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Sima Qian, historiographe auteur du Shiji

Antiquité3 novembre 202616 min de lecture
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Introduction

Cinq cent vingt-six mille cinq cents caractères

Cinq cent vingt-six mille cinq cents caractères, répartis en cent trente chapitres, dont douze annales fondamentales, dix tables, huit traités, trente maisons héréditaires et soixante-dix biographies. Le décompte se lit à la fin du dernier chapitre, de la main de l’auteur, et Ban Gu le recopie à l’identique dans l’Histoire des Han, à la fin du Iᵉʳ siècle de notre ère. C’est le nombre le plus sûr de toute cette vie, et il concerne un livre.

Sima Qian (司馬遷), dont le nom social est Zichang, se désigne dans l’ouvrage par le titre de sa charge, Taishi gong, « seigneur grand scribe ». Son père l’avait porté avant lui, ce qui rend incertaine l’attribution de plusieurs passages. Les transcriptions anciennes, Se-ma Ts’ien chez Édouard Chavannes ou Ssu-ma Ch’ien dans les travaux anglais, sont abandonnées ici au profit du pinyin. L’ouvrage, que l’Histoire des Han appelle Taishi gong shu, « livre du seigneur grand scribe », est désigné par le titre sous lequel il a circulé ensuite, Shiji, les Mémoires historiques de la tradition française.

La famille vient de Xiayang, près de la passe de Longmen, sur la rive occidentale du fleuve Jaune, dans l’actuel district de Hancheng, au Shaanxi. Le père, Sima Tan, sert l’empereur Wudi (r. 141-87 av. J.-C.) comme taishi ling, préfet des grands scribes, office qui tient le calendrier, observe le ciel et garde les archives de la cour. Aucun document contemporain ne date la naissance du fils. Elle se calcule à partir de deux âges que des commentateurs du VIIIᵉ siècle tirent d’une même source perdue, et ces deux calculs donnent 145 ou 135 av. J.-C., écart de dix ans que personne n’a pu réduire.

Le chapitre 130 du Shiji, une présentation de soi (zixu) placée en clôture de l’ouvrage, donne les étapes dans l’ordre (Shiji, 130, éd. Zhonghua shuju, 1959, p. 3285-3323). À dix ans, l’auteur récite les textes en écriture ancienne. À vingt ans, il voyage vers le Yangzi et la Huai, monte au mont Kuaiji, parcourt les anciens pays de Qi et de Lu où il observe ce qui subsiste de l’enseignement de Confucius, puis il est nommé gentilhomme de la garde (langzhong) et envoyé en mission au sud de Ba et de Shu, chez les peuples du sud-ouest. En 110 av. J.-C., première année de l’ère Yuanfeng, l’empereur célèbre au mont Tai le sacrifice feng. Sima Tan, retenu à Zhounan, près de Luoyang, n’y prend pas part, et le texte dit qu’il en conçut une indignation dont il mourut. Sur son lit de mort, il charge son fils d’achever l’histoire commencée, scène que le fils rapporte lui-même et que personne d’autre ne raconte. Trois ans plus tard, en 108, Sima Qian reçoit la charge paternelle. En 104, il participe à la réforme du calendrier qui ouvre l’ère Taichu.

La rupture tient en une ligne du même chapitre. Sept ans après la réforme, le seigneur grand scribe « rencontre le malheur de Li Ling » et se trouve « enfermé dans les liens ». Les circonstances viennent d’ailleurs. En 99, deuxième année de l’ère Tianhan, le général Li Ling, engagé avec cinq mille fantassins contre les Xiongnu, se rend après sa défaite. Interrogé par l’empereur selon l’Histoire des Han (Hanshu, 54, éd. Zhonghua shuju, 1962, p. 2455-2456), Sima Qian défend les mérites du vaincu. Condamné à mort pour avoir trompé le souverain, il voit sa peine commuée en castration, probablement en 98. Il exerce ensuite la charge de zhongshu ling, secrétaire du palais par qui passent les documents remis à l’empereur, fonction que Ban Gu dit honorée et influente (Hanshu, 62, éd. Zhonghua shuju, 1962, p. 2707-2738).

Le dernier texte qui le montre vivant est une lettre à un ancien ami, Ren An, alors sous le coup d’une accusation capitale, que Ban Gu insère dans sa biographie. Sima Qian y explique pourquoi il a vécu après la mutilation, quand le suicide était attendu d’un homme de rang, et il y décrit son livre comme achevé ou presque. Elle date de 93 ou de 91 av. J.-C. Après elle, on ne trouve plus de date, ni de lieu de sépulture, ni de nom d’épouse ou d’enfant, sinon la mention d’une fille dont le fils publiera le livre.

Tout ce qui précède repose sur deux textes, le chapitre 130 et la biographie de Ban Gu, et le second recopie largement le premier. Il faut maintenant les reprendre un à un avec leurs commentaires, regarder ce qu’un âge de vingt-huit ans conservé par un livre perdu du IIIᵉ siècle permet de calculer, suivre la condamnation de 98 et la lettre à Ren An dans les lectures qu’en donnent les chercheurs depuis 1916, et finir sur la colline de Zhichuan, où un tertre porte son nom depuis le XIᵉ siècle au moins.

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