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Épée médiévale : la légende des quinze kilos face aux pesées de musée

Debunk30 octobre 2026◈ 27 sources vérifiées
Wikimedia Commons
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Un pommeau lourd, une garde bien trempée terminée par de bonnes pointes, une lame plus chargée du côté de la main que du côté de l’extrémité, et un poids de cinq à sept livres, à ajuster selon la taille et la force de celui qui la portera. Le cahier des charges est de Fiore dei Liberi, maître d’armes italien, dans le traité qu’il rédige au début du XVᵉ siècle. Il concerne une arme d’exception, l’épée du duel en armure, que l’on empoignait souvent par le milieu de la lame pour la manier comme une courte lance.

Une histoire de l’escrime écrite depuis la rapière

Selon une image tenace, l’épée médiévale aurait pesé jusqu’à quinze kilos et n’aurait servi qu’à assommer. Cette image est fausse. Aucune des pesées publiées que l’on a pu réunir n’en approche, et la plus lourde épée médiévale citée plus bas, une arme de cérémonie, s’arrête à 4,70 kilos. Le cas relève du vrai déformé : des épées lourdes ont bien existé, épées d’apparat et grandes épées à deux mains, et ce fait réel, détaché de son contexte, a fini par servir de modèle à des armes qui pesaient trois ou quatre fois moins.

Cette image a une généalogie savante. En 1885, l’escrimeur anglais Egerton Castle publie à Londres, chez George Bell, Schools and Masters of Fence, présenté jusque dans ses rééditions récentes comme l’ouvrage de référence sur l’histoire de l’escrime. Son premier chapitre pose un paradoxe, l’art de l’escrime serait né de l’invention des armes à feu, et le livre entier raconte une ascension, depuis les combats sans méthode des siècles médiévaux jusqu’au raffinement de la rapière et de l’épée de cour, en rapportant chaque manière de se battre aux mœurs de son temps. Le Moyen Âge y tient le rôle du point de départ, celui où la force brute règne dans les armes comme dans la société. Castle connaissait les traités imprimés, et sa bibliographie, près de quarante pages, ne couvre que les XVIᵉ, XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Pour un historien qui partait des imprimés, l’époque antérieure se présentait probablement comme un vide, qu’une arme pesante venait remplir sans que rien, dans ses sources, ne s’y oppose.

Le terrain était prêt pour d’autres raisons, plus matérielles. En 2004, Dirk Breiding, du département des armes et armures du Metropolitan Museum de New York, consacre un essai aux questions que les visiteurs posent le plus souvent pendant les visites guidées, et l’épée lourde et grossière y figure. Il en voit deux causes. Très peu de gens ont tenu en main une épée médiévale authentique. Presque toutes celles qui subsistent sortent de fouilles, rongées par la corrosion, et Breiding les compare à une voiture calcinée, dont la carcasse ne dit plus rien de l’objet sorti de l’atelier. Le même essai range dans la même famille le chevalier hissé en selle par une grue, plaisanterie née, semble-t-il, à la fin du XIXᵉ siècle, que Laurence Olivier a portée à l’écran en 1944 dans Henry V, malgré l’avis de ses conseillers historiques. Il s’attarde aussi, sans rapport avec le poids, sur l’expression anglaise chain mail, qu’il tient pour un pléonasme puisque les deux mots désignent déjà des anneaux entrelacés.

La fiction a pris le relais, et le seul objet de quinze kilos que l’on ait pu documenter en vient. En avril 2012, le Journal du Geek annonçait la vente, pour 665 euros, d’une réplique d’épée tirée du jeu vidéo Devil May Cry, d’un poids de 15,2 kilos. Elle reproduit une arme qui n’a jamais existé qu’à l’écran.

Dumbarton, Stirling et la relique de 1888

Le XIXᵉ siècle a aussi donné à l’image un objet à montrer. Au National Wallace Monument de Stirling, ouvert au public en 1869, une épée à deux mains de 1,68 mètre et d’environ trois kilos est présentée comme celle de William Wallace, le vainqueur des Anglais au pont de Stirling en 1297. Elle y est arrivée en 1888 depuis le château de Dumbarton, après des années de démarches du révérend Charles Rogers, qui avait proposé le monument et en avait levé une bonne part des fonds. Rogers en fait le récit l’année suivante dans The Book of Wallace, deux volumes imprimés pour le Grampian Club, la société d’édition de textes historiques écossais qu’il animait.

