Il se disait turc et timouride
Le mot « moghol » n’appartient pas au vocabulaire de Babur. Dans son récit autobiographique, il se range parmi les Turcs, et une fois parmi les « sultans timourides », selon le relevé de Stephen Dale (2018). Pour lui, les Moghols sont les tribus nomades du Moghulistan, les steppes situées à l’est du Ferghana, d’où vient la famille de sa mère, et le mot n’est que la forme persane de « mongol ». Ses descendants se diront gurkani, du titre de gendre impérial (küregen) que portait Tamerlan, et le « Grand Mogol » ne s’installe dans l’usage qu’avec les voyageurs européens.
Son nom de naissance est Zahir al-Din Muhammad, « soutien de la foi ». Babur est un surnom, que son cousin Mirza Haydar Dughlat explique dans le Tarikh-i Rashidi, achevé au Cachemire vers 1546, par la difficulté qu’avaient les Tchaghataï de l’entourage à prononcer le nom arabe ; le mot vient probablement du persan babr, le tigre, sans que l’étymologie soit tranchée. La naissance est fixée au 6 muharram 888 de l’hégire, soit le 14 février 1483, à Andijan. C’est une date transmise par les chroniques de cour et reprise par tous les répertoires, et la notice de l’Encyclopaedia Iranica imprime même 886 pour 888, coquille qui rappelle que ces équivalences se recopient. Toutes les dates chrétiennes de cette vie sont données dans le calendrier julien.
Son père, Umar Shaykh Mirza, descendant de Tamerlan en ligne masculine, gouverne le Ferghana. Sa mère, Qutlugh Nigar Khanum, est fille de Yunus Khan, khan tchaghataïde de Tachkent et descendant de Gengis Khan. En ramadan 899 (juin 1494), la mort accidentelle de son père à Akhsi fait de lui, à onze ans, le souverain de la vallée. Les dix années suivantes se lisent comme une suite de sièges. Il prend Samarcande en novembre 1497 et la perd, la reprend en 1500, doit la céder en 1501 aux Ouzbeks de Muhammad Shaybani, erre parmi les tribus de montagne, puis quitte la région en 1504 pour s’emparer de Kaboul. Entre octobre 1511 et mai 1512, il tient Samarcande une troisième fois, avec l’appui de Shah Ismail Safavide, au prix d’une profession de foi chiite et du costume des troupes safavides.
En 1507, revenu d’un séjour à Hérat, il remplace le titre de mirza par celui de padishah. L’Inde vient plus tard. Après quatre incursions à partir de 1519, il bat le sultan de Delhi, Ibrahim Lodi, à Panipat le 8 rajab 932 (20 avril 1526), avec une armée que son propre récit chiffre autour de 12 000 hommes contre un adversaire qu’il estime à 100 000 (Baburnama, trad. A. S. Beveridge, Londres, 1912-1921, p. 480). Le 17 mars 1527, à Khanwa, il défait la coalition rajpoute conduite par Rana Sanga de Mewar, après avoir publiquement renoncé au vin (même traduction, p. 551-556). Il gouverne ensuite depuis Agra, fait aménager des jardins et fondre des canons, et mène campagne contre les seigneurs afghans de l’Est.
Le journal s’interrompt au 3 muharram 936, le 7 septembre 1529, au milieu d’une affaire de commandement à Gwalior. La suite ne se lit plus que chez d’autres. Sa fille Gulbadan Begam, née à Kaboul vers 1523 et arrivée à Agra à l’automne 1529, raconte la maladie de son demi-frère Humayun, le vœu de Babur offrant sa vie contre la sienne et le déclin qui suit (Ahval-i Humayun Padishah, British Library, Or 166). Babur meurt à Agra le 6 jumada I 937, soit le 26 décembre 1530, date que fournissent les chroniques de la génération suivante. Il est enterré à Agra, puis transféré à Kaboul au début des années 1540.
Tout ce qui précède repose, pour l’essentiel, sur un seul témoin, l’intéressé, relayé par un cousin qui écrit quinze ans après sa mort et par une fille qui écrit près de soixante ans après. Il faut donc reprendre le texte de Babur comme un objet, avec ses manuscrits, ses années manquantes et sa traduction persane de 1589, puis rouvrir trois épisodes que la recherche lit différemment, Panipat, Khanwa et Ayodhya, et enfin suivre la fabrication de sa mémoire, de la cour d’Akbar aux restaurateurs de son jardin de Kaboul.

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