Mille exemplaires chaque fois, sortis des presses du même imprimeur. En juin 2008, le projet archéologique de Caral-Supe consacre un livret illustré à Vichama, un ensemble de monticules du district de Végueta, au nord de l’embouchure du Huaura, et l’intitule Vichama de Végueta comparte con Caral 5000 años de identidad cultural. Le texte range le secteur monumental dans l’Archaïque tardif, de 3000 à 1800 avant notre ère, et fait de ses habitants, comme de ceux d’Áspero, des pourvoyeurs de produits de la mer pour la société du Supe et celles de l’intérieur. En septembre 2025, la même équipe, devenue la Zona Arqueológica Caral du ministère péruvien de la Culture, publie sur le même site un livre de près de cent cinquante pages, avec une autre fourchette entre parenthèses dans le titre, 1800-1500 avant notre ère, et dans l’introduction une autre place dans l’histoire, celle d’un centre urbain « postérieur à la crise sociale de la civilisation Caral ».
Sur l’autre rive du fleuve, Bandurria a glissé dans le même sens, et de plus haut.
« Pampa de las Bandurrias »
Avant 1973, la plaine désertique de Playa Chica, au sud de Huacho, portait ce nom, d’après un grand ibis bariolé qui a disparu des environs. Cette année-là, les eaux du nouveau périmètre d’irrigation de Santa Rosa ravinent le flanc est d’un site jusque-là inconnu et en emportent 11,3 hectares. L’ingénieur Domingo Torero alerte les autorités et recueille le matériel bouleversé avec des étudiants de l’université José Faustino Sánchez Carrión de Huacho. Rosa Fung, appelée sur place la même année, fouille en 1977 et décrit un village de petites structures de pierre, avec un petit tertre à l’angle sud-ouest. Elle en retire des textiles entrecroisés, des paniers, des perles, une figurine d’argile crue posée à la base de l’occupation, et une pierre « habillée » d’un textile, associée à une sépulture d’enfant. Sa date la plus ancienne, 4530 ± 80 ans avant le présent, provient de cette base.
Trente-deux ans plus tard, en août 2005, Alejandro Chu, alors doctorant à l’université de Pittsburgh, rouvre le chantier grâce à une bourse de 12 000 dollars de la National Science Foundation. Au nord du village, qui couvre environ 11 hectares, une vingtaine d’hectares de collines caillouteuses passaient pour naturelles. Elles cachent dix structures, quatre grandes buttes de 8 à 12 mètres de haut et six plus petites. Chu ouvre la plus occidentale, le Montículo 1, une masse pyramidale de 10 mètres de haut en moyenne pour 60 mètres de long et 30 de large. Sous le sable éolien apparaît un escalier axial de quatorze marches, large au total de 6,48 mètres, aux contremarches de 18 à 20 centimètres, flanqué de murs de plateforme hauts de 2,03 et 2,05 mètres. Au pied de la butte, une place circulaire de 15 mètres de diamètre s’enfonce dans une plateforme, avec deux escaliers d’accès en trapèze. Tout est monté en galets roulés pris dans un mortier d’argile mêlé de grama salada, une herbe des marais salés. Les remblais sont faits de gravier et de sable, et les shicras, ces sacs de fibres remplis de pierres qui tiennent les plateformes dans toute la région, manquent ici. Bien plus tard, des pêcheurs de la culture Chancay ont ramassé les pierres tombées des murs pour se bâtir des abris contre le vent.
Le village vivait de la mer et du marais. Dans l’unité 9 du secteur domestique, l’anchois et la sardine, pris au filet, forment 95 % de l’échantillon de poissons analysé ; les filets étaient en coton et les hameçons taillés dans la coquille d’une grande moule, le choro azul. Quelques objets viennent de loin, du Spondylus des côtes de l’actuel Équateur et de l’obsidienne dont les gisements les plus proches se trouvent dans la région d’Ayacucho, en trop petit nombre, juge Chu, pour parler d’un réseau d’échange.
