Chauffez une main, refroidissez l’autre, puis posez-les ensemble dans le même bassin d’eau tiède. La première trouve l’eau froide, la seconde la trouve chaude, et la même eau ne peut pas être chaude et froide au même instant. L’expérience est de John Locke, dans l’Essai sur l’entendement humain (An Essay concerning Human Understanding), paru à Londres en 1690, au livre II, chapitre VIII, § 21. Locke en conclut que la sensation de chaud ou de froid tient au mouvement des petites parties de nos nerfs et ne ressemble à rien dans l’eau. Il trace aussitôt une limite, car le même corps ne donne jamais à une main l’idée d’un carré quand l’autre y sent une sphère.
Locke a laissé la porte entrouverte
Derrière cette limite se tient un monde à deux étages. Les qualités que Locke appelle premières, l’étendue, la figure, le mouvement, la solidité, le nombre, existent dans les corps, et nos idées leur ressemblent. Les qualités secondes, couleurs, sons et saveurs, ne sont dans les corps que des pouvoirs de produire en nous des sensations qui ne leur ressemblent pas. Dans les deux cas, l’esprit ne saisit directement que ses propres idées, et les corps se tiennent derrière elles. Les historiens appellent ce schéma le représentationnisme, la thèse selon laquelle l’idée représente une chose que l’on ne rencontre jamais en personne. Lisa Downing rappelle que l’attribution exacte de ce schéma à Descartes et à Locke est discutée, tout en jugeant que Berkeley avait de bonnes raisons de les lire ainsi.
George Berkeley entre au Trinity College de Dublin à quinze ans et en devient fellow en 1707. Entre 1707 et 1708, probablement, il remplit deux carnets de notes brèves qu’il n’a jamais publiés, et qu’A. A. Luce a intitulés Philosophical Commentaries dans son édition de 1944. L’entrée 429 tient en une ligne, « Existence is percipi or percipere », l’existence, c’est être perçu ou percevoir. La formule y figure à l’état de note de travail, sans démonstration, sous la plume d’un homme d’environ vingt-deux ans.
Le livre paraît à Dublin en 1710, sous le titre A Treatise concerning the Principles of Human Knowledge, avec la mention « Part I ». Au § 14, Berkeley retourne l’expérience du bassin contre Locke. Si la chaleur n’est pas dans l’eau parce qu’elle varie d’une main à l’autre, la figure et l’étendue varient aussi selon la position de l’œil, et un mouvement paraît plus lent quand les idées se succèdent plus vite dans l’esprit. Trois ans plus tard, au premier des Trois Dialogues entre Hylas et Philonous, Philonous reprend la même eau tiède pour ébranler son interlocuteur. Au § 15 des Principes, pourtant, Berkeley concède que cette manière d’argumenter montre seulement que les sens ne disent pas quelle est la vraie étendue de l’objet.
L’argument de la relativité ne porte donc pas la thèse. Il faut la chercher deux pages plus haut.
Le motif, lui, s’affiche sur la page de titre des Dialogues, imprimés à Londres en 1713 chez Henry Clements, qui se disent écrits « in opposition to sceptics and atheists ». Si nos idées pouvaient naître sans aucun corps, comme dans les rêves que le § 18 invoque, rien ne garantirait qu’un monde se tient derrière elles ; et une matière capable de marcher seule laissait Dieu sans emploi.
