Les deux feuillets de parchemin ont d’abord été copiés en écriture gothique, sur deux colonnes d’une cinquantaine de lignes, en Italie du Nord vers 1400. On les a grattés ensuite, volontairement semble-t-il, puis un relieur les a collés en contregardes dans un recueil de sermons pour confesseurs, aujourd’hui coté Biblioteca Capitolare 86 ½ à l’Archivio Diocesano Tridentino de Trente. Au terme d’un recensement des fragments trentins achevé en 2018, Matteo Cova y a lu, à la lampe à ultraviolets, le deuxième livre de la Clavicule de Salomon, avec ses chapitres sur le bain de l’opérateur et sur la fabrication du couteau.
Pierre d’Abano l’avait lu avant 1310
Clavicula Salomonis veut dire « petite clé de Salomon ». Le prologue de la seule copie latine médiévale complète, tel que Cova le résume, fait parler Salomon à son fils Roboam ; l’ange Gabriel lui serait apparu en songe, et le roi aurait enfermé les secrets de l’art dans un opuscule enterré avec lui, dans un coffret d’ivoire. Des philosophes babyloniens retrouvent le livre en restaurant le tombeau sans le comprendre, jusqu’à ce que l’un d’eux, Tos le Grec, obtienne par la prière le secours d’un ange et le traduise, sous promesse de secret. Cova a compté dix-sept occurrences du mot secretum dans ce seul prologue. Le texte revendique donc le Xᵉ siècle avant notre ère. La recherche le place dans la seconde moitié du XIIIᵉ siècle, et en tout cas avant 1310, année où le médecin padouan Pierre d’Abano le cite dans son Lucidator ; pour un livre sans date ni auteur réel, cette première mention fournit la seule borne sûre, un terminus ante quem, la date avant laquelle le texte existait forcément. On le retrouve dans les inventaires de deux bibliothèques princières, celle de Francesco I Gonzaga à Mantoue, dressé à sa mort en 1407, et celle des Visconti à Pavie, en 1426.
Le plus ancien manuscrit daté sort du même milieu. C’est une traduction italienne, conservée à la Bibliothèque nationale de France sous la cote italien 1524 (folios 179r à 235r), dont le copiste note l’achèvement le 16 juin 1446 ; Jean-Patrice Boudet et Laurence Moulinier-Brogi situent le recueil en Lombardie, probablement chez un laïc de la cour de Filippo Maria Visconti, et il y manque le prologue et plusieurs chapitres du second livre. La seule copie latine médiévale complète, faite en Allemagne du Sud entre 1448 et 1463, est passée de la Bibliotheca Philosophica Hermetica d’Amsterdam à une collection privée, sous la cote Coxe 25. D’après l’écriture, une gothique livresque mêlée de traits cursifs lombards ou vénètes, Cova date les feuillets de Trente de la fin du XIVᵉ siècle ou des toutes premières années du XVᵉ, un demi-siècle avant ces deux témoins. En 1508, l’abbé Jean Trithème la place en tête des livres de magie qu’il condamne dans son Antipalus maleficiorum, ce qui mesure au moins une réputation.
Le contenu se décrit sans se reproduire. Le premier livre fixe les moments favorables et la manière de s’adresser aux esprits, puis range les opérations selon leur but, les vols à retrouver, l’invisibilité, l’amour, la haine ou la dérision. Le second règle tout ce qui précède l’opération : le jeûne et le bain, le choix d’un lieu écarté « où aucune femme ne vient » (ubi nulla mulier penitus adeat, dit le feuillet trentin), la fabrication du couteau, du bâton et de l’épée, les fumigations et l’encre, enfin le congé donné aux esprits. Cova remarque que l’alternance de psaumes, de bénédictions et de gestes calque le Rituel, le livre liturgique des sacrements.
Les descriptions modernes divergent pourtant. Cova trouve dans la copie Coxe les formules de rituels distincts, quand Gal Sofer, de l’université Ben-Gourion du Néguev, lit dans la traduction de 1446 un manuel auxiliaire qui règle heures, pureté et outillage. Les deux témoins ne portent probablement pas le même état du texte.