Le village de 3200 et la pyramide de 1810
Le 16 avril 2008, Alejandro Chu déclare à l’agence de presse péruvienne Andina que plusieurs datations faites aux États-Unis placent Bandurria en 3200 avant notre ère, et Caral en 2900. La formule fait le tour des sites de vulgarisation. Elle mélange deux objets. Dans son article du Boletín de Arqueología de l’Université pontificale catholique du Pérou, au numéro 10 daté de 2006, Chu publie un tableau de seize dates par spectrométrie de masse, calibrées avec le logiciel OxCal à deux sigmas. Les deux plus anciennes, issues de l’unité 6 du village, tombent entre 3120 et 2880 avant notre ère, et la date de Fung, 3225 en moyenne une fois calibrée, reste la plus ancienne ; toutes ces mesures ont été prises dans le village.
Pour le secteur monumental, le tableau ne compte que deux lignes. La première, UCI-25188, donne 3535 ± 15 ans avant le présent, soit 1850 à 1770 avant notre ère, sur un brin de grama salada prélevé dans la couche la plus superficielle du mortier du mur sud-est de la place circulaire. La seconde, UCI-25178, donne 1780 à 1680, sur le jonc d’une petite corbeille déposée quand le sable avait presque comblé la place. Une date radiocarbone mesure la mort d’une plante ; le geste qui l’a mise dans le mur se déduit. Un enduit extérieur peut aussi dater une réfection. Chu n’a toutefois reconnu aucune phase constructive dans le Montículo 1 et le tient pour bâti d’un seul jet, achevé vers 1810, environ un siècle avant l’abandon du site vers 1730. Il lit d’ailleurs ses trois plateformes à travers la « montagne cosmique » de l’historien des religions Mircea Eliade, comme les trois niveaux du monde, la place enfoncée figurant l’inframonde. Il avance aussi que le secteur s’est agrandi du sud vers le nord, ce qui ferait des buttes proches du village les plus anciennes. Aucune n’est datée.
Les comptes eux-mêmes flottent. Le texte de l’article de 2006 annonce dix dates pour le village quand son tableau en aligne quatorze, et le livre que Chu publie en juin 2008, Bandurria. Arena, mar y humedal en el surgimiento de la civilización andina, en compte dix-sept au total. L’écart ne touche pas l’essentiel, que la revue Guara de l’université de Huacho a tenu à rappeler en republiant les dernières pages du livre, afin, écrit-elle, de dissiper « la antigüitis mediática » de Bandurria. La surenchère a pourtant continué. Trois ans après l’ouverture du chantier, Chu annonce au Peruvian Times la découverte, sous un mètre et demi de sable dans la seconde place circulaire du site, des restes de trois individus démembrés, deux jeunes femmes de 16 à 20 ans et un homme décapité d’une vingtaine d’années, et avance qu’il pourrait s’agir des plus anciens sacrifices humains connus des Amériques. Les échantillons partent alors aux États-Unis pour datation. Dans sa thèse soutenue à Pittsburgh en 2011, consacrée à l’organisation des maisonnées, Chu conclut que la construction du Montículo 1 est postérieure à l’occupation domestique, et que les données de Bandurria contredisent les modèles qui font de la société du Précéramique tardif une chefferie complexe ou un État.
Caral, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Vichama, a livré en 2001, dans la revue Science, des dates comprises entre 2627 et 1977 avant notre ère. L’UNESCO, qui l’inscrit au patrimoine mondial en 2009 comme la plus vieille cité de ce type aux Amériques, retient une fourchette de 3000 à 1800. Contre l’habitude de traiter ces quinze siècles comme un seul instant, l’archéologue Rafael Vega-Centeno a montré en 2008, sur le site de Cerro Lampay dans la vallée voisine de Fortaleza, que vingt-sept dates obtenues en contexte contrôlé ramenaient l’usage d’un ensemble à place circulaire à deux siècles, entre 2400 et 2200 avant notre ère, et il demandait que la contemporanéité des sites soit réévaluée à partir de séquences finement datées. À Bandurria, deux dates portent à elles seules tout le secteur monumental, et toutes deux proviennent du même ensemble, la place circulaire du Montículo 1.
