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La Guerre des mondes (1938) : une frayeur réelle, une panique grossie

Debunk2 octobre 2026◈ 28 sources vérifiées
Acme News Photos / Wikimedia Commons
9 min de lecture28 sources vérifiées
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Un lecteur du Washington Post a remonté F Street, en plein centre de la capitale fédérale, pendant que l’émission passait à l’antenne. Dans les magasins, les postes de radio étaient allumés, et il n’a rien vu qui ressemble à la terreur de la population que son journal venait de décrire. Le quotidien a publié sa lettre quatre jours après son premier compte rendu, et il a fallu attendre 2013 pour que deux historiens des médias la remettent en circulation.

« Terror by Radio »

Au matin du 31 octobre 1938 s’installe un récit qui tient en une phrase et qui est faux par son ampleur : une adaptation radiophonique de science-fiction aurait jeté l’Amérique entière dans la panique. Sur l’échelle des erreurs historiques, l’affaire relève du vrai déformé. Des auditeurs ont eu peur, certains ont appelé la police, d’autres sont sortis de chez eux, et le standard de la police de Trenton a été saturé pendant près de trois heures ; l’extension de ces frayeurs à toute une nation est une construction de journaux, consolidée ensuite par une étude universitaire puis par les manuels.

Le New York Times ouvre sa une sur des auditeurs « en panique » qui ont pris une dramatique pour un fait, avec un sous-titre sur des habitants fuyant leur maison pour échapper à un raid au gaz venu de Mars. Le Daily News de New York annonce que la fausse guerre radiophonique sème la terreur dans tous les États-Unis, alors que son chroniqueur radio, Ben Gross, racontera dans ses mémoires de 1954 avoir traversé en taxi un Manhattan aux rues désertes, au moment où l’émission s’achevait et où il filait vers le siège de CBS.

Pourquoi forcer le trait ? Jefferson Pooley et Michael Socolow, historiens des médias, proposent en 2013 une explication par l’intérêt. Pendant la Grande Dépression, la radio a capté une partie des recettes publicitaires des quotidiens, et l’émission de Welles offrait à la presse l’occasion de montrer aux annonceurs comme aux autorités de régulation que les dirigeants de la radio manquaient de sérieux. Dans un éditorial intitulé « Terror by Radio », le Times reproche aux responsables des chaînes d’avoir mêlé une fiction effrayante à de faux flashs d’information. Les deux auteurs parlent d’un intérêt de profession, sans faire état d’une consigne concertée entre rédactions.

Cinq mille appels un dimanche soir

Le soir même, avant qu’une seule rotative ait tourné, le service de mesure d’audience C. E. Hooper téléphone à 5 000 foyers pour son enquête nationale et leur demande quel programme ils écoutent. Deux pour cent répondent une pièce radiophonique, l’émission d’Orson Welles ou une formule qui désigne CBS. Personne ne cite un bulletin d’information, selon le résumé que publie ensuite la revue professionnelle Broadcasting.

Cette mesure nous paraît la plus sûre de toutes, parce qu’elle précède les journaux du lendemain.

À la même heure, NBC diffuse le Chase and Sanborn Hour du ventriloque Edgar Bergen, une émission de variétés parmi les plus écoutées du pays. Le Mercury Theatre on the Air, à l’antenne depuis dix-sept semaines, n’a pas de sponsor, et plusieurs stations affiliées à CBS, dont WEEI à Boston, l’ont ce soir-là remplacé par des programmes commerciaux locaux. Frank Stanton, directeur de la recherche de CBS, fait lancer une enquête nationale dès le lendemain ; il en retiendra que la plupart des gens n’avaient pas entendu l’émission, et que ceux qui l’avaient entendue l’avaient prise pour une farce. Le témoignage vient d’une chaîne qui avait tout intérêt à minimiser l’affaire, et il converge pourtant avec la mesure de Hooper.

Les dégâts annoncés résistent mal à la vérification. Des chercheurs de Princeton ont eux-mêmes suivi la rumeur de patients soignés pour choc à l’hôpital St. Michael de Newark, et l’ont trouvée inexacte ; six semaines après l’émission, six hôpitaux de New York n’avaient trace d’aucune admission liée à elle. Aucun journal n’a rapporté de suicide vérifié, et aucun décès n’a été attribué de façon concluante à l’émission, le Washington Post ayant signalé un auditeur de Baltimore mort d’une crise cardiaque sans que l’information soit jamais recoupée. Une auditrice a réclamé 50 000 dollars à CBS pour « choc nerveux », et sa plainte a été rapidement rejetée. Frank McNinch, président de la Federal Communications Commission, l’autorité fédérale de régulation, a obtenu des chaînes l’engagement informel de ne plus employer de faux flashs, sans règlement ni sanction contre CBS ou contre Welles ; la commission a même interdit qu’on se serve des plaintes visant l’émission lors des renouvellements de licence. W. Joseph Campbell, de l’American University, a dépouillé la couverture de l’époque pour un livre paru en 2010, et il constate que le sujet quitte la une de la plupart des journaux au bout d’un ou deux jours, quand une hystérie nationale aurait nourri pendant des semaines enquêtes et bilans détaillés.

