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Brunehaut, reine mérovingienne des guerres austrasiennes

Moyen Âge23 octobre 202615 min de lecture
AnonymousUnknown author / Wikimedia Commons
15 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Clotaire II lui impute la mort de dix rois

Vers 660, un chroniqueur de Bourgogne dont le nom ne s’est pas conservé consigne l’accusation. Clotaire II, roi des Francs de Neustrie, a devant lui une femme d’environ soixante-cinq ans et lui impute la mort de dix rois francs ; il la fait torturer pendant trois jours, promener sur un chameau devant toute l’armée, puis attacher par les cheveux, un pied et un bras à la queue d’un cheval indompté (Frédégaire, Chronique, IV, 42, éd. B. Krusch, MGH, Scriptores rerum Merovingicarum II, 1888). La scène se passe en 613, dans le domaine royal de Renève, sur la Vingeanne, au nord-est de Dijon. La condamnée est Brunehaut, reine depuis quarante-sept ans, et la version de son accusateur demeure la plus détaillée que l’on possède sur sa fin.

Les textes latins l’appellent Brunechildis ou Brunichildis, l’historiographie anglaise et allemande dit Brunhild, et le français médiéval a donné Brunehaut, forme retenue ici. Aucune source ne fournit sa date de naissance ni son âge ; les estimations modernes, qui vont de 543 à 550, se calculent à rebours depuis son mariage. Elle est la fille cadette d’Athanagild, roi des Wisigoths (r. 554-567), et de Goiswinthe, et elle a été élevée dans l’arianisme, la confession des rois goths.

Au printemps 566, elle épouse à Metz Sigebert Ier (r. 561-575), l’un des quatre fils de Clotaire Ier. Venance Fortunat, poète venu d’Italie, compose pour les noces un épithalame, puis un poème sur la conversion de la reine au catholicisme (Carmina, VI, 1 et 1a, éd. F. Leo, MGH, Auctores antiquissimi IV, 1, 1881). Grégoire de Tours, qui doit à Sigebert son siège épiscopal de Tours en 573, raconte le même mariage et le baptême dans ses Dix livres d’histoires (IV, 27). Galswinthe, la sœur aînée, épouse peu après le demi-frère de Sigebert, Chilpéric Ier, roi de Neustrie. Elle est étranglée vers 570, et Grégoire attribue l’ordre à Chilpéric, qui épouse quelques jours plus tard Frédégonde (IV, 28).

Le conflit qui s’ouvre alors entre les deux maisons dure près d’un demi-siècle. En 575, Sigebert est poignardé à Vitry par deux hommes que Grégoire dit envoyés par Frédégonde (IV, 51). Prise à Paris, Brunehaut est reléguée à Rouen, où elle épouse en 576 Mérovée, fils de Chilpéric et neveu de son mari défunt ; l’évêque Prétextat bénit l’union au mépris des canons qui interdisent d’épouser la veuve d’un oncle (V, 2). Mérovée meurt l’année suivante. Elle regagne l’Austrasie, où le duc Gondovald a fait proclamer roi son fils Childebert II, alors âgé de cinq ans (V, 1).

Une partie des grands d’Austrasie conteste son autorité. En 581, Grégoire la montre s’avancer, ceinte comme un homme, entre deux troupes pour protéger le duc Loup de Champagne, et le duc Ursion lui répond qu’il lui suffit d’avoir tenu le royaume sous son mari (VI, 4). Elle gouverne pourtant avec son fils. Le traité conclu à Andelot en novembre 587 avec le roi Gontran la nomme « très glorieuse dame reine » aux côtés des deux rois (IX, 20), et le pape Grégoire le Grand lui écrit en 595 pour louer son gouvernement et l’éducation de Childebert. Après la mort de celui-ci, en 596, ses petits-fils Théodebert II et Thierry II reçoivent l’Austrasie et la Bourgogne. Brunehaut s’installe auprès du second, en Bourgogne, et soutient la guerre qui s’achève en 612 par la défaite et la mort de Théodebert.

Thierry meurt à Metz en 613. Sa grand-mère tente alors de faire reconnaître roi son arrière-petit-fils Sigebert II, un enfant d’une dizaine d’années. Le maire du palais de Bourgogne, Warnachaire, et une partie des grands d’Austrasie, parmi lesquels Arnoul et Pépin, appellent Clotaire. Arrêtée à Orbe, au pied du Jura, par le connétable Herpon, la reine est conduite à Renève. La tradition d’Autun place sa sépulture dans l’église Saint-Martin, que les privilèges pontificaux de 602 disent bâtie par l’évêque Syagrius et par la reine.

Les documents disent ce qu’elle a signé, ce qu’on lui a écrit et ce qu’on lui a reproché. Sur ce qu’elle décidait seule, ils sont à peu près muets.

Ce récit repose sur une poignée de textes d’âges très différents. Les plus proches de la reine sont des éloges et des lettres de chancellerie, les plus détaillés sur sa fin ont été écrits par ses adversaires, et l’unique copie des lettres qu’elle a envoyées à Constantinople a été faite à Lorsch, au IXᵉ siècle. Il faut maintenant prendre ces textes un à un, puis examiner trois épisodes que les historiens lisent de façon opposée, l’expulsion de 599, la correspondance avec l’Empire et les fondations d’Autun, avant de suivre la reine morte jusqu’aux chaussées du Hainaut qui portent son nom.

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