Halconcillo
Le cerro Halconcillo est une colline rocheuse qui culmine à 114 mètres au-dessus de la mer, à 1,5 kilomètre de l’océan, entourée aujourd’hui de champs et de zones humides. Avant 2007, ses monticules, appelés Chonta II et III ou Halconcillo par les érudits locaux, n’avaient fait l’objet d’aucune fouille systématique, et des excavations irrégulières, en 2003 et 2004, avaient détruit des pans de murs. En 2007, le maire de Végueta, José Li, invite Ruth Shady à visiter le site puis, une fois reconnu son caractère précéramique, lui demande d’intervenir ; une convention est signée en avril avec le projet de Caral-Supe. Un an plus tard, en 2008, l’État péruvien déclare le site patrimoine culturel de la Nation, et un premier circuit de visite y est ouvert.
Le nom vient d’un texte. L’équipe a baptisé le site d’après un mythe que le moine augustin Antonio de la Calancha consigne dans sa Corónica moralizada, parue en 1638. Le Soleil y donne à une femme un fils, que Pachacamac, fils du Soleil lui aussi, met en pièces ; des dents de l’enfant naît le maïs, de ses os les racines comestibles. Avec le nombril du mort, le Soleil fait un second enfant, Vichama. Pendant que celui-ci parcourt le monde, Pachacamac tue sa mère, et Vichama, revenu dans sa patrie de Végueta, fait changer en pierres les habitants qui ne l’ont pas défendue ; le curaca Anat devient le rocher cerné par la mer qui porte encore son nom au large. Selon le linguiste Alfredo Torero, Uichma désignerait un pêcheur. Le livret de 2008 tirait de ce récit des hypothèses sur un conflit entre agriculteurs et pêcheurs, au prix d’un saut de plus de trois millénaires entre la chronique et les murs.
En 2008, l’équipe comptait douze monticules sur un secteur monumental de 20,3 hectares, que le même livret chiffre ailleurs à 20,8. Le livre de 2025 rattache la ville au « Formativo Temprano 1 », le Formatif ancien, et décrit 29 édifices publics et résidentiels sur 25 hectares, répartis en deux moitiés, haute et basse, et une séquence de six périodes de construction regroupées en trois étapes ; à la dernière, la plupart des édifices pivotent de 90 degrés vers l’est, face aux champs du Huaura. Les remblais sont tenus par des shicras géantes, de 2 mètres de diamètre et d’environ 800 kilos pour certaines. Les titres des publications successives suivent le déplacement de la date, de « 5000 años » en 2008 à « 4000 años de tradición » en 2013, puis à « 3800 años » en 2014 et en 2015. En juillet 2025, une étude isotopique cosignée par Ruth Shady expose la base de cette chronologie, huit dates obtenues directement sur des ossements et des tissus funéraires et douze dates indirectes, un cadre qu’elle rapporte, pour une part, à une communication personnelle de Ruth Shady de juin 2024. Elle situe aussi une seconde occupation, un village de pêcheurs de 1000 à 1300 de notre ère.
Seize corps sur un mur nord
Le premier état de l’édifice principal, dans la moitié basse du site, ouvrait vers le nord. Dans son salon cérémoniel, de part et d’autre d’un escalier central, les artistes de Vichama ont modelé dans l’argile crue, symétriquement, une figure de poisson tournée vers le bas et huit figures humaines d’environ 80 centimètres sur 60, espacées de 50 centimètres. L’une se tient de profil, une main au visage, une autre de dos, tête inclinée et bras écartés, une autre encore de face, les deux mains sur le ventre. Le ventre est creusé en triangle et les côtes sont marquées. Sur la plateforme inférieure, des personnages hauts d’environ 1,3 mètre, dont huit ont été dégagés sur les seize que comptait sans doute la scène, s’ouvrent sur une figure squelettique de profil ; certains portent un filet sur le torse. La Zona Arqueológica Caral a nommé l’ensemble « la danse de la mort et de la vie » et dénombrait en 2022 trente-quatre reliefs dans ce seul édifice. Plus tard, l’édifice primitif a été enterré, un nouveau bâtiment a été élevé face à l’est, et au sommet de sa dernière version un salon a reçu, sur sa banquette sud, un crapaud à mains humaines de 80 centimètres sur 90, aux yeux faits de petits galets, sous une ligne brisée que les fouilleurs lisent comme un éclair.
