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Sophocle, tragédien et stratège athénien

Antiquité4 novembre 202615 min de lecture
Jl FilpoC / Wikimedia Commons
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Introduction

Un trésorier de Colone sur la grande stèle du tribut

Sur la première des grandes stèles de l’Acropole, celle que les épigraphistes appellent le Lapis primus, Athènes faisait graver chaque année la part du tribut des alliés consacrée à Athéna, un soixantième des sommes versées, avec les noms des magistrats qui l’avaient reçue. Ces magistrats sont les hellénotames, les « trésoriers des Grecs », un collège de dix hommes chargés du tribut de la ligue de Délos. Dans la liste de l’année 443/2 av. J.-C., éditée sous le numéro IG I³ 269, la ligne 36 porte un nom dont la première lettre a disparu, [S]ophoklès, suivi d’un démotique qui commence par Kolo-. C’est le plus ancien document où l’on puisse lire, avec une forte probabilité, le nom du poète, et la pierre lui donne pour seule qualité celle de trésorier.

Ce Sophocle s’appelle en grec Sophoklês, fils de Sophillos, du dème de Colone, au nord des murs d’Athènes. Sa date de naissance se calcule. La Chronique de Paros, table chronologique gravée sur marbre en 264/3, lui donne vingt-huit ans lors de sa première victoire au concours tragique, sous l’archonte Apséphion, en 469/8 (FGrHist 239 A 56), ce qui place la naissance en 497/6. La Vie anonyme transmise avec ses tragédies propose 495/4. Pour la mort, les témoins s’accordent sur l’année. La même chronique la place sous l’archonte Callias, en 406/5, à quatre-vingt-douze ans (A 64), Diodore de Sicile à quatre-vingt-dix ans (XIII, 103, 4), et les Grenouilles d’Aristophane, jouées aux Lénéennes de l’hiver 405, le montrent déjà chez les morts.

Du milieu familial, on connaît surtout ce que les érudits hellénistiques en disputaient. Aristoxène de Tarente fait de Sophillos un charpentier ou un forgeron, Istros un fabricant de couteaux, et la Vie anonyme rejette les deux en concédant que le père possédait des esclaves forgerons ou charpentiers. La même Vie lui prête une enfance aisée, des couronnes à la lutte et en musique, et la conduite du chœur, nu et frotté d’huile, qui chanta le péan de la victoire après Salamine en 480, scène que seule la Vie rapporte.

Au théâtre, la première victoire date de 469/8. Plutarque, dans la Vie de Cimon (8, 7-9), raconte que l’archonte, devant l’agitation du public, fit jurer comme juges Cimon et les neuf autres stratèges venus faire la libation, et qu’Eschyle, battu, en aurait conçu assez de dépit pour partir en Sicile, récit qui date du début du IIᵉ siècle apr. J.-C. Les chiffres de l’œuvre viennent tous d’érudits postérieurs. Aristophane de Byzance, cité par la Vie, comptait cent trente drames dont dix-sept douteux, Carystios vingt victoires, Diodore dix-huit, et la Vie ajoute qu’il ne fut jamais classé troisième. Sept tragédies entières subsistent. Deux seulement sont datées par une notice antique, Philoctète en 409 et Œdipe à Colone, montée en 401 par son petit-fils homonyme après la mort de l’auteur. La Vie lui attribue encore l’introduction d’un troisième acteur.

La carrière civique tient en trois mentions. En 443/2, la liste du tribut le nomme hellénotame. Pour 441/0, l’atthidographe Androtion, historien de l’Attique, le range parmi les stratèges envoyés contre Samos avec Périclès (FGrHist 324 F 38), et le poète Ion de Chios, qui soupa avec lui dans son île, le décrit en route vers Lesbos comme stratège. Après 413, un Sophocle siège parmi les dix probouloi, commissaires créés après le désastre de Sicile, et Aristote rapporte qu’il approuva l’installation du régime oligarchique des Quatre-Cents en 411 (Rhétorique III, 18), sans préciser s’il s’agit du poète.

La mort survient pendant l’hiver 406/5 ou peu avant. La Vie en donne trois récits incompatibles. Istros et Néanthe de Cyzique le font s’étouffer avec un grain de raisin vert envoyé par l’acteur Callippidès, Satyros le fait expirer en lisant d’un trait une longue phrase d’Antigone, et d’autres le font mourir de joie à l’annonce d’une victoire. Le poète comique Phrynichos, aux mêmes Lénéennes que les Grenouilles, le dit seulement bienheureux, mort heureux après une longue vie et beaucoup de belles tragédies (fr. 32 Kassel-Austin).

Au-delà de ces repères, la vie de Sophocle se raconte avec des auteurs qui ne l’ont pas connu. Il faut maintenant prendre la Vie anonyme et les érudits qu’elle cite, mesurer leur distance aux faits, et voir ce que les quatre témoins du Vᵉ siècle, la pierre, Ion, la comédie et Platon, leur opposent. Viendront ensuite trois points où la recherche se divise, l’identité du trésorier de 443/2, le lien entre Antigone et l’élection à la stratégie, et le proboulos de 411, puis la formation du culte de Dexion, connu par un lexique byzantin et par deux décrets d’une confrérie athénienne.

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