Toz Graecus
Le traducteur du prologue s’appelle Tos, Toz ou Toç Graecus selon les copies. Robert Mathiesen, de l’université Brown, y reconnaît en 2007 une forme corrompue de Thot, le dieu égyptien que l’Antiquité identifiait à Hermès. Or il existe en grec un traité attribué à Salomon dont la structure suit celle de la plus ancienne version occidentale, l’Hygromanteia, du nom de l’hygromancie, la divination par l’eau. Mathiesen en recense seize ou dix-sept manuscrits, dont six du XVᵉ siècle, l’attribue à un magicien chrétien et y voyait l’original de la Clavicule, traduit en Italie au XVIᵉ siècle, peut-être dès le XVᵉ.
Cette chronologie ne tient plus. Mathiesen écrivait avant la découverte de Trente, et la citation de Pierre d’Abano suppose un texte latin bien antérieur aux premiers manuscrits grecs, tous du XVᵉ siècle ou postérieurs. L’hypothèse grecque survit pourtant sous une forme plus solide. Julien Véronèse et Jean-Patrice Boudet, dont Cova reprend les conclusions, voient dans l’Hygromanteia un parent, peut-être l’archétype, de la Clavicule latine. Le contenu diffère, magie astrale et divination d’un côté, conjuration des démons de l’autre, mais les sections sur les invocations et sur les pentacles, figures géométriques chargées de noms et de signes, se ressemblent de près. L’hypothèse suppose alors un état grec plus ancien que tous les manuscrits conservés.
Personne ne peut aujourd’hui trancher, pour une raison matérielle. Aucun témoin grec n’est antérieur au XVᵉ siècle, le texte latin médiéval attend encore son édition critique, que prépare Véronèse, et Sofer juge en 2026 controversée l’idée d’une source grecque unique pour l’ensemble de la Clavicule. Le sens de l’emprunt devra se démontrer manuscrit par manuscrit.
Abraham Colorni, ingénieur des Este
Une autre généalogie s’écrit dans les manuscrits eux-mêmes. Beaucoup de copies latines, italiennes et françaises affirment que la Clavicule a été composée en hébreu, puis traduite en italien à la demande du duc de Mantoue par Abraham Colorni. Né à Mantoue en 1544, ingénieur des Gonzague puis, après 1574, d’Alphonse II d’Este à Ferrare, Colorni travaille surtout à des armes.
L’attribution vise deux origines, Salomon pour le texte, Colorni pour sa version italienne de la fin du XVIᵉ siècle. La chronologie latine exclut que l’une ou l’autre soit l’origine du livre ; elle n’interdit pas que Colorni ait traduit une version particulière. Mathiesen allait plus loin : les manuscrits hébreux connus, intitulés Mafteah Shelomoh (« clé de Salomon »), dataient tous de la fin du XVIIᵉ ou du XVIIIᵉ siècle et dérivaient de textes occidentaux, et l’original hébreu pouvait n’être qu’une présomption, un livre de Salomon devant bien avoir été écrit dans sa langue. Le plus connu, décrit en 1903 puis publié en fac-similé en 1914 par Hermann Gollancz, professeur d’hébreu à Londres, est aujourd’hui considéré comme perdu ; Sofer en a identifié le copiste, Yehuda Arie Peretz, qui l’acheva à Amsterdam en 1721 ou 1722.
Le récit de Colorni passait pour une légende chez Barbierato comme chez plusieurs historiens du judaïsme italien. Un feuillet du musée d’Israël, à Jérusalem, coté B12,1864, oblige à le reprendre. Feuille de papier de 24 centimètres sur 34, il porte une écriture hébraïque semi-cursive de type ashkénaze et des dessins à l’encre, un cercle et une bourse, puis un grand navire porté par quatre figures démoniaques. Sofer le date du XVIᵉ siècle par la paléographie et par un filigrane, Briquet 2592, qui oriente vers un papier de Ferrare. Le copiste a laissé dans la marge quelques mots en caractères latins pris à son modèle, signe qu’il avait un texte latin sous les yeux, peut-être pas le seul. Une Clavicule hébraïque circulait donc chez les juifs d’Italie dès le XVIᵉ siècle, plus tôt qu’on ne l’admettait, et la traduction de Colorni devient plausible aux yeux de Sofer, qui précise que le feuillet ne prouve pas qu’il en soit l’auteur. L’hébreu arrive ici en aval du latin.
