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Vauban, ingénieur des fortifications du royaume

Époque moderne3 novembre 202619 min de lecture
«H. Laurent» d’après «Larivière» / Wikimedia Commons
19 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

« Le plus habile ménager de la vie des hommes »

« Petit gentilhomme de Bourgogne, tout au plus. » La formule est du duc de Saint-Simon, dans le portrait qu’il place à l’année 1707 de ses Mémoires (éd. Yves Coirault, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, t. II, 1983), et elle ouvre un éloge qui fait du même homme le plus honnête de son siècle et, dans l’art des sièges, « le plus habile ménager de la vie des hommes ». Saint-Simon a quarante-deux ans de moins que son sujet. Il écrit dans les années 1740, en annotant le journal tenu à la cour par le marquis de Dangeau, et loge dans la même phrase le dédain d’un duc et pair pour une noblesse de village et l’admiration pour un serviteur du roi.

Il s’appelle Sébastien Le Prestre. Vauban est le nom d’un fief que porte déjà son père, Urbain Le Prestre, seigneur de Champignolle et de Vauban ; le titre de marquis que lui donnent les catalogues de bibliothèque ne figure pas sur les pages de titre de 1707, qui le nomment « Monsieur le Maréchal de Vauban ». Aucun document ne donne le jour de sa naissance. Le registre paroissial de Saint-Léger-de-Foucheret, village du Morvan devenu Saint-Léger-Vauban en 1867, porte son baptême au 15 mai 1633. Sa mort, le mercredi 30 mars 1707 à Paris, vers dix heures du matin, est connue par deux témoins indépendants, le journal de Dangeau et la déposition de son valet de chambre devant la police.

Le milieu est celui d’une petite noblesse rurale sans charge, dans le pays d’Avallon. En 1651, à dix-huit ans, il entre comme cadet dans le régiment du prince de Condé, alors révolté contre la cour ; capturé en 1653 par les troupes royales, il change de camp, sert sous le chevalier de Clerville et reçoit le 3 mai 1655 le brevet d’ingénieur ordinaire du roi. Après les sièges de la guerre contre l’Espagne, close en 1659, il est à Tournai, à Douai et à Lille pendant la guerre de Dévolution, en 1667, puis travaille à la citadelle de Lille. Deux ans plus tard, Louvois, secrétaire d’État de la Guerre, lui commande un Mémoire pour servir d’instruction dans la conduite des sièges. Devant Maastricht, en juin 1673, il fait creuser des tranchées parallèles, lignes successives qui permettent d’approcher la place à couvert.

Dans une lettre à Louvois de janvier 1673, il demande que le roi songe « à faire son pré carré », c’est-à-dire à échanger ou à prendre des places pour ne garder au nord que des lignes tenables. En 1678, à la mort de Clerville, il devient commissaire général des fortifications. La charge le place au sommet d’un corps d’ingénieurs dont il contrôle, corrige et contresigne les projets, et beaucoup d’ouvrages qu’on lui attribue ont été conduits sur place par d’autres ; à Briançon, en novembre 1692, il reprend l’enceinte tracée par l’ingénieur Hue de Langrune et rédige un mémoire de travaux dont l’exécution revient aux ingénieurs de la place. Il est fait maréchal de France le 14 janvier 1703 et conduit la même année son dernier siège, à Brisach.

En octobre 1689, il adresse à Louvois un Mémoire pour le rappel des huguenots, quatre ans après la révocation de l’édit de Nantes. Le texte prend place parmi les vingt-neuf mémoires réunis sous le titre d’Oisivetés, où il traite aussi bien des canaux que des colonies d’Amérique. En 1706, il fait imprimer sans privilège un Projet d’une dixme royale daté de 1707, qui propose de remplacer la taille, les aides, les douanes intérieures, les décimes du clergé et les affaires extraordinaires par une contribution proportionnelle aux revenus, payée par tous. Le 14 février 1707, un arrêt du Conseil privé ordonne d’en saisir les exemplaires ; un second arrêt, du 14 mars, charge le lieutenant général de police d’Argenson d’informer sur l’impression (Archives nationales, V6 807, cotes publiées par Arthur de Boislisle en 1875). Seize jours plus tard, Vauban meurt. Son corps est inhumé le 16 avril dans l’église de Bazoches, près du château qu’il possède non loin de Vézelay.

Sur ces seize jours, les témoins divergent. Saint-Simon fait mourir un homme « consommé de douleur » auquel le roi serait resté insensible, tandis que Dangeau rapporte que Louis XIV, averti le 28 mars qu’il était à l’extrémité, fit partir sur l’heure un médecin et dit perdre « un homme fort affectionné à ma personne et à l’État ». Il faut maintenant prendre ces textes un à un, puis reprendre trois épisodes disputés, l’efficacité réelle de sa méthode de siège, la paternité de la Dîme royale et la mort de mars 1707, avant de suivre la fabrication de sa réputation, de l’éloge de Fontenelle à l’inscription de douze sites au patrimoine mondial en 2008.

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