« Their esse is percipi »
Au § 3, Berkeley ne part ni de l’eau ni des mains. Il part du verbe. « The table I write on I say exists, that is, I see and feel it », la table sur laquelle j’écris, je dis qu’elle existe, c’est-à-dire que je la vois et que je la touche. Sorti de son cabinet, il dirait encore qu’elle existe, en voulant dire que, s’il y était, il pourrait la percevoir, ou qu’un autre esprit la perçoit effectivement. Il y avait une odeur, c’est-à-dire qu’elle était sentie, il y avait un son, c’est-à-dire qu’il était entendu. La phrase qui a donné son nom à la doctrine arrive ensuite, « Their esse is percipi », leur être est d’être perçu, et Berkeley ajoute qu’il est impossible que ces choses existent hors des esprits qui les perçoivent. On garde ici l’anglais de 1710 tel qu’il est imprimé, avec ses deux mots latins enchâssés, parce que ce changement de langue au milieu de la phrase signale un vocabulaire d’école, celui de l’être, que Berkeley reprend pour le retourner. L’argument porte sur le sens du mot « exister » appliqué aux choses sensibles. Berkeley invite son lecteur à chercher ce qu’il veut dire quand il affirme qu’une odeur existe, et parie qu’il ne trouvera rien d’autre que le fait qu’elle est sentie, ou qu’elle pourrait l’être. Une existence absolue, sans rapport à aucune perception, lui paraît une suite de mots qui ne désigne rien. Sous cette forme, la thèse se présente comme une analyse de ce que nous voulons dire, avant de se présenter comme une découverte sur la composition du monde.
Le § 4 en donne la version courte, que Kenneth Winkler a ramenée en 1989 à trois lignes. Nous percevons des maisons, des montagnes et des rivières. Nous ne percevons rien d’autre que nos propres idées. Les maisons, les montagnes et les rivières sont donc des idées. L’argument est valide, sa première prémisse est difficile à refuser, et Berkeley croit la seconde admise par Descartes comme par Locke.
Le représentationniste dispose d’une parade. Il sépare ce que nous percevons immédiatement, nos idées, de ce que nous percevons par leur intermédiaire, les corps. Berkeley la bloque au § 8 avec ce que la tradition de commentaire appelle le principe de ressemblance, « an idea can be like nothing but an idea », une idée ne peut ressembler qu’à une idée. L’exemple est de lui. Demander si une couleur ressemble à une chose invisible revient à demander si une dureté ressemble à une chose qu’aucune main ne peut toucher. Geneviève Brykman a consacré en 1985 une étude à ce principe et à l’hétérogénéité des idées chez Berkeley. Privé de ressemblance, le corps caché derrière l’idée perd toute qualité qu’on pourrait lui attribuer, et le mot « matière » cesse de désigner quoi que ce soit de déterminé.
La pomme du § 1 montre ce qui subsiste. Une certaine couleur, un goût, une odeur, une figure et une consistance se présentent ensemble, et l’usage leur donne un seul nom. La pomme existe, Berkeley n’en doute pas un instant, elle est cette collection d’idées, puisqu’il n’y a rien d’autre à percevoir en elle. La formule complète, telle que Lisa Downing la restitue, porte une seconde moitié, esse est percipi aut percipere, et le § 2 la prépare en posant l’esprit, une chose « entirely distinct » des idées, qui existe en percevant.
Des arbres dans un parc, des livres dans un placard
Au § 22, Berkeley met tout son livre en jeu. Si le lecteur parvient seulement à concevoir qu’une idée, ou quelque chose de semblable à une idée, existe autrement que dans un esprit qui la perçoit, il abandonne la partie. L’épreuve est à la portée de chacun. Imaginez des arbres dans un parc, ou des livres dans un placard, sans personne pour les voir. Rien de plus facile, concède le § 23. On a formé les idées qu’on appelle arbres et livres en omettant seulement de former celle de quelqu’un qui les perçoit, et pendant tout ce temps on les pensait soi-même. Pour réussir, il faudrait concevoir ces arbres comme non conçus, ce qui se contredit. On appelle ce passage l’argument maître, en raison de la confiance que Berkeley y place.
George Pitcher a formulé en 1977, à la page 113 de son Berkeley, une objection que de nombreux commentateurs ont reprise. Berkeley confondrait ce avec quoi l’on pense, une représentation que quelqu’un pense effectivement, et ce à quoi l’on pense, le contenu de cette représentation. Une image le fait voir. Un peintre peut peindre une forêt déserte sans se peindre lui-même, alors qu’il tient le pinceau du premier au dernier coup. De la même façon, l’idée de l’arbre est pensée, mais l’arbre qu’elle représente peut être conçu comme impensé. Lisa Downing en conclut que l’argument, pris à la lettre, échoue.