Hadley Cantril compte un million d’effrayés

Le chiffre qui a traversé les manuels vient d’une université. En novembre 1938, le Princeton Radio Research Project, financé par la Fondation Rockefeller et dirigé par Paul Lazarsfeld, obtient 3 000 dollars du General Education Board pour une étude que la demande rédigée par Cantril consacre à l’« hystérie de masse ». Herta Herzog interroge en profondeur des auditeurs effrayés et dégage l’idée qui deviendra le cœur du livre, la vérification, ce réflexe qui consiste à contrôler une nouvelle auprès d’une autre source. The Invasion from Mars paraît en mars 1940 aux Princeton University Press, sous le seul nom de Hadley Cantril, avec une simple mention d’assistance pour Herzog et Hazel Gaudet.

Dans ce livre, Cantril estime que six millions de personnes ont entendu l’émission, que 1,7 million l’ont prise pour un bulletin d’information et que 1,2 million ont eu peur, chiffres que le magazine Time reprend dès la sortie du livre. L’estimation repose surtout sur un sondage de l’American Institute of Public Opinion, l’institut de George Gallup, réalisé six semaines après l’émission. Cantril reconnaît lui-même que ce sondage donne une audience supérieure de plus de 100 % à toutes les autres mesures connues, et il le défend avec l’argument le plus solide du camp adverse, puisque l’institut interrogeait des foyers sans téléphone et de petites communes que les services d’audience négligeaient. Pooley et Socolow lui opposent le calendrier, six semaines de récits sensationnels ayant eu le temps de déformer les souvenirs des sondés, et un glissement de vocabulaire qui range dans la panique des auditeurs simplement effrayés, troublés ou excités, comme l’étaient chaque semaine ceux des dramatiques à suspense.

Les entretiens qualitatifs, de leur côté, ne portaient que sur des auditeurs qui s’étaient déclarés effrayés, tous dans le New Jersey. Un tiers environ avait cru à une invasion martienne, les autres à une attaque étrangère ou à une catastrophe naturelle. Tous avaient allumé leur poste tard, et tard voulait dire après l’annonce d’ouverture qui présentait l’émission comme une fiction. Le livre met en avant les cas les plus spectaculaires, et les manuels de communication en ont fait l’exemple type de la théorie dite de la seringue hypodermique, qui prête aux médias le pouvoir d’injecter leurs messages dans un public passif. Pooley et Socolow ont montré en 2013, archives Rockefeller à l’appui, que le texte est plus nuancé que cet usage scolaire, et qu’il est sorti d’une querelle d’attribution entre Cantril et Lazarsfeld réglée fin 1939 par ce qui ressemble fort à un partage : à Cantril le livre, à Lazarsfeld l’institut de recherche.

Grovers Mill

Le hameau existe. Grovers Mill, un quartier de West Windsor, se trouve à un peu plus de six kilomètres de Princeton, et le script y fait atterrir un premier objet que les faux reporters prennent d’abord pour une météorite. Ce soir-là, plusieurs personnes, dont deux professeurs de Princeton, sont parties vers le lieu annoncé pour voir la météorite de leurs yeux. Brad Schwartz, qui a parcouru le hameau pour son livre de 2015, observe qu’il est si petit qu’un attroupement de curieux suffit à y créer un embouteillage, et qu’une foule venue voir a pu être décrite comme une foule qui fuyait.

Le script explique une autre part de la méprise. Howard Koch, le scénariste, trouvait le roman ennuyeux et daté, et la première répétition enregistrée a été jugée désastreuse. Pour sauver l’émission, le producteur John Houseman et le coréalisateur Paul Stewart ont allongé les faux bulletins et retiré des repères temporels qui auraient trahi la fiction, si bien que la pause d’identification de la station, attendue à la demi-heure dans toute fiction, est tombée vers la quarantième minute. Selon les mémoires de Houseman, Frank Readick, qui jouait le reporter, avait écouté en boucle l’enregistrement du reportage sur la catastrophe du Hindenburg pour en reproduire la voix qui se brise ; Kenneth Delmar prêtait au « secrétaire à l’Intérieur » une voix très proche de celle de Franklin Roosevelt. Welles a déclaré en 1960, lors d’un procès contre CBS, avoir conçu une émission où une crise semblerait se produire réellement, tandis que Houseman et Koch ont toujours nié avoir voulu tromper qui que ce soit.