Au XVIIIᵉ siècle, un propriétaire s’en sert pour essayer sa plume, en cursive séfarade, par-dessus le texte.
Rabbins et tailleurs devant le Saint-Office
Inscrite parmi les livres prohibés au XVIᵉ siècle, la Clavicule se laisse surtout voir à travers ceux qui la poursuivent. Federico Barbierato a suivi sa circulation à Venise dans les procès du Saint-Office, du XVIᵉ siècle à la chute de la République, dans un livre de 2002 repris en anglais en 2026. Les lecteurs y appartiennent à tous les milieux, religieux, nobles, prostituées, sages-femmes, et attendent du livre des effets immédiats, gagner au jeu, conquérir quelqu’un ou guérir.
Le commerce défait les livres. Les marchands découpent les exemplaires et vendent les feuillets un par un, selon la demande ; l’acheteur les relie avec d’autres, imprimés ou manuscrits, et chaque assemblage produit un texte nouveau. Barbierato en conclut qu’au début du XVIIᵉ siècle le titre ne désigne plus un texte mais une série de textes qui le partagent. Les couvents copient aussi. Le procès des frères Giuseppe Bregolati et Ignazio Verigola, du couvent de San Francesco da Paola à Vérone, dure dix-sept ans dans la seconde moitié du XVIIᵉ siècle.
Le dernier chapitre du livre de 2002 entre dans une maison de Campo San Giobbe, où Francesco Viola, Marco Corradi et Lunardo Longo avaient aménagé une stanza dei circoli, une chambre des cercles, du nom des cercles que les textes prescrivent de tracer autour de l’opérateur. Un praticien juif y expliquait à Viola les noms hébreux de ses manuscrits et leur prononciation. Jean-Patrice Boudet a montré en 2023 que le lieu du rituel change entre la fin du Moyen Âge et le XVIIIᵉ siècle, alors même que les versions de la Clavicule restent proches. Un courant syncrétique, proche de la kabbale juive, gagne la sociabilité urbaine, ouvre la chambre du rituel et rend plus difficile à tenir le secret que les textes exigent.
Le texte « sauvage »
Mathiesen a donné en 2007 le seul inventaire d’ensemble, en le présentant comme provisoire. Il compte 122 manuscrits en alphabet latin dans des bibliothèques d’Europe et d’Amérique du Nord, en six langues occidentales plus un tchèque très tardif, aucun en espagnol. Six sont du XVIᵉ siècle, trente-trois du XVIIᵉ, soixante-deux du XVIIIᵉ ; parmi les quarante-six manuscrits français, trente-trois datent du XVIIIᵉ, d’où une remarque qui va contre l’intuition : en France, la Clavicule a connu sa plus grande vogue au siècle des Lumières. Mathiesen qualifie la tradition de « sauvage », c’est-à-dire ouverte, chaque copiste ajoutant, retranchant et déplaçant à sa guise, si bien qu’aucune analyse stemmatique, celle qui reconstruit l’arbre des copies jusqu’à un original, ne peut aboutir.
Une dizaine de familles se dessinent pourtant, chacune avec sa généalogie inventée. Les copies françaises dites « Armadel » se donnent pour traduites de l’hébreu par un certain Armadel en 1220 et réordonnent les chapitres dans l’ordre où on les consulterait pendant une opération. Celles du « rabbi Abognazar » racontent qu’un rabbin aurait porté le livre à Arles, où l’archevêque l’aurait mis en français après la destruction des juifs de la ville ; plusieurs nomment ce prélat Barrault, et Jean Jaubert de Barrault fut bien archevêque d’Arles de 1630 à 1643. Le manuscrit français 25314 de la BnF, de cette famille, porte la date de 1634. L’attribution s’y fabrique avec les matériaux du temps, un archevêque contemporain et une date médiévale précise. Mieux vaudrait, dès lors, parler des Clavicules au pluriel, comme les pages de titre françaises du XVIIIᵉ siècle, car le singulier tient surtout aux listes de censure, qui ne visaient qu’un titre. À Paris, la bibliothèque de l’Arsenal en conserve à elle seule huit, tous du XVIIIᵉ siècle, sous les cotes 2346 à 2350, 2493, 2790 et 2791.
