Un collet de buffle à Vienne
Au Heeresgeschichtliches Museum de Vienne, le musée de l’armée autrichienne, est conservé un collet de cuir de buffle qui porte un trou assez large sur la manche gauche et, dans le dos, l’entrée d’une balle de pistolet. Un officier de cavalerie impériale, Silvio Piccolomini, écrit à son oncle l’archevêque de Sienne, un peu plus de deux semaines après la bataille de Lützen, qu’un soldat du régiment d’Octavio Piccolomini a pris ce collet sur le corps du roi de Suède, qu’un cavalier du régiment Götz a emporté sa bague, sa chaîne de cou et sa montre, et qu’un trompette du régiment Holk est reparti avec un éperon.
Le roi s’appelle Gustav II Adolf en suédois et Gustavus Adolphus dans les actes latins de sa chancellerie ; l’usage français a fixé la forme Gustave-Adolphe, retenue ici. Il naît le 9 décembre 1594 au château des Trois Couronnes, à Stockholm, et cette date ne varie dans aucune source. Son père, le duc Charles de Södermanland, dernier fils de Gustave Vasa, gouverne alors le royaume avec le conseil pendant que son neveu Sigismond, roi de Suède et de Pologne, réside en Pologne ; sa mère est Christine de Holstein-Gottorp. Au terme d’une guerre civile, Charles écarte Sigismond, se fait reconnaître roi par le riksdag en 1604 sous le nom de Charles IX et confie l’éducation de son fils au précepteur Johan Skytte.
Toutes les dates suivent ici le calendrier julien, celui dans lequel le roi et son chancelier datent leurs lettres.
À la mort de Charles IX, le 30 octobre 1611, Gustave-Adolphe a seize ans et hérite de trois guerres. Les états réunis à Nyköping le déclarent majeur en décembre, en échange d’une charte qui confirme les privilèges de la haute noblesse, et Axel Oxenstierna devient chancelier du royaume en janvier 1612. La paix de Knäred, en 1613, oblige la Suède à racheter au Danemark la forteresse d’Älvsborg pour un million de riksdaler ; celle de Stolbovo, en 1617, lui cède l’Ingrie et la région de Kexholm. Il est couronné à Uppsala la même année. Contre la Pologne, la guerre se prolonge, Riga tombe en 1621, puis la Livonie et les ports de la Prusse ducale, jusqu’à la trêve d’Altmark, en septembre 1629, qui laisse à la Suède les péages de ces ports pour six ans. Entre-temps, il épouse en 1620 Maria Eleonora de Brandebourg, fille de l’électeur ; de leurs enfants, seule Christine, née en 1626, survit.
Le 26 juin 1630, l’armée suédoise débarque à Peenemünde, sur l’île d’Usedom, en Poméranie. En janvier 1631, le traité conclu à Bärwalde avec la France lui assure des subsides. Le 7 septembre 1631, à Breitenfeld, au nord de Leipzig, les armées suédoise et saxonne battent celle de la Ligue catholique commandée par Tilly ; l’hiver suivant conduit le roi en Franconie et sur le Rhin, le printemps en Bavière, jusqu’à Munich, où il entre en mai 1632. Devant le camp retranché que Wallenstein tient près de Nuremberg, l’assaut suédois échoue à la fin de l’été.
Le 6 novembre 1632, soit le 16 novembre dans le calendrier grégorien que suit le camp impérial, les deux armées s’affrontent devant Lützen, au sud-ouest de Leipzig, dans le brouillard. Touché au bras gauche au début de l’après-midi, le roi tombe de cheval au cours d’une mêlée de cavalerie, puis il est achevé et dépouillé ; la date est attestée par les relations des deux camps dès les jours suivants. Son armée reste maîtresse du terrain à la nuit. Repris par les Suédois, le corps est embaumé, conduit à Wolgast au printemps 1633, débarqué à Nyköping en août et inhumé dans l’église de Riddarholmen, à Stockholm, le 22 juin 1634. Christine lui succède à six ans, sous une régence que dirige Oxenstierna.
Tout ce qui précède s’appuie sur des documents abondants, les écrits du roi édités par Carl Gustaf Styffe sous le titre Konung Gustaf II Adolfs skrifter (Stockholm, Norstedt, 1861), ses lettres et instructions au chancelier publiées en 1888 parmi les papiers d’Oxenstierna, et la première partie de l’histoire officielle de la guerre suédoise en Allemagne que Bogislaw Philipp von Chemnitz fait paraître à Stettin en 1648. Ces documents cessent de suffire à deux endroits, ce que le roi voulait obtenir en Allemagne et la manière dont il est mort, et ce sont ces deux lacunes que le culte a remplies le plus tôt.
Il faut maintenant prendre les récits un à un, l’histoire de commande, les relations de bataille des deux camps, et regarder qui les a écrits et à quelle distance des faits ; reprendre ensuite trois querelles, sur les buts de 1630, sur la « révolution militaire » et sur les meurtriers de Lützen ; suivre enfin la fabrication de la figure posthume, de la garde-robe royale de Stockholm à la fosse commune fouillée près de Lützen en 2011.




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