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Trajan, empereur de l’extension maximale de l’Empire

Antiquité31 octobre 202614 min de lecture
Sailko / Wikimedia Commons
14 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Quarante-six domaines engagés à Veleia

En 1747, des paysans qui labourent l’emplacement de l’ancienne Veleia, dans l’Apennin au sud de Plaisance, retournent une plaque de bronze de 1,30 mètre sur 2,80, la plus grande table inscrite connue pour l’Antiquité. Conservée au musée archéologique national de Parme (CIL XI 1147), la table alimentaire de Veleia ne contient aucun récit. Elle aligne des propriétaires, des domaines estimés au sesterce près dans les territoires de cinq cités, de Plaisance à Lucques, et les sommes que le trésor impérial leur avance sur hypothèque, un peu plus d’un million de sesterces pour la tranche principale, dont l’intérêt à 5 % finance chaque mois une allocation versée à des enfants de la cité. La dette est contractée au nom d’un empereur désigné par sa titulature complète, où figure déjà le surnom de Dacicus qu’il porte depuis 102.

Cet empereur est né Marcus Ulpius Traianus. Empereur, il s’appelle Imperator Caesar Nerva Traianus Augustus, nom que des surnoms de victoire allongent et que l’usage français réduit à Tra​jan. Sa ville natale est Italica, en Bétique, mais l’Épitomé des Césars, abrégé latin de la fin du IVᵉ siècle, rattache la famille paternelle à Tuder, en Ombrie, tandis que Cassius Dion le présente comme un Hispanique et note qu’aucun étranger n’avait régné avant lui (LXVIII, 4). Le jour de naissance, le 18 septembre, vient de la tradition. L’année se calcule, et mal. Eutrope (VIII, 5) le fait mourir dans sa soixante-troisième année, ce qui renvoie à 53 ou 54, alors que Dion (LXVIII, 6, 3) le dit dans sa quarante-deuxième année à l’avènement de 98, ce qui ramène à 56. La date conventionnelle de 53 mérite d’être gardée, parce que la questure exercée vers 78 suppose l’âge légal de vingt-cinq ans et s’accorde mal avec une naissance en 56.

Le père, du même nom, est le premier de la famille à siéger au Sénat. Consul en 70, gouverneur de Syrie, proconsul d’Asie en 79-80, il sera divinisé en 113. Le fils sert sous ses ordres en Syrie au milieu des années 70, épouse Pompeia Plotina, originaire de Nîmes, exerce la questure vers 78 et la préture vers 84. Légat de la VIIᵉ légion Gemina en Tarraconaise, il conduit ses troupes vers le Rhin en 89 contre le soulèvement d’Antonius Saturninus, puis obtient le consulat ordinaire en 91. En octobre 97, il gouverne la Germanie supérieure quand Nerva, défié par sa garde, monte au Capitole et annonce l’adoption (Dion, LXVIII, 3, 4). Nerva meurt à la fin de janvier 98, et Tra​jan ne gagne Rome qu’en 99.

Deux guerres contre le roi dace Décébale, en 101-102 puis en 105-106, s’achèvent par le suicide du roi et par la création d’une province de Dacie au nord du Danube (Dion, LXVIII, 14, 3). La même année 106, le gouverneur de Syrie, Cornelius Palma, réduit en province le royaume nabatéen autour de Pé​tra. Avec le butin dace, selon toute probabilité, Rome se dote d’un forum conçu par Apollodore de Damas et une colonne haute de cent pieds romains, dédiée en mai 113, dont l’inscription (CIL VI 960) dit seulement qu’elle donne la mesure de la colline enlevée pour ces travaux. Pli​ne le Jeune, envoyé gouverner la Bithynie, interroge l’empereur sur presque tout, jusqu’aux chrétiens dénoncés par des libelles anonymes, que la réponse impériale écarte comme indignes « de notre siècle » (Pli​ne, Lettres, X, 97).

En 113, Tra​jan part pour l’Orient. L’Arménie est déclarée province en 114, Ctésiphon tombe en 116, et le Sénat lui vote le titre d’Optimus puis celui de Parthicus (Dion, LXVIII, 23 et 28). Les régions conquises se soulèvent, les communautés juives de Cyrénaïque, d’Égypte et de Chypre prennent les armes, et le siège de Hatra échoue. Malade, il s’embarque pour l’Italie et meurt à Selinus, en Cilicie, au début d’août 117. Dion rapporte qu’il soupçonnait un poison et qu’il avait subi une attaque laissant une partie du corps paralysée, avec une hydropisie générale (LXVIII, 33). Le jour se reconstitue à partir de la Vie d’Hadrien de l’Histoire Augus​te, qui place au 9 août l’arrivée à Antioche de la lettre d’adoption et au 11 celle de la nouvelle de la mort. Il tombe vraisemblablement le 7 ou le 8.

Sur ces derniers jours, la documentation se réduit à des récits tardifs et hostiles.

Il faut donc reprendre les textes un à un, à commencer par l’abrégé de Dion fait pour un empereur byzantin, les lettres et le discours de Pli​ne, puis ce que la colonne et les monnaies montrent ; examiner ensuite trois litiges, la raison d’être des alimenta, l’étendue réelle des conquêtes d’Orient et l’authenticité de l’adoption d’Hadrien ; enfin suivre la réputation de Tra​jan depuis les acclamations du IVᵉ siècle jusqu’au paradis de Dante.

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