Le grimoire le plus copié d’Europe ? La formule est plausible et invérifiable. Sofer compte au moins deux cents manuscrits et imprimés sous ce titre, Mathiesen laissait hors de son décompte les copies saisies par l’Inquisition, et aucun recensement comparable n’existe pour l’Ars notoria, autre texte salomonien que Cova dit transmis par de nombreux manuscrits.
Le texte arrive à l’imprimé anglais à Londres en 1889, chez George Redway, tiré à cinq cents exemplaires. Samuel Liddell MacGregor Mathers y présente The Key of Solomon the King comme traduit et édité pour la première fois d’après des manuscrits du British Museum, et c’est un document de l’occultisme victorien. Selon Mathiesen, Mathers suit surtout la famille la plus ancienne, mais il supprime quelques chapitres qui heurtaient son éthique de magicien et en ajoute qui viennent d’autres familles. En 1916, un vendeur par correspondance de Chicago, L. W. de Laurence, la réimprime sous le titre The Greater Key of Solomon en retouchant le texte pour écouler ses propres fournitures magiques.
Un manuscrit de 128 feuillets que personne ne peut consulter
Le décompte de Mathiesen est un plancher. Il ignore les copies restées dans les archives de l’Inquisition vénitienne et le manuscrit AR 3 186 de la bibliothèque provinciale des Capucins de Trente, une Clavicule latine de la première moitié du XVIIIᵉ siècle dont la galerie de pentacles en couleur n’a, selon Cova, aucun équivalent dans la version médiévale. Les pentacles dessinés, que l’imagerie moderne associe d’emblée au livre, seraient ainsi pour l’essentiel un apport des copistes modernes, alors que le texte médiéval se contente d’en prescrire le tracé. Le texte latin du Moyen Âge, lui, n’a toujours pas d’édition, et ses deux seuls témoins connus sont les feuillets de Trente et la copie Coxe 25, un volume de 128 feuillets copié en Allemagne du Sud.
La comparaison menée par Cova montre deux états très proches, à quelques variantes près ; le feuillet trentin donne en entier un verset de psaume que la copie allemande abrège, ou une phrase que celle-ci omet. Un seul texte latin avant 1450, ou déjà plusieurs rédactions ? Pour trancher, il faudrait d’autres fragments du XIVᵉ siècle, et surtout un examen direct du papier, des mains et de la composition de la copie Coxe 25, aujourd’hui en collection privée et déclarée non consultable.
Pour aller plus loin
Sur d’autres manuels, le Picatrix, la magie astrale, le Dragon rouge et le Grand et le Petit Albert. Pour le traducteur légendaire du prologue, Hermès Trismégiste. Côté occultisme moderne qui réédite ces textes, Éliphas Lévi et le mot « occultisme » et Dogme et rituel de la haute magie.
On lit souvent que la Clavicule de Salomon est un livre de magie écrit par le roi Salomon lui-même. Le livre le dit en tout cas. Il se présente comme une leçon secrète que le vieux roi aurait laissée à son fils, enterrée avec lui puis retrouvée dans son tombeau. Pendant des siècles, des lecteurs de toute l’Europe l’ont recopié. D’où vient vraiment ce texte, et pourquoi en existe-t-il tant de versions ?
Un livre plus jeune que son auteur
Salomon est un roi de la Bible, bien plus ancien que tous les manuscrits connus. Pour dater un livre qui se donne un faux âge, les historiens cherchent la première fois que quelqu’un le cite. Ici, c’est un médecin italien, Pierre d’Abano. Il mentionne la Clavicule dans un de ses ouvrages avant 1310.
Le texte existait donc déjà à cette date. Les spécialistes pensent qu’il a été composé quelques décennies plus tôt, dans la seconde moitié du XIIIᵉ siècle. On le voit ensuite apparaître dans les bibliothèques des princes du nord de l’Italie.
La plus ancienne copie datée est aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de France, à Paris. C’est une traduction en italien, probablement faite pour un homme de la cour du duc de Milan. Son copiste a noté qu’il l’avait terminée en 1446.
