glaces avant Clovis, avec ou sans Monte Verde. Le pré-Clovis ne dépend d’ailleurs plus du Chili seul, puisque les empreintes de pas de White Sands, au Nouveau-Mexique, ont été confirmées en 2023 entre 23 000 et 21 000 ans par des datations indépendantes. Fin août 2026, deux nouvelles analyses parues dans PaleoAmerica ont repris la critique. Surovell, qui a répondu aux lettres par un texte intitulé « Misconceptions of the stratigraphic and landforms relations at Monte Verde », déclarait alors n’avoir lu aucune objection qui ébranle ses conclusions centrales, et renvoyait la solution à de nouvelles études menées par des chercheurs indépendants.
Le sol d’habitat de MV-II, lui, n’existe plus.
On ignore si les couches datées par l’équipe de Surovell sont celles qui portaient la tente, et personne ne peut aller le vérifier, parce que le niveau d’occupation a disparu pour l’essentiel et que Dincauze le décrivait déjà comme détruit en 1997. Les carottes de Pino et Dillehay ont été prélevées à quarante mètres au nord du site ; les coupes de Surovell, d’après Dillehay, commencent à cinquante mètres. Chacun raccorde donc des sédiments voisins à une surface que seuls les relevés et les photographies documentent encore. Les collections, elles, existent, et le désaccord porte précisément sur elles, puisque Surovell tient les matériaux datés pour non indiscutablement façonnés quand Waters cite des dates obtenues sur des artefacts. La question de la surface où s’est dressée la tente de douze pièces ne pourra donc pas être tranchée par une fouille nouvelle, puisque les deux camps ne disposent plus que de sédiments voisins, de relevés anciens et d’objets conservés en réserve.
Pour aller plus loin
L’affaire de Monte Verde croise l’histoire de la culture Clovis et de ses pointes de projectile, longtemps tenues pour la signature des premiers Américains, ainsi que celle des empreintes de White Sands, qui placent des hommes en Amérique du Nord au plus fort de la dernière glaciation. Elle rejoint aussi la question du passage par la Béringie et du choix entre route côtière et corridor intérieur.
Pendant des décennies, une idée a dominé l’archéologie nord-américaine. Les premiers habitants du continent auraient été des chasseurs venus du nord, qui taillaient des pointes de pierre reconnaissables. Une localité des États-Unis a donné son nom à leur culture, Clovis. Elle remonte à environ treize mille ans. Au sud du Chili, un campement enfoui au bord d’un ruisseau a mis cette idée à l’épreuve, et son âge fait de nouveau débat.
Un campement noyé dans le marais
Des bûcherons remarquent d’abord de gros os qui sortent d’une berge. Un jeune archéologue américain, Tom Dillehay, vient fouiller l’endroit. Le campement a été recouvert peu après le départ de ses habitants. L’eau y a formé un sol mou et gorgé d’eau, où l’air ne pénètre pas. On appelle ce sol une tourbière.
Sans air, le bois, la peau et les plantes y ont survécu. Un sol ordinaire les aurait fait disparaître. Les fouilleurs mettent ainsi au jour une longue tente de bois, dont les murs étaient sans doute faits de peaux tendues. À l’intérieur, douze petites pièces s’alignent sur deux rangs, avec des foyers creusés dans le sol. À l’écart se dresse un bâtiment en forme de U, entouré d’os de mastodonte et de plantes médicinales brûlées.
Le campement garde aussi des traces plus fragiles. Dans l’argile, un pied humain a laissé son empreinte. Les foyers contiennent des algues marines, alors que la mer se trouvait à près de quatre-vingt-dix kilomètres. Selon les fouilleurs, les habitants allaient les chercher sur des plages lointaines, pour se nourrir ou se soigner.
Une journée de soleil au Chili
Les mesures placent l’occupation vers 14 500 ans. Le campement serait donc nettement plus vieux que Clovis. Beaucoup d’archéologues refusent d’y croire. Dillehay a raconté qu’il gardait ses étudiants loin de ce chantier, de peur de briser leur carrière.