Le bâtiment K s’appelait en 2008 « édifice des Dépôts », d’après ses petites cellules semi-enterrées ; il est devenu « édifice de la Fertilité » quand ces cellules ont été réinterprétées comme des caissons à offrandes. L’ancien nom avait le mérite de décrire ce que l’on voit, et c’est lui que l’on garderait volontiers. Dans une salle arrière, un relief de 2,85 mètres sur 0,6 montre quatre têtes humaines aux yeux clos, entre lesquelles glissent deux serpents vers une figure centrale, une main aux doigts tendus vers la terre, pourvue d’yeux et d’une bouche ouverte, que l’équipe lit comme une graine humanisée attendant l’eau. Plus tard, l’accès à cette salle a été muré, et sur le mur de fermeture on a modelé un autre crapaud humanisé, bras tendus vers la tête d’un défunt. Le même bâtiment a livré une statuette d’argile crue de deux crapauds enlacés, et l’édifice des Chakanas, dans la même moitié basse, des os de crapaud liés par des cordelettes de jonc. Pour Ruth Shady, la séquence enregistre une disette causée par un changement climatique, puis le retour de l’eau, et le pivotement des édifices vers les champs marquerait la fin d’une longue sécheresse.
La faim sur les murs, les plantes dans les os
La lecture de Ruth Shady a des appuis sérieux, et il faut les prendre dans leur version la plus forte. Les corps aux côtes saillantes et au ventre creux sont modelés sur le mur, et la faim est la lecture la plus directe de ces corps. La séquence, des figures décharnées aux crapauds et aux serpents des édifices tournés vers l’est, dessine un récit cohérent. Hors de Vichama, une synthèse parue en 2009 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, signée par Daniel Sandweiss, Ruth Shady et trois coauteurs, rassemble les indices d’un cycle de catastrophes vers 3800 ans avant le présent dans la région du Supe, séismes, crues liées à El Niño, formation de cordons littoraux et invasion de dunes, et en fait une cause de l’abandon des premiers établissements. Sur la rive sud du Huaura, Chu attribue l’abandon de Bandurria vers 1730 à un phénomène climatique de grande ampleur, « probablement » un méga-Niño qui aurait asséché le marais voisin et déclenché l’ensablement ; la couche de sable éolien qui scelle le monument, sans aucune lentille organique, indique une longue aridité et un abandon complet. Une croûte blanche d’anhydrite, minéral des sécheresses extrêmes, existe bien dans sa coupe, mais elle passe, d’après la description publiée, au-dessus de la couche laissée par les pêcheurs chancay, et ne dit donc rien du IIᵉ millénaire avant notre ère. Deux équipes, sur les deux rives du même fleuve, invoquent ainsi une crise climatique dans le même siècle.
Les données biologiques de Vichama compliquent le tableau sans le renverser. L’étude dirigée par Luis Pezo-Lanfranco, publiée en juillet 2025 dans Frontiers in Environmental Archaeology, a analysé 38 individus, dont 21 se prêtaient à un modèle de mélange alimentaire. Pour la phase monumentale, les plantes cultivées à métabolisme C3, tubercules, haricots et fruits, fournissent de 53 à 86 % des calories selon les individus, les produits de la mer de 8 à 28 %, et les plantes C4, maïs compris, de 3 à 8 %. Les 35 790 restes végétaux inventoriés sur le site, dont l’équipe de Marco Yseki a publié l’analyse en 2024, ne contiennent aucun reste de maïs, et la goyave y domine avec 29 862 restes. Les individus rattachés aux périodes 3 et 4, celles où apparaissent les figures squelettiques selon le livre de 2025, tirent de 74 à 78 % de leurs calories des plantes cultivées. Une disette brève laisserait peu de trace dans ces valeurs, qui intègrent plusieurs années de vie, et l’étude ne recherche pas les marques osseuses de carence. Elle situe la période dans des conditions océaniques très variables, avec une productivité marine au plus bas vers 1700 avant notre ère, des hauteurs plus humides et des vallées côtières sèches, et ses auteurs reconnaissent que ces reconstructions climatiques restent fragmentaires et ambiguës.
