Pondiac, Pontiac, Bwondiac
Les officiers britanniques écrivent Pontiak, Ponteack ou Pontiague. Les Français de Détroit écrivent Pondiac, Pondiak ou Pondiag, et l’adresse de la notice française du Dictionnaire biographique du Canada porte encore la graphie Pondiac. La forme Obwandiyag, souvent présentée aujourd’hui comme son nom d’origine, n’est attestée que par la tradition outaouaise du XIXᵉ siècle. En 1887, Andrew J. Blackbird, ancien interprète du gouvernement américain à Harbor Springs, prononce le nom « Bwon-diac » et fait de son porteur un chef ojibwé de Saint-Clair, à rebours des documents du XVIIIᵉ siècle qui le disent tous outaouais.
Aucune ligne de sa main n’a été conservée, et rien n’indique qu’il ait su écrire.
Sa naissance n’est datée par aucune source. Louis Chevrette, auteur de la notice du Dictionnaire biographique du Canada en 1974, la situe entre 1712 et 1725, Howard Peckham vers 1720, et les sources du XIXᵉ siècle ne s’accordent pas même sur la nation de ses parents. Adulte, on le trouve dans le village outaouais installé depuis 1732 sur la rive opposée au fort Pontchartrain du Détroit, une communauté que Chevrette estime à 800 ou 1 000 habitants. Il a peut-être combattu en 1755 parmi les guerriers qui défont l’armée d’Edward Braddock près du fort Duquesne, sur l’Ohio. La plus ancienne mention que retient Chevrette date de 1757, au même fort, où Pontiac déclare devant le commandant Claude-Pierre Pécaudy de Contrecœur avoir repoussé les avances du traiteur George Croghan, venu lui annoncer la chute de Québec.
Après la capitulation de Montréal, le 8 septembre 1760, le major Robert Rogers monte prendre possession de Détroit avec deux cents rangers, et c’est son propre récit qui place une rencontre avec Pontiac à l’embouchure de la rivière, le 27 novembre. En 1761, le général Jeffery Amherst interdit la distribution de présents, de poudre et de plomb que pratiquaient les Français, contre l’avis de William Johnson. Le 27 avril 1763, au bord de la rivière à l’Écorce, au sud de Détroit, Pontiac réunit environ quatre cent soixante guerriers outaouais, potawatomis et hurons et leur rapporte la vision d’un prophète delaware, Neolin, à qui le Maître de la vie aurait ordonné de rompre avec les Anglais. Le discours n’est connu que par le journal français du siège (Journal ou dictation d’une conspiration, éd. M. Agnes Burton, trad. R. Clyde Ford, Detroit, 1912, p. 22-32). Le 7 mai, quelque trois cents hommes entrent dans le fort, armes cachées sous leurs couvertures, et trouvent la garnison du major Henry Gladwin sous les armes. Pontiac ne donne pas le signal, et deux jours plus tard, devant des portes fermées, il met le siège autour du fort.
Pendant que les Weas, les Kicapous et les Mascoutens s’emparent de Ouiatenon le 1er juin et que les Ojibwés prennent Michilimackinac le lendemain, le siège de Détroit s’enlise. Le 31 juillet 1763, une sortie du capitaine James Dalyell tombe dans une embuscade au pont du ruisseau Parent, que l’on appellera Bloody Run, et Dalyell y est tué. Dès juillet, une partie des Potawatomis et des Hurons a quitté l’alliance ; en octobre, la plupart des Ojibwés et des Outaouais regagnent leurs territoires d’hiver. Le 29 octobre, un messager du fort de Chartres apporte les lettres du commandant Pierre-Joseph Neyon de Villiers qui annoncent la paix entre les deux couronnes, et le 31 octobre Pontiac fait écrire à Gladwin qu’il accepte la parole de paix envoyée par son « père » français.
Il hiverne sur la rivière des Miamis, passe en Illinois et demande en vain des renforts à Neyon de Villiers le 15 avril 1764. En juillet 1765, George Croghan, adjoint de Johnson, le rencontre à Ouiatenon, sur la Wabash, et conclut avec lui un accord préliminaire dont son journal garde la trace (éd. Reuben Gold Thwaites, Early Western Travels, vol. I, Cleveland, 1904, p. 126-169). En juillet 1766, à Oswego, Johnson le fait parler au nom des nations de l’Ouest, et son propre village le bannit dans les années qui suivent. Le 20 avril 1769, à la sortie du magasin Baynton, Wharton et Morgan, à Cahokia, un neveu du chef péoria Makatachinga le tue. Sur ordre du commandant britannique John Wilkins, le corps est enterré, puis des Français l’auraient porté sur l’autre rive du Mississippi, à Saint-Louis.
Les documents disent ce qu’il a fait devant des témoins européens, mais presque rien de l’autorité qu’il exerçait sur les nations qui ont pris les armes en même temps que lui. Il faut donc regarder qui a tenu le journal français du siège et d’où écrivaient Gladwin, Croghan et Rogers, puis reprendre trois épisodes que la recherche lit différemment, la nuit du 7 mai, l’usage du message de Neolin et le meurtre de Cahokia, avant de suivre la fabrication du personnage jusqu’au livre de Francis Parkman, en 1851, et aux révisions qui l’ont suivi.

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