En janvier 1997, des spécialistes venus de plusieurs pays font le voyage. Ils ont d’abord dû lire des centaines de pages de rapport. Sur place, le mauvais temps ne leur laisse qu’une journée de terrain, et le sol habité a déjà presque disparu sous la fouille. Ils examinent pourtant les objets, les couches de terre et les mesures d’âge. Leur conclusion est commune : le campement est bien l’œuvre d’humains, et il est aussi ancien qu’annoncé.
Cette décision change le récit des origines. Des humains vivaient si loin au sud qu’ils avaient dû entrer en Amérique bien plus tôt. Beaucoup pensent alors à une descente le long de la côte du Pacifique. Quelques années plus tard, un critique relève de nombreuses contradictions dans le rapport final. La majorité garde pourtant confiance dans le site.
Une cendre de volcan sème le doute
En mars 2026, une équipe menée par Todd Surovell publie une nouvelle étude. Dans les talus du ruisseau, elle a repéré une fine couche de cendre laissée par une éruption. Cette cendre est bien datée et remonte à environ onze mille ans. D’après l’équipe, le campement repose au-dessus d’elle, et il serait donc plus jeune de plusieurs millénaires.
L’équipe explique aussi les vieilles dates. Les morceaux de bois analysés seraient bien anciens, mais les crues les auraient arrachés à des terrains plus vieux avant de les déposer là. Des humains bien plus récents auraient ensuite campé au milieu de ces débris. Un autre archéologue juge ce travail sérieux, et rappelle qu’aucun site semblable n’a été trouvé ailleurs en Amérique du Sud.
La riposte des fouilleurs
La réponse arrive en mai, signée par une trentaine de chercheurs. Selon eux, la cendre repérée ne se trouve pas sous le campement. L’équipe aurait pris ses échantillons trop loin, parfois à plusieurs kilomètres, après quelques jours de terrain sans creuser. Les défenseurs du site rappellent aussi que des objets du campement ont été datés directement.
Surovell maintient ses conclusions. Il dit n’avoir lu aucune objection capable de les renverser, et souhaite que d’autres équipes reprennent l’enquête. Le désaccord tient à une question simple. Les uns affirment que les objets datés ont été façonnés par des humains, les autres en doutent.
L’enjeu s’est pourtant déplacé entre-temps. Des empreintes de pas trouvées aux États-Unis prouvent déjà une présence humaine plus ancienne que Clovis. La génétique des peuples amérindiens mène à la même conclusion. La dispute porte surtout sur le chemin suivi vers le sud, par la côte ou par l’intérieur des terres.
Personne ne peut aller trancher sur place. Le sol où se dressait la tente a presque entièrement disparu. Les deux camps comparent donc des terres voisines à une surface qui ne survit plus que dans les relevés et les photographies.
Du campement, il reste des morceaux de bois, des nœuds de jonc et une empreinte de pied dans l’argile. C’est autour de ces quelques objets que la dispute se poursuit.