On ignore si Bandurria et Vichama ont fonctionné ensemble. Le dernier geste daté sur le monument de Bandurria tombe entre 1780 et 1680, et Vichama commence vers 1800 selon ses fouilleurs, si bien qu’un recouvrement de quelques décennies est possible sans être démontré, faute de séquences publiées assez serrées des deux côtés. L’étude de 2025 fait d’ailleurs fleurir Bandurria, en citant la thèse de Chu, pendant la phase de forte productivité marine qu’elle situe vers 1700 à 1500, alors que Chu place l’abandon du site vers 1730.
Au pied de l’escalier sud de la place circulaire de Bandurria, quelqu’un est revenu une dernière fois, quand le sable couvrait déjà presque toute la place, déposer sur un morceau de filet de coton une petite corbeille globulaire de jonc contenant deux épingles d’os, une aiguille, un outil de tisserand encore noué d’un fil, un bol de pierre et un paquet de textiles. Le jonc de cette corbeille date d’entre 1780 et 1680 avant notre ère, le siècle où, sur l’autre rive du Huaura, les bâtisseurs de Vichama élevaient, selon leurs fouilleurs, les premiers murs du cerro Halconcillo.
Pour aller plus loin
Bandurria et Vichama se lisent avec Caral et la vallée du Supe, et avec Áspero, le grand site de pêcheurs du littoral du Supe. La technique des shicras, ces sacs de fibres végétales qui tiennent les remblais des plateformes, rejoint l’histoire des architectures monumentales des Andes, et le mythe de Vichama renvoie au dieu Pachacamac, son rival dans le récit de Calancha.
On lit souvent que deux sites de la côte du Pérou sont aussi vieux que Caral. Caral passe pour la plus ancienne ville des Amériques. Les deux sites s’appellent Bandurria et Vichama. Ils se font face sur les deux rives d’un même fleuve, le Huaura, au nord de Lima. Leurs dates racontent pourtant une autre histoire.
Un village sorti de l’eau
Bandurria a été trouvée par accident en 1973. Un canal d’irrigation tout neuf a inondé une plage au sud de la ville de Huacho. L’eau a emporté une partie d’un très vieux village de pêcheurs. Un ingénieur de la région a sauvé les objets et prévenu les autorités.
Les gens de ce village pêchaient surtout de petits poissons, comme l’anchois et la sardine. Ils les prenaient avec des filets en coton. Une archéologue a ensuite daté les couches les plus profondes du village. Le résultat tombe vers 3200 avant notre ère, plus tôt que les dates connues pour Caral.
Plus jeune que sa réputation
Plus tard, l’archéologue Alejandro Chu reprend les fouilles. Près du village, des collines de cailloux que l’on croyait naturelles cachent en fait des monuments. Il en dégage une. C’est une pyramide à gradins, avec un grand escalier et une place ronde creusée dans le sol.
En 2008, il annonce aux journalistes que Bandurria est plus ancienne que Caral. Or sa date vient du village. Le monument n’a été daté que deux fois. Ces mesures placent la fin de sa construction vers 1810 avant notre ère.
Le site est abandonné peu après. Le sable recouvre alors la place et l’escalier. Le fouilleur y voit probablement l’effet d’un grand phénomène climatique.
Vichama, venue après Caral
De l’autre côté du fleuve, l’équipe de Ruth Shady fouille Vichama. Cette archéologue dirige aussi les recherches à Caral. Dans ses premières publications, son équipe présente Vichama comme une ville du même âge que Caral. Ses livres récents disent autre chose.
Le nom du site vient d’un vieux récit. Un moine augustin l’a mis par écrit en 1638. Vichama y est un fils du Soleil, qui revient dans sa patrie de Végueta pour venger sa mère. Selon un linguiste, son nom voudrait dire « pêcheur ».
Aujourd’hui, la même équipe fait commencer Vichama vers 1800 avant notre ère. La ville naît donc après la crise qui a frappé Caral. Ses bâtisseurs remplissaient les plateformes avec d’énormes sacs de jonc bourrés de pierres. Certains de ces sacs pèsent plusieurs centaines de kilos.
