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Murasaki Shikibu, dame de cour auteure du Dit du Genji

Moyen Âge22 octobre 202615 min de lecture
Tosa Mitsuoki (1617 - 1691) / Wikimedia Commons
15 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

La fille du gouverneur d’Echigo

Aucun document rédigé de son vivant ne donne le nom personnel de la femme que l’on appelle Murasaki Shikibu. Le surnom assemble deux éléments d’origine différente. « Shikibu » renvoie au Shikibu-shō, le ministère des Cérémonies, où son père, Fujiwara no Tametoki, avait occupé un poste de secrétaire, et les dames de la cour étaient couramment désignées par une charge de leur père ou de leur mari. « Murasaki » reprend le nom de l’héroïne de son roman, une fillette que le prince Genji recueille et élève. À son entrée au palais, elle porte probablement le nom de service de Tō Shikibu, Tō étant la lecture sino-japonaise du premier caractère de Fujiwara, et c’est encore ainsi que la désignent le Eiga monogatari, chronique de la maison de Michinaga, et certains commentaires plus tardifs.

Le plus ancien indice du glissement vers « Murasaki » se trouve dans son propre journal, le Murasaki Shikibu nikki, à l’entrée du premier jour du onzième mois de Kankō 5 (1008). Ce soir-là, au banquet qui célèbre le cinquantième jour du prince Atsuhira, fils de l’empereur Ichijō et de l’impératrice Shōshi, le lettré Fujiwara no Kintō se penche vers le rideau des dames et demande si une « jeune pousse de murasaki » se trouve par là. Elle écrit avoir pensé qu’en l’absence de quiconque ressemblant à Genji, son héroïne avait peu de chances d’y être, et n’avoir rien répondu. Le même passage fournit la première mention datée du Dit du Genji, le Genji monogatari.

Cinq ans plus tard, le 25ᵉ jour du cinquième mois de Chōwa 2 (1013), le haut dignitaire Fujiwara no Sanesuke consigne dans son journal, le Shōyūki, ce que lui a rapporté le matin même son fils adoptif Sukehira. La veille au soir, au palais de Biwa où réside l’impératrice douairière Shōshi, Sukehira a été reçu par une dame que Sanesuke identifie comme la fille de Tametoki, gouverneur d’Echigo. Parmi les journaux tenus par les dignitaires de la cour, c’est la seule mention d’elle qui ne prête à aucune contestation.

Elle naît entre 970 et 978. Aucune source ne donne l’année, que les historiens calculent à partir d’indices indirects, dont une allusion à son âge dans la partie épistolaire du Journal, et la fourchette n’a pas été réduite. Sa famille appartient à une branche cadette des Fujiwara, celle des lettrés de rang moyen. Tametoki, versé dans les classiques chinois, perd ses charges à l’abdication de l’empereur Kazan en 986 et reste une dizaine d’années sans poste, avant d’être nommé gouverneur d’Echizen en 996. Sa mère, fille de Fujiwara no Tamenobu, meurt quand elle est enfant. Elle suit son père en Echizen, sur la mer du Japon, et revient à la capitale vers 998 pour épouser Fujiwara no Nobutaka, un cousin éloigné nettement plus âgé qui a déjà d’autres épouses. Une fille, Kenshi, naît en 999, et Nobutaka meurt en 1001. À la fin de 1005, selon la date la plus souvent retenue, elle entre au service de Shōshi, fille de Fujiwara no Michinaga, le dignitaire qui tient alors la cour par ses alliances avec la maison impériale. Le Journal couvre la période qui va de l’automne 1008 au premier mois de 1010. Il rapporte la naissance d’Atsuhira, les leçons qu’elle donne en privé à l’impératrice sur les « Nouveaux Yuefu » du poète chinois Bai Juyi, et une remarque de l’empereur qui, après avoir entendu lire le Genji, juge que l’auteure a dû étudier les annales officielles du Japon, ce qui lui vaut de la part d’une autre dame, Saemon no naishi, le sobriquet moqueur de « dame des Annales ».

Elle sert encore Shōshi en 1013, à la date de la mention du Shōyūki. Ensuite, les documents ne suffisent plus. On ignore où et quand elle meurt, les propositions allant de 1014 à 1031, et l’on ignore aussi dans quel ordre elle a écrit les cinquante-quatre chapitres du Genji, dont aucune ligne autographe ne subsiste.

Il faut maintenant prendre les textes un à un, le Journal amputé de son début, le recueil de poèmes recomposé par des copistes, le journal de Sanesuke transmis par son fils adoptif, puis examiner trois litiges que la recherche n’a pas refermés, la nature de ses liens avec Michinaga, son nom personnel et la date de sa retraite, avant de suivre la façon dont les siècles suivants lui ont attribué un enfer, un temple et une tombe.

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