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Biographie
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Cervantès, soldat de Lépante et auteur du Quichotte

Époque moderne26 octobre 202617 min de lecture
Attributed to Juan de Jáuregui / Wikimedia Commons
17 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

« Busque por acá en qué se le haga merced »

Le 21 mai 1590, à Madrid, un commissaire aux vivres de la flotte royale fait remettre au Conseil des Indes une requête accompagnée de ses états de service. Il y demande l’un des quatre postes alors vacants en Amérique, la comptabilité du Nouveau Royaume de Grenade, le gouvernement du Soconusco au Guatemala, la comptabilité des galères de Carthagène des Indes ou le corregimiento de La Paz. Le document est conservé à Séville, à l’Archivo General de Indias, sous la cote Patronato, 253, R.1, avec les témoignages que le requérant a fait recueillir une dizaine d’années plus tôt. Le 6 juin, la requête revient avec une ligne en marge, qu’on attribue tantôt au secrétaire du Conseil, Juan de Ledesma, tantôt au docteur Núñez Morquecha, et qui renvoie le solliciteur chercher en Castille une faveur à sa mesure. Au bas de la requête, le solliciteur signe Miguel de Cervantes Saavedra, ajoutant à son patronyme un nom que son père ne portait pas.

Ce second nom, aucun de ses ascendants directs ne l’a porté, et Jean Canavaggio date de ce memorial son premier emploi. Le plus souvent, il écrit « Cerbantes » au bas des actes, et la paroisse qui l’enterre note « Çerbantes Sahauedra ». On garde ici l’accent grave de l’usage français, plus commode pour un lecteur francophone, au prix d’une petite infidélité à la graphie castillane. Aucun document ne donne sa date de naissance. Le livre des baptêmes de Santa María la Mayor d’Alcalá de Henares enregistre, le dimanche 9 octobre 1547, le baptême d’un Miguel, fils de Rodrigo Cervantes et de doña Leonor, et la naissance se place d’ordinaire au 29 septembre, fête de saint Michel, par simple déduction tirée du prénom. Rodrigo, chirurgien sans charge fixe, mène sa famille à Valladolid, où il est emprisonné pour dettes, puis à Madrid et à Séville.

Le 15 septembre 1569, une provision royale ordonne l’arrestation d’un « Miguel de Zerbantes, estudiante », condamné par contumace à perdre la main droite pour avoir blessé en duel un maître d’œuvre, Antonio de Sigura. Trois mois plus tard, un Cervantès se trouve à Rome, chambrier du prélat Giulio Acquaviva, avant de s’enrôler dans l’infanterie espagnole d’Italie. Le 7 octobre 1571, il combat à Lépante sur la galère Marquesa. Un témoin entendu en 1578, Mateo de Santisteban, rapporte qu’il avait la fièvre et qu’il refusa de rester à l’abri sous le pont, et le combat lui laisse des blessures à la poitrine et une main gauche inutilisable. Le 26 septembre 1575, la galère Sol, qui le ramène de Naples avec son frère Rodrigo, est prise par les corsaires d’Arnaut Mami au large de Cadaqués. Commencent alors cinq ans de captivité à Alger, ponctués de quatre tentatives d’évasion, jusqu’au rachat conclu le 19 septembre 1580 par le trinitaire fray Juan Gil.

Revenu en Castille, il épouse Catalina de Salazar à Esquivias en 1584 et publie l’année suivante un roman pastoral, La Galatea. À partir de 1587, il parcourt l’Andalousie comme commissaire chargé de réquisitionner le blé et l’huile destinés à la flotte. Cet emploi lui vaut une brève arrestation à Castro del Río en septembre 1592, puis plusieurs mois à la prison royale de Séville à partir de septembre 1597, le juge Gaspar de Vallejo lui réclamant deux millions et demi de maravédis au lieu des quatre-vingt mille effectivement dus au Trésor. La première partie de El ingenioso hidalgo don Quijote de la Mancha sort à Madrid des presses de Juan de la Cuesta, pour le libraire Francisco de Robles, à la fin de 1604, sous la date de 1605. Suivent en 1613 les Novelas ejemplares, nouvelles au sens italien du mot, c’est-à-dire récits brefs, puis la seconde partie du roman en 1615.

Il meurt dans la maison qu’il loue calle del León, à Madrid, près de sa femme et de sa nièce Constanza, vingt jours après avoir fait profession dans le tiers ordre de saint François. Le livre des défunts de la paroisse San Sebastián porte « En 23 de abril de 1616 años murió Miguel de Çerbantes Sahauedra ». Comme la paroisse enregistrait l’inhumation, on date la mort de la veille, le 22 avril, dans le calendrier grégorien qu’applique la Castille depuis 1582. Le corps est enseveli chez les trinitaires déchaussées de la rue voisine.

Presque tout ce qui précède repose sur des écrits que Cervantès a lui-même suscités.

Il faut maintenant prendre ces documents un à un, le memorial, les deux enquêtes de témoins de 1578 et de 1580, le livre sur Alger imprimé en 1612 sous un nom d’emprunt et les registres paroissiaux, puis reprendre trois épisodes que des registres militaires et judiciaires contredisent ou laissent ouverts, avant de suivre la fabrication d’une vie héroïque depuis le XVIIIᵉ siècle jusqu’aux fouilles menées en 2015 dans une crypte madrilène.

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