Les murs de Vichama portent des personnages modelés dans l’argile crue. Leur ventre est creux et leurs côtes saillent. Pour Ruth Shady, ces corps gardent le souvenir d’une famine due à la sécheresse. D’autres reliefs plus récents montrent des crapauds et des serpents. L’équipe y voit l’annonce du retour de l’eau.
Des os qui parlent de récoltes
En 2025, une étude a examiné les os des habitants de Vichama. Elle porte sur 38 personnes, et Ruth Shady compte parmi ses auteurs. Ces gens mangeaient surtout des plantes cultivées, en particulier des tubercules et des haricots. Le poisson compte beaucoup moins dans leurs repas. Le maïs est presque absent.
Une famine courte peut pourtant passer inaperçue. Les os mélangent plusieurs années de repas. L’étude n’a pas cherché sur les squelettes les marques laissées par la faim. Pour l’instant, la famine se lit sur les murs, et les os ne la confirment pas.
Les deux sites ont-ils vécu ensemble ? Personne ne peut le dire. Bandurria s’éteint à peu près quand Vichama commence. Les dates publiées sont trop peu nombreuses pour trancher.
À Bandurria, un dernier visiteur est revenu quand le sable couvrait déjà presque tout. Au pied de l’escalier de la place ronde, il a posé une petite corbeille de jonc, avec des épingles et une aiguille en os, un bol de pierre et un outil de tisserand.
La version complète donne le numéro de laboratoire des dates du monument de Bandurria, et décrit pose par pose les corps modelés du salon cérémoniel de Vichama.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- Bandurria, Montículo 1 (secteur 2, monumental) : escalier axial de quatorze marches (largeur 6,48 m), murs de plateforme de 2,03 et 2,05 m, place circulaire enfoncée de 15 m de diamètre, mortier daté UCI-25188 (3535 ± 15 BP, 1850-1770 av. n. è. cal.) – d’après Chu 2006 [Boletín de Arqueología PUCP 10, texte intégral (PDF)](https://revistas.pucp.edu.pe/index.php/boletindearqueologia/article/download/1648/1591
- Bandurria, Ofrenda 1 : corbeille globulaire de jonc contenant deux épingles (tupus), une aiguille et un probable outil de tisserand en os, un bol de pierre et un paquet de textiles, posée sur un fragment de filet de coton, datée UCI-25178 (3440 ± 15 BP, 1780-1680 av. n. è. cal.) ; Ofrenda 2 : trois petites calebasses – d’après Chu 2006 [Boletín de Arqueología PUCP 10 (PDF)](https://revistas.pucp.edu.pe/index.php/boletindearqueologia/article/download/1648/1591
- Bandurria, secteur 1 (domestique) : dates AA-71430 et AA-71429 (unité 6, 3120-2880 et 3130-2870 av. n. è. cal.), et date de Rosa Fung à la base de l’occupation (4530 ± 80 BP, moyenne calibrée 3225 av. n. è.) – d’après Chu 2006, tableau 1, et Chu 2008 [extrait de Chu 2008, revue Guara (PDF)](https://datos.unjfsc.edu.pe/index.php/GUARA/article/download/137/131/377
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Sources primaires (suite)
- Vichama, édifice principal (secteur A1) : salon cérémoniel des reliefs, seize figures anthropomorphes et deux ichtyomorphes en argile crue (env. 80 × 60 cm), personnages de la plateforme inférieure (env. 1,3 m) ; relief du crapaud humanisé (env. 80 × 90 cm) – in situ, Végueta, province de Huaura [Shady et al. 2025, p. 26-39 (PDF)](https://zonacaral.gob.pe/wp-content/uploads/2026/04/LIBRO-VICHAMA_2025.pdf
- Vichama, édifice de la Fertilité, ancien édifice des Dépôts (secteur K) : « Mural de la Fertilidad » (2,85 × 0,6 m) et « Mural del Anuncio del Agua » ; statuette d’argile crue de deux crapauds enlacés ; édifice des Chakanas (secteur C) : os de crapaud liés par des cordelettes de jonc – in situ, Végueta [Shady et al. 2025, p. 52-67 (PDF)](https://zonacaral.gob.pe/wp-content/uploads/2026/04/LIBRO-VICHAMA_2025.pdf
