« A brave bad man », le verdict de Clarendon
Edward Hyde, comte de Clarendon, avait servi Charles Iᵉʳ pendant la guerre civile puis Charles II comme lord chancelier, et c’est dans un second exil, après sa disgrâce de 1667, qu’il achève le récit commencé vingt ans plus tôt. Au livre XV de son Histoire de la rébellion, le portrait de Cromwell se termine sur une prédiction, celle que la postérité tiendra cet homme pour « a brave bad man », un homme courageux et mauvais. Le texte ne paraît à Oxford qu’entre 1702 et 1704, plus de quarante ans après la mort de son sujet, et l’édition savante qui fait encore référence, celle de William Dunn Macray, date de 1888.
Dans le registre de la paroisse St John de Huntingdon, le baptême d’Oliver, fils de Robert Cromwell et d’Elizabeth Steward, porte la date du 29 avril 1599. Le 25 avril que retiennent les biographes n’y figure pas, puisque le registre n’inscrit que les baptêmes. Au-dessus de l’entrée, une main postérieure a ajouté que l’enfant serait le fléau de l’Angleterre pendant cinq ans, et une autre a biffé la glose à l’encre noire. Les dates sont données ici dans le calendrier julien alors en usage en Angleterre, l’année commençant au 1ᵉʳ janvier.
La famille descend d’un Gallois, Morgan Williams, dont le fils Richard avait pris au XVIᵉ siècle le nom de son oncle maternel, Thomas Cromwell, ministre d’Henri VIII. La branche aînée tient Hinchingbrooke, aux portes de Huntingdon, et Robert en est un cadet. Admis à Sidney Sussex College, à Cambridge, le 23 avril 1616 comme fellow commoner, étudiant payant admis à la table des maîtres, Oliver quitte l’université sans grade l’année suivante, après la mort de son père. Le 22 août 1620, il épouse à Londres, en l’église St Giles Cripplegate, Elizabeth Bourchier, fille d’un marchand de la Cité. Élu aux Communes pour Huntingdon en 1628, il est convoqué en 1630 devant le Conseil privé pour des propos tenus contre le maire, lors d’une querelle sur la nouvelle charte de la ville. En mai 1631, il vend l’essentiel de ses biens pour 1 800 livres et prend des terres à bail à St Ives. Un héritage l’installe en 1636 à Ely, où la famille de sa mère affermait des terres du chapitre de la cathédrale.
Le 13 octobre 1638, il écrit d’Ely à sa cousine Elizabeth St John une lettre conservée dans les papiers d’État de John Thurloe (éd. Thomas Birch, Londres, 1742, t. I, p. 1). C’est le premier texte où il parle de sa foi.
Député de Cambridge au Long Parlement en 1640, il lève une troupe de cavalerie à l’été 1642, quand la guerre éclate entre le roi et les Chambres. Après Marston Moor, le 2 juillet 1644, il devient lieutenant général de la cavalerie de la New Model Army, l’armée parlementaire réorganisée au printemps 1645, et commande l’aile droite à Naseby le 14 juin. En janvier 1649, il signe l’arrêt de mort de Charles Iᵉʳ, décapité le 30. Envoyé en Irlande l’été suivant, il prend Drogheda d’assaut les 10 et 11 septembre et en rend compte au Speaker des Communes, William Lenthall, dans une lettre datée de Dublin le 17 (éd. W. C. Abbott, The Writings and Speeches of Oliver Cromwell, t. II, Cambridge, Mass., 1939, p. 125-128). Vainqueur des Écossais à Dunbar le 3 septembre 1650, puis de Charles II à Worcester le 3 septembre 1651, il chasse le Parlement croupion le 20 avril 1653. Le 16 décembre, une constitution écrite, l’Instrument of Government, l’installe Lord Protecteur. Le 8 mai 1657, il refuse la couronne que lui offre le Parlement. Il meurt à Whitehall le 3 septembre 1658, après plusieurs semaines de fièvre.
Sur les épisodes qui ont fait sa réputation, les documents s’arrêtent avant la réponse. L’ordre donné à Drogheda est connu par sa propre lettre, et le nombre d’habitants tués échappe à toutes les sources. Le texte du projet de loi qu’il interrompt en avril 1653 a disparu. Ses discours de 1657 accumulent les raisons de refuser la couronne sans jamais les classer.
Il faut maintenant prendre un à un les textes qui portent sa voix, des copies de 1649 à l’édition d’Oxford de 2022, avec les récits de Clarendon et de Ludlow, puis revenir sur Drogheda, sur la matinée du 20 avril 1653 et sur le refus de mai 1657, et suivre enfin le corps et la réputation depuis le gibet de Tyburn jusqu’à une chapelle de Cambridge.



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