« Roi des Numides en Libye »
Polybe a connu Massinissa. Au livre IX de ses Histoires (25), l’historien grec dit tenir du roi lui-même ce qu’il sait de la cupidité des Carthaginois, et en particulier d’Hannibal et de son lieutenant Magon le Samnite, qui avaient pris quantité de villes en Espagne et en Italie sans jamais mener une opération ensemble, pour n’avoir pas à partager. Au livre XXXVI (16), à l’annonce de sa mort, le même Polybe le compte parmi les meilleurs et les plus heureux des hommes de son temps, capable de rester debout un jour entier sans bouger ou de chevaucher nuit et jour, et qui laissait à quatre-vingt-dix ans un fils de quatre ans, Sthembanos, en plus de neuf autres fils.
Sauf mention contraire, les dates de cet article s’entendent av. J.-C. Le nom s’écrit MSNSN dans les deux écritures du royaume, le libyque et le punique, qui ne notent pas les voyelles. Le grec de Polybe le rend par Massanassès, une base de statue de Délos par Masannasas, le latin de Tite-Live par Masinissa, et la forme berbère moderne Masensen restitue des voyelles qu’aucun document antique ne fournit. On retient ici Massinissa, usage français ordinaire, et on le préfère à la graphie latine parce que son double s reste plus proche du grec du seul auteur qui l’ait entendu prononcer. Aucune source ne donne sa date de naissance, qui se calcule, vers 238, à partir de l’âge de quatre-vingt-dix ans que lui prête Polybe, un chiffre rond que Plutarque reprend en citant expressément sa source.
Son père, Gaïa, règne sur les Massyles, établis à l’est, au contact du territoire carthaginois, tandis qu’à l’ouest les Masaesyles obéissent à Syphax. La dédicace du temple que les citoyens de Thugga (Dougga, en Tunisie) lui élèvent en 139, une inscription bilingue libyque et punique (KAI 101 = RIL 2), donne la généalogie officielle, le roi Massinissa, fils du roi Gaïa, fils du suffète Zilasan. Allié de Carthage, Gaïa fournit des cavaliers, et Massinissa en commande en Espagne à partir de 211 ; au printemps 209, il se trouve à Carthage avec cinq mille Numides. Après la défaite punique d’Ilipa, en 206, il négocie avec les Romains. La suite tient presque entière dans un passage de Tite-Live (XXIX, 29-33). Gaïa est mort, son successeur Oezalcès aussi, et le fils de ce dernier, Capussa, tombe sous les coups d’un rival, Mazaetullus, qui installe un enfant, Lacumazès, et gouverne en son nom. Rentré par la Maurétanie avec une escorte que lui fournit le roi Baga, Massinissa reprend le royaume, le perd contre Syphax et son fils Vermina, et se retrouve avec une soixantaine de cavaliers aux confins de la petite Syrte, entre les comptoirs carthaginois et les Garamantes.
En 204, il rejoint Scipion débarqué en Afrique. L’année suivante, l’armée carthaginoise est battue aux Grandes Plaines et Syphax capturé par Laelius et Massinissa. Sophonisbe, fille du Carthaginois Hasdrubal et épouse de Syphax, tombe entre leurs mains ; selon Tite-Live (XXX, 12-15), Massinissa l’épouse aussitôt, puis lui fait porter du poison quand Scipion la réclame comme captive. À Zama, en 202, il commande la cavalerie de l’aile droite (Polybe, XV, 12). Le traité de 201 oblige Carthage à lui rendre ce qui a appartenu à lui ou à ses ancêtres, dans des limites encore à indiquer.
Roi des Numides, avec Cirta (Constantine) pour résidence, il règne ensuite plus d’un demi-siècle. En 191, trois cents cavaliers et vingt éléphants numides combattent en Grèce aux côtés des légions, et vers 179 un don de blé numide est distribué à Délos, où se dresse au moins une statue du roi. À l’est, il prend à Carthage les Emporia de la petite Syrte, puis d’autres terres ; quand Carthage lui fait la guerre en 150 sans l’accord de Rome, elle fournit au Sénat le prétexte de la troisième guerre punique.
Il meurt en 148, avant la chute de la ville. Scipion Émilien arrive à Cirta deux jours plus tard, selon Polybe, et, d’après Appien, répartit les fonctions royales entre trois fils, Micipsa, Gulussa et Mastanabal. Aucun texte de sa chancellerie n’a survécu, et les documents numides se réduisent à quelques inscriptions et à des monnaies qui ne portent pas son nom.
Il faut maintenant prendre ces témoins un par un, Polybe qui l’a connu, Tite-Live qui le récrit plus d’un siècle après sa mort, Appien qui écrit sous les Antonins, puis les pierres et les monnaies du royaume, avant de rouvrir l’affaire de Sophonisbe, la question des frontières avec Carthage et la part du roi dans la guerre de 149, et de suivre enfin son nom jusqu’à la Soumaâ du Khroub, près de Constantine.




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