Kepler calcule le ciel d’un inconnu
En 1608, Johannes Kepler, mathématicien impérial à Prague, reçoit par un intermédiaire la commande d’une nativité, c’est-à-dire d’un thème astral, pour un gentilhomme dont le nom n’est pas donné. Les données se réduisent à une naissance le 24 septembre 1583 vers seize heures et demie, sous une hauteur de pôle de 51 degrés. À la fin de 1624, le client fait renvoyer le document à Kepler par Taxis, capitaine de sa principauté de Friedland, avec des notes marginales de sa main, et réclame une version détaillée, que Kepler date du 21 janvier 1625. Kepler rapporte parmi ses questions celles de savoir s’il mourra hors de sa patrie, s’il y obtiendra des charges et des biens, et combien d’années il servira à la guerre. Les deux états sont conservés aux archives de l’Académie des sciences de Russie, à Saint-Pétersbourg, et leur texte a été publié à Vienne en 1895.
L’inconnu se nomme Albrecht Wenzel Eusebius von Waldstein, en tchèque Albrecht Václav Eusebius z Valdštejna. Dans les actes impériaux de 1625, il est tantôt Wallstein, tantôt Wallenstein, et ses contemporains le désignent par son duché, « le Friedländer ». Wallenstein est préféré ici à Waldstein, plus exact, parce que ces actes ont fixé la forme et que l’usage français l’a gardée. Sa date de naissance vient de lui, puisqu’il l’a fait transmettre à Kepler ; aucune notice consultée ne cite d’acte de baptême. Comme toutes les dates de l’article, elle est donnée en style grégorien, le style julien la plaçant au 14 septembre.
Né à Heřmanice, près de l’Elbe, dans une branche cadette d’un vieux lignage seigneurial de Bohême, il perd sa mère en 1593 et son père, Vilém, en 1595. Ses parents appartiennent à l’Unité des frères tchèques selon l’Allgemeine Deutsche Biographie (1900), à l’utraquisme selon la Neue Deutsche Biographie (2020). Sous la tutelle de son oncle Jindřich Slavata, il passe par l’école latine de Goldberg puis, en 1599 et 1600, par l’académie luthérienne d’Altdorf. Sa conversion au catholicisme se place entre l’automne 1606 et 1607, au collège jésuite d’Olomouc. En mai 1609, il épouse une veuve fortunée, Lukrécie Nekšovna z Landeka, morte en 1614 en lui laissant ses domaines moraves.
En 1617, il lève à ses frais un régiment pour l’archiduc Ferdinand contre Venise ; en 1618, il prend le parti des Habsbourg contre les états de Bohême révoltés, puis achète en masse leurs biens confisqués. La seigneurie de Friedland lui revient en juin 1622 pour 150 000 florins, et le 13 janvier 1623 le gouverneur du royaume lui donne quittance de trois millions et demi de florins nominaux, payés en monnaie dépréciée. Prince d’Empire et gendre du conseiller impérial Karl von Harrach en 1623, il est fait duc de Friedland le 13 juin 1625.
Cette année-là, il offre à Ferdinand II une armée levée à crédit, qu’il entretient par des contributions exigées de tous les territoires occupés, ennemis, neutres ou alliés. Le 25 avril 1626, il bat Mansfeld au pont de Dessau ; il reçoit ensuite le Mecklembourg en paiement de créances et, en 1628, le titre de général de la mer Océane et Baltique. Sous la pression des électeurs réunis à Ratisbonne, l’empereur le renvoie en 1630, puis lui rend le commandement, définitivement le 13 avril 1632 ; en novembre, Gustave-Adolphe est tué à Lützen. En 1633, Wallenstein mène une guerre défensive, négocie avec la Saxe, le Brandebourg, la Suède et la France, et refuse à l’automne de secourir Ratisbonne.
Le 12 janvier 1634, à Pilsen, quarante-sept colonels et officiers signent un engagement rédigé par le maréchal Christian von Ilow, qui leur fait jurer fidélité à leur général sans mentionner le service de l’empereur ; ce premier revers est aujourd’hui au Deutsches Historisches Museum de Berlin. Douze jours plus tard, le conseil secret décide sa destitution par une patente secrète, que suit une patente publique le 18 février. Le 24, il entre à Eger, aujourd’hui Cheb, où commande le colonel écossais John Gordon. Le lendemain soir, Ilow, Adam Erdmann Trčka, Wilhelm Kinsky et le capitaine de cavalerie Neumann sont tués au château, à table ; entre neuf et dix heures, le capitaine Walter Devereux, des dragons de Walter Butler, tue Wallenstein dans la maison Pachelbel.
Sur ses intentions de 1633 et 1634, aucun écrit de sa main ne tranche, et presque tout ce qui l’accuse a été rédigé après sa mort, par ceux qui l’ont fait tuer ou par leurs informateurs. Il faut donc reprendre un à un l’imprimé viennois d’octobre 1634, le libelle latin dont il dépend, le rapport d’un émigré tchèque et les annales d’un conseiller de la cour, puis examiner les conditions du second commandement, la nuit des signatures de Pilsen et l’ordre de l’abattre, et suivre enfin le corps jusqu’à Mnichovo Hradiště et la réputation jusqu’au théâtre de Schiller.


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