Le kanpaku qui ne l’a jamais été
Au Yōmei Bunko, la fondation d’archives de la famille Konoe installée au nord-ouest de Kyoto, quatorze rouleaux écrits de la main de Fujiwara no Michinaga portent un titre qui ne correspond à aucune charge de leur auteur. On les appelle Midō kanpakuki, les « notes du kanpaku du Midō ». Le Midō est le pavillon d’Amida du Hōjōji, le monastère qu’il a fondé à la fin de sa vie. Kanpaku désigne le régent qui gouverne aux côtés d’un empereur adulte. Michinaga n’a jamais reçu cette charge, et l’appellation ne s’est répandue qu’à l’époque d’Edo, alors que d’autres intitulés anciens parlent des notes augustes du Midō ou des notes du régent du Hōjōji.
Sa titulature réelle se reconstitue sans peine. En 995, il reçoit le nairan, le droit de lire avant l’empereur les documents qui lui sont adressés, et devient ministre de la Droite (udaijin). En 996, il passe ministre de la Gauche (sadaijin), charge qu’il tient vingt ans. Il est sesshō, régent pour un souverain mineur, du premier mois de 1016 au troisième mois de 1017, puis grand ministre (daijō-daijin) du douzième mois de 1017 au deuxième mois de 1018. Fujiwara no Sanesuke le nomme taikō dans son journal de 1018, et ses noms de religion sont Gyōkan puis Gyōkaku.
L’année de sa naissance, 966 (Kōhō 3), se déduit de l’âge de soixante-deux ans qu’on lui donne à sa mort, compté selon l’usage de la cour, où l’on a un an le jour où l’on naît ; le mois et le jour ne sont pas transmis. Il est le cinquième fils de Fujiwara no Kaneie, de la branche du Nord des Fujiwara, et de Tokihime, fille de Fujiwara no Nakamasa. En 980, il reçoit son premier rang de cour. À la fin de 987, il épouse Minamoto no Rinshi, fille du ministre de la Gauche Minamoto no Masanobu, puis en 988 Minamoto no Meishi, fille de Minamoto no Takaakira.
Deux frères aînés le précèdent. Au printemps de 995, pendant qu’une épidémie ravage la capitale, Michitaka, qui tenait la régence, meurt au quatrième mois, et Michikane, nommé à sa place, au cinquième. Les mois cités sont ceux du calendrier luni-solaire de la cour, et les années sont rendues dans le calendrier julien. Le 11ᵉ jour du cinquième mois de Chōtoku 1 (995), Michinaga reçoit le nairan, avant son neveu Korechika, fils de Michitaka et ministre du Centre. Au quatrième mois de l’année suivante, Korechika et son frère Takaie partent en exil, l’un pour Dazaifu, dans l’île de Kyūshū, l’autre pour la province d’Izumo.
La suite passe par ses filles. Shōshi entre au palais de l’empereur Ichijō (r. 986-1011) au onzième mois de 999 et devient impératrice (chūgū) au deuxième mois de 1000, alors que Teishi, sœur de Korechika, porte déjà ce rang, si bien que la cour compte deux impératrices pour un seul empereur. Shōshi met au monde Atsuhira en 1008 et Atsunaga en 1009, qui règnent sous les noms de Go-Ichijō (r. 1016-1036) et de Go-Suzaku. Kenshi devient l’impératrice de Sanjō (r. 1011-1016). Le 16ᵉ jour du dixième mois de Kannin 2 (1018), Ishi est faite impératrice de Go-Ichijō, et les trois titres d’impératrice appartiennent dès lors à trois filles de Michinaga. Kishi, la cadette, épouse Atsunaga et meurt en 1025 après la naissance du prince Chikahito, qui règne ensuite sous le nom de Go-Reizei.
Au banquet de ce 16ᵉ jour, il compose un poème. Son propre journal note seulement qu’il a récité un waka. Le texte ne subsiste que parce que Sanesuke l’a transcrit dans le sien, le Shōyūki, à la date de Kannin 2, dixième mois, 16ᵉ jour, dans l’édition des Dai Nihon kokiroku publiée par l’Institut historiographique de l’université de Tokyo entre 1959 et 1986. Les notes de Michinaga se lisent dans la même collection, en trois volumes parus de 1952 à 1954 et établis sur les autographes du Yōmei Bunko.
Il prend l’habit au troisième mois de 1019 et consacre ses dernières années au Hōjōji, élevé à la lisière orientale de la capitale. Il y meurt le 4ᵉ jour du douzième mois de Manju 4, soit le 3 janvier 1028 du calendrier julien, et son corps est porté le 7 à Toribeno, le terrain funéraire de l’est de Kyoto.
Le journal dit ce qu’il a fait et presque jamais pourquoi.
Il faut donc reprendre un à un les trois journaux de cour et les deux récits en japonais vernaculaire dont tout dépend, dire qui les a tenus, à quelle distance des faits et dans quelle maison, puis examiner les affaires de 996, de 1016-1017 et de 1018, où le témoin principal est Sanesuke, avant de suivre la réputation de Michinaga depuis les funérailles de Toribeno jusqu’aux lectures publiées en 2022 et 2023.

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