David Caldwell, ancien président de la Society of Antiquaries of Scotland et conservateur pendant trente-huit ans aux National Museums of Scotland, a consacré à l’objet un chapitre de The Wallace Book, ouvrage collectif dirigé par Edward J. Cowan en 2007, et en a reparlé lors d’une conférence en ligne de cette société savante. Son verdict tient en peu de mots. L’arme est une épée à deux mains du XVIᵉ siècle, un exemplaire assez médiocre du genre, et son lien avec Wallace ne remonte pas au-delà de 1803, quand un soldat de la garnison de Dumbarton la présente comme telle à William Wordsworth et à sa sœur Dorothy, qui le note dans son journal. Caldwell juge tout juste possible qu’un des trois morceaux soudés qui composent la lame date du XIIIᵉ siècle.

Les antiquaires du XIXᵉ siècle avaient déjà vu le décalage chronologique. Rogers lui-même rapporte l’avis d’un spécialiste qui rattachait l’épée de Dumbarton au règne d’Édouard IV, plus d’un siècle et demi après la mort de Wallace, en la comparant à une épée d’apparat aux armes du comté de Chester conservée au British Museum. La datation a été rajeunie depuis, mais la méthode, confronter l’objet à d’autres épées conservées, annonçait celle qui allait défaire la légende du poids.

Peser les lames, collection par collection

La correction tient à une opération banale, longtemps négligée par les conservateurs, la pesée. Dans un article paru d’abord dans Medieval History Magazine, puis repris en février 2005 par le Journal of Western Martial Art, l’historien des armes Timothy Dawson réunit les poids publiés dans les catalogues de la Wallace Collection, à Londres, et du musée Stibbert, à Florence, ainsi que ceux des fiches des Royal Armouries de Leeds, qui ont fait peser pour l’occasion des épées jamais mesurées. Il part d’un constat, les musées pèsent rarement leurs armes et publient encore plus rarement le chiffre. Les résultats tiennent ensuite en quelques fourchettes. Une épée à une main de taille normale pèse entre 650 grammes et 1,4 kilo environ, avec quelques exemplaires plus lourds ; l’épée dite à une main et demie, qui devait rester utilisable d’une seule main, se tient entre 800 grammes et 1,4 kilo ; l’épée à deux mains double à peu près la mise, de 1,5 à 2,6 kilos dans cet échantillon. Breiding, au Met, donne en livres anglaises des ordres de grandeur concordants, deux à quatre livres pour l’épée à une main, rarement plus de dix pour les grandes épées de guerre à deux mains du XIVᵉ au XVIᵉ siècle, soit environ 4,5 kilos, et il insiste sur le pommeau, qui fait contrepoids à la longueur de la lame. À notre sens, la mesure la plus instructive vient d’une épée d’Europe occidentale datée des environs de 1400 et exposée au Met sous le numéro 32,75 225. Pommeau garni d’argent, garde en alliage cuivreux gainée de fil d’argent, vers de Virgile sur le pommeau, inscription gravée sur la lame, tout y désigne une arme de présentation, que rien n’obligeait à alléger ; elle pèse 1 673 grammes pour 102 centimètres.

Les épées lourdes existent bel et bien, et on sait où les voir. Au musée national d’histoire de St Fagans, près de Cardiff, une épée anglaise à deux mains des environs de 1450, trouvée selon la tradition sur le site de la commanderie des Hospitaliers de Slebech, dans le Pembrokeshire, mesure 1,68 mètre et pèse 3 040 grammes, au-dessus du maximum relevé par Dawson. Le British Museum conserve sous le numéro SLAntiq.364 l’épée d’État d’un prince de Galles, faite vers 1473-1483 et ornée des armes de Chester : 1,81 mètre, 4,70 kilos. Au palais de Topkapı, à Istanbul, Dawson signale des épées de procession aux proportions d’une arme de bataille agrandie au-delà de trois mètres. Celles de Londres et d’Istanbul ne servaient pas à combattre.

« Le pommeau doit être lourd »

Le cahier des charges de Fiore dei Liberi éclaire ce que la légende avait de juste. L’épée qu’il décrit sert au combat à pied entre hommes en armure, où le tranchant mord mal sur l’acier ; on la tient alors à deux mains, l’une sur la poignée, l’autre au milieu de la lame, pour viser les défauts de l’armure, une technique dite de la demi-épée, qu’enseigne aussi le traité d’André Lignitzer, copié dans un manuscrit de 1452. Dans les livres de combat, on en voit des variantes hérissées de pointes, comme celles que peint le manuscrit de Hans Talhoffer daté de 1459. En 2013, Daniel Jaquet, historien à l’université de Genève, a rapproché la seconde épée décrite par Fiore d’un objet du Wien Museum, une lame de 74 centimètres portant la marque du loup de Passau, datée des années 1480, dont une section renforcée de 14 centimètres, en son milieu, permettait la prise en gantelet. L’arme figurait au catalogue de l’exposition du musée de Cluny en 2011.