Le roman de 1898 reposait d’ailleurs sur un malentendu de traduction. En 1877, l’astronome italien Giovanni Schiaparelli avait décrit sur Mars des canali, c’est-à-dire des chenaux ; l’anglais en a fait des canals, des ouvrages bâtis, et Percival Lowell en a tiré toute une civilisation martienne.

La frayeur, chez ceux qu’elle a touchés, a laissé des traces écrites. Le 31 octobre, Paul Morton, administrateur de la ville de Trenton, écrit à la Federal Communications Commission que deux mille appels sont arrivés en deux heures environ, que toutes les lignes ont été paralysées et que les communications de la police sont restées hors d’usage pendant près de trois heures.

Personne n’aurait donc eu peur ?

Corriger la légende en sens inverse serait une autre erreur, et les travaux les plus récents s’y refusent. Pooley et Socolow écrivent en 2013 que presque personne n’a été dupe. Brad Schwartz, qui a dépouillé des centaines de lettres envoyées à Welles et conservées à l’université du Michigan, puis des centaines d’autres adressées à la FCC, aboutit à un tableau plus nuancé. Une fraction des auditeurs a pris l’émission pour un vrai bulletin et a eu très peur. Ceux-là, explique-t-il, pensaient le plus souvent à une attaque nazie ou à l’Apocalypse, rarement à des Martiens, et les réactions les plus vives venaient souvent de gens prévenus par quelqu’un de confiance, un voisin, un parent, un ami. La grande majorité des lettres exprimait une autre peur, celle de citoyens que la panique racontée par les journaux inquiétait pour l’avenir de la démocratie, et qui écrivaient pour protéger Welles d’une éventuelle censure.

Le nombre exact des auditeurs effrayés ne sera probablement jamais connu. Le sondage Hooper ignore les foyers sans téléphone, celui de l’institut Gallup arrive six semaines trop tard, et personne n’a pu compter ceux qui ont quitté l’émission d’Edgar Bergen pendant son intermède musical pour tomber sur Welles en pleine invasion, les données de 1938 n’étant pas assez fines pour cela. En France, aucune enquête d’opinion ne mesure la diffusion du récit. Le sociologue Pierre Lagrange y voyait dès 2005 une seconde rumeur, cachée derrière celle de l’invasion, et CBS elle-même l’a entretenue en la portant à l’écran en 1957, dans un épisode de Studio One intitulé The Night America Trembled. Il y a là une symétrie un peu inconfortable, puisque le récit d’auditeurs qui n’avaient pas vérifié une nouvelle a circulé de journal en manuel, puis de manuel en documentaire, porté par des lecteurs cultivés qui faisaient confiance à leur source, soit le mécanisme que Herzog décrivait chez les auditeurs du New Jersey.

Le premier jet de Howard Koch, probablement celui de la répétition ratée, est conservé avec ses papiers à la Wisconsin Historical Society, à Madison. Il découpe encore l’émission en deux actes de longueur à peu près égale, avant les retouches qui ont repoussé vers la quarantième minute l’annonce capable de rappeler aux retardataires qu’ils écoutaient une fiction.

Pour aller plus loin

Ce sujet croise la phrase prêtée à William Randolph Hearst sur la guerre de Cuba, autre citation apocryphe que W. Joseph Campbell démonte dans le même livre de 2010. Il rejoint aussi le canular lunaire publié en 1835 par le New York Sun, autre fausse nouvelle astronomique, et la théorie de la seringue hypodermique, dont l’émission de 1938 est restée l’exemple d’école.

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Sources de cet article

Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.

Sources primaires

  1. *The New York Times*, 31 octobre 1938, première page, « Radio Listeners in Panic, Taking War Drama as Fact », sous-titre « Many Flee Homes to Escape ’Gas Raid From Mars’ » The New York Times
  2. « Terror by Radio », éditorial, *The New York Times*, 1938, au lendemain de l’émission The New York Times
  3. *Daily News*, New York, 31 octobre 1938, première page, « Fake Radio ’War’ Stirs Terror Through U.S. » Daily News
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Sources primaires (suite)