Kenneth Winkler en défend une lecture plus charitable dans son livre de 1989, aux pages 184-187. Nous ne pouvons pas nous représenter le fait de n’être pas perçu, puisque nous n’en avons jamais eu l’expérience et ne pourrions pas l’avoir ; sans idée de l’inaperçu, nous ne concevons pas un objet qui existerait inaperçu. Cette version tient mieux, à une condition qui n’est pas mince, puisqu’elle suppose que nous ne pensons qu’au moyen d’idées, c’est-à-dire le représentationnisme que Berkeley combat chez Locke tout en le gardant comme point de départ.
La pierre de Harwich
Le 6 août 1763, dans le port de Harwich, sur la côte de l’Essex, James Boswell attend le paquebot de Hollande en compagnie de l’écrivain Samuel Johnson. À la sortie de l’église, raconte la Vie de Samuel Johnson publiée en 1791, les deux hommes parlent de l’« ingénieuse sophistique » de l’évêque Berkeley. Boswell observe que la doctrine, quoique fausse, est impossible à réfuter. Johnson frappe alors une grosse pierre du pied, de toutes ses forces, jusqu’à rebondir, et lance « I refute it thus », je la réfute ainsi.
La pierre résiste, et le pied a mal. Le § 1 des Principes range justement la dureté et la résistance parmi les idées du toucher, et le § 35 précise que le livre ne conteste l’existence d’aucune chose saisie par les sens ou par la réflexion. Ce qui est refusé porte un nom technique, la matière ou substance corporelle des philosophes, ce support inerte que personne n’a jamais touché, par définition. Pour Berkeley, la pierre heurtée est une pierre perçue, donc une pierre qui existe, et la littérature spécialisée tient généralement le geste pour un contresens. On peut se demander ce que Johnson croyait montrer d’autre, sinon que la pierre se sent.
Il y a eu deux Samuel Johnson dans la vie de Berkeley. L’autre, pasteur du Connecticut, s’est lié d’amitié avec lui à Newport entre 1729 et 1731.
David Hume a laissé du malaise une formule souvent reprise. Dans les Philosophical Essays concerning Human Understanding de 1748, rebaptisés Enquête sur l’entendement humain en 1758, une note de la section XII, première partie, range Berkeley parmi les sceptiques et dit de ses arguments qu’ils « admit of no answer and produce no conviction », qu’ils n’admettent aucune réponse et ne produisent aucune conviction. La logique ne trouve pas la faille, la croyance ne suit pas, et Hume, qui fait de la croyance une affaire de nature et d’habitude, ne voit là rien d’étonnant. Jorge Luis Borges a repris la phrase en 1940 dans « Tlön, Uqbar, Orbis Tertius », la nouvelle d’une planète dont les nations sont idéalistes de naissance.
Une objection plus technique part de Cambridge, en octobre 1903. Dans « The Refutation of Idealism », publié par la revue Mind, G. E. Moore vise d’abord les idéalistes britanniques de son temps, mais il fait de l’esse est percipi le principe dont tout idéalisme dépend. Toute sensation, soutient-il, comprend deux éléments, la conscience et son objet. La sensation de bleu et la sensation de vert ont en commun d’être des sensations et diffèrent par le bleu et le vert, qui sont donc autre chose que la conscience qui les saisit. Confondre l’objet et l’acte de le percevoir serait une contradiction, sur laquelle reposerait la thèse de Berkeley. Or l’édition de 1710 des Principes portait au § 5 une phrase qui revendiquait cette identité, « In truth the object and the sensation are the same thing ». Elle a disparu de l’édition de Londres de 1734, et on ne sait pas si Berkeley l’a retirée parce qu’il la jugeait fausse ou parce qu’elle offrait une prise trop facile. Tom Stoneham, dans une conférence donnée en 2018 à l’université normale de Pékin, a défendu cette identification, qu’il nomme objectualisme, contre l’accusation de contradiction, en notant que Berkeley en avait aperçu le lien avec sa thèse deux siècles avant Moore.