Le texte donne raison à la légende sur une chose, une épée pouvait être voulue lourde. Fiore réclame un pommeau lourd, une garde solide et un poids ajusté à la carrure du combattant. Il demande aussi, si la traduction est juste, que la masse se concentre vers l’arrière, autre leçon du passage, que la légende ignore tout à fait, puisqu’une épée se juge à son équilibre au moins autant qu’à son poids, et qu’un pommeau lourd ramène vers le poing le centre de gravité d’une lame longue. Lourd, donc. Lourd selon les critères d’un maître d’armes du XVᵉ siècle, qui comptait en livres et ajustait l’arme à l’homme.

L’excès inverse guette aussi. Une mise au point de ce genre, celle qu’on lit par exemple dans un document pédagogique du Musée canadien de la guerre, ramène l’épée médiévale à un kilo ou un kilo et demi. Pour l’épée à une main, la fourchette tient. Pour le reste, elle est trop courte ; l’épée de Slebech dépasse trois kilos, celle de Stirling, du XVIᵉ siècle, en pèse environ autant, et l’épée d’État du British Museum approche cinq kilos. Une réponse honnête à la question du poids commence donc par une autre question, celle du type d’épée et de l’usage auquel on la destinait.

Cinq à sept livres, mais de quelle ville ?

Ce que valait la livre de Fiore, on ne sait pas le dire avec assurance. L’unité changeait d’une ville italienne à l’autre, et toute conversion en kilos suppose de savoir laquelle le maître avait en tête. Le passage pose une autre difficulté, plus fine. Dans sa traduction de 2013, Jaquet accompagne la phrase sur la répartition du poids d’une mention « à vérifier », signe que le traducteur lui-même hésitait sur le sens exact de la consigne. On sait donc que Fiore fixait un poids ; on ignore sa valeur en grammes.

Les mesures modernes ont aussi leurs limites. L’échantillon de Dawson se limite à trois collections. Dans leur majorité, les épées médiévales conservées sortent de fouilles, et une lame rongée a perdu du métal ; son poids actuel n’est plus tout à fait celui de l’arme neuve, et l’écart varie d’un objet à l’autre. La recherche classe d’ailleurs les épées selon la typologie des lames qu’Ewart Oakeshott a illustrée de plus de quatre cents photographies et dessins dans Records of the Medieval Sword, en 1991 ; les notices de musée, elles, omettent souvent le poids. Quant à la croyance elle-même, aucune enquête d’opinion ne mesure sa diffusion en France, et l’on ne dispose que des questions de visiteurs rapportées par le Met et des mises au point que des musées jugent utile de publier.

Pour le chiffre de quinze kilos, aucun premier auteur n’a pu être retrouvé.

À St Fagans, l’épée de Slebech occupe une vitrine consacrée aux objets médiévaux entre deux sorties, puisque l’ordre de Saint-Jean, selon la notice du musée, s’en sert encore lors de ses offices et de ses investitures, et que ses 3 040 grammes continuent ainsi d’être portés en cérémonie plus de cinq siècles et demi après sa fabrication.

Pour aller plus loin

Le poids réel de l’armure de plates, entre vingt et vingt-cinq kilos pour un harnois de guerre selon le Metropolitan Museum, et la légende du chevalier hissé en selle par une grue prolongent directement ce sujet. La fabrique des reliques nationales au XIXᵉ siècle, dont l’épée de Stirling offre un exemple, rejoint aussi l’histoire du casque à cornes viking, que les casques retrouvés ne confirment pas. Sur d’autres idées reçues médiévales, voir la ceinture de chasteté, le droit de cuissage et la Terre plate au Moyen Âge.

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Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. Fiore dei Liberi, Flos duellatorum, traité de combat du début du XVᵉ siècle, prescriptions sur l’épée du combat en armure, éd. Marco Rubboli et Luca Cesari, Rimini, Il Cerchio, 2002, p. 202 (passage traduit en français par Daniel Jaquet en 2013)
  2. André Lignitzer, traité de combat à l’épée en armure, copié dans un manuscrit daté de 1452 Rome, Biblioteca dell’Accademia Nazionale dei Lincei e Corsiniana, Codex 44 A 8
  3. Hans Talhoffer, livre de combat de 1459, épées d’armes pour le duel en armure, f. 107v-108r Copenhague, Det Kongelige Bibliotek, Thott 290 2°
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Sources primaires (suite)