Deux pages cachées dans une couverture
Une découverte récente a vieilli le livre d’un demi-siècle. Vers 1400, quelqu’un copie la Clavicule en latin sur du parchemin. Plus tard, on gratte l’encre, puis un relieur colle les pages à l’intérieur de la couverture d’un livre de sermons. Ce volume finit dans une bibliothèque de Trente, dans le nord de l’Italie.
Un chercheur, Matteo Cova, a pu lire le texte effacé grâce à une lampe à ultraviolets. On y trouve la préparation de celui qui opère. Il doit jeûner, se laver selon des règles et choisir un endroit isolé. Le texte décrit aussi la fabrication d’un couteau et d’autres outils réservés à ces cérémonies.
Cova a fait une remarque frappante. Cette suite de prières, de bénédictions et de gestes imite les livres dont les prêtres se servent pour les sacrements.
Chaque copiste réécrit le livre
Le succès du livre a eu un effet inattendu. Chaque copiste ajoutait, retirait ou déplaçait des passages. Au bout de quelque temps, le même titre couvrait des textes très différents.
Un chercheur américain, Robert Mathiesen, a fait le compte des manuscrits écrits en alphabet latin. Il en a trouvé 122 dans les bibliothèques d’Europe et d’Amérique du Nord. Soixante-deux d’entre eux ont été copiés au siècle des Lumières, souvent en français. Selon lui, c’est en France, à cette époque, que le livre a connu son plus grand succès.
Les copies s’inventent aussi des origines. Certaines prétendent venir de l’hébreu. D’autres citent un traducteur du Moyen Âge, ou un archevêque d’Arles qui vivait en réalité au XVIIᵉ siècle. Une tradition nomme même un ingénieur juif de la Renaissance, Abraham Colorni.
À Venise, les procès de l’Inquisition montrent des lecteurs de tous les milieux. On y croise des religieux, des nobles, des prostituées et des sages-femmes. Les marchands découpaient les exemplaires et vendaient les pages une à une. Chaque acheteur recomposait ainsi son propre livre.
Bien plus tard, un Anglais nommé Samuel Mathers fait imprimer le texte à Londres. L’édition paraît en 1889. On en tire cinq cents exemplaires. Mathers a supprimé quelques chapitres qui heurtaient sa morale de magicien et en a ajouté d’autres.
Les questions encore ouvertes
Les spécialistes ne savent toujours pas d’où vient le texte de départ. Un traité grec attribué à Salomon lui ressemble beaucoup. Mathiesen y voyait la source de la Clavicule. Mais les copies grecques connues sont plus tardives que la mention faite par Pierre d’Abano. Certains imaginent un modèle grec plus ancien et perdu, d’autres contestent l’idée d’une source grecque unique.
La piste juive a bougé en 2026. Un chercheur israélien, Gal Sofer, a publié une page en hébreu du XVIᵉ siècle. Elle est conservée au musée d’Israël, à Jérusalem. Son copiste avait sous les yeux un texte latin. Une version hébraïque circulait donc en Italie plus tôt qu’on ne le croyait. Cela rend possible le rôle de Colorni, sans le prouver.
La seule copie latine complète du Moyen Âge appartient à un collectionneur privé. Personne ne peut la consulter aujourd’hui. Sans elle, on ne sait pas s’il existait déjà plusieurs versions latines au milieu du XVᵉ siècle.
Sur la page hébraïque de Jérusalem, un propriétaire du XVIIIᵉ siècle a essayé sa plume en écrivant quelques mots par-dessus le texte.