Qui perçoit le bureau quand on a fermé la porte ?
La phrase de la table, au § 3, contenait deux réponses, reliées par un « ou ». Selon la première, la table existe quand personne n’est là parce que quelqu’un la percevrait en entrant, et la vérité de ce conditionnel tient à la régularité des lois de la nature. Charles McCracken a montré en 1979 ce que coûte cette analyse contrefactuelle. Si exister, c’est être perçu, la table qui serait perçue n’existe pas pour autant, et elle disparaît chaque soir pour revenir chaque matin, de façon parfaitement prévisible. Aux § 45 et 46, Berkeley paraît accepter cette intermittence et retourne l’objection contre ses adversaires. Dans le troisième dialogue (Works, II, 234), Hylas tente une issue, l’existence d’une chose sensible consisterait à être perceptible, et Philonous la referme en demandant ce qu’est le perceptible, sinon une idée, et si une idée peut exister sans être effectivement perçue.
La seconde réponse invoque « some other spirit ». Dans le second dialogue (Works, II, 212), Philonous raisonne ainsi. Les choses sensibles ne dépendent pas de sa pensée et existent sans qu’il les perçoive, il doit donc exister un autre esprit en qui elles existent. Jonathan Bennett a nommé ce raisonnement, en 1965, l’argument de continuité, et l’a distingué de l’argument de passivité du § 29 des Principes, selon lequel les idées des sens, qui ne dépendent pas de notre volonté, exigent une autre volonté qui les produise. Pour Bennett, la continuité est absente des Principes et n’occupe qu’un bref moment des Dialogues. Michael Ayers a repris la question en 1987, à partir des idées divines, contre cette lecture minimale. Kenneth Winkler a proposé de souder les deux arguments par le refus de toute volonté aveugle, principe courant à l’époque selon lequel une volition suppose une idée ; Dieu, voulant que nous percevions un orme, en aurait l’idée.
Aucun passage ne permet aujourd’hui de départager la lecture contrefactuelle et la lecture théologique, et Berkeley lui-même glisse de l’une à l’autre entre 1710 et 1713. La seconde a son propre coût, puisque le troisième dialogue refuse à Dieu toute sensation (Works, II, 206), alors que nos idées de la table sont des sensations.
La page de titre de 1710 annonçait pourtant une suite. Le 25 novembre 1729, depuis Newport, où il attend en vain les fonds promis pour un collège aux Bermudes, Berkeley répond à l’autre Samuel Johnson que la seconde partie des Principes était bien avancée, que le manuscrit s’est perdu pendant ses voyages en Italie, et qu’il n’a jamais eu le loisir de faire une chose aussi désagréable qu’écrire deux fois sur le même sujet. Paul J. Olscamp rapporte que ce manuscrit contenait l’éthique et la métaphysique de Berkeley, l’endroit où l’on attendrait une doctrine développée des esprits, c’est-à-dire de la seconde moitié de la formule, ce percipere dont dépend l’existence de chaque table et de chaque arbre laissé seul dans un parc.
Pour aller plus loin
La distinction des qualités premières et secondes, dont Berkeley part pour la défaire, trouve sa forme classique chez Locke. Hume reprend la question de l’existence continue des corps dans un sens sceptique, et l’idéalisme transcendantal de Kant a dû se défendre, dès ses premiers lecteurs, d’être un Berkeley rajeuni. On peut croiser aussi le malin génie de Descartes, autre façon de mettre le monde derrière les idées.
Un objet continue-t-il d’exister quand plus personne ne le regarde ? La question semble faite pour amuser. Un jeune philosophe de Dublin, George Berkeley, l’a pourtant traitée avec le plus grand sérieux. Son livre paraît à Dublin en 1710. Sa réponse se résume en quatre mots latins, esse est percipi, qui signifient « être, c’est être perçu ».
