Celtilli filius, Arvernus
Sur les statères d’or frappés chez les Arvernes, la légende se lit VERCINGETORIXS, avec un groupe final que le latin de César a simplifié en Vercingetorix. Plutarque, qui compose en grec sa Vie de César au début du IIᵉ siècle, transcrit Vergentorix. La forme française, avec son accent, n’apparaît dans aucune source antique. Le nom se décompose en trois éléments gaulois, un préfixe de supériorité, un mot désignant les guerriers et le mot qui veut dire roi (Delamarre, 2003), si bien que la question de savoir s’il a été donné à la naissance ou pris avec le commandement n’est pas réglée. Le père, lui, s’appelle Celtillos.
Tout ce que l’on sait de la vie antérieure à 52 tient dans une phrase de César. Au livre VII de la Guerre des Gaules (VII, 4), le proconsul le présente comme Celtilli filius, Arvernus, summae potentiae adulescens, un jeune Arverne de très grande puissance, fils d’un homme qui avait détenu le premier rang dans toute la Gaule et que sa cité avait mis à mort parce qu’il visait la royauté. Le mot adulescens, qui désigne en latin un homme jeune, à peu près jusqu’à la trentaine, est la seule base de toutes les dates de naissance proposées, de 82 à 72 av. J.-C. selon les auteurs, et aucune n’est attestée par un document. Au début de 52, alors que César se trouve en Italie, il réunit ses clients. Son oncle Gobannitio et les autres chefs, qui jugent l’entreprise trop risquée, le chassent de l’oppidum de Gergovie, une ville fortifiée de hauteur comme il en existe alors dans toute la Gaule. Il recrute dans les campagnes, rentre en force, expulse ceux qui l’avaient banni et se fait appeler roi par les siens (rex ab suis appellatur), avant d’obtenir le ralliement des Sénons, des Parisiens, des Pictons, des Cadurques, des Turons et d’autres peuples voisins qui lui confient le commandement.
La suite se lit dans le même livre, chapitre après chapitre. Vercingétorix délègue une partie des opérations, envoie le Cadurque Lucterius chez les Rutènes (VII, 5) et marche lui-même chez les Bituriges. César revient en plein hiver par les Cévennes enneigées et prend plusieurs places, dont Avaricum, l’actuelle Bourges, que les Bituriges avaient obtenu de défendre quand le reste de leurs bourgs brûlait pour priver les légions de vivres (VII, 14-15). Au printemps, l’assaut romain échoue devant Gergovie. César reconnaît lui-même un peu moins de sept cents soldats et quarante-six centurions perdus ce jour-là (VII, 51).
Les Éduens, alliés de Rome depuis des décennies, passent alors à la révolte. À Bibracte, sur le mont Beuvray, une assemblée de toute la Gaule confirme Vercingétorix dans le commandement par un vote que César dit unanime (VII, 63). Après l’échec d’une attaque de cavalerie contre la colonne romaine, il s’enferme pendant l’été dans Alésia, l’oppidum des Mandubiens, avec quatre-vingt mille hommes selon le chiffre de César (VII, 71). L’armée de secours, évaluée par le même auteur à environ deux cent cinquante mille fantassins et huit mille cavaliers (VII, 76), chiffres qui relèvent de l’argument autant que du comptage, échoue contre la double ligne romaine sous le commandement de quatre chefs, dont l’Arverne Vercassivellaunos, cousin du roi assiégé (VII, 83).
César règle la capitulation en quatre mots, Vercingetorix deditur, arma proiciuntur (VII, 89).
Le reste vient d’un autre auteur. Dion Cassius, sénateur qui écrit en grec au début du IIIᵉ siècle, rapporte que le captif fut aussitôt enchaîné, conduit plus tard au triomphe puis mis à mort (Histoire romaine, XL, 41). Il précise ailleurs que lors des triomphes de 46, Arsinoé, la sœur de Cléopâtre, fut relâchée, alors que Vercingétorix et d’autres prisonniers furent exécutés (XLIII, 19). La date de la mort repose donc sur un témoin unique, qui écrit quelque deux cent cinquante ans après les faits.
Les documents cessent ici de suffire. Il n’a laissé aucun écrit, et aucun auteur gaulois ne parle de lui. Il faut donc reprendre un à un les quatre groupes de sources, le livre de César, les deux auteurs grecs, les monnaies et le terrain fouillé à Gergovie comme à Alise-Sainte-Reine, puis examiner les quatre points sur lesquels leurs versions divergent, avant de suivre la fabrication de la figure nationale entre 1828 et le début du XXᵉ siècle.




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