La version complète donne le prologue où Salomon confie son livre à Roboam, et l’archevêque d’Arles que les copies françaises enrôlent comme traducteur.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Clavicula Salomonis, livre II, chapitres 4 à 8, deux feuillets de parchemin (305 × 205 mm et 315 × 208 mm) remployés en contregardes, Italie du Nord, fin du XIVᵉ ou début du XVᵉ siècle, transcription dans Cova 2021, p. 167-173 Archivio Diocesano Tridentino, Trente, Biblioteca Capitolare 86 ½
- Clavicula di Salomone, traduction italienne achevée le 16 juin 1446, ff. 179r-235r d’un recueil lombard de textes astrologiques et magiques, éd. F. Gal, J.-P. Boudet et L. Moulinier-Brogi, Vedrai mirabilia, Rome, 2017 Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, italien 1524
- Clavicula Salomonis, copie latine complète, Allemagne du Sud, 1448-1463, volume de 128 feuillets, anciennement Amsterdam, Bibliotheca Philosophica Hermetica, ms. 114 collection privée, Coxe 25, déclarée non consultable
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Sources primaires (suite)
- Hygromanteia ou Traité magique de Salomon, seize ou dix-sept manuscrits grecs du XVᵉ au XVIIIᵉ siècle recensés par Mathiesen 2007, réédition synoptique dans Pablo A. Torijano, Solomon the Esoteric King. From King to Magus, Development of a Tradition, Leyde, 2002, p. 231-309 Brill
- Ars notoria, éd. critique Julien Véronèse, L’Ars notoria au Moyen Âge. Introduction et édition critique, Florence, 2007 Sismel-Edizioni del Galluzzo
- Pierre d’Abano, Lucidator dubitabilium astronomiae, antérieur à 1310, première mention connue de la Clavicule, éd. Graziella Federici Vescovini, Trattati di astronomia, Padoue, 1992 Editoriale Programma
- Inventaires de la bibliothèque de Francesco I Gonzaga, Mantoue, 1407, éd. Pia Girolla, Atti e memorie della R. Accademia Virgiliana di Mantova 14-15, 1921-1923, p. 28-72, et de la bibliothèque des Visconti, Pavie, 1426, éd. Élisabeth Pellegrin, La bibliothèque des Visconti et des Sforza, ducs de Milan, au XVᵉ siècle, Paris, 1955 mentions de la Clavicule relevées par Cova 2021
- Jean Trithème, Antipalus maleficiorum, rédigé en 1508, catalogue des livres de magie condamnés, première édition imprimée à Ingolstadt en 1555 selon Cova 2021
- Feuillet d’une Clavicule hébraïque, Italie du Nord, XVIᵉ siècle, encre sur papier, 24 × 34 cm, filigrane Briquet 2592 Musée d’Israël, Jérusalem, B12,1864
- Hermann Gollancz, Maphteah Shelomo, Clavicula Salomonis. A Hebrew Manuscript Newly Discovered and Now Described, Francfort, J. Kauffmann, 1903, et Sepher Maphteah Shelomo, fac-similé, Oxford University Press, 1914, d’après un manuscrit daté de 1722, copié par Yehuda Arie Peretz et aujourd’hui considéré comme perdu
- Les Clavicules de Salomon, famille dite du rabbi Abognazar, copie datée de 1634, fac-similé Paris, Chamuel, 1892 Bibliothèque nationale de France, français 25314
- Huit manuscrits français de Clavicules, XVIIIᵉ siècle Bibliothèque de l’Arsenal, Paris, ms. 2346, 2347, 2348, 2349, 2350, 2493, 2790 et 2791
- S. Liddell MacGregor Mathers (éd. et trad.), The Key of Solomon the King (Clavicula Salomonis), Londres, 1889, tirage de 500 exemplaires, deuxième édition en 1909 George Redway
- L. W. de Laurence (éd.), The Greater Key of Solomon, Chicago, 1916, réimpression retouchée de l’édition Mathers, décrite par Mathiesen 2007, n. 6
- Procès du Saint-Office vénitien contre Francesco Viola, Marco Corradi et Lunardo Longo (maison de Campo San Giobbe) et contre les frères Giuseppe Bregolati et Ignazio Verigola (couvent de San Francesco da Paola, Vérone), XVIIᵉ siècle Archivio di Stato di Venezia, fonds du Sant’Uffizio, étudiés par Barbierato 2002, notamment p. 313-327
- Clavicula Salomonis, copie latine illustrée de pentacles en couleur, première moitié du XVIIIᵉ siècle Biblioteca provinciale dei Padri Cappuccini, Trente, AR 3 186