La version complète donne les trois numéros d’inventaire attribués à un même objet, et la terrasse qu’une étude range à la fois parmi les formes d’érosion et parmi les formes de dépôt.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Niveau d’occupation Monte Verde II (MV-II), tente à douze pièces et structure en U, rive du ruisseau Chinchihuapi, région des Lacs, Chili, 41°30′17″ S, 73°12′16″ O, fouilles de l’Universidad Austral de Chile, 1977-1985 fiche du Conseil des monuments nationaux sur la liste indicative de l’UNESCO, réf. 1873, 23 février 2004 : [Monte Verde Archaeological Site](https://whc.unesco.org/en/tentativelists/1873/
- Restes de neuf espèces d’algues marines des foyers de MV-II, datations directes Beta-238355 (12 290 ± 60 BP) et Beta-239650 (12 310 ± 40 BP) base de données XRONOS : [notice de référence Dillehay et al. 2008](https://xronos.ch/references/26951
- Empreinte de pied humain dans l’argile et objets en bois de MV-II, examinés en janvier 1997 à l’Universidad Austral de Chile, Valdivia compte rendu de Dena F. Dincauze, SAS Bulletin 19 (3/4) : [Monte Verde, Chile](https://socarchsci.org/images/bulletin/193/193D.htm
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Sources primaires (suite)
- Outil sur galet de serpentine à bord taillé sur les deux faces, unité 17, Monte Verde I PLOS ONE, correction de décembre 2015, fig. 7 : [Correction : New Archaeological Evidence for an Early Human Presence at Monte Verde, Chile](https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4689539/
- Fragment de pointe de type Monte Verde II en quartz exotique, Chinchihuapi I, fouilles 2017-2018 Quaternary Research 92 (1), 2019 : [notice du dépôt de l’Universidad de Chile](https://repositorio.uchile.cl/handle/2250/172233
- Deux carottes sédimentaires prélevées en juillet 2012 à 40 m au nord de MV-II, 43 datations radiocarbone Antiquity, matériel supplémentaire de Pino et Dillehay 2023 : [Supplementary material](https://static.cambridge.org/content/id/urn:cambridge.org:id:article:S0003598X23000327/resource/name/S0003598X23000327sup001.pdf
Bibliographie
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- Jeffrey S. Pigati, Kathleen B. Springer, Jeffrey S. Honke et al., « Independent Age Estimates Resolve the Controversy of Ancient Human Footprints at White Sands », *Science* 382 (6666), 2023, p. 73-75, DOI [10,1126/science.adh5007]( American Association for the Advancement of Sciencehttps://doi.org/10.1126/science.adh5007
Sources en ligne
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- [« Monte Verde »]( série « America, in the Beginning », septembre-octobre 2014 Archaeologyhttps://archaeology.org/issues/september-october-2014/collection/peopling-the-americas-monte-verde/america-in-the-beginning/
- [« Chile or Bust : Tracing the path of the first Americans »]( 9 mai 2008 The Christian Science Monitorhttps://www.csmonitor.com/USA/2008/0509/p03s03-usgn.html
- [« New clues emerge about the earliest known Americans »]( 18 novembre 2015 Vanderbilt University Newshttps://news.vanderbilt.edu/2015/11/18/new-clues-emerge-about-the-earliest-known-americans
- [« Debate explodes over age of key South American archaeological site »]( 19 mars 2026, mis à jour le 11 mai Sciencehttps://www.science.org/content/article/debate-explodes-over-age-key-south-american-archaeological-site
- [« Controversial Study Challenges Age of Famous Monte Verde Site, Reigniting One of Archaeology’s Greatest Debates »]( Micah Hanks, 21 mars 2026 The Debriefhttps://thedebrief.org/controversial-study-challenges-age-of-famous-monte-verde-site-reigniting-one-of-archaeologys-greatest-debates/
- [« “Speculation” and “egregious failure” : 30 researchers publish scathing critiques of study that questioned date of early human occupation of Monte Verde in Chile »]( Kristina Killgrove, 12 mai 2026 Live Sciencehttps://www.livescience.com/archaeology/americas/speculation-and-egregious-failure-30-researchers-publish-scathing-critiques-of-study-that-questioned-date-of-early-human-occupation-of-monte-verde-in-chile
- [« Chile at the Heart of the Debate on American Colonization : Scientists Confirm Monte Verde’s Age at 14 500 Years »]( mai 2026 El Ciudadanohttps://www.elciudadano.com/en/chile-at-the-heart-of-the-debate-on-american-colonization-scientists-confirm-monte-verdes-age-at-14500-years/05/17/
- [« Researchers defend older age of key archaeological site in Chile »]( Will Dunham, dépêche Reuters du 31 août 2026 reprise le 5 septembre Cyprus Mailhttps://cyprus-mail.com/2026/09/05/researchers-defend-older-age-of-key-archaeological-site-in-chile


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