- Antonio de la Calancha, Corónica moralizada del Orden de San Agustín en el Perú, t. I, 1638, mythe de Vichama – résumé d’après Shady, Crispín et Quispe 2008, p. 20 [notice, Biblioteca Indiana, Universidad del Pacífico](https://estudiosindianos.up.edu.pe/biblioteca-indiana/coronica-moralizada-del-orden-de-san-agustin-en-el-peru/
Bibliographie
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- Alejandro Chu, Bandurria. Arena, mar y humedal en el surgimiento de la civilización andina, Huacho, Ediciones del Proyecto Arqueológico Bandurria, 2008 ; p. 126-141 republiées dans la revue Guara (ISSN 2219-696X) [Universidad Nacional José Faustino Sánchez Carrión (PDF)](https://datos.unjfsc.edu.pe/index.php/GUARA/article/download/137/131/377
- Alejandro José Chu Barrera, Household Organization and Social Inequality at Bandurria, a Late Preceramic Village in Huaura, Peru, thèse de doctorat, University of Pittsburgh, 2011 [D-Scholarship@Pitt](https://d-scholarship.pitt.edu/9110/
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- Luis Pezo-Lanfranco, Aldemar Crispin, Alonso Prado-Barragán, Tatiana Abad et al., dont Ruth Shady, « Refining dietary shifts linked to climate oscillations in the Central Andes : stable isotope evidence from Vichama (1800–1500 BCE) », Frontiers in Environmental Archaeology 4, 2025, article 1611071, DOI 10,3389/fearc.2025,1611071 [Frontiers](https://www.frontiersin.org/journals/environmental-archaeology/articles/10.3389/fearc.2025.1611071/full
- Marco Yseki, Aldemar Crispin, Tatiana Abad, Alonso Prado, Pedro Novoa et Ruth Shady, « The first comprehensive macroremains analysis of edible plants from Vichama, Peru (1800–1500 BCE) », Vegetation History and Archaeobotany 34 (1), p. 91-100, en ligne 2024, DOI 10,1007/s00334-024-01004-9 [Springer](https://doi.org/10.1007/s00334-024-01004-9
- Alfredo Torero, El quechua y la historia social andina, Lima, Universidad Ricardo Palma, 1974 cité d’après Shady et al. 2008 et 2025
Sources en ligne
- [« Bandurria is the oldest Peruvian archaeological site, says expert », 16 avril 2008]( Andina, Agencia Peruana de Noticiashttps://andina.pe/ingles/noticia-bandurria-is-the-oldest-peruvian-archaeological-site-says-expert-170432.aspx
- [« Peruvian archaeologists discover bloody remains of possibly oldest known human sacrifices in the Americas »]( Peruvian Timeshttps://peruviantimes.com/20/peruvian-archaeologists-discover-bloody-remains-of-possibly-oldest-known-human-sacrifices-in-the-americas/384
- [« BCS 0531805 », bourse de la National Science Foundation attribuée au projet de Bandurria (2005)]( Grantomehttps://grantome.com/index.php/grant/NSF/BCS-0531805
- [« VICHAMA : 3800 años de cambio climático que afectó a la civilización Caral », 24 août 2022]( Zona Arqueológica Caral, plateforme gob.pehttps://www.gob.pe/institucion/caral/noticias/644162-vichama-3800-anos-de-cambio-climatico-que-afecto-a-la-civilizacion-caral
- [« Décision 33 COM 8B.38. Biens culturels. Nouvelles propositions d’inscription. Ville sacrée de Caral-Supe (Pérou) »]( Centre du patrimoine mondial de l’UNESCOhttps://whc.unesco.org/fr/decisions/1982/
- [« Caral-Supe (Pérou) et Levoča (Slovaquie) ajoutés à la Liste du patrimoine mondial », 28 juin 2009]( Centre du patrimoine mondial de l’UNESCOhttps://whc.unesco.org/fr/actualites/534/









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