Un bref de Paul III daté du 11 octobre 1549
Le 11 octobre 1549, un mois avant sa propre mort, le pape Paul III signe un bref en faveur de l’architecte de Saint-Pierre. L’acte confirme et élargit les pouvoirs remis à la fin de 1546, après la mort d’Antonio da Sangallo le Jeune, à un homme que l’historiographie désigne, d’après les titres latins de sa nomination, comme commissarius, praefectus et operarius de la Fabbrica, l’administration du chantier. Paul VI, en 1975, rapportera qu’il avait accepté la charge « per amor di Dio e senza alcun premio ». Il a soixante-quatorze ans, il est sculpteur de formation, il a peint la voûte puis le mur d’autel de la chapelle Sixtine, et il dirige depuis bientôt trois ans le plus grand chantier de Rome.
Il signe Michelagnolo. L’usage français a retenu Michel-Ange, l’italien Michelangelo Buonarroti ; le nom complet, à la florentine, enchaîne le prénom du père et celui d’un ascendant, Michelangelo di Lodovico di Buonarroto Simoni. Sa naissance compte parmi les mieux attestées de la période. Son père Lodovico, alors podestat de Chiusi et de Caprese pour la république de Florence, note dans son livre de raison qu’un fils lui est né le lundi 6 mars 1474, quatre ou cinq heures avant le jour, et qu’il a été baptisé deux jours plus tard dans l’église San Giovanni de Caprese. L’année est comptée dans le style florentin, qui la fait commencer le 25 mars, et la date correspond au 6 mars 1475. Ce ricordo, conservé à Florence dans l’Archivio Buonarroti de la Casa Buonarroti, a été retrouvé en 1875 dans les papiers de la famille.
La formation se lit dans des actes plutôt que dans des récits. En 1488, un contrat place le garçon pour trois ans chez les frères Domenico et Davide Ghirlandaio, peintres, que la Vie imprimée en 1553 sous le nom d’Ascanio Condivi écarte comme sans importance. À Rome, le 26 août 1498, le cardinal Jean de Bilhères, abbé de Saint-Denis et ambassadeur du roi de France, passe avec lui le contrat de la Pietà aujourd’hui à Saint-Pierre, la seule de ses œuvres qui porte sa signature. Revenu à Florence, il commence en 1501 le David de Michel-Ange dans un bloc de marbre déjà entamé et abandonné, ce qui fait écrire à Vasari, en 1550, qu’il a ressuscité un mort. Le contrat de la voûte de la Sixtine est du 8 mai 1508. En octobre 1512, il écrit à son père qu’il a fini la chapelle qu’il peignait (Il Carteggio di Michelangelo, vol. I, p. 137), et le pape y célèbre la messe le 1ᵉʳ novembre.
Entre ces jalons court l’affaire qui pèse sur tout le reste de la vie, le tombeau de Jules II, commandé en 1505, réduit de contrat en contrat jusqu’à l’accord final de 1542 et monté à San Pietro in Vincoli. En 1534, Michel-Ange quitte Florence pour Rome et n’y retournera pas. Paul III le nomme en 1535 peintre, sculpteur et architecte des palais apostoliques ; le Jugement dernier est achevé à l’automne 1541, les deux fresques de la chapelle Pauline en 1549. Saint-Pierre occupe les dix-sept dernières années, pendant lesquelles il fait élever les absides du transept et le tambour de la coupole, sur lequel Giacomo della Porta et Domenico Fontana ne posent la voûte qu’entre 1588 et 1590.
Il meurt dans sa maison du Macel de’ Corvi, près du forum de Trajan, le vendredi 18 février 1564, en présence de Tommaso de’ Cavalieri, de Daniele da Volterra, de Diomede Leoni et de son serviteur Antonio del Francese. Il lui manquait seize jours pour avoir quatre-vingt-neuf ans, et Vasari les lui donne. Son neveu Lionardo fait transporter le corps à Florence, où il est enseveli à Santa Croce.
Peu de vies du XVIᵉ siècle laissent autant de papier, et rarement un papier aussi orienté. Les deux biographies parues de son vivant, celle de Giorgio Vasari en 1550 et celle de Condivi en 1553, dépendent de lui de façon inégale, la seconde au point qu’on l’a lue comme une autobiographie dictée. Les lettres, gardées pour l’essentiel par sa famille, sont souvent des plaidoyers. Sur le chantier de Saint-Pierre, où des centaines d’ouvriers exécutent des décisions prises par dessins et par modèles, la part qui revient à l’architecte n’est pas toujours mesurable.
Il faut donc reprendre ces documents un à un, en commençant par la Vie de 1553 et par l’exemplaire annoté où l’on entend le vieil homme corriger son biographe, puis instruire trois épisodes disputés du chantier, la prise de pouvoir de 1546-1549, la forme de la coupole et la question de l’argent, avant de suivre ce que Florence, Rome et ses éditeurs ont fait de lui après le 18 février 1564.



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