  1. Épée d’armes à marque du loup de Passau, années 1480, lame à section carrée de 74 cm, zone de prise centrale de 14 cm Wien Museum, Vienne, HMW 126006
  2. Épée, Europe occidentale, vers 1400, acier, argent, alliage cuivreux et cuir, L. 102,2 cm, lame 81,3 cm, 1 673 g, vers de l’Énéide (I, 461) inscrit sur le pommeau Metropolitan Museum of Art, New York, 32,75 225
  3. Épée anglaise à deux mains, vers 1450, Slebech (Pembrokeshire), L. 1 680 mm, 3 040 g, encore employée par l’ordre de Saint-Jean Amgueddfa Cymru, Museum Wales, St Fagans, 33 106
  4. Épée d’État d’un prince de Galles, aux armes de Chester, vers 1473-1483, L. 1 814 mm, 4,70 kg, collection Sloane British Museum, Londres, SLAntiq.364
  5. Épée dite de Wallace, épée à deux mains, L. 1,68 m, environ 3 kg, transférée du château de Dumbarton en 1888 National Wallace Monument, Stirling
  6. Egerton Castle, Schools and Masters of Fence, from the Middle Ages to the Eighteenth Century, Londres, George Bell and Sons, 1885, lii + 254 p.
  7. Charles Rogers, The Book of Wallace, 2 vol., imprimé pour le Grampian Club, 1889

Bibliographie

  1. Daniel Jaquet, « Une épée d’armes pour le combat singulier en armure », e-Phaïstos 2 (1), juin 2013, p. 88-97, DOI 10,4000/ephaistos.589 e-Phaïstoshttps://doi.org/10.4000/ephaistos.589
  2. Michel Huynh (dir.), L’épée. Usages, mythes et symboles, catalogue de l’exposition du musée de Cluny, 28 avril-26 septembre 2011, Paris, 2011, 143 p. RMN-Grand Palais
  3. Dirk H. Breiding, « Arms and Armor – Common Misconceptions and Frequently Asked Questions », Heilbrunn Timeline of Art History, New York, octobre 2004 The Metropolitan Museum of Art
  4. Timothy Dawson, « A club with an edge », Medieval History Magazine 2 (3), repris dans le Journal of Western Martial Art, février 2005 EJMAS
  5. David H. Caldwell, « The Wallace Sword », dans Edward J. Cowan (dir.), The Wallace Book, Édimbourg, 2007 John Donald
  6. Ewart Oakeshott, Records of the Medieval Sword, Woodbridge, 1991, x + 310 p. Boydell Press

Sources en ligne

  1. « Arms and Armor – Common Misconceptions and Frequently Asked Questions - The Metropolitan Museum of Art » The Metropolitan Museum of Arthttps://www.metmuseum.org/essays/arms-and-armor-common-misconceptions-and-frequently-asked-questions
  2. « Sword - Western European - The Metropolitan Museum of Art » The Metropolitan Museum of Arthttps://www.metmuseum.org/art/collection/search/23367
  3. « Medieval iron sword - Collections Online | Museum Wales » Amgueddfa Cymru, Museum Waleshttps://museum.wales/collections/online/object/b3cbe01b-51a3-385f-922f-16bd17ff1310/
  4. « sword », notice SLAntiq.364 (Sword of State) British Museum, Collection onlinehttps://www.britishmuseum.org/collection/object/H_SLAntiq-364
  5. « Historic sword returns to National Wallace Monument », 18 août 2023 The Scottish Bannerhttps://www.scottishbanner.com/2023/08/18/historic-sword-returns-to-national-wallace-monument/
  6. « William Wallace sword ’did not belong to Wallace’ » The Scotsmanhttps://www.scotsman.com/heritage-and-retro/heritage/william-wallace-sword-did-not-belong-to-wallace-3038963
  7. « The book of Wallace », notice des publications du Grampian Club National Library of Scotlandhttps://digital.nls.uk/print/search/rec/?r_id=250
  8. « Une épée d’armes pour le combat singulier en armure » Archive ouverte UNIGE, université de Genèvehttps://archive-ouverte.unige.ch/unige:39959
  9. « Journal of Western Martial Art », article de Timothy Dawson, février 2005 EJMAShttps://ejmas.com/jwma/articles/2005/jwmaart_dawson_0205.htm
  10. « FAITS AMUSANTS », document pédagogique sur l’armure, 2018 Musée canadien de la guerrehttps://media.museedelaguerre.ca/2018/prdocuments/armure-faits-amusants.pdf
  11. « Devil May Cry : faites l’acquisition de la Rebellion Sword », 17 avril 2012, cité comme objet documentant la diffusion Journal du Geekhttps://www.journaldugeek.com/2012/04/17/devil-may-cry-rebellion-sword/
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