On lui prête une folie qu’il n’a pas dite
On raconte souvent que Berkeley faisait disparaître le monde dès qu’on fermait les yeux. Ses livres disent autre chose. Il ne doute pas un instant des tables ou des pommes. Il les voit, il les touche, et cela lui suffit pour affirmer qu’elles existent.
Son refus porte sur un objet plus discret. Les philosophes de son temps imaginaient, derrière ce qu’on voit et ce qu’on touche, un support caché que personne n’a jamais senti. Ils l’appelaient la matière. John Locke pensait que nous ne saisissons jamais ce support lui-même, mais seulement les idées qu’il produit en nous. C’est du moins ainsi que Berkeley le lisait, et les spécialistes discutent encore cette lecture. Berkeley trouve la position bancale, car rien ne permet alors de savoir ce qui se cache derrière ces idées.
Le verbe exister, mot à mot
Berkeley commence par une question toute simple. Que veut-on dire quand on affirme que la table de son bureau existe ? La réponse est qu’on la voit et qu’on peut poser la main dessus. Une fois sorti, on veut dire qu’on la verrait en revenant. Une odeur existait, cela signifie que quelqu’un l’a sentie.
Il cherche ensuite ce qu’on pourrait ajouter à cela, et il ne trouve rien. Pour une chose qu’on voit ou qu’on touche, exister revient donc à être perçue. Une pomme, par exemple, c’est une couleur, un goût, une odeur et une forme qui se présentent toujours ensemble. L’habitude donne un seul nom à ce groupe. La pomme est ce groupe, et l’on ne trouvera rien de plus en elle.
Berkeley propose aussi une épreuve à son lecteur. Il lui demande d’imaginer des arbres dans un parc, sans personne pour les voir. L’exercice paraît facile. Berkeley répond que, pendant ce temps, le lecteur pense lui-même à ces arbres. Beaucoup de spécialistes jugent cette réponse trop rapide. Penser à un arbre ne transforme pas l’arbre en pensée. D’autres défendent l’épreuve sous une forme plus subtile.
La pierre qui ne réfute rien
En 1763, l’écrivain Samuel Johnson se trouve dans un port anglais avec un ami qui attend son bateau. La conversation tombe sur Berkeley. Johnson donne alors un violent coup de pied dans une grosse pierre. Il annonce qu’il vient ainsi de réfuter la doctrine.
Pour la plupart des spécialistes, le geste manque sa cible. Pour Berkeley, la dureté d’une pierre est justement une chose que le pied ressent. Une pierre qui fait mal est une pierre perçue, et donc une pierre qui existe.
Quinze ans plus tôt, le philosophe David Hume avait décrit ce malaise. Selon lui, personne ne sait répondre à ces arguments, et pourtant ils ne convainquent personne. Le raisonnement tient, et l’on n’y croit pas.
Une critique plus fine arrive au début du vingtième siècle. Le philosophe G. E. Moore distingue deux choses dans toute sensation. Quand on voit du bleu, il y a d’un côté le fait de voir, de l’autre le bleu lui-même. Berkeley avait écrit l’inverse dans la première édition de son livre. L’objet et la sensation, disait-il, ne font qu’un. Cette phrase a disparu d’une édition plus tardive, et personne ne sait pourquoi.
Quand tout le monde a quitté le bureau
Une difficulté demeure. Que devient le bureau quand tout le monde est parti ? Berkeley donne deux réponses dans une même phrase. Selon la première, le bureau existe parce qu’on le verrait en ouvrant la porte. Mais alors, il disparaît chaque soir et revient chaque matin.
Selon la seconde, un autre esprit le perçoit sans interruption. Dans ses dialogues publiés trois ans après le livre, cet esprit porte clairement le nom de Dieu. En 1965, le spécialiste Jonathan Bennett a soutenu que cette idée était absente du premier livre. D’autres lui ont répondu, et aucun texte ne permet encore de trancher.
