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Bayinnaung, roi birman de Toungoo conquérant du Siam

Époque moderne8 novembre 202614 min de lecture
Htawmonzel / Wikimedia Commons
14 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Une cloche pour la Shwezigon

La pagode Shwezigon de Pagan conserve une cloche de cuivre de 2 100 viss, soit environ 3 423 kilogrammes, que le roi Bayinnaung y a fait consacrer le 23 mai 1557. Elle porte 43 lignes en birman, 35 en môn et 5 en pali. Le texte énumère les villes soumises depuis le 11 janvier 1551, donne au roi le titre de Siri-parama Maha Dhamma Raja et à sa reine principale celui de Siri-agga Maha Dhamma Rajadevi, puis s’achève sur le vœu d’atteindre l’état de bouddha, formulé par un souverain qui se dit vainqueur des dix directions. Le texte complet a paru dans le rapport du service archéologique de Birmanie pour l’année 1953, publié en 1955 (p. 17-31), et la traduction anglaise de Than Tun dans le Myanmar Historical Research Journal, n° 8, en décembre 2001 (p. 7-28). Aucun autre texte long émanant du roi n’a été retrouvé, et celui-ci s’arrête à la sixième année d’un règne qui en compte trente.

Le mot Bayinnaung signifie « frère aîné du roi ». C’est un titre, que lui confère Tabinshwehti, roi de Toungoo (r. 1531-1550), dont il a épousé la demi-sœur aînée, Thakin Gyi ; les chroniques y ajoutent Kyawhtin Nawrahta. Les Siamois l’appellent Burengnong, les Portugais Braginoco. Sa date de naissance, le 16 janvier 1516, ne vient d’aucun document de son temps ; elle est fournie par U Kala, chroniqueur de la cour de Toungoo, qui achève son Maha Yazawin en 1724, cent quarante-trois ans après la mort du roi. Aucun texte contemporain ne nomme ses parents. Toutes les dates de cette vie précèdent la réforme de 1582 et se donnent dans le calendrier julien.

Les chroniques le montrent d’abord dans les campagnes de Tabinshwehti, qui prend Pegu, la grande ville môn du delta, en 1538-1539 et y installe sa cour. En 1550, Tabinshwehti est assassiné à l’instigation d’un seigneur môn. Pegu passe aux rebelles, les gouverneurs de Prome, de Toungoo et d’Ava se proclament rois, et Bayinnaung se trouve alors à Dala, dans le delta, en campagne contre d’autres insurgés. La cloche date la reconquête au jour près, Toungoo le 11 janvier 1551, Prome le 30 août 1551, Pegu le 12 mars 1552, Ava le 22 janvier 1555, Mong Mit et Hsipaw le 25 janvier 1557, Mohnyin le 6 mars, Mogaung le 11 mars. Elle mentionne aussi le couronnement du roi et de la reine à Pegu, le 12 janvier 1554, et la construction d’un nouveau palais, Kanbawzathadi.

Après 1557, la seconde source contemporaine prend le relais. La Hanthawaddy Hsinbyumyashin Ayedawbon couvre les années 1550 à 1579 ; imprimée incomplète en 1923, elle se lit dans le recueil Myanmar Min-mya Ayedawbon paru à Rangoun en 1967 (p. 319-395). Elle conduit le roi à Chiang Mai, capitale du Lan Na, soumise en 1558, puis devant Ayutthaya en 1563-1564 et en 1568-1569, et jusqu’au Lan Xang, le royaume lao de Vientiane. Après la première campagne, selon U Kala, le roi Chakkraphat d’Ayutthaya doit livrer chaque année trente éléphants de guerre, trois cents ticals d’argent et les droits de port de Tenasserim. Après la seconde, la ville tombe au terme d’un siège de neuf mois, et Bayinnaung place sur le trône Maha Thammaracha, gendre de Chakkraphat, en ramenant à Pegu des officiers, des artisans et des prisonniers siamois. Les vingt portes de la nouvelle capitale, Hanthawaddy, portent des noms de villes et de pays du royaume, dont Chiang Mai, Ayutthaya et Linzin, nom birman de Vientiane.

Il meurt à Pegu en 1581, le 10 octobre selon la tradition chronique, alors qu’une armée envoyée contre l’Arakan a déjà pris Sandoway, sur la côte. Son fils aîné Nanda lui succède. Trois ans plus tard, Ayutthaya se soulève, et en décembre 1599 Pegu tombe devant une coalition de l’Arakan et de Toungoo, qui brûle le palais.

Les deux textes contemporains ont un trait commun que leur précision fait oublier. La cloche parle au nom du roi, et la chronique des campagnes a été commandée en 1564 par le prince héritier, les frères du roi et les ministres de la cour, à un officier qui servait dans ses armées. Pour trente ans de guerres, on dispose ainsi d’une version du palais très détaillée, de récits môn et siamois écrits plus tard ou ailleurs, et du témoignage d’un marchand de passage.

Il faut donc reprendre ces sources une à une, avec leurs auteurs, leurs manuscrits et leurs commanditaires, jusqu’à la chronique siamoise de 1680 et au marchand vénitien Cesare Federici. Viendront ensuite quatre questions disputées, l’ascendance du roi, les raisons des guerres d’Ayutthaya, le poids des armes portugaises et les chiffres. Il faut enfin suivre l’épithète des dix directions jusqu’aux manuels birmans, au roman thaï et au terrain de parade de Naypyidaw, et dresser la liste de ce que l’on ignore.

La suite de la biographie

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