  1. Lettre d’un lecteur ayant parcouru F Street pendant l’émission, *The Washington Post*, publiée quatre jours après le premier compte rendu du journal, novembre 1938 The Washington Post
  2. Information sur un auditeur de Baltimore mort d’une crise cardiaque pendant l’émission, *The Washington Post*, 1938, jamais recoupée The Washington Post
  3. Paul Morton, administrateur de la ville de Trenton, lettre à la Federal Communications Commission, 31 octobre 1938, reproduite par le Rockefeller Archive Center Rockefeller Archive Center
  4. Résumé du sondage téléphonique national du service C. E. Hooper, soirée du 30 octobre 1938, 5 000 foyers, publié dans *Broadcasting* Broadcasting
  5. Hadley Cantril, « Proposed Study of ’Mass Hysteria’ », 21 novembre 1938, General Education Board Archives, Series 1, Box 361, Folder 3723 Rockefeller Archive Center, Sleepy Hollow
  6. Hadley Cantril, avec l’assistance de Hazel Gaudet et Herta Herzog, *The Invasion from Mars : A Study in the Psychology of Panic*, Princeton, 1940 Princeton University Press
  7. « Radio : Anatomy of a Panic », *Time*, 1940 Time
  8. Howard Koch, premier jet du script de *The War of the Worlds*, octobre 1938, papiers Howard Koch Wisconsin Historical Society, Madison
  9. Orson Welles, déposition de 1960 dans le procès intenté à CBS pour être reconnu coauteur de l’émission, citée par A. Brad Schwartz (2015) CBS
  10. John Houseman, *Run-Through*, premier volume de ses mémoires, New York, 1972 Simon and Schuster
  11. Ben Gross, mémoires, 1954 Random House
  12. *The Night America Trembled*, épisode de la série *Studio One*, 1957 CBS
  13. H. G. Wells, *The War of the Worlds*, Londres, 1898 William Heinemann

Bibliographie

  1. Pierre Lagrange, *La Guerre des mondes a-t-elle eu lieu ?*, Paris, 2005, 345 p. Robert Laffont
  2. W. Joseph Campbell, *Getting It Wrong : Ten of the Greatest Misreported Stories in American Journalism*, Berkeley, 2010, chap. 2, « Fright beyond Measure ? The Myth of The War of the Worlds », p. 26-44 University of California Press
  3. Jefferson D. Pooley et Michael J. Socolow, « Checking Up on The Invasion from Mars : Hadley Cantril, Paul F. Lazarsfeld, and the Making of a Misremembered Classic », *International Journal of Communication* 7, 2013, p. 1920-1948 International Journal of Communication
  4. A. Brad Schwartz, *Broadcast Hysteria : Orson Welles’s War of the Worlds and the Art of Fake News*, New York, 2015, 416 p. Hill and Wang

Sources en ligne

  1. « Critical Communication History| Checking Up on The Invasion from Mars : Hadley Cantril, Paul Lazarsfeld, and the Making of a Misremembered Classic » International Journal of Communicationhttps://ijoc.org/index.php/ijoc/article/view/2117
  2. « The Myth of the War of the Worlds Panic », Jefferson Pooley et Michael J. Socolow, 28 octobre 2013 Slatehttps://slate.com/culture/2013/10/orson-welles-war-of-the-worlds-panic-myth-the-infamous-radio-broadcast-did-not-cause-a-nationwide-hysteria.html
  3. « The Infamous “War of the Worlds” Radio Broadcast Was a Magnificent Fluke », A. Brad Schwartz, 6 mai 2015 Smithsonian Magazinehttps://www.smithsonianmag.com/history/infamous-war-worlds-radio-broadcast-was-magnificent-fluke-180955180/
  4. « War of the Worlds : Rockefeller Philanthropies, Disinformation, and Media Literacy in the 1930s », Laura Miller, 2 décembre 2021 Rockefeller Archive Center, REsourcehttps://resource.rockarch.org/story/war-of-the-worlds-rockefeller-philanthropies-disinformation-and-media-literacy-in-the-1930s/
  5. « History Ph.D. student Schwartz : ’War of the Worlds’ still resonates 80 years later », 15 octobre 2018 Princeton Universityhttps://www.princeton.edu/news/2018/10/15/history-phd-student-schwartz-war-worlds-still-resonates-80-years-later
  6. « FTVM Alumnus, Historian, and Author A. Brad Schwartz Publishes BROADCAST HYSTERIA and Participates in Upcoming Wellespring Symposium » University of Michigan, Department of Film, Television, and Mediahttps://prod.lsa.umich.edu/ftvm/news-events/all-news/archived-news/2015/05/ftvm-alumnus-historian-and-author-a-brad-schwartz-publishes-br.html
  7. « Radio : Anatomy of a Panic » Timehttps://time.com/archive/6780662/radio-anatomy-of-a-panic/
  8. « Getting It Wrong : Ten of the Greatest Misreported Stories in American Journalism » JSTORhttps://www.jstor.org/stable/10.1525/j.ctt1ppncz
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