Ce premier livre portait une mention discrète sur sa page de titre, « première partie ». En 1729, Berkeley écrit à un ami que la suite s’est perdue pendant un voyage en Italie. Récrire deux fois le même texte lui paraissait trop pénible, et il ne l’a jamais fait.
La version complète donne la note de 1710 que Berkeley a fait disparaître en 1734, et la querelle entre Jonathan Bennett et ses contradicteurs sur le Dieu qui garde le bureau.
Sources de cet article
Chaque article est contre-vérifié avant publication : documents cités dans le texte, travaux de référence et pages institutionnelles consultées en ligne.
Sources primaires
- George Berkeley, *Philosophical Commentaries*, carnets de 1707-1708 restés inédits du vivant de l’auteur, entrée 429, « Existence is percipi or percipere » ; éd. A. A. Luce, *Philosophical Commentaries, generally called the Commonplace Book*, Londres, 1944 Thomas Nelson and Sons ; *Works*, I
- George Berkeley, *A Treatise concerning the Principles of Human Knowledge, Part I*, Dublin, 1710 ; 2ᵉ éd., Londres, 1734 ; § 1, 2, 3, 4, 5 (note de l’édition de 1710 supprimée en 1734), 8, 9, 14, 15, 18, 22, 23, 29, 35, 45-46 – *Works*, II ; trad. fr. Dominique Berlioz, *Principes de la connaissance humaine*, Paris, 1991, coll. GF n° 637 GF Flammarion. Passages cités en anglais, traduits par la rédaction
- George Berkeley, *Three Dialogues between Hylas and Philonous, in Opposition to Sceptics and Atheists*, Londres, Henry Clements, 1713 ; premier dialogue (les deux mains dans l’eau tiède), second dialogue (*Works*, II, 212), troisième dialogue (*Works*, II, 206 et 234) trad. fr. Geneviève Brykman et René Dégremont, *Trois dialogues entre Hylas et Philonous*, Paris, GF Flammarion, [À VÉRIFIER]. Passages cités en anglais, traduits par la rédaction
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Sources primaires (suite)
- George Berkeley, lettre à Samuel Johnson, Newport (Rhode Island), 25 novembre 1729, sur la perte du manuscrit de la seconde partie des *Principes* *Works*, II, correspondance philosophique avec Johnson
- John Locke, *An Essay concerning Human Understanding*, Londres, 1690, livre II, chapitre VIII, § 9-10 (qualités premières et secondes) et § 21 (l’eau tiède et les deux mains)
- David Hume, *Philosophical Essays concerning Human Understanding*, Londres, 1748, titre devenu *An Enquiry concerning Human Understanding* en 1758, section XII, première partie, note sur Berkeley. Passage traduit par la rédaction
- James Boswell, *The Life of Samuel Johnson*, Londres, 1791, entrée du 6 août 1763 (Harwich)
- G. E. Moore, « The Refutation of Idealism », *Mind*, nouvelle série, 12, octobre 1903, p. 433-453
- Jorge Luis Borges, « Tlön, Uqbar, Orbis Tertius », *Sur*, 1940, repris dans *Ficciones*, Buenos Aires, 1944
Bibliographie
- A. A. Luce et T. E. Jessop (éd.), *The Works of George Berkeley, Bishop of Cloyne*, 9 vol., Londres et Édimbourg, 1948-1957 Thomas Nelson and Sons
- Kenneth P. Winkler, *Berkeley : An Interpretation*, Oxford, 1989, xiv-317 p., p. 138, 184-187 et 207-224 Clarendon Press
- George Pitcher, *Berkeley*, Londres, 1977, p. 113 Routledge
- Charles J. McCracken, « What Does Berkeley’s God See in the Quad ? », *Archiv für Geschichte der Philosophie* 61, 1979, p. 280-292 De Gruyter
- Jonathan Bennett, « Berkeley and God », *Philosophy* 40 (153), 1965, p. 207-221 Cambridge University Press
