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Nurhaci, unificateur des Jurchen fondateur de la dynastie Qing

Époque moderne28 octobre 202615 min de lecture
xiquinhosilva / Wikimedia Commons
15 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Le khan qu’on fit empereur dix ans après sa mort

Dans les registres que la chancellerie mandchoue tient entre 1627 et 1635, le souverain mort en 1626 ne porte aucun titre impérial. Les scribes l’appellent nenehe han, « le khan d’avant ». En 1636 seulement, les mêmes bureaux écrivent taidzu hūwangdi, transcription du chinois Taizu huangdi, « empereur grand ancêtre », et c’est sous ce nom de temple que la dynastie Qing l’inscrit en tête de sa lignée. Matsumura Jun a relevé ce changement de désignation en 1997 dans les archives mandchoues antérieures à 1644, conservées pour partie aux Premières Archives historiques de Chine, à Pékin, et pour partie au musée national du Palais, à Taipei.

Le nom s’écrit Nurgaci en mandchou. Les éditions Qing le transcrivent 努爾哈赤, Nu’erhachi, tandis que les documents Ming et ceux du royaume coréen de Joseon emploient souvent pour la première syllabe le caractère 奴, « esclave », sans que leurs rédacteurs disent pourquoi. On retient ici Nurhaci, forme de l’usage savant. Avant 1616, son entourage l’appelle sure beile, « le prince avisé ». Le 17 février 1616, premier jour de la quarante-quatrième année Wanli, il prend le titre de Geren gurun be ujire genggiyen han, « khan lumineux qui fait vivre tous les peuples », avec une ère nommée Abkai fulingga, Tianming en chinois, « mandat du Ciel ». La notice de Fang Chao-ying, parue en 1943, rend han par « empereur » ; on garde « khan », parce que l’équivalence entre han et huangdi est précisément celle que la cour de 1636 a imposée.

Quant à l’année de naissance, 1559, elle vient des histoires officielles Qing et s’accorde avec les vingt-cinq sui que lui donne Fang en 1583, mais le jour varie d’un ouvrage moderne à l’autre. Toutes les dates sont ici converties du calendrier chinois au calendrier grégorien. Il descend d’une lignée de chefs jurchen de Jianzhou dont le premier ancêtre identifiable, Möngke Temür, est reconnu vers 1412 par l’empereur Yongle. Son grand-père Giocangga et son père Taksi s’allient secrètement en 1574 au général Li Chengliang, qui commande pour les Ming dans le Liaodong, contre leur suzerain Wang Gao, puis en 1582 contre le fils de celui-ci, Atai. Ils meurent tous deux lors de la prise du fort d’Atai à Gure, au tournant de 1582 et de 1583. Quelques mois plus tard, Nurhaci obtient de Li le droit de succéder à son père comme chef mineur.

La tradition Qing veut qu’il ait commencé avec treize cuirasses.

Pendant vingt ans, il cumule la soumission aux Ming et la conquête de ses voisins. Pékin lui confère en octobre 1589 le grade de dudu qianshi, assistant du commandant en chef, reçoit le 1er juin 1590 la centaine de chefs jurchen venus sous sa conduite porter le tribut, et le fait en 1595 « général Dragon-Tigre », longhu jiangjun. Entre-temps, en 1593, il a défait près de Gure une coalition de neuf tribus jurchen et mongoles. Il soumet les Hada entre 1599 et 1601, les Hoifa en 1607, les Ula en 1613, les Yehe en 1619. En 1599, il fait adapter l’écriture mongole à sa langue par le lettré Erdeni ; en 1601, il groupe ses hommes en compagnies de trois cents, les niru, sous quatre bannières de couleur, dédoublées en huit en 1615. Le 7 mai 1618, il publie sept griefs contre les Ming et prend Fushun. En 1619, à Sarhu, ses troupes détruisent l’armée de Yang Hao. Shenyang et Liaoyang tombent en mai 1621, et la capitale s’installe à Shenyang en avril 1625.

En février 1626, il échoue devant Ningyuan, que défend Yuan Chonghuan avec des canons de modèle européen. Il meurt le 30 septembre suivant, onzième jour du huitième mois de la onzième année Tianming, sur un bateau qui le ramène vers Shenyang, à une quarantaine de li de la ville. Deux ensembles de documents permettent de contrôler cette vie hors des histoires officielles. Le premier est le rapport de Sin Chung-il, fonctionnaire coréen reçu chez Nurhaci à la fin de 1595, dont la version officielle figure dans les Annales véridiques du roi Seonjo, volume 71, à l’année 1596. Le second rassemble les archives en mandchou ancien du musée national du Palais de Taipei, ouvertes au troisième mois de la trente-cinquième année Wanli, en 1607. Ni l’un ni l’autre ne permet de séparer ce que le khan décidait seul de ce que décidaient ses fils et ses conseillers.

Il faut maintenant prendre ces textes un par un, des archives de 1607 aux annales achevées en 1740, puis reprendre quatre épisodes disputés, de la mort de Giocangga et de Taksi aux tractations avec Joseon, en passant par la fin du fils aîné Cuyen et la blessure de Ningyuan, avant de suivre la manière dont la cour de Hong Taiji a récrit les origines de la famille.

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