Bibliographie
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- Robert Mathiesen, « The Key of Solomon : Toward a Typology of the Manuscripts », Societas Magica Newsletter 17, 2007, p. 1-9 Societas Magica
- Gal Sofer, « Upon the Magician’s Escritoire : A Recently Discovered Hebrew Clavicula Salomonis », Harvard Theological Review 119 (2), 2026, p. 325-346, DOI 10,1017/S0017816026101205 Cambridge University Presshttps://doi.org/10.1017/S0017816026101205
- Florence Gal, Jean-Patrice Boudet et Laurence Moulinier-Brogi, Vedrai mirabilia. Un libro di magia del Quattrocento, Rome, 2017 Viella
- Jean-Patrice Boudet et Julien Véronèse, « Le secret dans la magie rituelle médiévale », Micrologus 14, 2006, p. 101-150 Micrologus
- Julien Véronèse, « La transmission groupée des textes de magie « salomonienne » de l’Antiquité au Moyen Âge. Bilan historiographique, inconnues et pistes de recherche », dans Stéphane Gioanni et Benoît Grévin (dir.), L’Antiquité tardive dans les collections médiévales. Textes et représentations, VIᵉ-XIVᵉ siècle, Rome, 2008, p. 193-223 École française de Rome
- Jean-Patrice Boudet, « Les lieux secrets de la magie rituelle », dans Cultures du secret à l’époque moderne. Raisons, espaces, paradoxes, fabriques, coll. « POLEN » 32, Paris, 2023, p. 121-137, DOI 10,48611/isbn.978-2-406-14643-8.p.0121 Classiques Garnierhttps://doi.org/10.48611/isbn.978-2-406-14643-8.p.0121
- Federico Barbierato, Nella stanza dei circoli. Clavicula Salomonis e libri di magia a Venezia nei secoli XVII e XVIII, Milan, 2002, VIII-341 p. Sylvestre Bonnard
- Federico Barbierato, In the Room of the Circles. The Inquisition and Books of Magic in Early Modern Venice, 2026, 338 p. Routledge
Sources en ligne
- « Upon the Magician’s Escritoire : A Recently Discovered Hebrew Clavicula Salomonis », Harvard Theological Review Cambridge Corehttps://www.cambridge.org/core/journals/harvard-theological-review/article/upon-the-magicians-escritoire-a-recently-discovered-hebrew-clavicula-salomonis/BE07843BA2B2F3415B75BAC2F3B80F90
- « SMN Spring 2007 Issue 17 », Societas Magica Newsletter, contenant l’article de Robert Mathiesen et sa liste de manuscrits Societas Magicahttps://societasmagica.org/modules/newsletters/views/docs/SMN_Spring_2007_Issue_17.pdf
- « Un manuale di negromanzia a Trento : rinvenimento e studio dei più antichi frammenti della Clavicula Salomonis », Studi Trentini. Storia portail HeyJoe, Fondazione Bruno Kesslerhttps://heyjoe.fbk.eu/index.php/stusto/article/download/6856/6857/6858
- « Miscellanées magico-scientifiques en Italie au Quattrocento : l’exemple du manuscrit Paris, BnF, italien 1524 », Laurence Moulinier-Brogi et Jean-Patrice Boudet HAL SHShttps://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02071348
- « Les lieux secrets de la magie rituelle » Classiques Garnierhttps://classiques-garnier.com/cultures-du-secret-a-l-epoque-moderne-raisons-espaces-paradoxes-fabriques-les-lieux-secrets-de-la-magie-rituelle.html
- « In the Room of the Circles : The Inquisition and Books of Magic in Early Modern Venice » Routledgehttps://www.routledge.com/In-the-Room-of-the-Circles-The-Inquisition-and-Books-of-Magic-in-Early-Modern-Venice/Barbierato/p/book/9781041092711
- « Federico Barbierato, Nella stanza dei circoli : Clavicula Salomonis e libri di magia a Venezia nei secoli XVII e XVIII (recensione) », Rossana Morriello, Biblioteche oggi, avril 2004 Politecnico di Torino, IRIShttps://iris.polito.it/retrieve/handle/11583/2680414/160818/Barbierato.pdf
- « The Key of Solomon the King (Clavicula Salomonis) », Londres, George Redway, 1889, exemplaire de la Wellcome Library numérisé Internet Archivehttps://ia601300.us.archive.org/9/items/b24884431/b24884431.pdf

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