- Michael R. Ayers, « Divine Ideas and Berkeley’s Proofs of God’s Existence », dans Ernest Sosa (dir.), *Essays on the Philosophy of George Berkeley*, Dordrecht, 1987, p. 115-128, DOI 10,1007/978-94-009-4798-6_7 Springerhttps://doi.org/10.1007/978-94-009-4798-6_7
- Geneviève Brykman, « Principe de ressemblance et hétérogénéité des idées chez Berkeley », *Revue internationale de philosophie* 154, 1985, p. 243-251 Revue internationale de philosophie
Sources en ligne
- « George Berkeley (Stanford Encyclopedia of Philosophy/Summer 2006 Edition) », Lisa Downing Stanford Encyclopedia of Philosophy, Stanford Universityhttps://plato.stanford.edu/archives/sum2006/entries/berkeley/
- « Selections from A Treatise Concerning the Principles of Human Knowledge » Introduction to Philosophy, Oklahoma State University Librarieshttps://open.library.okstate.edu/introphilosophy/?p=849
- « Three Dialogues between Hylas and Philonous » (édition de 1713, page de titre) TextGrid Repositoryhttps://textgridrep.org/browse/2s37k.0
- « Berkeley, Psychologism, and the Modes of Existence » Roczniki Filozoficzne, Towarzystwo Naukowe KULhttps://czasopisma.tnkul.pl/index.php/rf/article/download/4599/3649/13474
- « Some of the arguments Locke makes in trying to establish the primary/secondary distinction » Department of Philosophy, Lancaster Universityhttps://lancaster.ac.uk/users/philosophy/courses/211/Sh10aLocke5.htm
- « Principe de ressemblance et hétérogénéité des idées chez Berkeley / Geneviève Brykman » HelveticArchives, Bibliothèque nationale suissehttps://www.helveticarchives.ch/detail.aspx?ID=756203
- « Séminaire I : Berkeley, Trois dialogues entre Hylas et Philonous (2PH1266) » Faculté des lettres et sciences humaines, Université de Neuchâtelhttps://www10.unine.ch/desc_data/plans2019-2020/plan_2514_pp_2019-2020_fr_2PH1266.pdf
- « Berkeley and other philosophers » PhilArchivehttps://philarchive.org/browse/berkeley-and-other-philosophers
- « Essays and treatises : on several subjects. By David Hume, Esq ; In four volumes. ... [pt.3] » Eighteenth Century Collections Online, University of Michigan Libraryhttps://quod.lib.umich.edu/e/ecco/004802356.0001.003/245:15
- « De la biblioteca de Tlön », Cristina Parodi et Ivan Almeida Borges Center, University of Pittsburghhttps://pre.borges.pitt.edu/sites/default/files/1511.pdf
- « The refutation of idealism » Central and East European Society for Phenomenologyhttps://ceesp.org/pub-123655
- « [预告]03,23 京师外哲讲坛 – – The (Un)Refutation of Idealism » Beijing Normal Universityhttps://news.bnu.edu.cn/zx/xzdt/102895.htm
- « Berkeley and God » Philosophy, Cambridge Core, Cambridge University Presshttps://www.cambridge.org/core/journals/philosophy/article/berkeley-and-god/D42A0735F2AC3A6DB1109228F968098F
- « Divine ideas and Berkeley’s proofs of god’s existence » Central and East European Society for Phenomenologyhttps://ceesp.org/pub-205757
- « Samuel Johnson to Benjamin Franklin, [10 May 1750] » Founders Online, National Archiveshttps://founders.archives.gov/documents/Franklin/01-03-02-0191
- « Some Suggestions about the Moral Philosophy of George Berkeley » Project MUSE, Johns Hopkins University Presshttps://muse.jhu.edu/article/229558/pdf
- « Bodies in Prolegomena §13 : Noumena or Phenomena ? » Cambridge Core, Cambridge University Presshttps://www.cambridge.org/core/product/220F6E40D6EB46E372682E4770E6422C/core-reader


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