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Ismaïl Ier, fondateur de la dynastie safavide

Époque moderne7 novembre 202616 min de lecture
Ca. 1690 painter / Wikimedia Commons
16 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Deux cent soixante-deux poèmes signés Khatai

Deux cent soixante-deux qasidas et ghazals, suivis de dix quatrains, remplissent le plus ancien manuscrit daté du divan de Khatai, copié en 942 de l’hégire (1535) et conservé à Tachkent. Une seconde copie, datée de 948 (1541) et conservée à Paris, réunit deux cent cinquante-quatre poèmes lyriques, trois poèmes narratifs en distiques et deux poèmes strophiques ; c’est elle que Tourkhan Gandjei a éditée à Naples en 1959. La langue est le turc azéri des tribus turkmènes, et les vers persans signés du même nom se réduisent à quelques distiques recueillis par des anthologistes, parmi lesquels Sam Mirza, qui était le fils de l’auteur.

Khatai est le nom de plume d’Ismaïl, chah d’Iran de 1501 à sa mort. Les chroniques persanes l’appellent Esmāʿil, avec la kunya Abu’l-Moẓaffar, les textes ottomans Şah İsmail, et les marchands italiens le Sophi, forme sans doute tirée du nom de sa maison. Il naît à Ardabil le 25 rajab 892, soit le 17 juillet 1487 du calendrier jul​ien, retenu ici pour toutes les dates. Khwandamir donne ce jour, et celui de la mort, dans le Habib al-siyar, chronique universelle achevée quelques mois après la disparition du chah, si bien qu’aucune des deux dates n’est un calcul.

Son père, Haydar, dirige l’ordre soufi d’Ardabil, dont l’ancêtre éponyme, Shaykh Safi al-Din, avait pris la tête en 1301. Sa mère porte selon les chroniques le nom de Halima Begum ou celui d’ʿAlamshah Begum. Elle est la fille d’Uzun Hasan, chef de la confédération turkmène des Aq Qoyunlu, et de Despina Khatun, que le Vicentin Giovanni Maria Angiolello dit fille de l’avant-dernier empereur chrétien de Trébizonde. Despina transcrit d’ailleurs le grec despoina, « la dame », titre de cour des princesses byzantines. Le 9 juillet 1488, Haydar est tué à Tabarsaran, près de Derbent, alors que son fils n’a pas encore un an.

En 1491, Ismaïl, sa mère et ses frères aînés, ʿAli et Ebrahim, sont enfermés dans la forteresse d’Estakhr, dans le Fars. Rostam, l’un des princes qui se disputent la succession des Aq Qoyunlu, les libère en août 1493 pour employer les disciples de l’ordre, puis les fait poursuivre, et ʿAli est tué dans la fuite. Le récit safavide traditionnel lui fait transmettre la direction de l’ordre à Ismaïl ; l’Afzal al-tavarikh de Fazli Esfahani, achevé en 1639, la partage entre Ebrahim pour le spirituel et Ismaïl pour la guerre. Âgé de sept ans, Ismaïl trouve refuge à Lahijan, dans le Gilan, auprès du souverain local Kar Kiya Mirza ʿAli, et il y passe cinq années.

En 905 (1499), à douze ans, il sort du Gilan. L’année suivante, il rassemble à Erzincan sept mille hommes issus des tribus turkmènes. Il bat l’armée d’Alvand Aq Qoyunlu à Sharur et entre à Tabriz en 907, année qui court de juillet 1501 à juin 1502. Il a quatorze ans. L’une de ses premières décisions fait du chiisme duodécimain, qui attend le retour d’un douzième imam disparu en 873-874, la religion officielle d’un pays majoritairement sunnite. Les conquêtes suivent, le Fars et l’Irak persan en 1503, le Mazandaran et Yazd en 1504, le Diyarbakir entre 1505 et 1507 et Bag​dad en 1508. Le 2 décembre 1510, près de Merv, son armée défait les Ouzbeks et tue leur khan, Muhammad Shaybani. Babur, prince timouride qu’il aide à reprendre Samarcande en octobre 1511, y fait frapper monnaie au nom d’Ismaïl, avant que l’armée qizilbash qui l’accompagne soit défaite à Ghojdovan le 12 novembre 1512.

Selim Ier, sultan ottoman depuis 1512, fait pourchasser les partisans d’Ismaïl en Anatolie avant de marcher sur l’Iran. Le 23 août 1514, dans la plaine de Tchaldiran, au nord-ouest de Khoy, l’artillerie ottomane disperse la cavalerie qizilbash, et deux épouses du chah sont capturées. Selim occupe Tabriz le 5 septembre et en repart le 13, ses officiers refusant d’y hiverner. Ismaïl perd le Diyarbakir et ne conduit plus jamais ses troupes en personne. En 1523, il fait porter à Charles Quint une lettre en latin qui propose d’attaquer les Ott​omans sur deux fronts. Il meurt près de Tabriz le 19 rajab 930 (23 mai 1524), dans sa trente-septième année, et il est inhumé dans le mausolée familial du sanctuaire d’Ardabil.

Sur deux points, les documents ne suffisent pas. On ne sait pas mesurer ce que décidait lui-même un chef de quatorze ans entouré des hommes qui l’avaient élevé, et l’on ne sait pas davantage ce qu’il croyait être, puisque les poèmes où il parle d’une voix divine ne sont connus que par des copies postérieures à sa mort.

Il faut donc reprendre une à une les chroniques, de celle qu’Ismaïl commanda vers 1520 à celle qu’un conteur de cour rédigea cent cinquante ans plus tard, puis examiner trois épisodes que la recherche relit depuis 1988, et suivre enfin la fabrication de sa figure par les Ott​omans, les Italiens et les historiens safavides.

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